‹ De la domesticité chez les peuples anciens et modernesChapitre 14 sur 34 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Notice de quelques Ouvrages, les uns sérieux, les autres

facétieux, qui ont pour objet de dévoiler la conduite des

mauvais domestiques. — Quels peuvent être les inconvéniens ou l'utilité de ces ouvrages.

O x assure qu'autrefois à Paris il y avoit deux écoles pour révéler anx domestiques, encore novices, toutes les combinaisons de la tromperie : ce genre de professorat, destiné à l’enseignement du crime, cesseroit d’être un crime lui même, sil ouvroit des cours publics aux chefs des familles pour les prémunir. Cette idée rentre dans celle de Jérémie Bentham; il voudroit qu’on publiât uneinsiruclion dans laquelle on développeroit toutes les méthodes employées par les filous afin de se metire en garde contre eux (1). Ne seroit-il pas utile d’y jomdre l’argot des voleurs, en se rappelant toutefois qu'ils ont divers dialectes et que, suivant les occurrences, ils changent leur vocabulaire? Pour

(1) V. Traité de législation , par Jérémie Bentham, in-8°, 1602. t. 111, Ch. 20, p. £o et suiv.

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( 108 ) rédiger cetje instruction, on trouverait des renseignemens dans plusieurs ouvrages anglais, indiqués par Bentham, tels que : « Coup d’œil sur « l'Etat de la société et des mœurs parmi les classes « inférieures des montagnards d'Écosse , dont « l’auteur estun nommé Parker (1); les Découvertes « et Révélations de Poulter, autrement Baxter : « on en fit seize éditions en vingt-six ans; Clavels « recantation, en vers, dont la seconde édition «est de 1628 : ce Clavel, homme de bonne fa- « mille, s’étoit fait voleur de grand chemin ; il ob- «tint sa grâce, et son livre fut publié par ordre « de Charles L° ». Plusieurs écrits français fourniroient aussi des matérlaux.

Sauval, dans ses Antiquités de Paris, nous apprend que, dans le quartier du Marais, plusieurs endroits nommés cour des Miracles, étoient habités uniquement par des mendians valides, des flous, des femmes de mauvaise vie. Ces cloaques étoient les repaires du brigandage et de tous les vices (2). C’est probablement ce qui donna lieu de traduire et de composer divers traités, dont les principaux sont les suivans :

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Qi) À View of society and manners in Highland-lowlife, by Parker.

(>) V. Antiquités de Paris, par Sauyal, in-fol. Paris, 1733, t. 1,7, p. 510 et 515.

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« La Vie généreuse des Mercelots, tous com- « pagnons Bohémiens, contenant leur maniére « de vivre, subtilité, jargon, mis en lumière par « maître Pechon de Ruby, gentilhomme Breton, « ayant été avec eux en 565 jeunes ans , où il a « exercé ce beau métier ,in-r2, Tr oyes, 1627.» Ce titre indique Sc oEeR l'objet de louvrage :

on y voit que l’expression cour des miracles étoit reçue pour désigner les lieux où se réunissoient les voleurs associés. Ils avoient une organisation complète, et tenoient leurs élats-généraux près de Fontenay-le-Comte.

« La fameuse Compagnie de la Lésine, ou « Alésine , etc., traduction nouvelle de litalien, «in-12 de 374 feuillets, Paris, 1618. » C'est un fatras où l’on trouve de notables avertissemens contre les malices, tromperies, larcins et voleries des manans et habitans des villages. Pour pemdre des mœurs ignobles , fallait-il employer un style bas et rampant? La pureté des expressions doit s’allier à la pureté, à la délicatesse des sentimens. À quoi bon dévoiler la turpitude et les immondices des passions, si, à ce tableau, on n'oppose le contraste des idées grandes et généreuses qui , rappelant l’homme à la dignité de son être, apprennent à se respecter ?

« I? Antiquité des Larrons, ouvrage non moins « curieux que délectable, composé en espagnol par

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«D. Garcia, et traduit en francais par le sieur « d’Audignier , In-12, Rouen, 1632. » Un filou détaille naivement re Jes subtilités de ses camarades, dont les poches étoient remplies d’emplâtres ét de fausses barbes pour se déguiser.

Une classe de voleurs prit le nom d’A4pôtres, par allusion aux clefs de saint Pierre, attendu qu’ils portoient des rossignols pour crocheter les serrures. | | ;

Ïs avoient un corps de statuts pour régler la forme et la durée du noviciat. Il ÿ a un article sur les œuvres pies pour secourir les malades, doter les filles des affiliés, etc. Sous d’autres. formes , c’est l’histoire des Flibüatlèsa par Johnson ét par Fronugni, cachée sous le nom d’Oexmelin. On se rappelle que ces aventuriers avoient pillé des ornemens d'église pour se faire une chapelle,

L Histoire générale des Larrons , l’Inventaire général de l'Histoire des Larrons, la Suite de l’Inventaire , etc., in-8°, Rouen, 1709, par Fr. D. C. Lyonnois. Ce recueil, en trois parties, rédigé dans de très-bonnes vues, contient une multitude d’anecdotes; elles ont fourni le canevas d’un article élendu sur le même sujet, dans la troisième édition publiée, ii ÿ a quelques années, d’un ouvrage intitulé: Hiroir de Paris (1), et sans doute d’un autré SERRE ARR NUS TE AN OPMSS QR ATEN RIVER)

(1) W. La troisième édit. t, 2, p. 310.

intitulé Ruses de Filous, de Voleurs, qui étoit en 16141 à la quatrième édition, et dont on aurait une assez mauvaise opinion, si les journaux français de cette époque étoient une autorité (1).

On pourroit étendre le projet de Bentham à toutes les professions : on dévoileroit les moyens de tromperie qu’on y pratique , ce seroitl eur opposer une barrière de plus , et donner au public une sauve-garde contre les vexations auxquelles sont exposés les hommes trop confians.

Un curé d'Orléans, Jacques Boulai, a très-bien rempli cette tâche dans son livre intitulé : « Ma- « nière de cultiver la Vigne, et de faire vendange «et le vin dans le vignoble d’Orléans (2). \ y expose toutes les snpercheries par lesquelles les vignerons à gages échappent à la surveillance des propriétaires , et s’assurent des profits illicites. Madame de Genlis, dans sa Maison rustique (3), donne quelque détails sur les tromperies des ouvriers en bâtimens, maçons, couvreurs, carreleurs, charpentiers, menuisiers, serruriers, etc. À cet

(1) W. Les Ruses de Filoux, de Voleurs, 4. édit., à vol.

in-12. Paris, chez Pillet, 1811. #7. La Gazette de France, 17 décembre 18:11.

(2) In=-8.° Orléans, 1723. C’est la 3.° édit.

(5) F. Maison rustique, par mad. de Genlis, 3 vol. £1-80, Paris, 1810,t. 1, p. 53 et suiv.

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"CrFeas} article, on ne peut reprocher que beaucoup trop de brièveté. 4 | " L'honime qui voyage pour son instruction, la cherche partout où sa curiosité appelle, 1l s'aventure dans les déserts, dans les villages écartés, et dès-lors il risque de loger forcément dans de tristes aîtes; car les bonnes hôtelleries ne sont guéres que sur les grandes routes. Une expérience pénible et dispendieuse lui a fait connoître les ruses dont se couvre limprobité des mauvais aubergistes. Rien ne seroit plus facile que de rédiger à plume courante ce catalogue : il obtiendroit lassentiment des personnes qui ont visilé divers pays; mais revenons à l’objet de cet ouvrage, la domesticité. | Pour tracer le tableau des vices inhérens a cet état, on consulteroit avec fruit trois auteurs dont le rapprochement est assez bizarre , S. Jérôme,

Olivier de Serres et mademoiselle de Sommery.

Dès le milieu du seizième siècle, avoit paru le Caquet des bonnes chambrières, déclarant aucunes finesses dontelles usent (1), et d’autres opuscules facétieux, quelquefois obscènes, dans les-

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(1) Caquet des Bonnes Chambrières, déclarant aucunes finesses dont elles usent envers leurs Maîtres et. Maïtresses. Imprimées par le commandement de leur secrétaire maitre Pierre Babillet, avec la manièré pour connoître de quel bois , etc., in-12. Gottingue, 1541. Ce recueil renferme beaucoup d’autres pièces dans le même geure, ;

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quels on expose les turpitudes des domestiques à | cette époque. On y voit quetous les temps ont quel-

que ressemblance; tel est ouvrage intitulé : Les Amours, Intrigues et Cabales des domestiques

| des grandes maisons de ce temps, etc., in-8° de 220 pages, Paris, 1655. L’auteur anonyme, qui

paroît être du métier, met en scène et fait dialoguer la gouvernante d’enfans, la demoiselle, le

| maïître-d’hôtel et lécuyer. Celui-ci débute par des

doléances sur la corruption des grandes maisons,

où la livrée semble n'avoir d’autre objet que de conduire les vices en triomphe. Chacun à son tour révèle sur le compte des maitres et des valets des anecdotes licencieuses. Ce livre, comme tant d’autres, n’est remarquable que par un ton cynique qui les fait rechercher des bibliomanes, et mépriser des hommes sensés. Les romanciers et les poètes dramatiques, surtout au 17° siècle, introduisoient dans leurs ouvrages des soubrettes et des valets toujours vauriens et menteurs : de là le proverbe menteur comme un laquais. Lichtenberg a dans ses Mélanges un mémoire où il examine lemplot des domestiques au théâtre, sous le rapport des gestes et du langage. Ce savant, qui étoit observateur , eüt travaillé plus utilement en recherchant les moyens de moraliser cette classe de la société.

Fuen n’est plus original que le badinage de Swift dans son ouvrage Conseil aux domestiques.

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Après un chapitre d'instructions générales G),i ù en donne de particulières pour les portiers, som-. meliers, cochers , laquais, femmes de chambre, cuisiniers, el diverses autres sortes de gens à gages.

Sous l'apparence ironique de conseils, 1l met au grand jour leurs défauts et leurs vices, parce qu’il est persuadé que sans nuire à ceux-ci, puisqu il ne Jeur apprend que ce qu ils savent, il peut servir aux maîtres qui n’en savent jamais assez sur cel article.

On y trouve la manière si connue de Swift, et ce que les Anglais appellent Aumour, terme qui n’a pas d’équivalent dans notre langue; mais ne pou-

vait-il pas descendre à des détails minutieux et ab-

jects sans blesser les convenances que doit respecter tout écrivain, et a pus forte raison un clergyman?

Dans Particle qu concerne Îles made de chambre, il raconte qu’ane , ayant cassé de belles porcelaines du RCE , imagina d’aller chercher une grosse pierre, de briser un carreau de la fenêtre et de supposer que la pierre, lancée du dehors, avoit causé ce dégât. Malheureusement arriva le parson ou ministre de la paroisse , homme versé dans les mathématiques ; il prouva que la projection de la

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(1) V. The Works of Dr. Jonatham Swifl ; in-8.8 London, 1784,t, 10.

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