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(1) Pour tisser du drap et de la toile nécessaires à l'appro—
visionnement de la famille.
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C’est pour se marier, ou pour rentrer dans le sein
de sa famille paternelle, que la domestique ad chartam quitte sa maîtresse. On reconnoît ici une espèce d'adoption temporaire et de manumission. Les theracos et les theracas, même celles qui sont ad chartam, sont libres de se retirer quand bon leur semble, et tout maitre a le droit de les renvoyer. G
Il n’est pas d'ouvrages auxquels soit asservi exclusivement le domestique. C’est simultanément avec son maître qu'il laboure les champs, ou garde les troupeaux; c’est avec sa maitresse que la domestique s’occupe du ménage ; tous mangent à la même table, et sont traités comme les enfans de la maison. Souvent les enfans du maître s’allient en mariage avec des domestiques.
Quand un père de famille, même très-aisé, a plusieurs enfans, il garde auprès de lui ceux qui sont nécessaires pour les travaux de la maison, et met les autres en service en qualité de theracos : tant il est vrai qu’on est éloigné d’y attacher la moindre idée d’avilissement; on n’y voitque l’exercice de l’état de laboureur ou de pasteur. L'Europe du moyen âge lioit les hommes à la glébe, l'Europe moderne regorge d’oisifs galonnés , de laquais, de femmes qui remplissent les antichambres, et veillent jour et nuit à prévenir (tout en les haïs-
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(50) sant) les besoins factices de leurs maîtres; de telles mœurs n’ont jamais influé sur la domesticité de celle île.
Il faut en excepter, dans deux ou trois villes principales, les palais de la haute noblesse et des évêques, qui fourmillent aussi de laquais, à l'instar des cités opulentes du continent. On y trouve même celte hauteur qui distingue la noblesse castillane et les inquisiteurs espagnols.
: Dans les usages particuliers à la ville de Raguse, on distingue ceux qui concernent les domestiques des deux sexes. Les garçons (dictichi) entrés dès l’âge de huit ou neuf ans chez des maîtres qui leur font apprendre la lecture, l'écriture et le calcul, ne les quittent que vers l'âge de vingt ans, et communément pour entrer dans la marine. Les djevoske sont des filles campagnardes qui, entrées pareillement fort jeunes au service, ont outre la nourriture et le vêtement une elite pale. Après huit ou
dix ans de bonne conduite dans la maison on leur“
donne une espèce de dot ou de trousseau nommé sprawa , que fournissent les parens et les amis de la maîtresse. Cette dotation, qui a toujours lieu un samedi, est pour la servante un jour de fête. Les dons envoyés sont de l'argent, des robes , des mouchoirs, dont la maîtresse ferit comple exact pour
en rendre de pareils en pareille occasion. On les .
(5) met sur un bassin d'argent à côté d’an autre qui contient la somme des gages annuels de Ja ser-
vante. Ses parens arrivent de la campagne au bruit des mousquets et de la musique, apportant des paniers couverts de rubans et remplis de fruits, de tourtes et d’autres comestibles. Ils sont accueillis par les maîtres qui les régalent ce jour-là et le len= demain : beaucoup de personnes, et surtout de dames invitées se réunissent. On passe en revue les présens. La servante introduite se met à genoux pour demander la bénédiction à sa maîtresse ; celleci lui adresse des éloges sur sa bonne chan, et Jui annonce qu'ayant été élevée dans la maison , si elle veut y rester, elle sera désormais céntétée comme étant de la famille. Des larmes d’attendrissement accompagnent cette solennité qui $e termine par un bal pour les domestiques et un autre pour les maîtres. Les parens retournent au village de la même manière qu'ils en sont venus. Si la servante reste dans la maison, on augmente ses gages, et au bout de six ans elle reçoit une nouvelle sprawa, Cet usage et ceux de la Sardaigne dont on vient de parler, encouragent les serviteurs à la vertu, les rapprochent de leurs maîtres, les associent à leurs intérêts, fortifient leur attachement mutuel, et procurent Péxéellents . domestiques. On remarque même à Raguse que la manière dont les servantes sont traitées y attire un
(62) trop grand nombre de paysannes qui répugnent à retourner aux travaux champêtres (1).
On voit qu’en général dans ce pays l’état des domestiques n’est pas flétri. Cette différence d’opinion suffit pour donner la mesure de leur moralité respective. A vilir les hommes, c’est l’infaillble moyen de les rendre vils; leur marquer des égards, c’est le moyen d’en obtenir des services plus étendus. Telle est sans doute une des raisons pour lesquelles les Chinois, libres à Batavia, y sont, au rapport de Barrow, d’excellens serviteurs (2).
Les Corses ont une répugnance extrême à la domesticité. Jadis il en étoit presque de même en Hollande, où lon avoit su détruire les distinctions
qui blessoient l'égalité sociale, sans détruire la subordination. L'éducation, généralement bonne dans cette contrée, procure à toutes les classes de
la société des avantages auxquels participe celle des domestiques. Îls ont communément cet esprit d'ordre qui semble inné chez les Hollandais, qui régularise tous les détails du ménage, qui compasse,
pour ainsi dire, toutes les actions; mais aussi c’est un des pays où le joug de la domesticité est plus allégé.
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(1) V. Annales des voyages, par M. Malte-Brun, in -68.%
Paris, 1813,t. 21, cahier 61, p. 34 et suiv.
(2) V. Barrow, Voyage de la Cochinchine, trad. en fran= cais, t, 2, P. 07.
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Il est allégé, parce que les serviteurs ont pour coopérateursles maîtres qui partagent le travail(1), et que les servantes sont traitées avec bonté par les excellentes mères de famille dont la Hollande abonde. Il n’est pas rare que des domestiques appellent les maîtres leurs oncles, les maîtresses leurs tantes , les enfans leurs cousins , quoiqu'il n’y ait entre eux aucun lien de parenté (2); ainsi les domestiques des deux sexes, jouissant de tous les avantages de la famille, s’y attachent, et cet attachement leur a inspiré quelque fois des eflorts héroïques. Lors de l'incendie du théâtre d’Amsterdam, plusieurs se précipitèrent au milieu des flammes , et y périrent en voulant sauver leurs maîtres (5).
Les domestiques sont très-multipliés en Suède, à Stockholm surtout. La raison en est qu’on n'ÿ trouve ‘pas des journaliers qu’on puisse employer selon ses besoins. La loi demande compte à chacun de ses moyens de subsistance , et ses moyens, aux
. yeux de la loi,ne peuvent être qu'une possession de
dont GP
(1) 4 Tour through the Batavian republie, by Felle, 2-8. London, 1801, p. 1099 et suiv.
(>) V. Dans les Moyens de détruire la mendicite en France,
in-8.e Chälons-sur-Marne, 1780, ch. 13, p. 446 et suiv. Le mémoire de M. Descombres.
{3) V. Dans les Œuvres inédites de Grosley. 1n-8.° Paris;
1813, Voyage en Hollande, 1.3, p.214 et suiv.
terre, une rente, un métier. Dés lors tous les membres de la société sont obligés d’avoir une profession déterminée. De là usage d’engager à six mois ou un an des domestiques qui exécutent les ouvrages pour lesquels ailleurs on est obligé de recourir aux diverses professions. Chacun fait sa bière, son eaude-vie , etc. |
Dans tout pays où l’on trouve beaucoup de chàteaux, communément 1} y a beaucoup de chaumières, quelques hommes ont trop et d’autres trop peu. T'el est l’état de la Russie, où la servitude de la glèbe ravale des millions d'individus au-dessous de la domesticité. Chez les grands seigneurs, les valets très-nombreux sont des meubles d’ostenta- Uon. Le voyageur Clarke élève à plus de cinq cents ceux du comte Orlow, les uns déguenillés, les autres somptueusement habillés; ils coûtent très-peu à leur maître, parce que les vêlemens et tous les articles de subsistance sont fournis par des paysans opprimés. Il existe, dit-on, dans cette contrée un tribunal où l’on dépose les engagemens entre les maîtres et les domestiques, et qui connoît des délits relaufs à la domesticité et de Pimfraction aux traités. Muller qui a publié un Tableau w de Pétersbourg, avoue que sur cet article le code de la police russe contient de sages dispositions. Par exemple, il prononce une amende rigoureuse contre celui qui recoit un domestique sans lan-
noncer à lofficier du quartier, ou qui le garde
au-delà du terme marqué par son passeport sans le faire renouveler; mais la perversité trouve moyen d’éluder les lois, et si les maîtres exigent strictement des certificats, souvent ils sont fabriqués par
les domestiques eux-mêmes , ou bar quelqu’an de,
leur connoiïssance. Le recours à la police contre les délinquans entraîne des pertes de temps inévitables et des frais, ce qui réduit les maîtres à com-
poser en quelque sorte avec l’iniquité pour ne pas
agraver leurs propres tourmens. Dans plusieurs maisons, dit Muller, on donne aux domestiques de Pargent pour s’enivrer une fois par semaine, à condition qu'ils ne feront pas d’autres excès ; mais là, comme chez nous, les promesses sont trompeuses et les espérances sont déçues (1). D'après le journal d’un aûtre voyageur (2), le traducteur français de Clarke ajoute que les domestiques Calmoucks sont estimés dans toute la Russie pour leur intelligence et leur zèle. A cette occasion 1] cife un de ces Calmouks expatriés, artiste dis-
Ungué, au service du lord Elgin, qui l’avoit trouvé
(1) V. Tableau de Petersbourg et Lettres sur la Russie, en
| 1810, 11 et 12, par Chrét. Muller, trad. par Léger, in-8°,
| Paris, 1814, p. 212 et suiv., et p. 318 et 319.
(2) V. Voyages en Russie, par Clarke, in-8.o Paris, 1812,
t1,p:121,125 et 520,
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exécutant les plus beaux dessins au milieu des ruines d'Athènes. Un Russe bienfaisant l’avoit envoyé à Rome faire des études qui perfectionnèrent son talent; des traits prononcés et plusieurs manières des Calmouks nomades distinguoient ce sauvage civilisé (1). |
Colquhoun, dans sa Police de la Métropole, suppose que Londres contient deux cent quarante
mille familles, dont cent mille ont chacune (calcul
moyen) deux domestiques; dix mulle des deux sexes sont habituellement sans place par leur mauvaise conduite (2). Ferry Saint-Constant élève à huit cent mille les domestiques en Angleterre, non compris les hommes de journée et les valets de ferme (3). |
L'auteur de Histoire de la Jamaïque (Edward Long) fait un tableau peu flatteur de la conduite des domestiques Anglois; c’est, dit-il, la classe la plus insolente et la plus irgouvernable. Les familles les considèrent comme un fléau dont elles seroient moins affligées si le rang et la foiblesse n’en multiplioient le nombre. C’est pis encore à la Jamaïque, où les valets font les gentlemen, les servantes les /adies envers les Nègres des
(1) V. Voyage en Russie, par Clarke, sbid.
(x) V. 4 ireatise of the police of the Metropolis, à.° édit. jn-8.0 London.
(3) V, Son ouvrage, Londres et les Anglois, t. 1, p. 154,
Co).
deux sexes, sur lesquels tous’ se déchargent du
travail. Une femme de chambre croit faire beau-
coup en 5e bornant à ourler le mouchoir de sa
maîtresse , le valet de chambre à poudrer les cheveux de son maître. Les Nègres sont meilleurs domestiques ; ils s’attachent aux familles ti yTel est le témoignage que rend aux Africains un historien qui assurément n’est pas suspect, Car il se montre très-prévenu contre eux. |
En 1782, l’évêque Newton, vu l'excès du désordre, réclamoit contre les domestiques des mesures répressives, et vouloit les soumettre à une espèce de régime militaire (2.
La domesticité est extrêmement mallraitée en Irlande. Un seigneur irlandais, dit Arthur Young, auroit peine à imaginer un ordre qu'un domestique ou un paysan refusàt d'exécuter. Rien ne satisfait le maître que la soumission la plus illimitée,
il peut en toute süreté punir avec sa canne ol S0n
fouet un manque de respect ou la moindre chose qui en approche ; à la suite de ces faits on lit d’autres détails encore plus révoltans (9).
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(1) V. The History of Jamaïca , 3 vol.in-4.° London, 1954 L2, p: 282.
(>) The Works of Newton, etc. in-4. London,1782,t.1) c.3, Appendix no 13 et suiv.
(3) V. Son Voyage en Lilande, in-8.0 Paris, au 8,t.2.p. 218
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Cet état de choses est moins ficheux en Angleterre, où les lois, dont il sera parlé ci-après, ont pourvu a la conservation des droits respectifs entre les maîtres et les subordonnés, soit apprentis , soit ménial-servans ou An RQ. Ordinairement ils sont bien vêtus, bien nourris; les maîtres les tiennent à grande Dhs jamais de familiarité ; on exige d'eux promptitude, ponctualité, décence; mais on l'exige avec un peu de dureté, surtout envers les servantes (1). De Jà le mécontentement réciproque: car siles maîtres trouvent que les domestiques sont un mal nécessaire, ceux-ci de leur côté en disent aûtant des maîtres.
La gratification aux gens de maisons où lon avoit: diné étoit autrefois en Angleterre un usage trèsonéreux pour les convives. Hanway refusa l'in vitation d’un lord, en lui disant : Je ne suis pas assez riche pour dîner chez vous. fi publia, en 1759, huit Lettres contre cet abus inhospitalier, qu’on avoit tenté d’abolir par convention presque unanime des maîtres, mais qui subsiste encore en Hollande et à Hantbourg, ou quelques domestiques au d’autres gages que les gralifications reçues
es CON Vives. |
Ver de quitter l'Angleterre ; tee ble ici la
(1) V. Tableau de la Grande-Bretagne (par Baert), 4 vol.
Paris, 1602, t. À; p. 106.
notice que donne Housman sur le louage des domestiques dans le Cumberlandetle Westmoreland, aux époques de la Pentecôte et de la Saint-Martin.
Tous ceux qui veulent se louer ont à la bouche un petit brin de paille et un petit rameau vert. Au son des violons, ils se promènent lentement dans la ville, le bourg ou le village, les filles les premicres , les garçons ensuite; puis chacun de ceuxci se choisit parmi celles-là une amie, une compagne (à sweet- heart), la conduit à la danse, la régale de punch et de gâteau; souvent une partie des gages sont absorbés dans cette circonstance. Quand ils ont conclu leur marché avec des maitres, ils retournent, pour une huitaine, chez leurs parens, afin de voir leurs amis et de raccommoder leurs vêtemens (1). |
Les Anglais qui vont résider en Canada, emmènent communément avec eux des domestiques , parce qu'ils sont rares danscette contrée; mais cette rareté même empèche qu’ils neles conservent, car on les leur débauche, Le lord Dorchester, gouverneur du, Canada , il y a quelques années , avait emmené d'Angleterre vingt domestiques : un an aprés , tous lavaient quitté. Le voyageur Lam-
(1)-V. À lopographical Description of Cumberland, Westmoreland , etc., by John Housman, in-8.° Carlisle ,1800 , p.70 et suiy.
( 60 ) bert, qui nous donne ces détails, ajoute qu’un de ses oncles en avait perdu dix-huit par la même cause (1).
Quant aux servantes Canadiennes, pour la plupart françaises, filles ou veuves de soldats, le portrait qu’il en fait n’est pas avantageux. On ne prend aucun renseignement sur leurs mœurs. Elles n’entendent rien à la direction d’un ménage, pas plus que leurs maîtresses , et comme celles-ci n’ont pas en général une conduite très-morale , le mauvais exemple corrompt ces filles, qui ne se louent Jamais pour un terme plus long qu’un mois. Une servante qui reste quatre ou cinq mois dans une maison.est une espèce de phénomène (2).
Les domestiques très-multiphiés en Angleterre, très-rares en Canada, le sont encore plus dans les Etats-Unis. Un écrivain Irlandais (Will. Sampson) assure qu’un des chevaux hanovriens couleur de café au lait, du roi George IE , a plus de domestiques que le secrétaire d'Etat de FUnion(3).
Liancourt prétend qu’à peme on yÿ compteroit vingt Américains en service; la plupart sont des
(1) V. Travels through Lower Canada, etc., by John Lambert, ën-8.°, à vol. London, 1810, t.2, p. 75 et suiv.
(2) Ibid, t. 2, p. 294 et suiv.
(3) V. The Memoires of Will. Sampson, in-8.° New-York,
lrlandais et des Allemands. Les nationaux abhorrent des fonctions qui sont le partage ordinaire des esclaves; mais par une inconséquence assez bizarre , il n’est pas rare de voir des filles de famille aisées se fre servantes (1). En général les domestiques sont bien traités. On peut en juger par ce que raconte le même auteur, des Nègres et Négresses à gages de Philadelphie, qui donnent des bals, y déploient une parure recherchée , servent des rafraïchissemens et des soupers élégans (2). Parkinson se plaint aussi amèrement de la diffculté de se procurer dans les Etats-Unis, des ouvriers et des domestiques et de leur conduite. Janson qui a publié récemment son voyage: l'Etranger en Amérique, S'indigne de leur arrogance. C’est leur faire affront de parler de leurs maitres ct mattresses , attendu qu’ils prétendent n’en point avoir, n'être que des aides, et non des domestiques , qualification , disent-ils, qui doit être réservée aux Nègres(3). Il y a sans doute du vrai dans ce récit, mais certains voyageurs, entr’autres Parkinson ne sont-ils pas des hommes soudoyés pour
(1) V. Liancourt, Foyages dans les Etats-Unis, in-5°, Paris, an7,t. 2, p. 86et78, p, 519 et suiv.
, (2) Jbid. t.6, p. 332.
(3) V. The Stranger in America , by Charl. Wall. Janson, in-4 London, 1807.
déprécier tout ce qui existe dans les Etats-Unis F où ils semblent ne trouver qu’à regret quelque chose de bien. Ces détracteurs, choqués de ne pas voir s’incliner profondément devant eux des domestiques qu'ils puissent maltraiter et plier à leur caprice, appellent insolence, désobéissance, tout ce qui ne présente pas les formes de la servilité. Il leur est plus facile de conserver les préventions qu'ils ont apportées , que de les soumettre à l’examen. |
Ce caractère de la domesticité dans les Etats- Unis, résulte de plusieurs causes : la nature même
du gouvernement et la composition de la société. Que Îles pauvres comme les riches, les serviteurs comme les maîtres soient tous de la même famille, | c’est une vérité triviale, mais cependant presque méconnue en Europe dans la pratique. Elle ne l’est pas encore dans les Etats-Unis , quoique la cupidité y soit très active et la richesse beaucoup trop honorée. D'ailleurs la rareté des ouvriers, des ga- ABUS et le haut prix de la main-d'œuvre otient à chacunles moyens d’améliorer sa condition. Tous les ans, des essaims d’Irlandais et d’Allemands fran-
chissent l'Atlantique et commencent par servir ; mais dans un pays où plus qu’en tout autre est répandu un esprit d'entreprise et d'industrie, au bout de trois ou quatre ans la plupart deviennent chefs d’ateliers ou fermiers.Ceux qui sont employés
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(65) dans les manufactures en apprennent rapidement les procédés , et font pour leur compte des établissemens qui prospèrent , parce que souvent ils donnent les produits manufacturés à meilleur prix que leur ancien maître.
Les détails suivans sur la domesticité, son caraclére, ses réglemens et ses effets, qui ont été envoyés de Boston par un observateur, n’ont rapport qu’à cette partie des Etats-Unis, connus sous le nom de Massachussett, car à mesure qu’on avance vers le sud, où esclavage est plus ou moins admis, la domesticité change de caractère. Dans ceux de ces Etats où les esclaves sont en grande quantité , très - peu de blancs veulent être domestiques; ct la condition de ceux-ci est même de toute autre nature que dans les Etats,où il n'y apas d'hommes de couleur en esclavage. Il ne faut pas perdre de vue cette observation.
On peut dire qu’il existe deux espèces de domesticité bien distinctes et bien séparées. La premère, celle des hommes et des femmes qui se Jouent pour faire le service de la maison , comme en Europe. Il ne faut point de réglement particulier pour cette espèce de domesticité, parce que l'engagement n’est que d’une semaine , et que Île mécontentement mutuel , S1l y en a, ne peut ètre de longue durée. Il est trés-ordinaire , surtout parmi les domestiques femelles, de ne pas annoncer
germe ne AE MN nr man PRES PERLES 1}, ed NE M NP Et D ME creer Him UT AS
(64) qu’elles ont laissé la maison; {e maître n’en est instruit que parce qu'il ne les voit pas revenir le soir, et que la semaine est finie : mais communément elles préviennent quelques jours auparavant.
Le service est si facile, si peu fatigant dans les villes, que le changement fréquent des domestiques ne peut être attribué qu’au désir d’essayer une autre maison (1). Les gages s'élèvent depuis une demi-piastre jusqu'à trois quarts de piastre par semaine pour les femmes, et pour les hommes de deux à deux piastres et demie. |
{ y a une différence pour les hommes à la-campagne; l'engagement est au mois, et le prix est depuis dix jusqu’à quinze piastres ; mais cet engagement ét ce prix ne sont que pour le temps des grands travaux , qui n'étant à proprement parler , que de sept mois, s'étend néanmoins jusqu’à huit. L’âpreté du froid ne permet pas en hiver le travail
(a) Ce désir est aussi la cause ou l'effet d’une conduite désordonnée, comme l’observe M. Benjamin Rush, dont les écrits abondent en idées qui satisfont l'esprit et le cœur. Il voudroit que les engagemens fussent d’une année pour lies domestiques des deux sexes, qu’ils eussent de leurs maîtres des certificats de bonnes mœurs, contre-signés par le magistrat. 11 attache beaucoup d’importance à cette mesure, dont il sera parlé ci-après. V. Essays literary moral and philo—
sophical, etc., by Ben]. Rush. In-8.° Philadelphia, p. 121
et suiv.
hors de la maison. La terre est gelée au moins à
deux pieds de profondeur, et souvent couverte d’un pied ou de dix-huit pouces de neige.
Le sort des femmes domestiques à la campagne n’est pas autre que dans les villes ; leurs gages sont seulement un peu moindres, mais comme dans les villes elles ne s’occupent que du ménage, tous les travaux de l’agriculture se font par les hommes , même ceux qui exigent le moins de force , tels que le fanage, la cueillette des lins et du maïs. |
En général, on ne voit dans l’état de domes-
üicité, que de jeunes gens, du moins parmi les.
blancs. Les garçons y restent jusqu’à ce qu'ils aient les moyens de maintenir leur famille, et les filles jusqu’à ce qu’elles aient trouvé un mari; et comme l’usage est que ceux-ci ne s'inquiètent point si elles ont peu ou point d'argent, ce qu’elles gagnent est entièrement employé à leur parure. Il est souvent très-difficile de distinguer dans la rue la domestique de la maîtresse. C’est à quoi sans doute ü faut attribuer la répugnance des servantes à faire aucun travail hors de la maison. Si par hasard la pompe manque d’eau et qu’il faille aller dans la rue en chercher, ne füt-ce qu’à dix pas, elles y vont avec peine, et souvent refusent. Il en est de même pour servir à table ; elles posent les plats et ne reparaissent que pour les Ôter. Il est vrai que le régime
mener a TR na nue Bo MAIRE re à LÉ DE VA LEA ere
( 66) diététique du pays rend leur présence moins nécessaire ; du rôti et de la viande salée, des légumes , tels que choux, carottes, betteraves et surtout dés patates, le tout bouilli et mangé ensemble dans une même assielte, empêchent l’inconvénient de cette absence que notre régime à ragoûts multipliés icroit peut êlre plus apercevoir en France qu’on ne s’en aperçoit au-delà de PAtlantique.
Une autre preuve que les filles ne se livrent à Pétat de domesticité qu’en attendant un mari, c’est qu’en s’engageant, elles mettent souvent dans leurs conditions qu’elles auront la liberté de recevoir leur sweet- heart.
La manière de vivre des domestiques est la même que celle des maîtres; le thé ou le café matin et soir; pain et beurre, jambon, poisson ou viandes salées, tel'est le régime, tant à la ville qu’à la campagne. Les domestiques femelles ont leurs soirées de thé, auxquelles elles invitent leurs amis : ce thé a le mème cérémonial que celui qui sc donne au salon. Ün maître qui seroit connu pour se refuser à cette espèce d'usage, auroit beaucoup de peine à trouver des domestiques. De ces détails, on peut conclure que leur état est fort doux : celui de maîtres le paroît beaucoup moins, dans les rapports mutuels de ceux qui servent et de ceux qui sont servis.
Avant de passer au second état de domesticilé, il est une remarque essentielle à faire, c’est que les
007) pères, quels qu’ils soient, ne donnent pas de dot à
leurs enfans: cependant, on se marie généralement de bonne heure ,etlesfamillessontnombreuses Une
autre observation assez importante, c’est qu’une . femme ne travaille point ; elle ne s’est pas mariée pour cela : l’allaitement des enfans, leur entretien
et la propreté de la maison, voilà son occupation.
La tâche du mari est de pourvoir par son industrie aux besoins de sa famille naissante, et, pour cela, il faut avoir un état : c’est aux moyens de l'obtenir
que se rapporte la seconde espèce de domesticité: -
Dés que les enfans ont atteint l’âge de douze ou quatorze ans , temps auquel ils savent tous lire et écrire, par l’admirable institution des écoles primaires (1), les parens cherchent à leur donner un métier. Les lois astreignent les tuteurs et les oficiers municipaux à faire la même chose, pour les mineurs orphelins. Le goût de l'enfant est consulté ;
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(1) Chaque canton d’une population donnée, est obligé, par la loi, d’entretenir une école; s’il y manquoit, la législature y pourvoiroit, et les frais seroient supportés avec une amende
par ces mêmes habitans qui auroient négligé de remplir ce devoir. Si quelque partie de la communauté, par sa situation au milieu des bois, par la foiblesse de sa population, se. trouve hors d’état de pourvoir en entier par elle-même à l'entretien de l’école, dans ce cas la législature vient à son
| secours.
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(68) il fait partie, s’il a quatorze ans, dans le contrat . appelé irdenture.
Par ce contrat , les parens , les tuteurs on ofi-
ciers municipaux et l’enfant , s'engagent , eux à le laisser , celui-ci à rester jusqu’à l’age de vingt-un ans, pour les hommes, et de dix-huit pour lesfilles , chez un ouvrier, marchand , marin, fermier , imprimeur , etc. elc., pour apprendre la profession du maître qui entretient, et envers lequel il est. astreint aux devoirs d’un serviteur. En apprenant leur métier , les enfans sont obligés à tous les ou- vrages de la maison, même chez les marchands. Le maître peut exercer la correction paternelle. Les parens n’ont plus aucun droit sur le temps, n] sur les actions de l’irdented. Si, par hasard , il quittoit la maison de son maître , celui-ci peut le faire
arrêter et même emprisonner. Ceux qui auroient , donné asile au fayard , cenx qui auroient conseillé ou favorisé son évasion, seroient condamnés à une indemnité et à une amende, et l'engagement seroit prolongé au-delà des vingt ans, le double du temps que son absence auroit duré.
Ïl est très-rare de voir des parens garder leurs enfans chez eux, pour apprendre leurs propres
métiers : ils préfèrent de les engager chez des ouvriers de la même profession, et de prendre euxmêmes des enfans étrangers. Mais si les lois ont.
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