CHAPITRE IL
Etat de la Domesticité en divers pays.
LL seroit aussi fastidieux qu’inutile d'indiquer les subdivisions nominales que le besoin, mais plus encore le luxe et l’orgueil, ont introduites dans la domesticilé, à raison des travaux divers qui sont assignés aux serviteurs. Swift en compte dix-sept dans l’ouvrage ingénieux dont il sera question ciaprès, intitulé : Directions pour les gens en service (1). |
Dans la Collection de la Société dés Antiquaires de Londres (2), sir Joseph Banks a inséré un Mémoire jusqu'alors inédit de lan 1605 , qui présente une énumération plus étendue et cependant incomplète; si je remarque qu’on n’y trouve pas les valets de chiens, c’est pour faire sentir à quel point on a dégradé l'espèce humaine, sur laquelle tant d'individus semblent eux-mêmes invoquer l’avilis-
oo
(1) V. The svorks of Dr. Jon Swift, in-8.° London, 1768, t.12. (5) Archæologia or Miscellaneous tracts relating to anti
quities , in=4.© London, 1800, t, 5, p.315 et Suiv.
(43) sement. Parmi les enseignes que la bassesse étale dans tous les pays, je me rappelle d’avoir vu à Londres celle de tel N. N., tueur des punaises de Sa Majesté. (Bug s-destroyer of his Majesty.)
À mesure que la socicté s’est compliquée , les besoins réels ou factices ont multiplié les arts dutilité ou de luxe, et certaines occupations concentrées ‘précédemment dans le service domestique sont devenues l'attribution de professions particulières. Telle est celle de ramoneur, qui ne date que du siècle dernier (1). js
Dans la principauté de Neufchâtel la domesticité a loujours été douce ; le serviteur quittant son état
pouvoil facilement se procurer une existence honnêle et indépendante, en travaillant dans l’horlogerie, ou en faisant des dentelles. Un garçon hor-
loger peut gagner par jour trois francs et plus. I v a même des femmes attachées à ce métier qui en gagnent le double. Le prix des ouvrages d’horlogerie et des dentelles ayant baissé, la main-d'œuvre fut pendant quelque temps à meilleur compie, et un plus grand nombre d'individus cherchèrent à
prendre du service comme journaliers où domes:
tiques. Un journalier dans le Val-de-Travers gagné
seize à vingt sous par jour avec la nourriture ; une ts
(1) V. Le Recueil des mémotres de’ bienfaisance, publiés par Duquesnoi »°2,p. 141. :
(45) servante soixante francs et jusqu’à cent francs par an ; un garçon de charrue cent cinquante francs. Les domestiques changent à Noël et à la S. Jeau. A Berne, les temps fixés pour le changement sont le jour de S. Jacques en été, et en hiver six
semaines après Noël.
Les domestiques reçoivent des arrhes d’un ou deux écus. Les premiers quinze jours sont des jours d’épreuve : si de part ou d’autre on est mécontent on se quitte, mais les arrhes restent au domestique; celui qui, après les quinze jours révolus, veut quitter la maison, doit en avertir trois mois d'avance, si non il est mis en prison pour vingtquatre heures, ensuite exilé pour äeux ans, et 1l perd ses gages; si le maître veut renvoyer le domestique , il doit le lui annoncer six semaines avant le jour fixé pour le changement des places. S'il le renvoie brusquement, il est forcé de lui payer le traitement de six mois. Un domestique qui a reçu un soufflet de son maître ou de sa maîtresse peut quitter sa condition sur-le-champ, et le maître est obligé de lui payer un an de service.
Dans cette ville et aux environs, les dames ont adopté les modes françaises, tandis que les servantes ont gardé l’ancien costume de la Suisse. Le petit bonnet noir, de lougs cheveux tombant en deux tresses sur les reins et terminés par un ruban qui descend jusqu'aux talons, ete. cie. Ainsi
paper cape men ee fe mers Eee na er aan Dé TER RMRD 4 35 M DORE PAR ART LME PNG nee fe am RE
la disparité d’habillement, réglée par l'usage, désigne celle des états, et cet usage a son utilité. La Société des frères Moraves en a même fait une application particulière. Chez eux-le ruban de la coiffure rose, bleu ou blanc indique si 4 personne est fille, femme ou veuve.
Les règlemens de Berne sur la domesticité sont à peu de chose près les mêmes dans tout le pays de Vaud; mais le nombre des domestiques y est plus grand que dans toute autre partie de la Suisse, parce que le luxe des étrangers riches qui s’y étoient établis pour jouir des charmes de la nature et de la liberté avoit perverti l'antique anstérité des mœurs. Dans ce pays un garçon de charrue un peu habile reçoit de cent cinquante à deux cents
. francs par an. Le traitement d’une femme est à peu
près de moitié, mais ce taux s’élève si déjà elle est au fuit du service.
Brydonne et le docteur Moore se récrient contre cette multitude de valets qu’on trouve à Naples chez les personnes aisées; ils ne logent pas chez les maîlres, et ils coûtent peu. Mais Galanti, dans son excellente. Description des Deux-Siciles, dit que, pour suppléer à la modicité de leurs salaires, ils volent autant qu'ils peuvent, et que par là s’accroît le nombre des gens sans moralité : car les vols soutle délit ordinaire des pauvres. « Ceux desriches ont d’autres noms, et sont aussi difficiles à prouver
vas -
qu’à définir. » C’est Galanti qui parle, et ce qu'il dit est applicable à à tous les pays. Îl compte chaque année environ mille assassinats dans tout le royaume, les deux tiers causés par des rixes, surtout par
le vin; l'autre tiers par des jalousies et des vols. Ces détails qui se rattachent à mon sujet, montrent la connexité qui existe entre les crimes et la mauvaise éducation des diverses classes de la so-
ciété, dont les domestiques sont une portion nom-
breuse.
Communément on leur donne la mancia, des étrennes, à Noël, à Pâques, de même lorsque la maîtresse est accouchée heureusement; quand le maître est élevé à quelque charge, les domestiques vont l’annoncer à tous les amis de la maison, et ils reçoivent la mancia; on s’en débarrasse avec quelques carlins. Les domestiques des magistrats reçoivent aussi la m2ancia des plaideurs qui ayant gagné leurs procès vont remercier les juges (x).
Sur quatre-vingt mille individus à Florence on a compté quinze mille domestiques. Il n’est pas rare que le père, les enfans , les neveux s’attachant à une famille disent zotre maison. Les servantes craignent d’aller au marché, il en est de même à Madrid; l'usage contraire établi dans d’autres villes
(1) V: Descrizione geographica delle Sicilie ( par Galanti }: in-8.° Napoli, 1793, t. 1, p. 505 et suiy.
(46) d'Espagne est regardé comme une des causes de dépravation.
Jusqu'à ces derniers temps des filles Biscayÿennes se portoient en foule à Madrid , où leur vivacité,
leur propreté, leur adresse , obtenoit la préférence
pour le service domestique. Elles partoient de Bilbao deux sur chaque mulet, et après avoir amassé quelque argent elles revenoient en Biscaye (1). Pinkerton, d’après Townsend, compte en Espagne deux cent quatre-vingt mille quatre-vingt-douze criados ou domestiques mâles(2). Un grand nombre d’entre eux sont des Gallegos, des Asturiens et des habitans des contrées nommées las montanas, parmi lesquels on trouve de très-bons sujets ; à la probité ils ailient une sorte de fierté, parce qu’ils se croient issus des héros qui chassérent les Maures; c’est ce qui fait dire au voyageur Rehfues : « Si & J'étois né dans les Asturies et que je fusse établi « à Madrid, avant de louer un domestique j’exa- « minerois attentivement ses papiers pour éviter « l’humiliation de voir un de mes cousins nettoyer « mes bottes, ou panser mes chevaux (5). »
Les domestiques sont connus en Sardaigne de-
(1) V. The Weeckley register, t. 1, p. 265.
(2) Pinkerton, t. 3, p. 61.
(3) V. L'Espagne en 1808, par Rehfues, in-8.° Paris, 1811, t. 1, p.180 et suiy.
puis un temps immémorial sous la dénomination
de 1heracos et de theracas, du mot grec @ére, minister, famulus ; le mot famulatus des Latins y est exprimé par therakeia , qui n’est autre chose que le @paria des Grecs.
Les domestiques n’y sont, à proprement parler, que des associés à leurs maîtres agriculteurs ou pasteurs comme eux; ce sont les deux classes principales qui forment la nation sarde.
Le maître agriculteur lôge, nourrit, donne quelques objets d'habillement, fournit des bœufs, la charrue, la terre et la semence à ses fheracos, et ceux-ci labourent , ensemencent , coupent les blés; le prix est le tiers ou le quart de la récolte, selon la différence de fertilité, ou l’étendue de terres ensemencées. Souvent c'est une couple de bœufs pour un an de service. Dans les intervalles entre les labours et la moisson, le domestique cultive la vigne , soigne les animaux domestiques et fait l’approvisionnement du bois de chauffage (1). -
Le propriétaire pasteur emploie à la garde de ses lronpeaux des #heracos qu'il paie en bétail à
, Proportion de l’augmentation des bêtes à cornes ou
mnt,
(1) Toutes les forêts sont communales. Chaque citoyen a le droitd’y couper du bois pour ses besoins, et d’y introduire ses troupeaux pour le gland,
PT UE RC ane Li iee 2 DEISIES DIRE SCENE SRE METRE CORNE EE ENER ET D
( 48 ) à laine : du reste les conditions sont les mêmes que celles du domestique laboureur. | Cet ordre de choses, lié au maintien de l’agriculture , conduit les tkeracos à devenir à leur tour propriétaires, pasteurs ou laboureurs; c’est là une
des causes principales qui, malgré le poids des
impôts multipliés et en nature, du système féodal et des dîimes, contribuent à conserver à la Sardaigne un reste de célébrité sur la richesse de ses moissons et la multiplication de ses troupeaux. Les theracas, ou femmes domestiques, se louent communément pour un an: leurs occupalions , les mêmes que celles de la maîtresse, sont les détails du ménage, surtout filer de la laine, du lin (i) et faire le pain; ces trois objets font partie essentielle de tout ménage sarde. Dans plusieurs cantons les parens mettent au service les filles dès leur plus tendre jeunesse à la carta, c’est-à-dire ad chartam, par acte obligatoire. On y stipule que la jeune fille servira sans gages pendant cinq , sept, neuf ans, et la maîtresse s’oblige à donner les plus grands soins à son éducation. A l’expiration de la carte, elle lui fournit le trousseau et tout ce qui est nécessaire dans un ménage complet, linge, lit, vaisselle, etc.