‹ De la douche et des affusion d'eau froide sur la têteChapitre 13 sur 18 · OBSERVATION SEPTIÈME · texte numérisé non relu

OBSERVATION SEPTIÈME

Douche agissant sur une maniaque en déterminant une commotion douloureuse.

La femme D... était frappée de manie depuis dix ans, lorsqu'on l'amena dans l'AsilePublicdes Aliénés. Ilyavait chez elle exagération de toutes les facultés mentales , elle saisissait les pensées des autres avec une extrême rapidité , sautait d'un sujet à l'autre sans s'arrêter sur aucun; la plus légère sensation la conduisait à de grandes déterminations ; elle était toujours près d'entrer en fureur et de se porter à des actes de violence ; dans sa maison , on n'avait pu la soumettre à aucun traitement régulier; sa constitution robuste et son tempérament sanguin n'avaient été nullement altérés par la durée de sa folie , ni par le retour de l'âge qu'elle venait d'éprouver. J'employai d'abord les moyens ordinaires , les bains tièdes fréquents et prolongés , les boissons rafraîchissantes , quelques applications de sangsues. Ces remèdes étant insuffisants ,

et les actes de violence se renouvelant fréquemment, j'eus recours à la douche. Aussitôt queD... sentit la colonne d'eau qui frappait sa tête , elle jeta les hauts cris , prétendant qu'on lui ébranlait le cerveau , qu'on lui meurtrissait la tête ; et quoique la douche n'eût pas duré une minute , elle se plaignit long-temps encore de la douleur de tète qu'elle ressentait, ce qui ne l'empêcha point d'être aussi agitée et aussi emportée qu'auparavant.

Le lendemain , j'administrai une seconde douche aussi courte que la première , mais dont l'impression douloureuse fut telle, que l'aliénée la ressentait encore plusieurs heures après , et qu'elle déclara préférer mourir que de s'exposer à recevoir une troisième douche. Elle devint effectivement beaucoup plus soumise , et comprima ses emportements. Si le délire général ne se dissipa point en entier , s'il resta une mobilité morbide , on obtint du moins cet avantage que le seul souvenir de la douleur que la femme D... avait éprouvée par la douche, la décida à s'habituer au travail et à vivre tranquillement au milieu des autres aliénées.

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