‹ De la douche et des affusion d'eau froide sur la têteChapitre 17 sur 18 · OBSERVATION ONZIÈME · texte numérisé non relu

OBSERVATION ONZIÈME

Lypémanie guérie parla douche agissant surtout en déterminant une forte commotion cérébrale.

Mme. D , âgé de 25 ans environ , d'un tempérament nerveux , d'un caractère ardent , fut conduite dans ma maison de santé en 1838. Cette dame avait éprouvé des peines fort vives au moment de son mariage qu'elle avait contracté par amour et presque malgré ses parents. Un an après , elle fut obligée de s'éloigner de son pays pour suivre son mari. Arrivée à Montpellier où l'appelaient les occupations de ce dernier, une tristesse profonde s'empara de son esprit; bientôt elle s'imagina qu'elle était destinée à tuer sa mère , et exigea que son mari ne la quittât pas un seul instant , ou la renfermât dans son appartement lorsqu'il sortait pour qu'elle fût dans l'impossibilité de s'enfuir. Elle était fermement

( 31 ) persuadée que , si elle en trouvait la possibilité , elle se mettrait dans une voiture publique et retournerait au sein de sa famille pour commettre le meurtre dont elle avait horreur. Quelques soins lui furent donnés dans sa maison ; mais il fallut se résoudre à l'isolement , et elle me fut confiée.

Le chagrin que Mme. D.... ressentait par suite de l'empire que ses idées délirantes avaient sur son esprit , avait réagi sur son physique ; l'appétit était nul , les digestions pénibles ; il y avait constipation et par suite amaigrissement. Des bains tièdes répétés ne produisirent aucun effet. Pendant qu'on en faisait usage , il se déclara une éruption dont la nature ne pouvait être exactement déterminée, mais qui avait quelques caractères de la gale; elle s'accompagnait d'un prurit violent. On remplaça les bains tièdes simples par des bains sulfureux , le prurit disparut promptement et l'éruption bientôt après. La lypémanie persistait néanmoins , j'administrai la douche. Lorsque Mme. D... la reçut pour la première fois , elle jeta de hauts cris , prétendant qu'on lui martelait le crâne , la douche cependant ne dura que quelques secondes. Aussitôt qu'elle eut cessé, il y eut sentiment de bien-être, et pendant toute la journée Mme. D.... sentit sa tête moins pesante. Ce changement lui parut si agréable, que le lendemain elle réclama une nouvelle administration de la douche. Il y eut encore commotion

douloureuse qui fut suivie également d'un grand soulagement. L'aliénée en demanda une troisième, et voulait même qu'on la prolongeât bien plus que les premières; on lui résista sur ce point , la douche fut courte , ce qui n'empêcha point une nouvelle amélioration. Huit douches encore furent données, une chaque jour, et chacune augmenta le bien-être. L'idée délirante principale perdit insensiblement de sa force; Mme. D...put s'occuper, se distraire, et après la dernière douche elle reconnut le ridicule de ses craintes. Un mois encore de tranquillité suffit pour ramener le calme entier de ses esprits et une excellente santé. Mme. D.... sortit de ma maison de santé après un séjour de trois mois.

Dans les cinq observations que je viens de citer, il est évident que la douche eut pour effet principal d'imprimer sur la tête des aliénés qui y furent soumis, un choc, un ébranlement douloureux , puisque aucun n'accusa la sensation de froid , et que sur aucun la douche ne dura assez long-temps pour amener la suffocation. Les sujets des deux dernières observations éprouvèrent même , à la suite de la douleur, un bien-être tel , qu'ils réclamèrent la douche avec instance pendant plusieurs jours de suite. L'ébranlement fut donc, chez tous ces aliénés, l'effet principal de la douche. Chez les deux derniers il fut peut-être même indépendant de la douleur.

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