‹ De la douche et des affusion d'eau froide sur la têteChapitre 18 sur 18 · OBSERVATION DOUZIÈME · texte numérisé non relu

OBSERVATION DOUZIÈME

Lypémanie guérie par la crainte de la suffocation que la douche faisait naître dans l'esprit de l'aliéné.

M. G. G âgé de 40 ans environ, d'un tempérament bilioso-nerveux , d'une forte constitution , livré aux études sérieuses , était depuis long-temps plongé dans la tristesse et dans un grand abattement survenus à la suite d'un excès de travail. Cet état ne tarda pas à s'aggraver encore et à se transformer en lypémanie bien caractérisée. Le développement en est assez curieux, pour que je croie devoir le faire connaître ici , quoiqu'il ne soit pas trèsdirect avec le sujet que je traite.

Au moment où M. G. G était rendu beaucoup

plus impressionnable par ses études trop prolongées , le procès Eliçabide avait un grand retentissement; M. G. G.... en lut et relut le récit dans les journaux, et il lui vint dans l'esprit cette idée qu'il était bien capable de commettre un crime semblable. Quelques jours plus tard , pendant lesquels cette même idée ne l'avait point abandonné , il se persuada qu'il avait effectivement commis le même crime , et ce fut alors que , tourmenté par le remords , il tomba dans la tristesse la plus profonde. Mais son imagination , mise ainsi en mouvement , ne devait point s'arrêter tout-à-coup ; elle lui fit déduire cette conséquence naturelle de son crime , qu'il était poursuivi

par la justice des hommes et qu'il devait mourir sur l'échafaud. Dans l'intention de prévenir cette ignominie et de sauver l'honneur de sa famille , il résolut de se suicider. Comme il était d'un caractère pusillanime , les moyens violents lui répugnèrent; il hésita long-temps sur le genre de mort qu'il devait préférer, il se décida enfin pour l'empoisonnement. Il chercha à se procurer de l'arsenic ; mais ses parents , qui le surveillaient attentivement, mirent obstacle à l'exécution de ce dessein. Voyant qu'il ne pouvait réussir, il prit des morceaux de verre qu'il pila dans l'intention d'avaler cette poudre et de s'empoisonner ainsi par l'antimoine; ses parents encore découvrirent ce funeste projet et en arrêtèrent l'exécution.

M. G. G..., ne voyant pas la possibilité de se dérober à la surveillance incessante exercée sur lui , voulut se laisser mourir de faim. Il est rare que les lypémaniaques, quand ils désirent fortement la mort , ne tentent pas ce mode de suicide ; mais il est rare aussi qu'ils n'y renoncent pas après deux ou trois jours d'abstinence absolue, lorsque viennent les douleurs dans l'estomac, les crampes dans les membres , les vertiges , les défaillances ; ainsi en fut-il pour notre malade , il ne put résister aux premières douleurs et prit des aliments. Néanmoins , sa lypémanie continuait, il se refusait à tout traitement, et sa famille, sentant la nécessité de recourir à l'isolement, me le

confia. Après l'avoir étudié soigneusement pendant quelques jours , bien persuadé que le raisonnement ne ferait rien sur son esprit, je pensai que la pusillanimité de son caractère le rendrait accessible à la crainte de la douleur; je proposai, en conséquence, à sa famille d'agir, dès le début , d'une manière énergique ; elle me laissa libre de mettre en œuvre le traitement que je croirais le plus convenable , et je me décidai tout aussitôt.

M. G. G.... restait pendant la journée plongé dans ses tristes méditations ; s'il parlait , c'était exclusivement pour émettre les idées résultant de son délire. Son imagination, qui l'avait fait criminel , poursuivi par la justice des hommes , ne s'était point arrêtée en si beau chemin, elle l'avait mené à la conviction qu'il avait été condamné. Vainement lui objectait-on qu'il était dans une maison de santé consacrée aux aliénés et qu'il n'avait jamais été en prison , qu'il n'avait comparu devant aucune cour d'assises , que les gendarmes même ne s'étaient jamais approchés de lui; il n'en persistait pas moins à soutenir qu'il était condamné, ce qu'il expliquait en disant qu'il avait été jugé par un tribunal occulte. Il pensait que des hommes jouissant d'un pouvoir caché, quoique tout-puissant , avaient prononcé sa sentence , l'avaient condamné à mourir crucifié , et que cette mort terrible lui devait être prochainement infligée. Je lui exposai le ridicule de semblables idées , et, sans lui permettre la discussion , lui

( 36) déclarai qu'il serait puni sévèrement chaque fois qu'il les émettrait. Je lui prescrivis en outre la lecture de bons ouvrages et quelques travaux de jardinage. Ces menaces eurent bien pour premier effet d'arracher à M. G. G.... la promesse d'un silence absolu sur son thème favori ; mais , ainsi qu'il était facile de le prévoir, une heure ne s'écoula pas qu'il ne l'eût enfreinte plusieurs fois. Quatre vésicatoires , un à chaque membre , lui furent appliqués aussitôt. L'espoir qu'on lui donna de les enlever promptement, s'il ne disait rien d'inconvenant , lui imposa une plus longue retenue ; il garda le silence pendant trois heures , et ne put aller au-delà. En conséquence , les vésicatoires furent laissés pendant plusieurs jours ; ils produisirent leurs effets ordinaires, sans amener aucun changement dans l'état mental.

Quand ils furent séchés , j'employai les affusions froides , dont le malade se plaignit vivement ; il préféra cependant les supporter chaque jour, plusieurs fois même dans la journée , plutôt que de renoncer à émettre ses idées favorites ; je me décidai alors à appeler la douche à mon secours.

La menace que j'avais faite d'employer ce moyen , que j'avais à dessein présenté comme terrible, n'avait produit aucun effet; il en fut tout autrement lorsque je la réalisai. Mon lypémaniaque soutint le premier jet avec assez de fermeté; mais à peine la nappe d'eau fut-elle formée

et la respiration devint-elle difficile , qu'il s'écria qu'on l'étouffait et fit toutes les promesses qu'on désirait. Il les tint même plus long-temps qu'il n'avait fait pour les précédentes ; il lut quelques pages avec attention , se servit de loin en loin des instruments d'horticulture qu'on lui donnait, et vingt -quatre heures s'écoulèrent sans qu'il prononçât aucun mot qui se rapportât à ses idées délirantes. Malheureusement il ne dormit guère pendant la nuit, et, se trouvant seul dans l'obscurité, son esprit ne put résister à la puissance du délire qui s'en était emparé depuis long-temps; aussi, le matin , il déraisonna autant que jamais. Une seconde douche lui fut administrée ; elle produisit les mêmes effets que la première : la crainte de l'asphyxie fut même plus profonde , les mêmes promesses furent renouvelées avec vivacité et tenues plus fidèlemeut. Quatre jours s'écoulèrent , pendant lesquels l'aliéné lut , travailla et se tut sur son délire. Au quatrième , il le manifesta , reçut promptement une troisième douche, à la suite de laquelle il sembla s'être opéré un changement complet en lui : non-seulement il se livra à la lecture d'une manière suivie , il travailla au jardin avec assiduité, mais en outre il se rapprocha des autres malades , qu'il avait évités jusqu'à ce jour, et soutint la conversation sur les sujets les plus variés.

Après une semaine d'épreuves , je permis la visite des

parents de M. G. G que j'avais promise en récompense de sa soumission ; il les reçut avec plaisir, mais au lieu de leur avouer son délire ainsi qu'il s'y était engagé envers moi, il leur reproduisit toutes ses idées délirantes, se plaignant des mauvais traitements qu'il avait reçus. Les représentations de ses parents sur ce sujet restant inutiles , je les congédiai , et une quatrième douche fut administrée. Ce fut la dernière, M. G- G.... avoua ses torts, promit tout ce que j'avais exigé de lui et tint fidèlement ses promesses; il reconnut bientôt ses erreurs, resta en convalescence pendant quelque temps et sortit de ma maison de santé , entièrement guéri , après trois mois de séjour. Six ans se sont écoulés depuis cette époque, il n'a pas cessé un seul instant de tenir une conduite que ne peut qu'approuver la raison la plus austère.

Si je voulais rapprocher cette observation de plusieurs autres dans lesquelles j'ai vu la monomanie se développer peu à peu à la suite d'une impression plus ou moins forte, j'arriverais, je crois, à des développements dignes d'intérêt sur la formation la plus fréquente de cette espèce d'aliénation mentale; je montrerais comment, souvent, des sensations, insignifiantes d'ailleurs, sont devenues l'origine de monomanies incurables parce qu'elles ont agi sur des sujets fortement prédisposés ; comment , dans d'autres cas , ces sensations ont agi et sont devenues

causes morbides , pour avoir été caressées par les personnes qui les avaient reçues , au lieu d'être repoussées avec force ; comment enfin , elles ne sont devenues cause et sujet de monomanie que par leur coïncidence avec d'autres causes tout aussi insignifiantes ; mais ce n'est pas ici le lieu. J'ai cité le fait de M. G. G... seulement pour prouver que chez lui la crainte de l'asphyxie qu'avait occasionnée la douche, avait agi par-dessus tous les autres effets pour procurer la guérison.

Les observations précédentes prouvent suffisamment , ce me semble , que la douche peut produire trois actions bien distinctes. Je tenais à mettre ce fait hors de doute , et maintenant je suis le premier à convenir qu'elles se confondent le plus souvent en un sentiment de terreur ; car, s'il est des aliénés en état de rendre un compte exact des sensations qu'ils éprouvent, qui se plaignent du froid, de la commotion cérébrale ou du sentiment de suffocation qu'ils ont ressenti plus vivement , le plus grand nombre n'accuse qu'une sensation confuse et fortement douloureuse. Il faut se garder, d'ailleurs, soigneusement de s'en rapporter toujours au dire des aliénés , si l'on ne veut s'exposer à de grandes erreurs. Pour établir la vérité , il est essentiel d'étudier les effets consécutifs de la douche en eux-mêmes. Ainsi , en ce qui concerne les sujets des observations 5 et 6 , il est évident qu'ils furent impressionnés particulièrement par le froid qui s'étendit rapi-

dément dans tout le corps , produisit un resserrement général , et consécutivement la réaction qui ne s'établit qu'avec peine : ainsi , en examinant les observations 7 , 8, 9, 10 et 11, on voit , au contraire , que la commotion cérébrale fut le principal effet de la douche , puisque , comme je l'ai dit , les aliénés ne se plaignirent point d'éprouver du froid ; qu'en outre, il ne survint chez eux aucun signe de refroidissement , et que , d'ailleurs , la durée de la douche fut trop courte pour amener la gêne de la respiration ; ainsi , enfin , chez le sujet de la dernière observation, ce fut au contraire la terreur, produite parla crainte de l'asphyxie, qui devint l'effet principal. L'aliéné le dit lorsqu'il jouissait d'une raison entière , qu'il pouvait rendre un compte exact de ses sensations ; et de plus , la résistance qu'il avait opposée jusqu'à ce que la nappe d'eau se fût formée et eût intercepté le libre passage de l'air par la bouche et par le nez , confirma la vérité de son dire.

Je conviens que ce dernier effet de la douche est le plus constant, que c'est celui-là surtout qui frappe les malades de terreur et dompte leur obstination ; mais le considérer comme le seul , ainsi que le font presque tous les médecins , c'est une erreur, je viens de le prouver. Malheureusement , elle en a entraîné une autre , à savoir : que la douche n'agitque comme moyen moral. M. Leuret, qui dans ces derniers temps s'est occupé du traitement

(41 ) moral des aliénations mentales d'une manière toute particulière , a commis une grande confusion à cet égard , et a contribué plus que tout autre à la propager. Il s'est servi fréquemment de la douche , a imposé par elle sa volonté à bien des aliénés , a obtenu ainsi des cures brillantes , et naturellement s'est laissé entraîner comme tant d'autres à généraliser l'action thérapeutique du moyen curatif qu'il avait mis utilement en usage dans quelques cas. C'est en cela qu'il s'est trompé : que l'on examine les observations rapportées ci-dessus et on s'en assurera. Certainement , on ne peut reconnaître aucun effet moral à la douche chez Mme. L.... et chez A. B.... ; le resserrement , résultat du froid , et la réaction qui s'ensuivit et qui amena peu à peu la guérison .furent des changements purement vitaux. Les observations 10 et 11 prouvent, d'un autre côté, que la guérison chez T. J... et Mme. D... fut due à la commotion cérébrale, qui , quoique douloureuse d'abord , laissa un sentiment de bien-être si grand , que les aliénés demandèrent avec instance que la douche fût réitérée. La disparition de la céphalalgie , qui survint chez M. de Luppé à la suite de la douche , est un fait de plus que je ne crains pas d'invoquer à l'appui de mon opinion.

Que les médecins aliénistes qui font usage de la douche veuillent bien réfléchir sur les effets qu'ils obtiennent , et je suis persuadé que de nouvelles observations ne

tarderont pas à confirmer les conséquences de celles que j'ai rapportées. Les faits nous manqueraient-ils d'ailleurs, que le raisonnement seul forcerait à les admettre. Comment , en effet , concevoir que l'impression du froid vive et prolongée , déterminant une astriction telle qu'il faut recourir à la chaleur artificielle pour appeler la réaction , n'amène qu'un effet moral ? Comment admettre cette proposition quand on réfléchit sur les conséquences d'un choc imprimé à la masse encéphalique , par une colonne d'eau ayant plusieurs centimètres de volume et tombant de haut sous la pression d'une grande masse de liquide ? Cela me semble impossible. Non , la douche n'est pas seulement un moyen moral ; elle produit, on n'en saurait disconvenir, lorsqu'on y a réfléchi , des effets dynamiques , dépendants , si l'on veut , de ses propriétés physiques , mais bien différents de ceux qui résultent de l'impression morale : l'eau froide, et c'est la seule dont on se sert, occasionne resserrement spasmodique et réaction proportionnée; le choc détermine commotion , ébranlement nerveux et encore réaction. Ces effets peuvent être thérapeutiques par eux-mêmes , et s'ils affectent le sens intime , ils ne le font bien certainement qu'après avoir modifié les phénomènes vitaux et même les conditions organiques. Ne pourrait-on pas en dire autant de la gêne et de la suspension de la respiration , troisième effet immédiat de la douche? Ne doit-

on pas supposer qu'elle n'entraîne pas , dans tous les cas, des effets purement moraux?.... Je suis fort disposé à croire qu'il en est ainsi, et que la terreur qui résulte de cet effet n'agit pas toujours seule sur l'aliéné. Je pense , au contraire , que lorsqu'un commencement de suffocation survient, le sang se portant en grande quantité vers le cerveau , et y séjournant par suite de la suspension de la circulation , il survient une modification importante dans les fonctions de cet organe.

Etant bien démontré que la douche, outre qu'elle peut agir comme moyen moral dans le traitement des aliénations mentales , provoque des effets bien distincts et indépendants de celui - là , il importerait encore de déterminer si ces effets sont indépendants les uns des autres ; si , par exemple , le froid produirait les mêmes effets sans qu'il y eût ébranlement cérébral. Je ne puis décider cette question par des faits certains; mais il me semble probable que ces effets , pour être plus saillants les uns que les autres , ne laissent pas que d'avoir une action combinée. S'il en était autrement , on remplacerait sans peine la douche par les affusions lorsque l'on voudrait seulement déterminer une sensation de froid ; on trouverait moyen d'amener un ébranlement cérébral par un choc de tout autre nature , lorsqu'on croirait la commotion utile ; enfin , au moyen d'un bandeau sur la bouche et sur le nez , on suspendrait facilement la

respiration , si l'on croyait cet effet thérapeutique nécessaire. Or, réussirait-on ainsi? Je suppose le contraire, relativement aux deux derniers effets de la douche; j'en suis à peu près certain , quant au premier. Il m'est arrivé maintes fois d'employer les affusions froides sans aucun effet; tandis que la douche, agissant principalement en amenant le refroidissement , modifie l'aliénation mentale et l'état général de l'aliéné. Tout donc porte à croire, je le répète, que quoique chacun des effets de la douche ait une action propre à laquelle il faut rapporter principalement les changements survenus chez les aliénés, ils ne lui appartiennent pas exclusivement , et qu'ainsi le froid , le choc, soit même la gêne de la respiration , se réunissent dans des proportions inégales , il est vrai , pour produire les effets thérapeutiques observés.

Enfin , il serait essentiel , pour connaître la valeur réelle de la douche , d'établir dans quels cas il faut recourir à elle pour déterminer de préférence l'action du froid, le choc encéphalique ou la gêne de la respiration ; mais , je l'avoue , je suis hors d'état de le faire. Des expé^ riences suivies , dans ce but , pourront amener la solution de la question ; quoique j'en aie déjà fait un assez grand nombre, j'en sens l'insuffisance; néanmoins, je crois pouvoir déduire des observations que j'ai rapportées, et d'une foule de faits dont je n'ai pas voulu surcharger ce Mémoire , les propositions suivantes :

La douche . dont on se sert habituellement dans le traitement des aliénations mentales , produit trois effets immédiats : le refroidissement de la tète , un choc sur la voûte crânienne, et la gêne de la respiration. Ces effets se combinent le plus souvent et se traduisent eu une sensation très-douloureuse ; mais, dans des cas peu rares, chacun d'eux modifie à sa manière les actes fonctionnels de l'encéphale.

La douche , par la douleur et surtout par la gêne de la respiration , imprime un sentiment de crainte , de terreur, dans l'esprit des aliénés, c'est-à-dire qu'elle agit moralement ; par ses effets immédiats , elle change le mode d'être actuel de l'encéphale , elle agit sur les forces de la vie. Elle peut être un moyen rationnel , le plus souvent il est perturbateur.

C'est par son action morale que la douche devient surtout moyen thérapeutique dans le traitement des aliénations mentales ; mais son action dynamique , dans un assez grand nombre de cas , ne saurait être révoquée en doute.

Les effets de la douche ne peuvent , dans aucun cas , être prévus à l'avance ; ils varient , selon une foule de circonstances et surtout en raison des prédispositions des aliénés qui la reçoivent (1); terribles chez les uns, ils sont nuls chez les autres.

(1) J'ai reçu dans ma maison de santé, il y a peu de

La douche est, en résultat, nn remède énergique. Par son administration intempestive et trop prolongée , elle a eu donné lieu aux accidents les plus graves; elle est devenue mortelle. Prescrite par des médecins intelligents et administrée sous leurs yeux, non -seulement elle a été toujours sans danger, mais elle a même amené des guérisons aussi brillantes que difficiles.

La douche ayant des effets qui ne peuvent être déterminés à l'avance, mais étant toujours sans inconvénient pourvu qu'elle soit donnée avec prudence , on peut l'essayer dans le traitement de toutes les aliénations mentales.

jours , un médecin atteint de monomanie ambitieuse , auquel on avait administré la douche. Voici ce qu'il dit à l'instant même et ce qu'il m'a répété par écrit : « Je prenais d'abord la douche à la hauteur de SO centimètres; » voici quels en étaient les effets : à cette hauteur je sen- »tais comme une forte commotion cérébrale, je compa- »rerai l'impression que je ressentais à celle que produirait un corps contondant, comme un gros bâton ou un • énorme moellon; il me semblait que le crâne, que la «boite osseuse se fracassait sous les coups énormes assénés «avec l'un de ces corps, que la masse encéphalique agitée »de mouvements en sens contraire ou d'un va-et-vient «épouvantablement douloureux était broyée contre une "des parois internes de la boite osseuse, et que ma mort «était imminente. »

Pour que l'aliéné éprouvât des effets si violents d'une douche très-faible (elle était faite au moyen d'un arrosoir), il fallait bien une prédisposition particulière.

On l'a vue calmer les maniaques et les monomaniaques , réveiller les 1 ypémaniaques et les insensés , dissiper les erreurs des illusionnés et des hallucinés.

Les effets de la première douche suffisent ordinairement pour instruire le médecin sur ce qu'il doit espérer ou craindre de ce moyen , sur la manière dont il doit l'employer. Quelques aliénés cependant parvenant à dissimuler l'impression qu'ils ont reçue , il faut , dans tous les cas , se méfier de leurs assertions.

Les maniaques, les mouomaniaques, les aliénés poursuivis par des illusions ou des hallucinations excitantes , supportent difficilement la douche ; on peut la leur réitérer souvent, mais il faut se garder de la leur donner longuement , car alors elle devient dangereuse , surtout s'ils la reçoivent en se débattant ou en poussant les hauts cris. Dans le premier cas , ils se blessent souvent ; dans le second , une asphyxie grave est toujours imminente.

Les sujets d'un tempérament nerveux , d'une constitution grêle , d'un caractère pusillanime , d'une grande sensibilité morale ou vitale , doivent être rangés dans la même catégorie , ainsi que tous ceux qui ont éprouvé depuis peu de temps une maladie cérébrale ou qui en sont encore affectés , tels que les épileptiques , les hystériques.

Les lypémaniaques , les insensés , les aliénés tourmentés par des illusions ou des hallucinations d'une nature triste , résistent, au contraire, fort long-temps à la douche. Pour qu'elle amène des résultats chez ceux-ci ,

il est nécessaire d'en répéter souvent l'administration et de la prolonger, en surveillant toutefois ses effets avec la plus sévère attention ; car il est des aliénés tellement concentrés , tellement obstinés , qu'ils succomberaient plutôt que de laisser échapper une plainte. Ces sujets bilieux , robustes , d'un caractère ferme , d'une sensibilité émoussée , opposent même résistance.

D'une manière générale, on peut dire que la douche agit promptement et avec force dans les aliénations mentales avec excitation , tandis que son action est lente et obscure dans les aliénations mentales , avec concentration.

Pour terminer ce Mémoire d'une manière conformée l'esprit qui a présidé à sa rédaction , j'ajoute cette proposition dernière :

Des considérations théoriques sur les effets de la douche peuvent aider le praticien dans l'emploi qu'il doit en faire; mais l'expérience seule le met en état de l'administrer, sans danger toujours , avec succès assez souvent.

Accession no.

Author

Rech, A-P-ft* De le- douche et àes af fusions."

Call no.

l»th CENT.

Date Due

■ Demco 293-5

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