‹ De la douleurChapitre 3 sur 9 · DÉDICACE · texte numérisé non relu

DÉDICACE

Celui dont l'auteur de l'Imitation dis c Que tous les docteurs se taisent; toute créature fasse silence, apn qt n'entende plus que vous, ô mon Dieu

Ce serait l'ambition de ce petit d'apprendre atix dmes affligées à n'éct que ce céleste Âmil

De tous les services que la Religic aux âmes, après celui de les sanc de les conduire au Ciel , le plus gran être est de les consoler. La vie es On n'est pas toujours dans son d'étude, ou à table avec ses amis au lit quelquefois, malade. On es de sa vie, désenchanté, triste. ( une femme qui souffre, un er meurt. Que d'heures dans la vie

donnerait toute sa science, tout son génie, pour une goutte de consolation! Que dit alors la Religion? Car si elle ne dit rien, si elle ne peut rien, à quoi sert-elle? Je ferais peu de cas, je l'avoue, d'un Dieu qui me demanderait tout et qui ne me donnerait rien, qui exigerait mes adorations et qui ne sécherait pas mes larmes ; duquel ie ne me retirerais pas, non seulement meilleur, mais content et consolé.

Et, de toutes les religions, j'irai toujours, comme à la seule vraie, à celle qui pourra me dire d'où viennent mes larmes , et surtout qui saura les essuyer.

La Religion, qui a tant d'ennemis, a trois immortelles compagnes qui ne la laisseront jamais périr. La première, c'est la grandeur même de l'homme, dont seule elle peut satisfaire les nobles élans, les

aspirations divines. La seconde, c'est la faiblesse humaine, le côté obscur, orageux, plein de passions de Tàme , que seule aussi elle peut appuyer, assainir, élever à la vertu. Enfin la troisième, la plus puissante, hélas! et la plus immortelle, c'est la douleur.

Plus j'avance dans la vie, plus je vois que toute âme souffre, et plus je sens que, par je ne sais quel mystère, il lui est bon de souffrir. C'est la douleur qui a sauvé le monde païen ; elle a été comme un Christianisme intérieur pour les gentils, une préparation évangélique. Et c'est elle encore qui sauve aujourd'hui les hommes du monde. Elle les empêche de s'aveugler tout à fait, de s'endurcir dans les affaires. Elle attendrit leur cœur. Elle les maintient doux et bons. Elle les prêche, apôtre se*

cret, quand plus personne n'ose le faire.

Et c'est pourquoi, à Theure de la mort, on est tout étonné de la facilité avec laquelle ils se rendent à Dieu. « homme, tu n'es qu'un songe rapide, un rêve douloureux; tu n'existes que par le malheur; tu n'es quelque chose que par la tristesse de ton âme et l'éternelle mélancoUe de ta pensée*. » C'est cette « éternelle mélan-r coUe » qui fait l'éternelle Rehgion. Détruisez la première, si vous voulez détruire la seconde. Vous n'empêcherez jamais les yeux mouillés de larmes de se tourner du côté du Ciel.

Je voudrais donc méditer sur la douleur.

D'où vient- elle? A quoi sert-elle? Y a-t-il, hors de la Religion, un baume? La Reli*

1 Chateaubriand.

gion elle-même en a-t-elle un? Car ëtait vrai que la Religion console effîca ment la douleur et peut seule la conso il y aurait là, en sa faveur, une pre nouvelle, la plus haute peut-être et a:

rément la plus touchante de sa vérité, sa souveraine et impérissable durée.

Seulement à vous qui ne conn2Liss( 'a douleur, je vous en prie, ne lisez i petit livre. Vous ne le comprendrie; ou vous m'obligeriez à des discussioi n'ont que faire ici. Je n'écris que ceux qui souffrent.

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