‹ De la douleur ... Précédé: Des temps presentsChapitre 11 sur 48 · I.XII · texte numérisé non relu

I.XII

AVANT-PROrOS.

versera. La société d’an point à l’autre sera mise en question. Irai-je ajouter mes épargnes à un champ qui peut m’étre un temps retiré ?

Tout capital au soleil s’amoindrira ; c’est-à-dire, que le sol de la France diminuera.,.

Le seul fait de cette crainte est une calamité publique. La nature en restera frappée comme d'un fléau. Il va tenir le capital stagnant en France pendant plusieurs années ; promener conséquemment autour de la population existante le fer tranchant de la misère pendant tout ce laps de temps. Kéfléchit-on à l’inextensibilité du capital sur une population dont l’élan est d’un million d’âmes tous les cinq ans !

Et tout en même temps vous vouliez la guerre ; vous vouliez augmenter l’impôt; vous vouliez en secourir la production du luxe ; vous vouliez décimer la propriété, qui soutient le capital ; vous parliez même de le miner de plusieurs milliards de papier hypothécaire ! ce qui prouve que vous ignorez bien tout.

Le papier hypothécaire? c’est-à-dire, au sein de notre paupérisme, créer le moyen de manger deux ou trois milliards de plus au capital ! Mais, qui êtes-vous?

Songez-vous que la France est sortie des assignats, qu’elle a fourni les guerres de l’Empire, soldé deux fois la rançon de l’étranger, remboursé le milliard d’indemnité, et qu’ajoutant sept fois ces deux dernières sommes, elle paye en ce moment de sa misère le déficit du capital industriel ! Payer, payer, n’habitue pas celui qui paye , mais le détruit.

Malgré ses 12 milliards de dettes intestines, malgré les 1 5 milliards que le commerce lui a dévorés, malgré la dépré dation qui mine les 47 à 50 milliards qui lui restent, malgré les 2 milliards d’impôts qui nous frappent, il n'existe plus en ce moment que le sol. Ce sol est le lambeau de la France,

AVANT-PROPOS

sur lequel nous tâchons de nous tenir encore debout...

Et vous voulez le déchirer !

Le moyen est en vos mains. Ce n’est pas l’invasion que redoute le plus la France, l’étranger n'emporte pas le sol ; ce n'est pas la guerre civile, elle tue deux cents fois moins d’hommes par an que la misère. Ce moyen c’est d’annuler le sol lui-même en étouffant la propriété : soit en la jetant sous le scellé de l’hypothèque, soit en la paralysant par l’impôt.

Le jour où le sol, lequel n’est que la propriété cultivée, ou la propriété, laquelle n'est que le sol créé et conservé, sera livré à ceux qui ne l’ont point enfanté, vous ouïrez de nouveau la demande de la marâtre au tribunal de Salomon !

Hommes de l'illusion, voulez-vous savoir comment on le cultivera? Toisez l’ouvrage des chantiers nationaux.

Voulez-vous savoir comment on le moissonnera? Ouvrez les règlements des moissons chez les esclaves affranchis.

Voulez-vous savoir comment on consommera? Examinez quelle tempérance accepta vos bons de viande et de vin des premiers jours.

Par l’impôt, par l’emprunt, par l’hypothèque, par tout pillage légal touchez à la propriété, et vous aurez détruit l’impôt. Êtes- vous comme des enfants? Par qui le faitesvous payer? Qui vous prépare cet excédant sur ses besoins? Où saisirez-vous celui qui, ne faisant pas d’épargne, n'offrira aucun capital ? Vous glisserez à l’entrée de sa bouche, dans son vin, dans sa viande, à la fenêtre qu'il ouvre, au cuir qu'il met à ses pieds ?

Tout déplacement de richesse est une perte de richesse. Je parle à quiconque a vu. Que par des lois comme j’en sais, on déplace le tiers du capital de la France pour élever le niveau ailleurs, avant trois ans la population s’écroulera de

Page 1