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XXVI IL

Page 208. — Dieu, au sein de la gloire, est en admiration devant ce que fait l’homme^ an sein de la douleur

« si i’apôlre S. Paul, s’écrie Bossuet, a dit que le fidèle est un spectacle au monde, aux auges et aux hommes, nous pouvons ajouter qu’il est un spectacle à Dieu même. » — Fragm. du Serra, de Bossuet sar le bonheur du Ciel, tom. lil.

La personnalité n’a tant de prix aux yeux de Dieu que parce que l’homme l’a toute faite. Chaque homme a de lui-même une grande estime ; ii a bien raison si c’est l’humilité qui lui fait lumière !

Pourquoi Dieu s’esl-il imposé la surprenante consigne de ne pas entrer dans le temps ! Réfléchissezvous que , depuis le jour de l’épreuve , il n’est plus apparu comme Dieu, de crainte de déflorer le mérite de la liberté , tout entier dans la Foi vive...

Page 211. — Tant que le inonde siibsis te, affirmez que le fleuve des

NOTES

libertés verse encore dans L'infini pins de bien que de démérite —

Laissez-moi dire. Tant de gens aujourd’hui ont tourné l’humanité en dérision dans leur personne ; il Faut absolument découvrir le pied pour montrer la hauteur de l’homme !

Les hommes de bien et de bon sens doivent s'eu rapporter à Dieu de la création ; qu’ils calment les appréhensions que fait naître en eux la vue du mal. On se rappelle le verset de l’Evangile qui suit l’annonce de la fin des temps :

« Et si le Seigneur n’eût pas abrégé ces jours, personne n’aurait été sauvé : mais pour ses élus il a abrégé ces jours (S. S. Marc, ch, XXIII, v. 20). »

La liberté donnera donc tout ce qui est eu sa puissance ! Quelques maux que vous soyez appelés voir, restez certains que la liberté, soit par solidarité totale, soit par développement nouveau, continue la magnifique production qu’en attend Dieu. Aimer , aimer toujours les hommes, mais sans leur passer aucun tort ! Seulement, gémissez de ce qu’ils ne font pas plus de bien ; ils pourraient tant en faire avec une liberté si grande !

l^age 214. — îl ne fallail qu'un seul

ET ÉCLAIRCISSEMENTS. 281

acte de pleine et entière liberté pour fixer dans un être la responsabilité

Comme les théologiens pensent que cela lut pour le premier homme, dont un seul acte devait décider du sort de la nature humaine. En ce seul acte, Adam a répondu pour sa race ; la solidarité était contenue dans son germe. Les théologiens présument tous que s’il n’y avait pas eu chute de la part du premier homme, sa race en eût été préservée. Le relatif commençait ; l’essai était là!

Un seul acte de pleine liberté détermine dans un être la responsabilité ; au besoin , le fait des anges le prouve. Leur destinée , pour se fixer , n’a point traversé la donnée successive ; le temps ne fut pas ouvert pour eux. Tous n’en furent pas moins aussitôt invariablement fixés dans la direction de leur être , comme le portent les Ecritures, Pourquoi devant nous la durée successive ? le temps , à l’homme ?

Le temps, c’est ce qui recommence toujours... Là est la question.

Ce point capital de différence entre la liberté de l’ange et la liberté de l’homme, me découvre une immense Loi , dont je tracerai la faible esquisse dans les lignes qui vont suivre celles du texte cité plus haut.

NOTES

XXXÎ.

Page 219. — Unité et solidarité de Pétre au fond, dont notre raison ne saura jamais comprendre le vrai mystère en ce monde....

Noire pensée nous perd dans la multiplicité. Longtemps on a vu les hommes avant de voir l’homme ; longtemps l’homme , avant de voir l’humanité...

Au fond, il n’y a que deux choses, l’infini et le créé. Tous deux sont un dans leur essence: il n’est qu’une essence infinie, il n’est qu’une essence finie. En dehors de l’absolu, l’élre est en son unité et son identité, comme dans l’absolu lui- même.

Le créé est un de l’unité d’essence du relatif ; le relatif, de son même rapport avec l’absolu. Le relatif ne saurait être plus multiplié que sa source ; ne saurait être plus varié que l’être , dont toutes les conditions se rassemblent pour l’infini.

Cette unité de l’être est ce que nous appelons la Solidarité. La solidarité n’est que l’identité de nature.

De là , en nous , comme en Dieu , diversité de personnes, mais unité de substance. La liberté et la solidarité s’impliquent. L’une crée le mérite, et l’autre le répartit.

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La réversibilité vient rétabiir l’unité de vie au sein de la variété des organes produits dans la liberté. Et ia liberté , après avoir spécialisé la vie en chacun , retrouve sa racine impersonnelle dans la solidarité.

La solidarité et la liberté sont les deux lois de l’absolu qui ont suivi l’étre dans le temps, pour le constituer, Elles ont produit ces deux faces psychologiques de l’homme, le cœur et la volonté, l’amour et la personnalité , que je me suis empressé d’établir sur la première page de ce Livre.

Ne pouvant , comme les personnes Divines, s’élever à l’infini , les personnes humaines se sont multipliées dans leurs individualités ; mais n’ont pu perdre les attributs universels de leur essence. Les hommes restent solidaires, comme on l’est dans l’absolu pour le bonheur.

Chacune des trois Personnes prend })art à toute la divinité ; elles se différencient seulement en ce que l’une n’esl pas l’autre. Chacune de nos personnes est appelée à prendre part à toute l’humanité ; bien qu’elles doivent se différencier aussi en ce que l’une ne sera pas l’autre. ,

Cette participation de l’individualité aux biens de l’humanité entière est la Solidarité. Cette distinction qui spécialise l’individualité en nous est la liberté. La liberté ne peut pas plus détruire en nous la solidarité, que la personnalité ne détruit en l’une des trois personnes infinies sa part à la divinité.

NOTES

La philosophie sortira de l’étude trop exclusive du moi. Il faut que la pensée métaphysique s’habitue maintenant à comprendre que la solidarité est une loi éternelle de notre essence aussi profonde que la liberté.

Le temps de l’analyse va finir. Ses fruits précieux sont recueillis, ses graves inconvénients cesseront. Les détails ne recevront désormais leur lumière que delà Loi d’ensemble... L’époque est achevée ; des génies d’un ordre supérieur vont paraître...

Page 221. — Que savons-nous si une solidarité universelle n’existe pas entre toutes les créatures intelligentes répandues sur les globes...

Ai-je le droit d’affirmer une loi qui se présente pour la première fois à la pensée ? La recherche métaphysique de ce livre l’a aperçue ; mais comme la sainte pratique humaine découle de toute métaphysique, un sentiment de respect plus grand que mol m’empêche de faire un pas de plus...

Je citerai des passages de l’Écriture qui donnent à réfléchir. A quel fait se rapportent ces paroles de l’Apocalypse ;

« Vidi angelum descendenlem de cœlo, habentem

ET ECLAIRCISSEMENTS

« clavem abyssi in manu sua. — Et apprehendlt ser- « penlem anliquum, qui est Salanas, et ligavit eum per « annos mille, — Et misit eum in abyssum, et clausit « super ilium ut non seducat amplius gentes , donec « consummenlur mille anni. » Cliap. XX, w, 1,2, 3.

Afin qiCil ne séduisît plus les nations jusqu’à ce que Jes siècles fussent accomplis ! De quelles nations s’agitil ? Celles de ce globe au contraire sont placées sous la séduction. Il est donc d’autres nations, qui pendant les mille ans ne seront plus tentées? Elles l’ont donc été? Pourquoi ne le sont-elles plus ? Enfin , quelles peuvent être ces nations ?

Au commencement , les habitants de toutes les sphères n’auraient-ils pas été créés avec une nature identique, et dans une même innocence? La grande tâche volontaire de la liberté n’aurait-elle pas été mise à la portée de tous? Dieu ne l’aurail-il pas successivement offerte à toutes ces races, jusqu’à ce que Tune d’elles, par l’effet de la solidarité, l’eùt acceptée pour les autres ? Celle tâche une fois acceptée par la race d’une sphère , ne suffit-il pas, pour conserver l’innocence aux autres , d’un obstacle placé entre elles et Satan? Satan ne séduirait donc plus ces nations jusqu’à ce que les mille ans soient accomplis , que la race cosmogonique ait achevé l’œuvre du temps ?

Le pouvoir du bien et du mal aurait été offert à toutes ces races. Car c’est le mal qui pose sans cesse

NOTES

le mérite relatif du bien. Dieu communiquait extérieuremenl avec Adam, te principe du bien étant représenté par Dieu , il a fallu que le principe du mal leur fût aussi extérieurement représenté. Dieu devait dire plus tard à l’homme chargé de la Responsabilité des mondes; Dixi : vos diî eslis (Psaume 81, V. 6.) ! Le Mal leur présenta donc sous un faux jour cette vérité : Eritis sicuî dii, scientes bonum et maliim {Genèset cap. 11).

Et clausit super illnm. L’arbre de la science du bien et du mal ne reste plus planté que pour rhomme.

XXXÜL

Page 224. — YoiLà sans doute pourquoi le mystère de la Rédemption s’est accompli sur cette terre....

Que ce fait est mystérieux ! Voyez la question ; la Rédemption n’a-Lelle eu lieu que sur la terre ; ou bien s’est-elle répétée sur tous les globes de la création ? Si la terre seule est tombée dans la chùle, , comment en aurait-elle mérité plus de grâce ? Si le fait de la rédemption est allé se répéter sur tous les globes , à quoi ressemble la création ?... Néanmoins dans les âmes il reste ce sentiment , comme identique à la foi , à savoir que la Rédemption accomplie en ce monde est pour tous les globes de la création.

ET ÉCLAIRCISSEMENTS. 287

Comment ceia serail-il sans une Solidarité entre tous ? Enfin, pourquoi le fait aurait il eu lieu chez nous?

L’homme serait le nœud de la création. Est-ce pour cela que la Genèse présente le soleil et les astres comme faits pour la terre, malgré la faible importance de celle-ci considérée au point de vue du volume P

Ce grand début de la Genèse est très-extraordinaire : « Au commencement , Dieu créa le ciel et la terre. '» Il n’est pas dit d’une manière générale que Dieu créa tout ce qui est dans le ciel ; mais le ciel, et puis la terre ; comme si elle pouvait entrer en équilibre avec le reste !

Et c’est après que Dieu eût créé la terre qu’il créa les étoiles et les deux grands corps lumineux^ afin dit la Bible « qu’ils luisent dans le ciel et qu’ils éclai- « rent la terre et qu’ils président à ses jours et à ses « nuits. »

Pourquoi le monde dans son aspect, car toutes les choses offrent le symbole de ce qu’elles sont, est-il constitué de manière que la loi de la petitesse grossit

à nos yeux l’importance de la terre, très petite, tandis qu'elle efface le volume des astres, qui sont trèsgrands ? Enfin, pourquoi semblent-ils à nos yeux tourner autour de la terre*,’ prise pour centre, nous offrant en quelque sorte l’emblème du fait qui aurait lieu dans la création ?

Pour avoir une idée du sentiment des peuples sur l'importance du rôle de la terre au milieu de la

NOTES

création , qu’on se rappelle la répugnance montrée par l’Église à la première apparition du système de Copernic î Porlait-eUe dans ses entrailles, comme le genre humain, le sentiment d’un déplacement de centre du monde moral, que semblait amener dans les idées ce déplacement inattendu de centre du monde physique ? Ces faits sont graves.

Page 235. — Et Dieu ayant conçu l’être cosmogonique, en lui les êtres se sont retirés dans leur essence

En ce dernier chapitre , je n’ai pu m’empêcher de reprendre l’idée , selon le sentiment qui me l’a fait venir. Je rapporterai ici une pensée qu’exprime le Dante dans son chant du Paradis. Après , j’en citerai une de de Maistre.

« Dans le ciel de la paix se meut une essence , dont la vertu renferme l’être de tout ce que l’être luimême contient.

« Le ciel suivant, qui a tant d’étoiles, distribue celte essence entre diverses substances, d’elles distinctes et en elles contenues.

« Les autres deux disposent de diverses manières les distinctions qu’ils renferment, et les mènent vers les fins qui leur sont assignées. »

Le Paradis^ chant II®.

ET ÉCLAIRCISSEMENTS. 289

« La queslion des souffrances du juste en ce et monde conduit à celle de la Réversibilité , qui est « le grand mystère de l’univers, » disait de Maistre à une époque où celte question des souffrances tenait évidemment moins de place dans la préoccupation des esprits. « Je me suis» arrêté sur le bord de cet « abîme , continue cet homme.... La Réversibilité « expliquerait tout , si on pouvait V expliquer /// Mais , « c’est un fait , c’est une croyance naturelle à « l’homme. Cette croyance jette le plus grand jour « sur les voies de la Providence dans le gouver- « nement du monde. »

DE Maistre. S. de St-Pétersb. 10® entr.

Page 236. — Foyer central, dans sa souffrance, grand réflecteur, par son amour, Thomine est le patriarche des mondes et Funiversel Adam —

L’homme, la race, l’humanité, tous les esprits sont identiques; Dieu les envoie dans les mondes sans rompre leur solidarité. Les différentes sphères de l’espace indiquent les divisions de l’homme universel, cherchant à se constituer. Les uns travaillent, les autres adorent ; par l’épée ou par la lyre ils mar-

290 NOTES

chent ensemble à l’infini. La race cosmogonique lient le champ de bataille, pendant que les races fortunées gardent les sanctuaires de paix : car si le blasphème ou l’oubli sortent du choc de la douleur et de la liberté ; de celles-ci, les hymnes d’amour, couvrant les sons de l’imparfait , s’exhaleront sans fin vers Dieu... De là, plusieurs demeures dans la maison du Père, de là plusieurs vertus sur la beauté des

âmes, pour les munificentes variétés des Cieux

L’homme essaiera une puissance au-delà de celle qui est en lui. En l’envoyant à la vie. Dieu lui offrit l’arbre du bien et du mal ; le prévenant que s’il veut en choisir le fruit, en échange de l’innocence, la nature aussitôt rebelle attaquera sa volonté, tandis que la douleur fidèle prendra les chemins de son cœur. Et l’homme ayant tout accepté , un Médiateur dès-lors promis est entré dans ses destinées , tenant la source toujours prête pour la grâce et l’immunité. De là j’ai vu la Rédemption dite contemporaine de l’épreuve, et regardée par le génie de Ballanche comme le même

décret divin Dieu s’est immolé pour l’homme, et

l’homme pour tout l’univers.

Page 237. — Dans les traditions sacrées l’homme est appelé Enosh ,

ET ÉCLAIRCISSEMENTS. 291

d’un mot qui signifie douleur

« N'est-il pas extraordinaire que le nom générique de riiomme , en hébreu, signifie douleur? Enosft , homme, vient par sa racine du verbe anash ! »

DE Chateaubriand, Gén. du Christian., liv. III. Vériî. des Ecrit.

Page 259. — Oui, je crois qu"un monde gravite dans l’espace pour toute àme qui paraît en cette vie, car le poids de douleur

Chose très-remarquable, un vieux sentiment populaire ( se rattachant lui-méme à une tradition si ancienne qu’il faut remonter tous les temps pour en retrouver l’origine ), dit que chaque homme a son étoile ! Il prétend aussi qu’à chaque étoile se rattache une destinée individuelle sur la terre...

Bien qu’entiérement voilé dans les consciences , ce sentiment du peuple est allé jusqu’à attribuer à ce qu’on a appelé une étoile qui file, le signe de la délivrance d’une âme, et son entrée au Ciel !

Les peuples de la terre ont porté si avant la mystérieuse croyance d’une liaison cosmogonique entre les astres et nos destinées individuelles , que les conqué-

NOTES

rants, de nos jours même, ont dans de graves circonstances parlé de leur étoile^ comme s’ils invoquaient un fait connu, et sur lequel ils pensaient se remettre d’une part de leur responsabilité. Napoléon, cet esprit si décisif, a employé souvent ce mot, auquel il pensait bien que les hommes attachaient une espèce de valeur.

Mais un évènement dont on sera frappé , comme je l’ai été moi-même , c’est que le Livre divin fait coïncider la fin du monde avec la fin de notre globe. Aux derniers jours de la terre , les étoiles tomberont , ou pour traduire le texte : « Les étoiles seront « tombantes, les ver/ ms du cfe/ seront ébranlées.... « Alors le fils de l’homme assemblera ses élus depuis « les extrémités du ciel jusqu’à l’extrémité de la « terre... » ( S. Mathieu , XXIV , 29. — S. Marc , XIII, 25. — S. Luc , XXI , 26).

Il faut croire que les livres saints contiennent l’argument de tous les mystères. Ils nous ont révélé ceux qui importent directement à notre conduite morale. Ceux qu’ils cèdent à la pensée métaphysique, viendront en apanage à l'esprit plus élevé de l'homme.

Le vrai, nous le connaissons ; c’est ce qui est utile ici au bien. Le beau, nous l’entrevoyons ; c’est le vrai des choses infinies.

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