‹ De la douleur ... Précédé: Des temps presentsChapitre 47 sur 48 · SAINT · texte numérisé non relu

SAINT

Page 164. — On doit prendre sur la terre un soin égal de la personnalité et de i’amour....

Il ne faut pas croire que la puissance cl l’amour suivent deux lignes parallèles jusqu’à l’infini, sans se rencontrer. Elles y arrivent au contraire par un cercle dans lequel elles aboutissent l’une à l’autre. La plénitude de l’amour devient la puissance, et l’apogée de la puissance se change aussitôt en amour. On trouve même des traces de cette loi sur la terre, ou, comme on l’a pu remarquer, les fils tiennent avant tout de leur mère, de même que les filles ressemblent plus à leurs pères, de caractère et de tempérament.

Vous ne remarquerez pas sans attention que, dans ie langage des Ecritures, langage si profondément

NOTES

ontologique et trempé dans la Sagesse, l’homme est plus particuliérement appelé : le fils de la femme’, et les femmes de leur côté : les filles des hommes.

lia puissance et l’amour sont de toute éternité unies; dans le temps seul est la division du travail. Le relatif n’est offert qu’à la faiblesse de l’homme. Si au fond i! n’en était pas ainsi de ces deux énergies de l’absolu , comment les Personnes divines eussent-elles trouvé dans leur Irinilé l’unité vivante de Dieu ? Les relations intrinsèques de la substance sont remplies des merveilles toutes divines de runion.

Page 168. — Il est inutile à l’homme de saisir un bien de tout son coeur, tout son cœur d’un autre côté sera saisi par l’amertume....

La douleur ne quittera pas plus l’homme que sun ombre : elle est le motif de sa vie. Qu’il tente de supprimer sa douleur, une douleur nouvelle et toute fraîche l’assaillerai Si l’homme réussit à recueillir son pain, la faim le prend par l’esprit; celle du bien, celle du vrai, celle du beau. Une seule de ces trois faims a fait mourir bien des hommes ! S’il apaise la faim de l’esprit, il est pris par celle du cœur ;

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celle de la gloire, celle de l’amour, celle du bonheur. Une seule de ces trois a fait mourir bien des hommes, comme poètes, comme amants, ou comme saints! Et s’il cherche à échapper, par l’indifférence, à l’une de ces trois faims, alors s’ouvre pour lui l’iuexprimable peine de vivre. Comme on l’a dit , vivre est un travail pour celui qui n’en a pas d’autre ; travail sans fond de l’ennui...

Qui laisse les rives paisibles du travail par les bras ignore par quels chemins conduit le travail par l’esprit ! L’homme qui compte se délivrer de la faim limitée du corps , ne sut jamais la faim que l’infini lient en réserve dans le cœur...

Celui qui ne marche que par espoir se plaindra de mon discours ; mais celui qui prend sa croix et suit son âme, me le pardonnera.

XXÎ.

Page 181. — Une liberté essayée à ce titre peut être désormais pesée aux balances de rabsolu....

La liberté ! c’était lâ le grand point à veiller. Dieu ne peut se tromper lui-même,. . Ne remettant à l’homme qu’un simulacre de liberté, il ne lui reviendrait qu’un simulacre d’amour ! C’est la question mélne de la création.

NOTES

XXIÎ.

Page 183. — Songez que le mal est un fait! C’est bien srave un fait: être entré dans l’ordre absolu

Le poêle allemaud met dans la bouche du dialjle celle parole , que celui-ci dil avec amerlume : « Je suis une partie de celle force qui veut toujours le mal, el qui /où toujours le bien. »

Page 191. --- Les intelligences célestes ont été en proie à un orgueil si complet que leur chute a passé jusqu’à présent pour être irrémédiable...

«< Dieu dés l’origine, dil Bossuet, el avant toute autre nature, en avait fait une qui devait être la plus belle et la plus parfaite de toutes ; c’était la nature angélique. Et dans celte nature parfaite il s’était comme délecté à faire un ange plus excellent el plus parfait que tous les autres ; sous Dieu l’univers ne devait rien avoir d’aussi beau! Ange malheureux, qui êtes comparé à cause de vos lumières à l’étoile du

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matin, comment êtes-vous tombé du ciel , dit Isaïe (Is. XIV, 12) ! Bossuet , Trait, de la Conc.,, ch. XXIV.

A cause de vos lumières ! quel sujet profond de méditation sur la manière dont l’homme vient en ce monde, et sur ses misères dans la vie ! Tout ce que j’ai dit au chapitre où j’ai parié du Travail et de la faim me revient à l’esprit...

XXÎV,

Page 196. — L’amour avait encore trop accordé ; il fallait que l’infini donnât moins ^ et l’homme davantage....

Après cette observation, qui sort dos enlrailiesde la métaphysique , je vous engage à lire révangiie de l'Octave du S. Sacr. , où l’homme prend excuse de sa propre personnalité pour ne la pas donnera Dieu.

« Jésus leur dit cette parabole : Un homme fit un jour un grand festin , où il invita beaucoup de convives. L’heure venue , il envoya son serviteur dire aux conviés do venir parce que tout était prêt. Mais tous, comme de concert , commencèrent à s’excuser. Le premier dit : J’ai acheté une maison de campagne, il faut que j’aille la voir. Un autre dit : J’ai acheté cinq paires de bœufs , et je vais les essayer. Un autre dit : Je me suis marié , et ainsi je ne puis y aller.

NOTES

Alors le père de famille , tout en colère , dil ; Allez promplement dans les places el dans les rues de la ville , el amenez ici les pauvres 5 les estropies , les aveugles , les boîleiix. Seigneur , dil le serviteur, j’ai fait ce que vous m’avez commandé. Le Maître dil: Allez dans les chemins , le long des baies , afin que ma maison se remplisse. Je vous déclare qu aucun de ceux que f avais invités , ne sera de mon souper. Or , une grande multitude suivit Jésus, el il lui dit : Si quelqu’un vient à moi el ne hait mémo sa propre vie , il ne peut être mon disciple. Car qui d’entre vous veut bâtir une tour, ne compte d’avance s’il ne peut l’achever ? Quel est le roi qui , voulant combattre un ennemi qui vient à lui avec vingt mille hommes , n’examine pas auparavant s’il ne peut marcher avec dix mille. Ainsi donc , celui qui ne renonce pas à tout ce qu’il possède , ne peut être mon disciple. Le sel est bon ; mais s’il devient insipide, avec quoi salera-ton ? Que celui qui a des oreilles pour entendre entende. » S. Luc. chap. XIV.

V ainsi donc de la coiîséquence ne saurait être compris de celui qui n’a pas l’oreille pour entendre que celte première partie de la tour est la personnalité , qu’il faut avoir l’amour pour l’achever; que ce sel est la personnalité, qui donne le ton à l’amour. Si elle vient à se dissoudre , avec quoi composera-t-on ? C’est immédiatement aj)rés que vient la parabole du pécheur et des quatre-vingt-dix-neuf justes.

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Page 196. — Dieu jugea le Déluge nécessaire : pour la troisième fois le relatif fut ramené plus près du néant

Regardez comme, sous ses voiles si beaux, la Bible nous laisse des traces remarquables des choses primitives quand, arrivant au déluge, elle en montre le motif dans ces Géants, issus des fils de Dieu , qui peuplaient alors la terre ; de ces hommes, ajoute-telle, « redoutables et renommés dans les anciens jours {Genèse, chap. VI). »

Gigantes autem eranl super terram(Gen. ch. YI, v. 4). Le mot hébreu nephelim, que les Septante et la Vulgale rendent par Gigantes, est traduit dans Âquila et dans Symmaque par hommes violents. C’est le sens suivi par Philon, Origèrie, Eusèbe. M, Jolibois constate aussi, avec dom Calmet, la coïncidence singulière du nom hébreu nephelim avec celui que les Grecs donnaient aux Centaures, race violente et redoutable : vtoï ve^sXfov , enfants des Nuées, Dans tous les cas , on ne remarquera pas sans surprise l’étonnante étymologie du mot dont les Grecs nommèrent les géants, en les qualifiant du nom iVEnfmits delà terre, Ftyavrea de Fv] Tmoc !

NOTES

« Nous trouvons la tradition d’une race ancienne de Géants établie chez tous les peuples, et s'appu)’ant sur les plus antiques raonumenîs de leur histoire. Grecs, Egyptiens, Indiens rappellent dans leur mythologie l'existence de celte race qui, par son audace et ses violences, se serait rendue l’objet de la haine et des dieux et des hommes. T.cs peuples du Nord parlent de cette même race dans leur Edda, cl la dépeignent sous des traits également odieux. Les Chinois (Hisl. de la Glu, de Mailla), les Japonais (Hist du Jap.. Kampfer) mentionnent dans leurs au nales un peuple d’une taille gigantesque qui aurait habité leurs contrées dans les premiers âges. Le.s Mexicains et les Péruviens (Hist. du Per., de la Vega) nous dépeignent, dans leurs récits des temps primitifs, une race de géants ennemie de la divinité (Dissertation sur la tradition des géants) ! »

Les hommes primitifs, dominant encore la nature, forts comme les lions mêmes , firent passer dans le mal toute la vigueur de leur corps. Toute chair avait corrompu sa voie. Le cœur et la raison s’étant éteints, cette race dans la force et dans l’esprit fut devenue démoniaque.

« Dieu, comme le dit si magnifiquement l’Ecriture, « se HEPENTIT ; cl , ému de douleur au dedans de « lui-même , il dit : j’ôterai de la surface de la terre « Vhomme quêtai crdé {Genèse , chap. VI). »

De sorte qu’après le déluge les hommes furent

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moins beaux, moins puissants par l’esprit, et appelés à une moins longue vie. « Mon esprit ne demeurera « plus dans l’homme, et ses jours ne seront plus que « de cent vingt ans [Genèse j id.). » La science , venant remplacer l’intuition , nous donne une idée juste du régime sous lequel l’homme a passé.

Page 200. — Le créé doit disparaître, il n’est qu'une première mise de fonds... La substance est d’elle-

méme....

Connaissant bien toute l’histoire de la création, la grande voix du Dogme a dit : « Le Père nous a crées ; le Fils nous a rachetés ; le Saint-Esprit nous a sanctifiés ! »

Créés ! et voyez quels phénomènes ont lieu après !

Ah ! je vous parle comme je sens,., mais que je serais malheureux si ma pensée faisait naître autre chose en vous qu’une profonde humilité ! En entrevoyant ces merveilles, mon esprit vient de goûter, avant que la mort lui en ait marqué le temps, la joie de l’immense Bonté,

NOTES

Page 201. — Le travail prépare icibas un être qui, plus sublime que l’ange, ne tombera plus de l’infini

Il est de Foi tacite parmi les hommes que les élus une fois montés à Dieu n’en retomberont plus par une chute! Jamais un père de l’Eglise, ni aucun auteur, n’a songé à poser ce point en question. Cette indéfectibililé du juste est un fait bien graves il ramène jusqu’au fond de notre pensée, si on le rapproche de cette chûte des Archanges, qui étaient cependant les créatures les plus célestes et le plus rapprochées de Dieu !

« Quel est Fange à qui Dieu ail jamais dit : Vous êtes mon fils 1

« Et Dieu n’a point soumis aux anges le monde futur dont nous parlons.

« Il est dit dans un passage de l’Ecriture : Qu’estce donc que l’homtne pour que vous vous souveniez (le lui ! !

« Vous l’avez rendu, roua m temps, inférieur aux anges, vous l’avez couronné de gloire et d’honneur. » Epi(. S, Paul aux Hebr., ch. î et H, v. 5, 6, 7.

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