‹ De la droite manière de vivre: appendice extrait de la 4e partie de l'EthiqueChapitre 11 sur 35 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

TOUTEFOIS ce n'est point par les armes que les cœurs sont vaincus, mais par l'Amour et la Générosité*,

< Ne croirait-on pas entendre une parole échappée des lèvres du divin Réformateur? Au surplus, pour toute sa Morale, comme on le peut voir facilement, Spinoza relève directement du Christ. Il en est le véritable Continuateur, et, pour ainsi dire, le DénM>nstrateUr scientifique.

PROPOSITION XLVI (Éthique, Part. IV).

Celui qui vit d'après la conduite de la raison, s'efforce, autant quil le peut, de compenser, au contraire, par C Amour ou par la Générosité, la Haine, la Colère, le Mépris, etc., d'aulrui contre lui-même.

Démonstration.

Toutes les passions de Haine sont mauvaises ; et, par conséquent^ celui qui vit d'après la conduite de la raison s'efforcera, autant qu'il le pourra, de n'être pas en proie aux passions de Haine ; et conséquemment il fera tous ses efforts pour que les autres aussi ne soient pas sous

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l'empire de ces passions. Mais la Haine s'accroît par une Haine réciproque, et, au contraire, elle peut ôtre éteinte par TAmour, de telle sorte que la Haine se change en Amour ; donc celui qui vit d'après la conduite de la raison, s'efTorcera de compenser par l'Amour, c*est-à-dire parla Générosité, la Haine d*autrui, etc. C. Q. F. D.

SCBOLIE.

Celui qui veut venger ses injures par une Haine réciproque, vit assurément d'une manière misérable. Mais celui, au contraire, qui s'étudie à triompher de la Haine par l'Amour, celui-là certes combat joyeux, et en sécu* rite. Il résiste aussi facilement à un homme quà plusieurs, et il n'a besoin que le moins possible du secours de la fortune. A l'égard de ceux qu'il vainc, ceux-là s'en vont joyeux, non pas vraiment de l'affaiblissement, mais de l'accroissement de leurs forces. Toutes conséquences qui résultent si clairement des seules définitions de l'Amour, et de l'entendement, qu'il n'est pas besoin de les démontrer séparément.

Toutefois, pour le& âmes tendres, pour les cœurs g;énéreux, trop disposés, dans la pratique de la vie ordinaire, à pardonner sans cesse, et |i se sacrifier perpétuellement aux intérêts égoïstes des autres, nous croyons utile de présenter les restrictions suivantes, recommandées par Spinoza lui-même.

Et de môme, lorsque le Christ dit : « Si quelqu'un te

frappe à la joue droite, présente aussi la gauche, » et les paroles qui suivent. Si le Christ eût prescrit de telles règles aux juges, comme Législateur, il eût détruit par ce précepte la loi de Moïse, tandis qu'il exhorte ouvertement au contraire (voy. Matth.y chap. v, vers. 4 7). C'est pourquoi il faut examiner qui a prononcé ces paroles, à qui elles ont été dites, et dans quel temps.

Le Christ a parlé, non pas comme un législateur qui instituait des lois, mais comme un docteur qui enseignait des préceptes ; car (comme nous l'avons montré ci-dessus), ce n'est pas tant les actions extérieures qu'il a voulu corriger, que le cœur. Puis le Christ a dit ces paroles à des hommes opprimés, qui vivaient dans un gouvernement corrompu, où la justice était complètement délaissée, et dont il voyait la ruine imminente. Or, ce que le Christ enseigne ici, au moment de la ruine de Jérusalem, nous voyons que Jérémie l'enseigne également lors des premières dévastations de Jérusalem, c'est-à-dire, à une époque semblable (voy. Lnment., chap. m).

Ainsi donc, comme les Prophètes n'enseignèrent ces doctrines que dans une époque d'oppression ; que nulle part elles ne furent décrétées comme lois; et que Moïse, au contraire, — lequel n'écrivit pas dans une époque d'oppression, mais qui s'appliqua (remarquez ceci) à constituer un bon gouvernement, — encore qu'il ait condamné la vengeance et la haine contre le prochain,.

a ordonné cependant de donner œil pour œiî; il suit très clairement de là, par les seuls fondements de l'Ëcritaro elle-même, que ces préceptes du Christ et de Jérémie, sur le pardon des injures et l'acte de céder toujours aux méchants, en toutes choses, ne se peuvent exercer que dans des pays où la justice est délaissée, et à des époques d'oppression, et non pas dans un bon gouvernement. Tout au contraire, dans un bon gouvernement, où la justice est défendue, chacun est tenu, s'il veut passer pour juste, de poursuivre devant le juge la réparation de l'injustice (voy. Lévit,^ chap v, vers. 4), non point par vengeance (voy. Lévit., chap. xii, vers. 17, ^ 8), mais dans le désir de défendre la justice, et les lois de la Patrie ; et afin qu'il no soit pas avantageux aux méchants d'être méchants. Toutes choses aussi qui s'accordent entièrement avec la raison naturelle.

(Traité theofogko-politique, Chap. VIT )

Et eet autre passage, non moins significatif.

Par exemple, c'est un acte pieux, lorsque quelqu'un lutte avec moi et veut prendre ma tunique, de lui donner aussi mon manteau. Mais dès que Ton juge que cela est pernicieux à la conservation d;3 la république, c'est un acte pieux, au contraire, de citer l'agresseur devant les Tribunaux, encore qu'il doive être condamné à mort. (Traité théologico politique, Chap XIX.)

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