‹ De la droite manière de vivre: appendice extrait de la 4e partie de l'EthiqueChapitre 12 sur 35 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

IL est Utile aux hommes, au plus haut degré, de s'unir entre eux, et de se resserrer par des liens, qui, de tous, fassent plus étroitement un seul* ; et, absolument, de faire tout ce qui sert à affermir les amitiés»

' Ut omnes unum siiU, a dit saint Paul.

ScHOLiE de la PROP. XVIII {Éthique, Part. IV). Par ce petit nombre de Propositions, j*ai expliqué les causes de Timpuissance et de l'inconstance humaine, et pourquoi motif îes hommes n'observent pasles préceptes de la raison. Il me reste à montrer, maintenant, ce que c'est que la raison nous prescrit, quelles sont les passions qui s'accordent avec les règles de la raison, et lesquelles, d'un autre côté, sont contraires à ces règles. Mais avant que je commence à démontrer ces principes en détail, suivant notre ordre géométrique, il me paraît bon de montrer d'abord brièvement, dès à présent, les dictamens mêmes de la raison, aûn que chacun perçoive plus facilement ce que je pense.

La raison ne demandant rien contre la nature, elle demande donc que chacun s*aime soi-même, recherche son utile qui est véritablement utile, désire tout ce qui conduit Thomme réelleqient à une plus grande perfection, et, absolument, que chacun s'efforce, autant qu'il est en soi, de conserver son être. Toutes prescriptions aussi nécessairement vraies, qu'il est vrai que le tout est p!us grand que sa partie. Ensuite, puisque la vertu, ce n'est rien autre chose que d'agir d'après les lois de sa propre nature, et que personne ne s'efforce de conserver son être que d'après les lois de sa propre nature; il suit de là : Premièrement ^ que le fondement de la vertu, c'est cet effort même pour conserver son propre être, et que la félicité consiste en ceci, que T homme peut conserver aoa être. Secondement, il suit de là que la vertu doit être désirée pour elle-même, et .qu'il n'y a rien de plus excellent qu'elle, ou qui nous soit plus utile, qui nous la doive faire désirer. Troisièmement^ enfin, il s'ensuit que ceux qui se tuent, sont des impuissants d'esprit, qui sont entièrement vaincus par des causes extérieures, contraires à leur nature. Il résulte ensuite du Postulat 4, Part. 2, qu'il nous est à jamais impos> sible de faire que nous n'ayons pas besoin, pour conserver notre èire, de lien de ce qui est en dehors de nous, et que nous puissions vivre de telle sorte que nous n'ayons aucun commerce avec les choses eilérienres. Et si, en

outre, nous considérons noire Ame, nous verrons assurément que notre entendement serait moins parfait, si i*Ame était seule, et ne comprenait rien qu'elle-même. Il y a donc, en dehors de nous, beaucoup de choses qui nous sont utiles, et qu'il faut désirer à cause de cela. Parmi elles, on n'en peut imaginer aucunes de plus excellentes que celles qui s'accordent entièrement avec notre nature. Si deux individus, en effet, d'une nature exactement semblable, s*unissent réciproquement, ils composent un individu deux fois plus puissant qu'un seul. 11 n'y a donc rien de plus utile à Thomme que Thomme. Oui! dis-jCy les hommes ne peuvent rien souhaiter de plus excellent, pour conserver leur être, que des^accorder touSj en toutes choses, de telle sorte que les âhbs et les Cobps de

TOOS COHPOSENT COHUE UNE SEULE AhE ET UN SEUL COBPS;

que tous ensemble, autant qu'ils le peuvent, s'efforcent de conserver leur être; et que tous ensemble recherchent , pour soi-même, le bien commun de tous. D'où il suit que les hommes qui sont gouvernés par la raison, c'est-à-dire les hommes qui recherchent ce qui leur est utile, d'après la conduite de la raison, ne désirent rien pour euxmêmes qu'ils ne désirent pour les autres hommes, et, par conséquent, sont des hommes justes, fidèles et honnêtes.

Tels sont les dictamens de la raison que je m'étais proposé de montrer ici par ce peu de mots, avant de

commencer à les démontrer d'une manière plus étendue. Si je l'ai fait, c'était pour me concilier, s'il était possible, l'attention de ceux qui croient que ce principe, que chacun est tenu de rechercher ce qui lui est utile, est un principe d'impiété, et non pas le fondement de la vertu et de la piété. Ainsi donc, après avoir montré brièvement que la chose est bien différente, je poursuis» etc.

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