‹ De la droite manière de vivre: appendice extrait de la 4e partie de l'EthiqueChapitre 15 sur 35 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

LES choses qui produisent la concorde, ce sont celles qui se rapportent à h justice, à V équité et à Y honnêteté. Car, outre ce qui est injuste et inique, les hommes supportent encore difficilement ce qui passe pour honteux ; c'est-à-dire qu'un individu méprise les mœurs reçues dans l'État. Mais, pour concilier l'Amour, les choses qui sont surtout nécessaires, ce sont celles qui ont trait à la Religion et à la JPiété. (Voy., à ce sujet, les Schol. 1 et 2 de la Prop. XXXVII, le Schol. de la Prop. XLvr, et le Schol. de la Prop. Lxxiii, Part. IV de V Éthique*.)

» ScBOLiE l de la PROP. XXXVII.

Celui qui s^efforce, par la seule passion, de faire que les aulres aiment ce qu*il aime lui-même, et vivent à sa guise, agit par la seule violence, et, pour ce motif, est odieux, principalement à ceux à qui plaisent d'autres

choses, et qui, à cause de cela, s'éludient aussi, et s'efforcent, avec la même impétuosité, de faire que les autres, d'un autre côlé, vivent à leur manière. Ensuite, comme le souverain bien que les hommes désirent par la passion est souvent tel, qu'un seul seulement en peut être maître, il arrive de là que les amoureux ne sont pas d'accord avec eux-mêmes, et, tandis qu'ils se com> plaisent à conter les louanges de l'objet qu'ils aiment, ils craignent qu'on ne les croie. Mais celui qui s'efforce de conduire Jes autres par la raison, n'agit pas avec violence, mais avec douceur et bonté, et il conserve surtout son âme tranquille. Ensuite, tout ce que nous désirons, et tout ce que nous faisons, dont nous sommes cause, en tant que nous avons l'idée de Dieu, c'est-àdire en tant que nous connaissons Dieu, je le rapporte à la Religion, Mais le désir de. bien faire, qui natt de ce que nous vivons d'après la conduite de la raison, je rappelle Piété. Et le désir qui tient l'homme' vivant d'après la conduite de la raison, de s'unir aux autres par l'amitié, je le nomme Uonuéteté : et je nomme honnête^ ce que louent les hommes qui vivent d'après la conduite de la raison ; et honteux^ au contraire, ce qui s'oppose à la formation de l'amitié. Outre ces principes, j'ai montré aussi quels sont les fondements de l'État Quant à la différence entre la vraie vertu et l'impuissance, elle se perçoit facilement par ce qui a été dit

ci-^essus. C'est à savoir, que la vraie vertu, ce n'est rien autre chose que de vivre d après la conduite seule de la raison; et, par conséquent, que Timpuissance consiste en cela seul, que Tbomme se laisse conduire par les choses qui sont en dehors de lui, et est déterminé par elles à faire des actes que demande la constitution commune des choses extérieures, et non pas les actes que demande la nature même de Thomme, considérée en soi seule. Et tels sont les points que j*ai promis de démontrer dans le Scholie de la Proposition xviii de cette partie. D où il apparaît que cette loi de ne pas tuer les animaux, est fondée bien plus sur une vaine superstition, et sur une pitié de femme, que sur la saine raison. La raison nous enseigne, il est vrai, que la nécessité de rechercher ce qui nous est utile, nous unit aux hommes, mais non aux bètes brutes, ou aux choses dont la nature est différente de la nature humaine ; et que le droit qu'elles ont contre nous, nous l'avons contre elles. Bien plus, comme le droit de chacun est défini par la vertu, auti-ement dit par la puissancede chacun, les hommes ont un droitbien plus grand contre les bêtes que celles-ci contrV^^s honiiBes. Et je ne nie pas, toutefois, que les bêtes n'aient du Sentiment. Mais je nie qu'il ne nous soit j^s permis, par ce motif, de consulter notre utilité, et d'^user de ces bêtes comme il nous plaît, et de les traiter comme il nous convient; le

spirïozA.

mieux ; puisque, par nature, elles ue s'accordent point avec nous, et que leurs passions sont, par nature, différentes des passions humaines.

(Voyez ci- dessus le Scbolie II de la Prop. XXXYII.)

DE LA DROITE HânBiRE DE VIVRE. 30

Page 1