CHAPITRE XIV
AINSI donc, encore que les hommes gouvernent toutes choses, la plupart du temps, au gré de leur caprice; il résulte cependant beaucoup plus d'avantages de leur société commune que de désavantages ' . C'est pourquoi il est mieux de supporter patiemment leurs injustices, et d'employer son zèle aux choses qui servent à concilier la concorde et l'amitié.
» ScHOLiE de la PROP. XXXV {Éthique, Part. IV).
Ce que nous avons montré lout à Theure, rexpérience elle-môme l'atteste par tant et de si clairs témoignages, que ces paroles sont presque en la bouche de tout le inonde : L homme est pour V homme un Dieu. Il arrive rarement, cependant, que les hommes vivent d'après la conduite de la raison ; et ils sont constitués de telle sorte qu'ils se portent envie la plupart du temps, et se font réciproquement du tort. Néanmoins c'est avec peine
qa'ils peuvent mener une vie solitaire, de sorte que cette définition, V homme est un animal sociable^ sourit fort à presque tous. Et, en réalité, ia chose est telle, qu'il résulte beaucoup plus d'avantages de la société commune des hommes que de dommage. Que les Satiriques se moquent donc tant qu'ils voudront des choses humaines ; que les Théologiens les prennent en haine ; que les Mélancoliques louent, tant qu'ils pourront, une vie incqlte et rustique, qu'ils méprisent les hommes et admirent les bêles ; les hommes éprouveront, cependant, qu'il leur est beaucoup plus facile de se procurer, par un mutuel secours, les choses dont ils ont besoin ; et qu'ils ne peuvent éviter les dangers qui les menacent de toutes parts, qu'en unissant leurs forces. Et je passe sous silence^ qu'il est bien plus excellent, et que c'est un objet beaucoup plus digne de notre connaissance, de contempler les actes des hommes que ceux des bétes. ♦