‹ De la droite manière de vivre: appendice extrait de la 4e partie de l'EthiqueChapitre 17 sur 35 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

LES hommes sont encore vaincus par la libéralité, principalement ceux qui n'ont pas les moyens de se procurer les choses qui sont nécessaires au soutien de l'existence. Toutefois, porter secours à chaque indigent surpasse de beaucoup les forces et Tutilité d'un simple particulier. Car les richesses d'un .simple particulier sont bien trop insuffisantes, pour subvenir à de tels besoins. De plus, la puissance de génie d'un seul individu est bien trop hmitée, pour se pouvoir attacher tous les hommes par l'amitié. C'est pourquoi le soin des pauvres incombe à la Société tout entière, et regarde seulement l'utilité commune*.

* Dans l'état de nature, avant l'établissement de toute Société civile, alors que l'homme jouit de la plénitude de son droit naturel, ne dépend qu© de lui-même, ne relève que de sa propre volonté, n'obéit à aucunes lois sociales, ne rend compte de ses actes à personne, fait tout ce qu'il veut ou ce

qu*il peut faire, saisit partout où il campe, au gré de ses caprices et de sa vie errante, pour se nourrir et pour 0e vêtir, tout ce dont il peut s*emparer, et le considère comme sien et très légitimement acquis, il est clair que, dans cette situalion, l'homme n'a aucun droit légal de demander à qui que ce soit , pour les nécessités de sa vie , aide et assistance, çt que son droit n'est rien autre chose que la puissance personnelle dont il dispose. Mais, dans l'état de Société, lorsque Thomme s'est dessaisi en faveur de la collectivilé des individus, autrement dit de TËtat, d'une partie de son droit abso'u de nature , lorsqu'il s'est engagé, soit tacitement, soit expressément, à ne plus vivre désormais d'après sa seule fantaisie, à obéir constamment aux lois de TÉlat, à y conformer tous les actes de sa vie, à n*agir en rien contre les décrets du Souverain Pouvoir légitimement élu de son pays, à respecter scrupuleusement les biens attribués par la Loi à chaque citoyen, et à ne plus s'emparer, comme étant sa propriété, de tout ce qui pourrait tomber sous sa main ; il est bien évident que, dans cette nouvelle condition, s'il vient à manquer, soit par vieillesse ou infirmité, soit par faute de travail, des choses indispensables au soutien et à la conservation de l'existence humaine, comme la nourriture, le vêtement, le logement, l'homme a le droit légal de réclamer à la Société ou à l'Ëtat Toclroi de toutes ces choses. D'où l'on voit aisément, comme le fait remarquer Spinoza : i" que, dans toute Société non barbare, le DROIT A l'assistance appartient normalement à tout citoyen pauvre et infirme, incapable de se procurer, par un travail quelconque , des moyens d'existence ; 2** que le droit

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