‹ De la droite manière de vivre: appendice extrait de la 4e partie de l'EthiqueChapitre 33 sur 35 · CHAPITRE XXXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXI

MAIS la superstition, au contraire, paraît estimer comme un bien ce qui apporte de la Tristesse; et, d'un autre côté, Comme un mal ce qui cause de la Joie. Mais, comme nous l'avons déjà dit (voy. Schol. de la Prop. xlxv, Part. IV*), personne, si ce n'est un envieux, ne se réjouit de mon impuissance et de mes désagréments. Car, plus nous sommes affectés par une plus grande Joie, plus nous passons à une plus haute perfection, et conséquemment plus nous participons de la nature divine; et la Joie, que règle la vraie raison de notre utilité, ne peut jamais être mauvaise. Mais, au contraire, celui qui est conduit par la Crainte, et qui ne fait le bien que pour éviter le mal, celui-là n'est pas conduit par la raison.

I ScHOLiE de la PROP. XLXV.

Entre la Dérision (que j'ai dit être mauvaise au

Coroll. 1) et le rire, je reconnais ane grande» différence. Car le rire, de môme que la plaisanterie, est une pure Joie ; et, par conséquent, pourvu qu'il n'ait pas d'excès^ il est bon par lui-môme. Il n'y a assurément qu'une fa-^ roucheetirisle superstition quidéfendede se divertir. Car, en quoi est-iïplus C0n\enabîo d'apaiser la faim, et d'éteindre la soif, que de chasser la mélancolie ? Telle est ma manière de voir, et c'est ainsi que j'ai conduit mon esprit. Aucune divinité, ni personne autre qu'un envieux, ne se réjouit de mon impuissance et de mes déplaisirs, et ne nous tient à vertu les larmes , les sanglots , la crainte, et autres marques de cette espèce, qui sont d'une âme impuissante. Mais, au contraire, plus nous sommes affectés d'une plus grande Joie, plus nous passons aune plus haute perfection ; c'est-à-dire, plus nous participons nécessairement de la nature divine. Ainsi donc , user des choses, et s'en délecter, autant qu'il se peut faire,— non pas à la vérité jusqu'au dégoût ^ car ce n'est plus là se délecter,— c'est le fait d'un homme sage. Oui ! dis-je, il est d'un homme sage de se refaire par une nourriture et des boissons modérées et agréables, et de se récréer ; ainsi, par les parfums, par le charme des plantes verdoyantes, paF la parure, par la musique, par les divertissements gymnastiques et i'équitation, par les Théâtres, et les autres amusements dont chacun peut user, sans aucun dommage pour autrui. Car le Corps humain est composé de ___6*

beaucoup de parties de différente oalure, lesquelles ont continuellement besoin d*aliments nouveaux et variés ; afin que le Corps tout entier soit également apte à toutes les fonctions qui peuvent résulter de sa nature, et conséquemmenl afin que TAme aussi soit également apte à comprendre à la fois un plus grand nombre de choses. Ainsi donc , cette règle de vie s*accorde parfaitement, et avec nos principes, et avec la pratique commune : c'est pourquoi, s'il y en a quelque autre, cette manière de vivre est la meilleure, et doit être recommandée de toutes façons, et il n'est pas besoin de parler plus clairement ou plus longuement de ce sujet.

Page 1