‹ De la durée de l'immunité: consécutive aux vaccinations anticharbonneusesChapitre 13 sur 14 · RESTES · texte numérisé non relu

RESTES

inocule deux vaches qui sans avoir été jamais vaccinées ont guéri d’une première inoculation virulente. Il se sert de cinq gouttes d’une culture de bactéridies provenant d’une vache charbonneuse — et non d’un mouton ou d’un lapin —. Il n’y eut ni œdème sensible, ni élévation de température, ni sur l’une, ni sur l’autre. Donc une première atteinte charbonneuse fait office de vaccin. C’est ce qui se passe aussi pour la variole. Les bacilles de la seconde inoculation n’ayant pas trouvé de terrain favorable, n’ont pu se développer. Ils ont, par conséquent, traversé l'organisme comme une substance parfaitement inerte. Ils n’ont pu exercer aucune actiondélétère, mais par contre ils ne peuvent pas non plus être regardés comme un deuxième vaccin. Pour qu’un virus ordinaire et à plus forte raison un virus vaccinal, qui est moins énergique, ait une action quelconque, il faut que l'effet de la précédente vaccination soit périmé ou au moins amoindri. Il faut que les principes matériels nécessaires au développement du microbe aient eu le temps de se reproduire en tout ou en partie.

Ainsi les expériences faites par M. le professeur Feltz, montrent que la durée de l’immunité chez les lapins est de dixsept à dix-huit mois. Six lapins sont inoculés par lui sept mois après avoir été vaccinés. Ils résistent. Neuf mois après cette inoculation, c’est-à-dire dix-sept mois après la vaccination, nouvelle inoculation très virulente; mais alors les lapins ne résistent plus comme la première fois. Quatre d’entre eux périssent charbonneux. L'action du vaccin était périmée. D'un autre côté, la première inoculation très-virulente n’a pas eu d’effet prophylactique, sans quoi les lapins n’auraient pas succomhé après le temps relativement court de neuf mois.

Il est regrettable que les moutons de l’expérience de M. Pasteur à Pouilly-le-Fort, moutons vaccinés en 1881 et inoculés du charbon en 1882, n'aient pas été réinoculés en 1883, c’est-àdire deux ans après leur vaccination — espace de temps plus que suffisant pour détruire l'effet du vaccin de 1881 —. On aurait pu voir ainsi si le virus très-virulent a agi sur leur organisme, ou s’il est resté sans action. Si l’on examine le compte-rendu

or

détaillé de cette expérience, on voit que six moutons ont présenté quelques symptômes maladifs à la suite de l’administration de ce virus. Les autres sujets sont restés parfaitement bien portants. Ceux-ci étaient encore complètement à l’abri. Les bacilles n’ont pu se développer dans leur sang, faute de conditions de terrain, et l’inoculation de 1882 n’a eu aucune action sur eux. Les six premiers, au contraire, présentaient une force de résistance assez grande encore pour ne pas succomber, mais ils ont certainement été atteints par l'infection charbonneuse. Nous pouvons donc supposer que ces derniers ont été revaccinés de fait en 1882 et auraient résisté l’année suivante, tandis que tous les autres seraient morts.

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