‹ De la durée de l'immunité: consécutive aux vaccinations anticharbonneusesChapitre 12 sur 14 · DÉDUCTIONS EXPÉRIMENTALES · texte numérisé non relu

DÉDUCTIONS EXPÉRIMENTALES

Nous venons de décrire dans le paragraphe précédent les expériences sur la durée de l’immunité consécutive aux vaccinations anticharbonneuses. Malgré leur petit nombre, ce qui frappe le plus en elles, c’est la similitude presque complète de leurs résultats. Les conclusions qu’on en peut tirer au point de vue de la théorie et surtout de la pratique, présentent une exactitude mathématique.

La durée de l’immunité est donc limitée d’une façon nette et précise, plus précise encore que celle produite par la vaccine jeunérienne. Les expériences de Pouilly-le-Fort et du sud de la Russie, permettent de conclure que les bètes de la race ovine acquièrent, dans l’immense majorité des cas, une immunité de la durée d’un an. Leur mortalité ne serait, au bout de ce temps, à la suite de l’inoculation du virus intensif, que de vingt pour cent d’après M. Pasteur, et 8 1/3 d’après M. Zenkowsky. Au premier abord, ces deux chiffres présentent une différence très sensible, du double environ ; mais nous ferons remarquer que les deux expériences sont faites sur des moutons de races diverses. Qui sait si les moutons du sud de la Russie ne jouissent pas d’une résistance un peu plus grande que celle des races françaises ?

Cela est d'autant plus vraisemblable, que M. Chauveau, professeur à l'Ecole de médecine vétérinaire de Lyon, a démontré que certaines races, celles d'Algérie et de Tunisie notamment, résistent à l’action du virus intensif presqu’autant que les sujets français vaccinés ; que cette immunité naturelle est propre à

lo

l'espèce et peut, dans une certaine mesure, se communiquer par le croisement. Il est évident que les moutons mérinos, qui ont servi au professeur russe, sont loin de présenter cette résistance qui caractérise les races africaines, puisque les témoins non vaccinés sont morts charbonneux ; mais l’immunité naturelle ne peut-elle pas, ainsi que l’immunité vaccinale, présenter divers degrés d'intensité (1).

Ce qui justifierait cette hypothèse, c’est que la seule brebis russe vaccinée qui ait succombé aux suites de l’inoculation très virulente, a eu à lutter, non seulement contre le bacille de Davaine, mais encore contre le vibrion septique qu’on trouva dans son sang lors de l’autopsie. Il nous est permis de croire qu’elle aurait pu résister, si le premier de ces microbes s'était seul développé dans son organisme.

Les expériences de M. le professeur Feltz, sur les lapins, donnent des resultats encore plus précis. La durée de l’immunité vaccinale anticharbonneuse chez ces animaux est de dix-sept à de dix-huit mois au maximum. Elle est donc plus longue que chez la race ovine, race excessivement sensible à l’action du sang de rate (2).

Le bœuf et la vache résistent d'avantage. Les cas de guérison sont fréquents ; et cependant l’immunité paraît s’'émousser chez eux beaucoup plus vite que chez les moutons et les lapins. Nous voyons, en effet, d’après l’observation de Conselve, que trente fois sur cent, elle est inférieure à onze mois. Il est regrettable qu’on ait pas fait, pour la race bovine, des expériences aussi méthodiques que celles de MM. Pasteur, Feltz et Zenkowsky. Quelle est la limite pour la majorité des cas? On peut supposer qu'elle atteint à peine un an,

On voit, d’après ce qui précède, que la durée de l’immunité conférée par les vaccinations anticharbonneuses est bien

(1) Le but de la vaccination est d’ailleurs de rendre l’organisme des animaux susceptibles de contracter le charbon, semblable à l’organisme des animaux qui ne le sont pas ; en un mot à changer la nature du terrain.

(2) Tout mouton inoculé de l'affection charbonneuse est un mouton perdu.

te

courte. Elle varie, d’une façon générale, de onze à dix-huit

mois. Cette règle peut-elle s’appliquer à la race humaine? L’étut actuel de la science ne permet aucune réponse à ce sujet.

Jusqu'ici on n’a encore vacciné aucun homme contre le charbon, et la médecine humaine est muette sur la question de

non-récidive. L'homme survit rarement à une pustule maligne.

Presque toujours l’ulcère est accompagné d’accès de fièvre charbonneuse qui emportent rapidement le malade. Dans les cas de guérison — et il en existe d’authentiques — deux hypothèses sont en présence : ou bien la pustule maligne, s’est développée seule et a guéri sans accidents généraux ; ou bien ces accidents ont eu lieu. Dans le premier cas, l’on a affaire à un charbon local qui ne saurait conférer aucune immunité à l’org'anisme entier. Dans le second, celui qui à échappé à la mort ne saurait être fixé sur la chance qu’il peut avoir d’être désormais à l’abri. Il lui faudrait pour acquérir une telle sécurité, s’exposer à des expériences directes d’inoculation, ce dont il ne se soucie guère.

Comment peut-on concevoir les effets de la vaccination ?

Comment un virus atténué empêche-t-il le développement de la

maladie mortelle? M. Feltz croit que le vaccin — ainsi que le virus très virulent, si par le hasard le patient ne meurt pas — en se Cultivant dans l’organisme, enlève au sang certains principes matériels que la vie met longtemps à rendre à l’économie j'etces principes sont absolument nécessaires au développement des microbes. Cette explication, quelque hypothétique qu’elle soit est encore la meilleure qu'on puisse donner de l’action des vaccins et découle directement des expériences de M. Feltz.

De nombreuses observations et expériences permettent d'adopter cette façon de penser. En 1880, M. Pasteur, contrôlant le procédé Louvrier pour le traitement du sang de rate (1),

* (1) M. Louvrier se fondant sur ce fait que les animaux à haute température (volatiles) ne peuvent contracter le charbon, espérait pouvoir guérir les vaches malades. Pour cela, il cherchaïit par diverses pratiques à aug-

menter leur température. Ces expériences n'ont pas donné de résultats positifs.

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