AVANT-PROPOS
A MonsiEUR LE PRÉSIDENT, A MESstEURS LES PROFESSEURS, MemBres pu Jury DE THÈSE,
Arrivé au terme officiel de mes études classiques, j'envisage avec inquiétude toute l'étendue du savoir qui me manque et qui cependant me semble indispensable pour assumer en conscience le rôle si com- :plexe du médecin dans la société moderne. |
Si voire haute indulgence el votre infinie bienveillance veulent bien me conférer aujourd'hui le diplôme de Docteur en Médecine de la Faculté de Paris, je désire vous en exprimer à l'avance ma très respeclueuse reconnaissance,
Je voudrais anssi essayer de me créer un titre à “cet honneur que j’ambilionne, en vous exposant les raisons pour lesquelles j'ai cru devoir choisir le sujet de thèse que je soumets à votre critique éclairée,
De mes études, j'ai surtout retenu que si la médecine moderne s'efforce d'annihiler l’œuvre de mort ‘qui est une loi de la nature, cile a aussi la témérité généreuse de s’altaquer à un problème, aussi vaste “qu'est celui de la suppression de la douleur.
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C’est là une œuvre prodigieuse digne de toutes les admirations.
A l’Infirmerie centrale des Prisons de la Seine, j ai été le témoin navré des pires douleurs morales et des déchéances physiques qui les complètent et les aggravent.
Par l'exemple et par les directions de maitres éminents : MM. les D" Siredey, de Massary et Josué, au début de mes études médicales ; puis MM. les Dr Jules Renault, Léon Bernard et Lepage, pendant mes années d’externat en médecine, j'ai pu acquérir la notion, puis la conviction que, dans cette lutte de tous les instants, l’action bienfaisante du médecin praticien n’était pas un vain mot.
J'ai pu suivre plus particulièrement, pendant mes années d’externat dans les services de chirurgie de MM. les Dr Chaput et Dujarier, le rôle efficace de la technique de l’anesthésie, et constaté de véritables victoires sur le choc opératoire, réalisant ainsi le gain magnifique d’existences fragiles dans les conditions initiales les plus délicates, parfois les plus désespérantes.
Et c'est pourquoi j'ai estimé remplir un devoir d'élémentaire reconnaissance envers mes maîtres, en décrivant ce qu'ils m'ont montré et ce qu'ils m'ont appris, ét en apportant ainsi ma bien modeste contribution à une œuvre que je crois fermement être une vulgarisalion générale d’une utilité certaine.
La pratique de l’anesthésie a fait l'objet de travaux
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des savants et des chercheurs les plus éminents depuis de longues années. Faut-il rappeler que le code d’anesthésie de Melzer et Auer a été lu avec intérêt dans le monde entier, que les dispositifs de Carrel, Erlsberg et Peck et la méthode de Crill de Claveland, constituent d'importants progrès qui ont amélioré la pratique opératoire.
Il semble bien cependant que l’anesthésie générale, si perfectionnée qu’elle soit, ne répond pas à tous les cas de la pratique médicale, et qu’enfin l'anesthésie locale certaine sera souvent une ressource précieuse qui permettra de remplacer ou de compléter la méthode générale coutumière.
Ne convient-il pas alors d’en préciser la technique, de la décrire soigneusement et de la rendre accessible à tous ?
Je veux espérer que la documentation que je soumets à votre bienveillante attention fournira à cet
: égard les précisions nécessaires et que la pratique de la rachicocaïnisation pourra étendre ses bienfaits. dans bien des cas où elle constitue l'unique ressource du médecin.
De ma très modeste pratique, de mon humble collaboration journalière, j’ai emporté la certitude que j'étais le témoin conscient de la manifestation visible d’une parcelle de la vérité scientifique. C’est cette conviction que j'ai essayé de définir, de préciser et de mettre en lumière dans la joie intense que j'éprouvais d’être le bon artisan de l’œuvre immense
qui se poursuit tous les jours.
Comme l’a dit le professeur Vincent :
« Voilà de quoi sont faites les aspirations et les: satisfactions des médecins et des hommes de laboraloire.
» Ceux d’entre eux, même les plus modestes, qui se sont adonnés à la science ont le droit de se persuader qu’ils ont leur part dans l'œuvre du bien. Car si le succès, lentement, laborieusement, sous les efforts accumulés de ces milliers de chercheurs, vient sanctionner leur travail, chacun d’eux s’est appliqué dans la mesure de ses forces, à tarir Punedes sources de la douleur humaine. »
C'est à M. le D: Le Filliâtre que je dois la décision qui m'a permis d'oser entrer dans le domaine chirurgical ; il m'a montré par son exemple ce que peut une forte confiance en soi, une wmailrise avertie: dans l'exécution, et donné enfin la foi absolue dans. la possibilité du progrès. Qu'il reçoive iei le témoignage de ma gratitude.
M. le D' Bernard a été le maître dévoué et bien-
veillant qui a bien voulu me donner les premières. notions pratiques de son art, avec une patience: dont je ne puis tous les jours qu'apprécier un peu plus Pinfinie délicatesse.
À M. le D" Thouvenel, je dois l'hommage le plus complet d'une reconnaissance que je ne pourrais exprimer que bien incoinplètement au gré de mes. désirs. C’est lui qui a fait du très modeste élève de: la veille, un collaborateur et un confident, mais il & fait mieux encore en m’apprenant par son exemple;
journalier ce que peuvent la bonté souriante et le dévouement sans réserve. C’est à son optimisme délicat que je dois les plus précieux encouragements, et je ne saurais mieux préciser ma pensée à ce propos, qu'en disant avec le professeur Vincent :
« L'optimisme avisé et réfléchi est une des parures de l'esprit chez celui que nos aïeux appelaient un honnête homme, mais c’est aussi une des formes de la bonté ».
Il m'est bien doux aussi- d'associer mes chers et dévoués camarades de l’Infirmerie Centrale des Prisons, au souvenir ému que jadresse en ce moment à tous ceux qui m'ont aidé cHICACEMEnS dans mes études. S
Je demande à M. le doyen et à MM. les professeurs de la Faculté de bien vouloir agréer l’hommage respectueux et reconnaissant dû à leur inlassable dévouement.
Issu d'une famille de soldats, je vais essayer sur un autre terrain, de poursuivre à mon tour le bon combat journalier, el je veux espérer que, grâce aux exemples etaux enseignements qui m'ont été donnés, je ne serai point tout à faitindigne de leur passé et de la confiance que mes maîtres et mes parenls auront placée en moi pour l’avenir.
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