‹ De la facilité d'opérer sous anesthésie générale par rachicocaïnisation lombo-sacrée les sujets très épuisés ou cachectiquesChapitre 34 sur 42 · OBSERVATION XXII · texte numérisé non relu

OBSERVATION XXII

(M. G. Le Filliâtre, Bulletin de la Société

d'anatomie, avril 1913).

Volumineux fibrome de l'ovaire, pesant plus de 7 livres

Laparotomie. — Guérison

Mr: D.., âgée de cinquante-cinq ans, m'est adressée par le D' Danthez pour une volumineuse tumeur de l'abdomen. Réglée à onze ans, mariée à vingt-quatre ans, M D... a eu quatre enfants, sa ménopause à cinquante-deux ans et accuse trois fausses couches : deux entre son troisième et quatrième enfant, et une sept ans après son quatrième et dernier ; elle a toujours été très bien réglée et a eu des couches normales. Depuis sa ménopause, c'est-à-dire depuis l’âge de cinquantedeux ans, elle remarque une tumeur, au début mobile sous la main, non douloureuse, « qui roule » dit-elle, dans son ventre. Cette tumeur qui, tout d’abord, était de la grosseur d’un poing d'enfant, est allée en augmentant assez rapidement. Il ÿ a dix-huit mois, elle ressent des crampes dans les jambes, à gauche principalement, en même temps que la tumeur grossit et devient de moins en moins mobile, comme fixée dans toute la partie inférieure de la cavité abdominale ; elle la sentait alors avec la main, mais ne pouvait plus la délimiter. Cette tumeur va toujours en augmentant de volume et se complique, il y a quatre mois, d'une hernie ombilicale qui était de la grosseur d'un œuf de poule au moment de

l'intervention.

L'état général était des plus mauvais, cette femme avait de l’œdème des membres inférieurs et n’urinait que 9 grammes d’urée par vingt-quatre heures. De plus, elle avait de l’albumine. C’était déjà une cachectique.

Par suite de l'augmentation de la tumeur, de l'apparition de cette hernie ombilicale, des difficultés que cette femme présentait depuis deux mois pour aller à la selle, des envies fréquentes d’uriner, des crampes du membre inférieur gauche et de l’essoufflement qu’elle présentait dès qu’elle faisait quelques pas, elle se décide à l'opération.

A l'examen du ventre nous pensons d’abord, à cause de l'irrégularité et de Ja dureté de cette tumeur, à d'énormes fibromyomes utérins remontant à quatre travers de doigt au-dessus de la ligne transversale ombilicale et arrivant audessous du foie. Au double toucher, la tumeur paraît légèrement mobile et on arrive à délimiter l’utérus qui, à notre étonnement, nous paraît normal. Nous portons donc le diagnostic de kystes multiloculaires de l'ovaire probables. En plus de cette tumeur et de la hernie ombilicale, nous constatons qu'il existe dans l'abdomen une ascite assez marquée.

18 mars 1913. — Je procède à la laparotomie avec une anesthésie excellente par rachi anesthésie lombo-sacrée suivant ma technique; je laisse évacuer 18 centimètres cubes de liquide céphalo-rachidien et j’injecte 2 eme. 3/4 de ma solution fraîche de cocaïne.

A l'ouverture du: ventre, ascite très abondante que nous évacuons aussitôt ; la tumeur est sous la paroi et adhère au grand épiploon, à un peu d’intestin grêle et surtout au gros intestin comme on le voit sur la tumeur (fig, r). Gette tumeur, difficilement mobilisable à cause de ses adhérences, remplit la partie supérieure du petit bassin et des fosses iliaques, la

Le 12

gauche principalement ; après libération des adhérences épiploïques et du grêle, nous remarquons que cette Llumeur est comme maintenue dans la fosse iliaque gauche et la partie gauche du petit bassin par l’anse sigmoïde qui se trouve embrasser la tumeur sur toute sa circonférenee en avant et à droite: cette tumeur s'est en quelque sorte développée à ce niveau dans le méso de l’anse sigmoïde, qui, tendue sur la tumeur, se trouve refoulée au contact du cæcum et du côlon ascendant.

Après m'être rendu compte que les vaisseaux nourriciers. de cette anse sigmoïde, aplatie sur la tumeur qu'elle cravate, suivaient le feuillet péritonéal d'adhérence inférieure, j'ineise le feuillet péritonéal d'adhérence supérieure, ce qui me: permet de trouver un plan de clivage pour refouler cette anse sigmoide au-dessous de la tumeur dans toute l'étendue de son adhérence ; la tumeur n'est plus fixée alors que par la corne utérine gauche et l'ablation en est faite simplement. On rétablit par un surjet le méso de l'anse sigmoïde,on place un drain dans la partie gauche du Douglas et on referme la paroi en trois plans après avoir profité de notre incision pour réséquer l'anneau ombilieal et l’épiploon adhérent à cet anneau, ainsi que l'appendice très long et bosselé.

Les suites sont des plus simples, pas le moindre vomissement; dès le deuxième jour, on fait légèrement boire la malade, au troisième jour, on enlève le drain, au cinquième on l’alimente; tout ensuite est parfait. Mme D... sort au dix-

huitième jour cicatrisée.

SNS RE

Page 1