LE COMMANDEUR DE CHATTES
Après la mort de Chauvin, le Commandeur de Chattes, “ dans des vues très-chrétiennes,” dit M. de Champlain, obtint une Commission de Sa Majesté et tenta la quatrième entreprise d’un établissement dans la Nouvelle-France. Pont-Graré fut chargé de cette expédition, comme navigateur, et M. de Champlain fit son premier voyage avec lui, en 1603. La Commission spéciale du Commandeur de Chattes lui conférait cette charge avee le titre de. Lieutenant-Général d'i Roi et Gouverneur en Amérique, depuis le 40e jusqu’au 52e degré de latitude.
Comme nos historiens ont dit peu de choses de ce person: L.
nage, nous croyons devoir ajouter les détails suivants pour le faire connaître davantage. Dans la ‘ Collection des Documents inédits sur l'Histoire de France” par Berger de Xiverey, on trouve, au bas d’une lettre de Henri IV à M. de Buzenval annonçant l’arrivée du Roi à Dieppe, le 27 Août 1539, la note suivante sur le Commandeur de Chattes, ou Chaste, qui était alors Gouverneur de Dieppe :—
‘ Aymar de Chaste, Chevalier de Malte, Commandeur de Lormeteau, Lieutenant du Roi au Bailliage de Caux, Gouverneur de Dieppe, Ambassadeur en Angleterre, Grand Maître de St. Lazare et Abbé de Fecamp, était le troisième fils de François, baron de Chaste, et de Paule de Joyeuse. Il rendit à la France un immense service en excitant les Dieppois, dès le 6 Août, à reconnaître Henri IV, en lui adressant immédiatement leur serment de fidélité, en lui ouvrant sans conditions, au commencement de son règne, une ville qui lui assura la libre communication avec l’Angleterre et lui permit ainsi de résister victorieusement aux forces supérieures du Duc de Mayenne. M. de Chaste devint Vice-Amiral de France et mourut en 1602.”
Nous extrayons d’un ouvrage peu connu et très-digne d’être cité, les détails suivants sur l’arrivée du Roi à Dieppe : | “ Henri IV se mit à la tête de deux cents chevaux, tra- ; versa la haute Normandie, malgré le danger d’y être pris À
par les partis de la Ligue qui couvrait tout le pays, et se rendit aux portes de Dieppe, le 26 de ce mois d’Août. Les | bourgeois n’apprirent sa venue que quelques instants plus | tôt, par deux de ses cavaliers qui s’étaient détachés une demi-lieue en avant et avaient accéléré leur marche. Cette honorable surprise mit toute la ville en mouvement. Le gouverneur monta à cheval pour aller au-devant de lui avec | sa cornette blanche ; mais à peine fut-il sorti de la porte de la Barre qu’il rencontra dans ce faubourg Sa Majesté. M. h de Chaste sauta de cheval, lui rendit hommage, et ajouta ! qu’il venait remettre dans ses mains son gouvernement, afin awelle en disposât comme elle le jugerait convenable. Henri
IV lui dit: “ Ventre Saint-Gris, je ne connais personne qui en soit plus digne que vous.”
‘“ Le Roi n’attendit pas le compliment qu’allait lui faire le plus ancien des officiers municipaux, en lui présentant les clefs de la ville ; ce bon prince, en les abordant leur dit ces mots, qui, des cœurs de nos pères ont passé dans les nôtres :
“ Mes amis, point dé cérémonies, je ne demande que vos cœurs, bon pain, bon vin, et bon visage d’'Hôtes.”’—(M6émoires chronologiques pour servir à l'Histoire de Dieppe. Paris 1785.)
Une mention très-honorable du Commandeur de Chattes se trouve dans la lettre suivante de Henri IV à la reine d’Angleterre, en date du 20 Avril 1600, extraite de la collection de documents inédits sur l’histoire de France, citée plus haut :
Très-haute, très-excellente et très-puissante princesse, nostre très-chère et très-amée bonne sœur et cousine. C’est avec grand regret que nous n’avons peu despescher plustost par delà quelque personne de qualité pour assister à la cérémonie de l’Ordre de la Jaretière, et y prendre possession de nostre place de chevalier, suivant ce qui est porté par les Statuts du dict ordre. Mais la diversité des affaires qui nous sont survenues ne nous à permis de ce faire jusques à ceste heure, que nous envoyons pour cet effect le Commandeur de Chattes, conseiller en nostre Conseil d’£stat, Capitaine de cinquante hommes d’armes de nos ordonnances, gouverneur de nostre ville de Dieppe, et l’un de nos Lieute-
nants Généraux au gouvernement de Normandie, vous priant excuser ce retardement et trouver bon que le dict Commandeur assiste de nostre part à la dicte cérémonie, y représente nostre personne et satisface à ce qui est porté par les dicts statnts, et au reste le croire comme nous mesmes ; qui prions Dieu, très-haute, très excellente et très-puissante princesse, nostre très-chère et très-amée bonne sœur et cou
sine, qu'il vous ayt en sa sainte ct digne garde. Escript à Paris, le 20 jour d'Avril 1600.
Vostre bon frère et cousin.
Henri : De Neufville.
MM. BerGer DE X1vEREY cité plus haut, et FRÉVILLE, dans son Mémoire sur le Commerce Maritime de Rouen, sont évidemment dans l’erreur en disant que le Commandeur de Chattes mourut en 1602. Il mourut pendant le premier voyage de M. Samuel de Champlain au Canada entrepris sous ses propres auspices en 1603.