Oenre PhTsalls
Ce genre fournit à la thérapeutique une espèce, le P. alkekengi(\)y ou Coqueret alkékenge, qui, après avoir fait partie de la matière médicale des anciens, est restée longtemps dans Poubli; aujourd'hui on emploie dans certains cas les feuilles et les tiges de cette plante, et les effets en ont été étudiés avec soin par le docteur Gendron. De même que presque toutes les plantes de la famille qui nous occupe, rÂlkékenge est légèrement narcotique, et à haute dose peut causer des bourdonnements d'oreilles, de l'ivresse et un ralentissement notable du pouls ; on observe en même temps une augmentation de la sécrétion urinaire. On a beaucoup vanté l'emploi de TAlkékenge dans le traitement des fièvres intermittentes. Mais dans la plupart des cas, on n'observe aucune amélioration, surtout quand ces fièvres sont graves et enracinéas. Dans les campagnes, on utilise ses propriétés diurétiques dans le traitement de la dysuricides bestiaux.
C'est principalement sous forme de poudre que l'on emploie l'Âlkékenge ; on prépare aussi un vin très-amer, en faisant macérer dans ce liquide des tiges et des feuilles. L'eau s'empare également bien du principe amer, soit par infusion, soit par décoction.
MM. Dessaignes et Chantard ont extrait du Physalis alkekengi, une matière qu'ils ont nommée Physaline, et qui se présente sous la forme d'une poudre blanche, légère, faiblement amère, peu soluble dans l'eau froide et ne formant pas* de combinaison avec les acides.
(4) Voy. ci-dessus, p. 60.
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Le WUhania somnifera (1), autrefois rangé dans le genre PAt/«a/t^, possède, ainsi que son nom Tindique, des propriétés narcotiques peu énergiques; ses fr/iits sont diurétiques.
Les poisons les plus violents et les médicaments les plus énergiques nous sont fournis par les genres Atropa, Datura, Hyoscyamus et Nicotiana, que Ton a distingués des espèces précédentes, et auxquels on applique le nom général de
SOLANÉES VIREUSBS.
Les empoisonnements par la Belladone (il^ro/>a belladona) (2), ne sont malheureusement que trop fréquents ; la couleur rouge, des fruits, leur grosseur les ont souvent fait prendre pour des cerises ; cette erreur a été cause d'un grand nombre d'accidents, qui s'augmente chaque année, et les traités médicaux abondent en observations de ce genre (S).
Les effets produits par la Belladone peuvent varier suivant plusieurs circonstances, telles que la quantité du poison ingérée, la voie par laquelle il a été introduit, les moyens à l'aide desquels on a cherché à combattre l'intoxication, le tempérament du malade, etc. En général, on observe cependant des nausées qui peuvent ne pas être suivies de vomissements, de la sécheresse de la bouche, avec constriction du
(4) Voy. ci-dessus, p. 51.
(2) Voy. ci-dessus, p. 53.
(3) Voy., pour les empoisonnements par la Belladone : Ferrein, Mat, méd.^ t. n, p. 650; — Boucher, Ancien journ, de méd,, t. XXIV, p. 310; — Bulliard, Plant, venen,, p. 201 ; — Gaultier de Glaubfy, Journ. yrfn., t. LXVIH, p. 355 ; — Meennicks, Journ. gén. de méd,, X. XXIV, p. 228 ; — OrAla, Traité des poisons, 4 827, t. II, p. 264. — Gouty de la Pommerais, Archiv, gén. de méd„ t. XVII, p. 4 07; — Joly, Archiv. gén., t. XVffl, p. 92; — Sarlandière, Journ. univ. des scienc, méd., t. XXII, p. 239, etc.
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gosier, de la céphalalgie, des vertiges, des éblouissements, une dilatation excessive de la pupille, coïncidant avec des troubles de la vue et souvent une cécité complète; la face est rouge et tuméfiée, l'œil injecté, le délire quelquefois furieux, et plus ordinairement bruyant et joyeux. Quelquefois on remarque une aphonie plus ou moins complète; il est survenu, dans quelques cas, des convulsions partielles ou générales. Enfin, plusieurs observateurs ont remarqué dans les empoisonnements par la Belladone l'apparition d'une éruption scarlatiniforme.
A l'autopsie, on trouve le cerveau injecté de sang noir, le tissu des poumons noir, engorgé, dur et rénitent. D'après M. Flourens, les oiseaux auxquels on fait prendre de la Belladone, deviennent aveugles, et, grâce au peu d'épaisseur des parois du crâne, on peut suivre de l'œil les progrès de l'engorgement. On voit paraître une tache rouge qui, commençant par les tubercules quadrijumeaux, s'étend ensuite au cerveau.
Les propriétés actives de la Belladone sont connues depuis fort longtemps, mais elles ont été employées par les sorciers pendant de longues années, avant de passer dans le domaine de la thérapeutique. En 1710, Friccius (1) fit paraître un mémoire dans lequel il cite de nombreuses cures obtenues par lui à l'aide de la Belladone. Depuis cette époque, on a essayé cette plante dans le traitement de la plupart des maladies, et dans certains cas, elle a donné d'excellents résult^^ts, surtout quand il s^agit de calmer des douleurs névralgiques; mais souvent on a pris le soulagement qui était ainsi produit pour une véritable guérison.
(1 ) Friccius, Paradoxa de veneniSy^ 1710.
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A l'intérieur, od a employé souvent la Belladone contre les névralgies, à Tétat d'extrait, d'infusion, de décoction, de poudre, etc. Quand le nerf est placé superGciellement, il est préférable d'appliquer la Belladone sur la peau déj)ourvujS de son épiderme (1) ; on a réussi, à l'aide de compresses imbibées d'une décoction de cette plante, à calmer de violentes migraines.
L'extrait de Belladone pris à l'intérieur a été préconisé contre la colique de plomb, et dans certains cas, il parait avoir amené un véritable soulagement (2).
Les rhumatismes cèdent souvent lorsque l'on administre la Belladone à haute dose ; il en est de même de la goutte.
Bretonneau est parvenu à l'aide de Tusage ménagé et longtemps continué de ce médicament, à diminuer beaucoup ou même à guérir l'épilepsie.
Dans l'incontinence nocturne de l'urine chez les enfants, le même médecin a vu la Belladone amener en peu de temps une guérison complète.
M. Guersant vante l'emploi de la Belladone comme prophylactique de la scarlatine.
L'action de la Belladone sur la pupille a été découverte par le docteur Rimœrus, professeur de médecipe à Hambourg. Cette propriété fut bientôt mise à proBt par les chirurgiens pour faciliter l'opération de la cataracte, pour empêcher les bords de la plaie de l'iris de se réunir, lorsque Ton a pratiqué une pupille artiGcielle, pour empêcher ou détruire les adhérences de Tiris.
V Atropine se rencontre dans toutes les parties de la Belladone. Sa présence a été constatée dans les feuilles par
(f ) Trousseau et Pidoux, Thérapeutique, t. H, p. 69.
(3) Malherbe, Journal de mêd, et dé chirurg, de Malgaigne^ 4 850.
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Brarides (1) ; Pauquy Va retrouvée dans la racine ('2) . Mais on fie kl connaissait pas à Tétat de pureté, et Tétude complète en a été faite à peu près à la même époque par Geiger et Hess (8) et par Mein (ft). Pour extraire cette substance, on épuise par de l'alcool concentré, la racine de Belladone; on abandonne l'extrait pendant quelques heures avec de la chaux, on 61lre et l'on sursature légèrement avec de Tacide sulfurique, on chasse lalcool par la chaleur, on ajoute peu à peu une solution concentrée de carbonate de potasse, et Ton filtrequand le liquide commence à se troubler; oïl abandonne ensuite la liqueur dans un endroit tranquille et l'Atropine cristallise, on la purifie en la faisant recristalliser dans l'alcool.
M. Rabourdin a proposé d'extraire l'Atropine à Taide du chloroforme (5)i Pour cela, on prend la Belladone au moment où elle commence à fleurir, on la pile dans un mortier, on la soumet à la presse, puis on porte les sucs à l'ébullition afin de es clarifier ; on filtre et Ton ajoute h grammes de potasse caustique et 30 grammes de chloroforme par litre, on agite vivement, puis on laisse déposer le chloroforme qui a dissous l'Atropine et qui prend l'aspect d'une huile verdâtre ; on le lave et on le distille ; le résidu est repris par de l'eau aiguisée d'acide sulfurique qui dissout l'Atropine et laisse une matière résineuse verdâtre. On décompose le sulfate d'Atropine par le carbonate de potasse et l'on fait cristalliser dans l'alcool le précipité d'Atropine.
(4) Ann, gén. des scienc, phys,, t Ul; Joum, depharm,, p. 47, 529, 548.
(2) Pauquy, De la Belladone considérée dans ses rapports botaniques , cAtmiqueSf pkarmaeeutiques, etc., 48Î5, Uièse.
(3) Geiger et Hess, Ann, der Chem. andPharm.^ 4833, t. VII, 269.
(4) Mein, tWd., t. VI, p. 67. — Voy. Liebig, ibid.y t. Vï, p. 66; — Braades, t6td., 1. 1, p. 68; —fichier, Journal of prakt, Chim.^ (.XI, p. 29.
(6) Rabourdin, Ann, de chimie et de pAarmdbttf, t. XXX, p. 384 .
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M. Bouchardat (1) isole cet alcaloïde en précipitant directemeqt Textraitde Belladone par une solution aqueuse d'iode dans riodure de potassium; puis il décompose le précipité par du zinc et de Teau, et après avoir séparé le zinc par un carbonate alcalin, il extrait l'Âlropine par l'alcool.
L'Atropine pure se présente sous la forme d'aiguilles blanches, soyeuses et réunies en aigrettes. Elle est peu soluble dans l'eau ; 1 litre d'eau n'en dissout guère plus de 1 gramme. L'éther la dissout mieux , l'alcool mieux encore. Elle fond à 90 degrés et se volatilise à i&O degrés, en se décomposant en partie. Elle renferme :
Carbone. ........ 70,58
Oxygène 7,95 •
Azote Ufih
Hydrogène 16,60
Les sels d'Atropine sont inaltérables à l'air, solubles dans Teau et l'alcool, insolubles dans l'éther rectifié. Ils sont amers et vénéneux.
L'Atropine à petite dose dilate la pupille d'une manière persistante, détermine des maux de tète, une sensation de constriction à la goi^e, de sécheresse dans la bouche, des vertiges et elle peut donner la mort.
Les propriétés physiologiques et thérapeutiques de l'Atropine ont été étudiées par MM. Stuart Ck)oper et Bouchardat, et par M. Lusanna.
Les premiers de ces observateurs ont constaté ce fait sin- ^£ulier, que les lapins peuvent se nourrir sans inconvénient
{\) Bouchardat, Gazette médifale de PaHs, 4848, p. 991.
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des feuilles de la Belladone. Deux de ces animaux consommèrent, pendant un mois, SO kilogrammes de ces feuilles, sans en éprouver d'accident fâcheux. Au premier abord, on aurait pu supposer que celte circonstance dépendait seulement de ce que le principe actif de la Belladone n'était pas absorbé par la surface muqueuse des voies digestives des Lapins. En effet, on sait par les expériences de M. Claude Bernard sur le curare qu'il peut y avoir, à l'égard de l'activité de l'absorption de certains poisons végétaux par les membranes muqueuses, des diiférences très-gi-andes d'un animal à un autre. De sorte qu'une substance qui peut être introduite impunément dans l'estomac d'un chien ou d'un lapin, devient une cause de mort quand elle est portée dans le tube digestif , d'un oiseau ou d'une grenouille; bien que dans l'un comme dans l'autre cas elle produise les même effets lorsqu'elle a été absorbée. Mais, pour le fait particulier qui nous occupe ici, cette explication ne saurait nous satisfaire, l'atropine ellemême, introduite dans le torrent circulatoire par la méthode souscutanée, n'agit pas sur les lapins.
Chez l'homme, on a appliqué cet alcaloïde au traitement des névralgies, des aflFections nerveuses, telles que l'épilepsie, la chorée, l'hystérie ; il paraît agir de la même manière que la Belladone, bien qu'avec plus d'énergie. C'est principalement pour dilater la pupille que l'on emploie l'Atropine à l'état de sulfate. Une^seule goutte d'une solution contenant 20 centigrammes d'Ati opine pour 32 grammes d'eau, placée sur la cornée, suffit pour amener au bout d'un quart d'heure une dilatation complète, avec immobilité de la pupille, et il s'écoule trois ou quatre jours avant que l'iris ait repris ses propriétés contractiles. D'après M. Bouchardat, cette substance agit en amenant la paralysie des branches ciliaires de
A. MILIŒ EDWARDS. 16
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la troisième paire, et non pas ea stimulant les filets du grand sympathique qui se rendent aux fibres radiées de Tiris.
Les différentes espèces du genre Mandragora (1) possèdent des propriétés vénéneuses, narcotiques et stupéfiantes, analogues à celles de la Belladone. Les Mandragores, très-communes en Grèce et en Italie, ont été employées comme narcotique dès les premiers âges de la médecine : Hippocrate, Dioscoride et Galien en vantaient Tusage dans les maladies nerveuses; Âvicenne s*en servait pour endormir les malades qui devaient subir de longues opérations chirurgicales. Au moyen flge la racine de cette plante jouait un grand rôle dans la thérapeutique et même dans la sorcellerie. On lui attribuait des propriétés miraculeuses, et le prix en était devenu tellement élevé, qu'on an fabHquait de fausses. Aujourd'hui cette plante n'est en France que très-rarement utilisée en médecine, on lui préfère la Belladone. Cependant ses feuille entrent encore dans la composition du baume tranquille.
La Mandragore doit ses propriétés actives à un alcaloïde analogue à l'Atropine, mais dont l'étude n'a pas encore été fai^e d*une maqière suffisante.
Toutes les espèces du genre Datura sont vénéneuses et narcotiques, et par leurs propriétés elles se rapprochent de la Belladone et de la Jusquiame, aussi servent-elles toutes à peu près
(4) Voy. ci-dessus, p. 56. •
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aux iqèmes usages dans les différents pays où elles croissent. Dans l'Inde et en Orient, les graines du Datura metel (1) sont employées comme narcotique (2). Au Pérou on fait usage du D. tatula (3) pour combattre les tumeurs, les maladies de peau, etc. Le D. arborea (û) et le Z). siuiveolens (5) eux-mêmes, qui répandent une odeur suave et agréable, sont très-narcotiques ; la décoction de leurs feuilles est employée par les Indiens de l'Amérique du Sud -pour procurer une ivresse comateuse, et l'on en fait aussi usage pour calmer les douleurs névralgiques.
Le D.stramonium (6) y onVomme épineuse, est, de toutes les Solanées vireuses, la plus énergique et la plus redoutable ; elle s'en distingue par l'action irritante qu'elle produit sur la peau privée de son épiderme. A petite dose, elle est excitante, cause des étourdissements, des vertiges, un peu de délire, la perle de la mémoire, et elle dilate fortement la pupille. Ces phénomènes ne tardent pas à se dissiper sans laisser de traces ; mais si la dose a été trop forte (7), on voit survenir une céphalalgie intense accompagnée d'une soif inextinguible, d'un sentiment de constriction de la gorge et de l'épigastre ; le ventre est météorisé ; en même temps les malades sont en proie à un délire bizarre et incohérent; bientôt ils sont saisis d'une paralysie plus ou moins complète, et ils finissent par
(4) Voy. ci-dessus, p. 89.
(i) Voy. Fleming, Catal. rais, dei pi. méd, de Vlndostan; — Beloo, Stnguhritéi, p. 460; — Slevogt, DisMrlatto quù denumttrat nucem Melhel Avh cmnœ e$8â Daturam modemarum, lenad, 4 695, in-i.
(3) Voy. ci-d^ssQS, p. 89.
(4) Voy» ci-dessua, p. 90.
(5) Voy. ci-dessus, p. 90.
(6) Voy. ci-dessus, p. 87.
(7) Voy. Orfila, Journal général de médecine, 9* série, t. H, p. 358. Toxicologie gén., t. II, p. 244.
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succomber. A Tautopsie, on trouve Testomac enflaïamé, te cerveau injecté, etc.
Ce n'est qu'à partir de 1762 que la Stramoine fut employée en médecine.
Pour l'étudier, Siork l'essaya progressivement sur luimême. D'abord il resta simplement dans une chambre où étaient des Stramoines ; il mania ensuite la plante» puis en avala une très-petite quantité S'extrait. Encouragé par l'innocuité de ces expériences, il commença timidement à employer la Stramoine dans les cas de troubles nerveux ; les résultats qu'il obtint lui parurent très-satisfaisants et Tenhardirent à en faire un plus grand usage (1), aussi bientôt de tous côtés essaya-t-on les effets de cette plante dans les diverses maladies. On vanta son emploi contre l'épilepsie (2), les névralgies rebelles (3) et surtout les accès d'aslhme, on l'administre alors en fumigations (ft); on l'emploie sous la même forme contre le rhumatisme (5), Thydrophobie (6). A l'extérieur, on se sert du Datura stramonium pour calmer les douleurs névralgiques, les plaies, les brûlures, les abcès ; on l'applique en cataplasmes ou associé à des corps gras, sur les tumeurs syphilitiques, cancéreuses, etc., etc.
(1) Stork, Libellas quo demonslratur Stramonium, etc. Vindebonœ, 1762, in-8.
(2) Vedenberg, Di$s. de Stramoniiusuin morbii convuUivis, Upsal, 1772. (3)Vaidy, Journ. compL, t. VUI, p. 48; t. XI, p. 476. — Kirckoff,
BulL des se, méd. de FeruSy t. XT, p. 497. — Journ, univers, des se. méd., t. XVI, p. 4 07.
(4) Meyer, Bull des se. méd. de Férus, t. XIH, p. 276. '
(5) ADgelhart, Diss, med. therap. de Datura stramonio ejusque usu medico^ ^rœsertim ad rhumatismi euralionem. Utrecht, 4 823.
(6) Harles, Traitement de Vhydrophobie et de Vefficàcité du Datura stramoniumt dans cette maladie.
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En phannacie« od en forme un extrait avec le suc, un extrait alcoolique, un éléolé simple, et de plus il entre dans la composition du baume tranquille. Les graines sont plus actives que les autres parties de la plante.
Les Datura contiennent un alcaloïde encore peu connu et auquel on a donné le nom de Daturine. On l'extrait des feuilles et des graines de la Slramoine. Le procédé suivant, dû à Sames, est très-simple : on fait bouillir les graines avec de f alcool dilué, puis on laisse digérer le liquide avec 15 grammes de magnésie pour 500 grammes de graines ; on filtre et Ton décolore à l'aide du charbon, on évapore, on filtre de nouveau, on laisse reposer, et l'on obtient des cristaux blancs que Ton purifie par de nouvelles cristallisations. Quelques chimistes, tels que Geiger, Hesse, et Mein, regardent la Daturine comme identique avec l'Atropine. M. Planta a trouvé, en efiet, que ces deux corps avaient la même composition ; mais la Daturine ne précipite pas par le chlorure de platine, et, par le chlorure d'or, elle précipite en blanc, tandis que le précipité formé avec l'Atropine est jaune.
La Daturine agit sur la pupille avec moins de persistance que l'Atropine, son action est moins douloureuse et plus constante. Aussi M. Jobert (de Lamballe) Temploie-t-il de préférence à cette dernière.
§. 8. — > Ctonre Hjoscyamv».
Les difiérentes espèces de ce genre jouissent à un plus ou moins haut degré de propriétés stupéfiantes analogues à celles de la Belladone et de la Stramoine. Aussi presque toutes sontelles employées en médecine dans les pays où elles croissent.
En France, VHyoscyamusniger, ou Jusquiame noire (1), est la seule qui soit d'un usage journalier en thérapeutique ; ce sont les feuilles dont on se sert principalement, bien que les racines, les fleurs et les graines puissent au besoin les remplacer. L'ingestion de la Jusquiame est suivie d'accidents analogues à ceux qu'amènent les espèces tiue nous venons d'examiner. Ainsi à faible dose elle peut n'être qu'excitante, mais à doses plus élevées elle agit comme un poison stupéfiant d'une grande énergie. U survient un délire accompagné de violentes contractions n)usculaires. La mémoire s'affaiblit, et un coma profond succède à ces phénomènes, qui se terminent souvent par la mort. D'autres fois les malades se rétablissent, mais ils peuvent être longtemps sujets à des troubles nerveux qui, dans quelques cas, persistent toute la vie«
Ainsi on a remarqué un affiûblissement très-marqué de la vision à la suite de l'ingestion de racine de Jusquiame, e^ l'un des élèves de Boerhaavo fut atteint d'hémiplégie dans des circonstances analogues. Parfois on a vu la sensibilité du nerf optique s'exalter de telle sorte que tous les objets semblaient briUants ou couverts de paillettes d'or ; c'est à cette perversion du sens de la vue que Sauvages a donné le nom de Berlue Danaé. Enfin on prétend que la Jusquiame peut occasionner des éruptions gangreneuses. On n'a malheureusement que trop souvent l'occasion d'étudier les symptômes de l'empoisonnement par la Jusquiame. Cette plante est tellement répandue qu'elle a été fréquemment cueillie et mangée à la place de la Chicorée. Ses racines ressemblent assez au Panais pour expliquer des erreurs de ce genre, qui ont été suivies des plus fâcheux résultats; les exhalations seules de la plante peu-
(4) Voy. ci-dessus, p. 92.
vent amener des accidents, surtout dans un endroit mal aéré ou couvert de Jusquiames. Il est curieux de noter que les co* chons, les vaches, les chèvres et les moutons peuvent manger des Jusquiames sans en ressentir d'inconvénients ; on prétend même, dans certaines parties de la France^ que la graine de cette plante mêlée à l'avoine entretient la bonne santé et même engraisse les chevaui ; au contraire, beaucoup de mammifères, les singes, la plupart des rongeurs, les cerfs, les oiseaux et les poissons meurent rapidement quand on leur fait prendre de la Jusquiame.
Une substance aussi active ne pouvait manquer d'attirer l'attention des pharmacologues et des médecins, et Stork, après en avoir étudié les effets sur lui*même, les appliqua avec succès au traitement des maladies nerveuses. Bientôt on essaya les effets thérapeutiques de la Jusquiame, et il n'est presque pas de maladies dans le traitement desquelles on ne l'ait successivement préconisée, puis abandonnée. On en a fait usage dans toutes les affections nerveuses: épilepsie, hystérie, convulsions, chorée, tétanos, dans l'hémoptysie, les rhumatismes Ja goutte, le croup, etc., etc.
Beaucoup des résultats attribués à l'action de la Jusquiame sont évidemment erronés, cependant on ne peut nier qu'entre des mains exercées cette plante ne puisse rendre de véritables services. Son utilité dans lés névralgies est incontestable, les célèbres pilules de Méglin n'agissent que par l'extrait de Jusquiame qu'elles renferment, et elles font souvent disparaître des névralgies rebelles. De même que les autres Solanées vireuses, la Jusquiame amène la dilatation de la pupille, on peut par conséquent s'en servir pour empêcher les adhérences de l'iris et les occlusions de la pupille, qui souvent suivent Topération de la cataracte.
On emploie eu médecine les feuilles, les tiges, les capsules, les graines et les racines; ces dernières sont moins actives ; les graines possèdent les propriétés les plus énergiques ; elles entrent dans la composition des pilules de cynoglosse; les feuilles fout partie de Tonguent populéum et du baume tranquille.
Les propriétés de la Jusquiame blanche {Hyoscyamm albus) (1) sont les mêmes que celles de la Jusquiame noire : les médecins grecs, Hipfkocrale notamment, en préconisent l'emploi ; aujourd'hui encore on s'en sert fréquemment dans le midi de la France et particulièrement à Montpellier.
La Jusquiame dorée {Hyoscyamus aureus) (2) est moins active ; certains peuples de l'Asie en font des boissons enivrantes. Toutes ces plantes doivent leur activité à la présence de YHyoscyamineyqux d'abord étudiée par Brandes (3), a été isolée à l'état de pureté par Geiger (4).
On peut préparer cette substance, soit avec l'extrait de la plante fraîche, soit avec les graines. Dans le premier cas, on pile la plante entière, on fait bouillir le suc pour coaguler l'albumine et Ton filtre; puis on ajoute au liquide filtré de la chaux caustique et pulvérisée , en agitant constamment de manière qu'il prenne une réaction légèrement alcaline, on filtre une seconde fois, on mélange avec du carbonate de potasse, et l'on traite à plusieurs reprises par de l'éther ; on décante la dissolution éthérée, et l'on chasse l'éther par distillation ; on réprend ensuite le résidu par de l'eau tant qu'il se trouble, puis on filtre, on ajoute au liquide deux fois son volume d'un mélange à parties égales d'alcool et
{<) Voy. ci-dessus, p. 93.
(2) Voy. ci-dessus, p. 94.
(3) Brandes, Am. der Chem, and phctrm,, «832, l. f, p. 333.
(4) Geiger, ibid., t. VII, p. Î70.
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d*éther, on agite avec du charboD animal, et après avoir filtré de nouveau, on évapore la liqueur à une douce chaleur et enfin on dessèche dans le vide. Ce mode d'extraction donne peu de produit ; on en obtient plus sûrement en agissant sur les graines de Jusquiame. On les écrase, puis on les traite à chaud par de l'alcool, auquel on a ajouté 2 pour 100 d'acide sulfurique, on filtre, on sature par de la chaux, ensuite on filtre de nouveau et Ton enlève la chaux ^par un léger excès d'acide sulfurique, on chasse ensuite par la chaleur i/kde Talcool, on sature avec précaution avec une solution concentrée de carbonate de potasse et Ton filtre dès que le liquide se trouble, puis on continue l'opération comme nous venons de l'indiquer.
L'Hyoscyamine pure cristallise en aiguillessoyeuses et groupées en étoiles ; on ne l'obtient souvent que sous forme d'une masse incolore et visqueuse. Lorsqu'elle est humide, elle a une odeur vireuse et désagréabte ; sèche, elle est inodore. Elle neutralise complètement les acides. Elle est très-soluble dans l'alcool et Téther, assez soluble dans l'eau ; sa solution aqueuse présente une réaction alcaline. Quand on la chaufie, elle fond, puis se volatilise en se décomposant en partie/ce qui empêche qu'on puisse l'isoler par ce procéài. La potasse et la soude la décomposent à chaud et la transforment en une résine brune. L'acide nifrique la dissout sans.se colorer; l'acide sulfurique la brunit ; l'iode produit dans sa solution aqueuse un abondant précipité couleur kermès.
Prise à l'intérieur elle agit, même à petite dose, avec une grande énergie de la même manière que la Jusquiame, produit des convulsions tétaniques et cause la mort. Instillée dans L'œil, elle dilate la pupille d'une manière permanente. Les sels d'Hyoscyamine jouissent des mêmes propriétés.
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M. Schroff a fait une série d'expériences intéressantes sur les propriétés physiologiques de THyoscyamine, comparées à celles de l'Atropine et de la Daturine. L'action de cette substance sur le pouls est des plus marquées : il se ralentit inimé* diatemeùt de 10 à 12 pulsations à la minute; si la dose a été forte, le pouls remonte ensuite et devient irrégulier. Elle dilate la pupille d'une manière plus rapide et plus tenace que l'Atropine ; elle provoque la sécheresse de la goi^e et de l'arrière-bouche, du larynx, des bronches et de 1^ peau ; elle détermine du délire, des vertiges, des hallucinations. Ce délire est calme, avec propension au repos et au sommeil. Au contraire, celui qui est provoqué par l'Atropine ou la Daturine amène de l'insomnie ou au moins rend le sommeil très-agité. L'Hyosciamine n'agit qu'avec peu d'intensité sur le sphincter de l'anus et de la vessie, tandis que la Daturine et surtout l'Atropine en amènent rapidement la paralysie. Il résulte de ces expériences, que l'Hyoscyamine devra être préférée comme calmant aux autres alcaloïdes des Solanacées ; elle devra remplacer l'Atropine, quand on voudra amener la dilatation de la pupille.
Les différentes espèces de ce genre possèdent 4es mêmes propriétés stupéfiantes que les autres Solanées vireuses ; elles en diffèrent cependant par la nature de l'alcaloïde qu'elles contiennent, qui est liquide et susceptible de se volatiliser sans se décomposer. L'espèce la plus importante au point de vue économique et thérapeutique est sans contredit le Tabac (Nicotiana iabacum) (1). Toutes les parties de cette plante,:
(1) Voy. ci-dessus, p. 78.
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racioes, tiges, feuilles, fleurs, répandent quand elles sont fraîches une odeur vireuse et désagréable; elles agissent à la manière de la Belladone et de la Jusquiame. Quand les feuilles sont sèches et préparées par la fermentation comn^e dans nos manufactures de tabac, elles acquièrent des propriétés irritantes qu'elles n'avaient pas auparavant.
De nos jours, le Tabac est peu employé en thérapeutique, anciennement il l'était beaucoup plus ; ainsi Boerbaave en faisait usage contre les douleurs névralgiques, la céphalalgie, l'odontalgie, etc. Au xvu* siècle, Zvinger le préconisa contre les paralysie; en 1838, M. Fischer assura en avoir obtenu de bons eflets dans les cas d'incontinence d'urine causée par la paralysie du sphincter de la vessie, ainsi que dans la paralysie des membres inférieurs. Il paraîtrait, d'après Thomas, que les contractions tétaniques auraient parfois cédé à des lavements de fumée de Tabac. On emploie encore aujourd'hui ce moyen pour combattre l'asphyxie, malgré les objections d'un grand nombre de médecins. Dans les cas d'iléus ou de hernie étranglée, cette médication a donné souvent de bons résultats. Dans les campagnes, on traite souvent certaines maladies de peau, la gale, etc., par des frictions de jus de Tabac ou de pommades dans lesquelles le Tabac en poudre entre dans une proportion notable. On a essayé les effets du Tabac dans un grand nombre d'affections, mais aujourd'hui on a généralement renoncé à son emploi, qui est moins suret moins énergique que celui des autres Solanées vireuses.
Les ouvriers qui travaillent dans les manufactures de tabac sont souvent exposés à des accidents qui, sans avoir une extrême gravité, ne laissent pas d'altérer quelquefois leur santé. Dans les commencements surtoul, ils sont souvent pris de nausées, de diarrhée avec céphalalgie et manque d'appé-
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tit; ces phénomènes, après une durée de huit à quinze jours, disparaissentordinairement. Chez les ouvriers employés depuis longtemps dans les fabriques, la peau prend une teinte grise et terreuse. A côté de ces inconvénients produits par la fabrication du. Tabac, on a constaté certains avantages; il paraîtrait que ce genre de travail préserverait des fièvres intermittentes, de la gale, de la goutte et peut-être de la phthisie?
Les feuilles de Tabac sont remarquables à la fois par la quantité de cendres qu^elles renferment (elles en contiennent en effet de 17 à 2/i pour 100), et par la présence de la Nicotine.
Cet alcaloïde, découvert par MM. Ressmann et Posselt, a été étudié par MM. Boutron et Henry, obtenu pur pour la première fois et analysé par M. Barrai et retrou^ dans la fumée de Tabac par M. Melsens. M. Schlœsing en a examiné avec soin les propriétés. Pour préparer cette substance, on fait bouillir les feuilles de Tabac hachées avec de Teau, on filtre, on concentre à consistance sirupeuse, on ajoute au liquide deux fois son volume d'alcool qui dissout les sels de Nicotine, on décante, et après avoir concentré, on traite par une dissolution de potasse, puis on agite avec de Téther qui dissout la Nicotine qui vient d'être mise en liberté par la potassé; on la purifie à l'aide d'une solution d'acide oxalique en la transformant en oxalate de nicotine insoluble dans Téther. On la lave avec de Téther, puis on décompose de nouveau le sel ainsi obtenu, parla potasse; on reprend par l'éther, puis on retire la Nicotine par distillation. Pour cela, on place la solution dans une cornue traversée par un courant d'hydrogène et chauffée dans un bain d'huile d'abord à IftO degrés, de façon à chasser l'eau, l'éther et l'ammoniaque, puis on élève la température à 180 degrés pour faire distiller la Nicotine. Ainsi obtenue, cçtte substance se présente sous l'aspect d'un
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liquide incolore tant qu'on le conserve à l'abri de l'air, mais prenant sous l'influence de l'oxygène une couleur brune foncée. Les vapeurs sont tellement irritantes qu'on a peine à respirer dans une chambre où Ton en a volatilisé une seule goutte. D'après M. Barrai, la Nicotine aurait pour formule C*'H"Az*.
La proportion de nicotine contenue dans les différents tabacs est très-variable. Ainsi, tandis que celui de Virginie en renferme 6,87 et celui du Kenlucky 6,09 pour 100, le Tabac deMaryland n'en contient que 2,29.
La Nicotine n'est que rarement employée en pharmacie, bien que ce soit un agent d'une grande épergie et un poison violent, qui sous le rapport de la rapidité de son action peut être comparé à l'acide cyanhydrique. En effet, quelques gouttes de cet alcaloïde placées sur la cornée d'un chien le tuent immédiatement; administré à l'intérieur par le tube digestif ou *par la méthode sous-culanée, les effets sont les mêmes. La Nicotine exerce son action sur les nerfs, sur les muscles et surtout sur le système vasculaire (1). A petite dose, l'action sur le système circulatoire et sur les muscles est peu prononcée ; l'action sur les poumons et sur le cœur se manifeste seule. 1^ respiration s'accélère et les pulsations cardiaques augmentent d'énei^e. U est facile de se convaincre que cet effet est dû à l'excitation des nerfs, car quand on a coupé le pneumogastrique, elle ne se manifeste pas.
A haute dose, la Nicotine agit avec une grande rapidité ; les animaux à sang chaud sont comme foudroyés et meurent dans des convulsions accompagnées de contractions musculaires violentes. Chez les animaux à sang froid, qui résistent
(f) Cl. Be^ard, Leçom iur leê effets dei $vb$tances toxiques et médicamenteuses, 1857, p. 397.
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plus longtemps à Tefifet du poison, on voit que la circulation s'arrête, parce que le sang ne passe plus dans les capillaires, le système artériel se vide, bien que le cceur continue à battre ; d'où l'on peut conclure que la Nicotine agit sur le grand sympathique, qui lui-même réagit sur les vaisseaux. Cette action sur le système artériel capillaire rend compte du tremblement qui dans l'empoisonnement par la Nicotine, agite les muscles, car on sait que ce tremblement se produit chaque fois que Ton empêche le fluide nourricier de se rendre au système musculaire.
La Nicotine n'amène des nausées et des vomissements que dans les cas qui doivent être suivis de guérison.
L'introduction du Tabac en Europe a eu lieu vers Je milieu du xvf siècle. Les sauvages de TAmérique du Sud en faisaient usage comme médicament; ils fumaient aussi tes feuilles sechées. En effet, les matelots de Christophe Colomb observèrent cet usage chez les habitants de l'tle de San Salvador. Ces derniers désignaient les pipes dans lesquelles ils fumaient le Tabac sous le nom de tabaeos (l), d'où vient probablement le nom de Tabacque nousdonnonsàcette plante. On croit cependant généralement que ce nom vient de l'tle de Tabago, Tune des Antilles où les Espagnols trouvèrent cette espèce végétale. En 1518, Christophe Colomb envoya de la graine de Tabac en Europe. On cultiva aussitôt la plante et on l'employa en médecine, comme une sorte de panacée. En 1560, Jean Nicot, natif de Nîmes et ambassadeur de France en Portugal, envoya des graines de Tabac à la reine Marie de Médici», qui lui donna tout de suite une grande vogue, d'où les nomsà' Herbe à lareine^ Herbe à la fyrincesse, Herbe à l'ambassadeur, qui lui furent alors appli-
(4) Voy. Las Casas, Hisl. générale des Indes; el Demarsay, /)u Tabac au Paraguay j 4 851.
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qués. C'est à peu près à cette époque que l'on commença à fumer les feuilles du Tabac, comme le faisaient depuis longtemps les Indiens; on fit même plus, on prisa la poudre, et du temps de Louis XIV cet usage était tellement répandu, qu'il était de mode de se montrer en public couvert de tabac.
A partir de ce moment, l'emploi du tabac s'est propagé malgré les entraves que les gouvernements y mirent plusieurs fois. Ainsi en 1604, Jacques I", roi d'Angleterre, et en 1624, lé pape Urbain Vin, en défendirent l'usage dans leurs États ; presque tous les autres pays suivirent cet exemple ; mais en France, le gouvernement ayant trouvé dans le commerce du Tabac une source considérable de revenus, on vit se répandre de plus en plus l'usage de celle plante. . .
Aujourd'hui la culture du Tabac n'est autorisée en France que dans six départements : ce sont ceux du Nord, du Pas-de- Calais, du Bas-Rhin, du Lot, du Lot-et-Garonne etd'Ille-et- Vilaine. Le privilège de culture est personnel; il est soumis à beaucoup de formalités et à une surveillance sévère. Chaque année, la régie fixe la quantité de tabac qui lui est nécessaire et la répartit entre leS' cultivateurs attitrés. Le nombre des pieds de Tabac par hectare, celui des feuilles par pied est également fixé et varie suivant les localités.
Le Tabac réussit très-bien en France, pourvu que les semis en soient faits sur couche, bien abrités, que les jeunes plants ne soient pas repiqués avant que les froids aient cessé. Les semis se font en février ou au commencement de mars ; on repique quand les pieds sont assez forts, en les espaçant de 7 à 1 décimètres ; la croissance est rapide, et on taille la plante de manière à fovoriser le développement des feuilles. Pour cela, on commence par arracher celles qui sont près de terre, on coupe la cime, et l'on enlève les bourgeons, enfin on récolte
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les feuilles à la fin de Tété ou au commencement de Tau*tomne ; elles sont soumises alors à une suite de manipulations dont nous n'avons pas à nous occuper ici.
La Hollande, la Hongrie, la Corse, TÂlgérie, la Turquie, TÉgypte, l'Asie Mineure, la Chine, TAmérique du Nord, l'Amérique du Sud, les lies de la Sonde, produisent des tabacs dont les quantités varient beaucoup.
L'Amérique du Nord en exporte des quantités immenses. Le Firginie^ très-fort et aromatique, sert pour la fabrication du tabac à priser; le Kentudcy^ moins fort, est employé dans toutes les fabrications; le Maryland est léger et odorant; on en fait du tabac à fumer. Le Tabac de la Havane est trèsrecherché pour la fabrication des cigares.
En Europe, le Tabac de Hollande est le plus fort; on en fait de la poudre à priser. Les Tabacs de Hongrie se distinguent en Debretzin employé pour les cigares, et en Szeghedin servant pour la pipe.
En France, on fabrique le tabac à priser avec le Lot^ le Lot-et-Garonne et le Nord. Le Pas-de-Calais^ V Alsace et ïllle-et-Vilaine servent comme de tabacs à fumer ; ce dernier est le moins estimé. En France, 1 hectare de Tabac fournit, dans le Midi, environ 600 kilogrammes ; mais, dans le Nord, il peut rendre 1800 kilogrammes*
On a tour à tour attribué à la fumée de tabac les propriétés les plus fâcheuses comme les plus salutaires : suivant les uns, il n'est pas de n^ftladie dont elle n'ait été cause ; suivant d'autres, elle peut être considérée comme un des moyens prophylactiques les plus puissants contre la peste, le typhus et diverses épidémies. Ainsi, du temps d'Henri IV, Olivier de Serres disait que le Tabac avait reçu « à bon droit » le nom iVHerbe de tous maux, car cette plante, ajoute-t-il, est
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souveraine pour guérir toutes sortes de maladies, en quelques parties du corps qu'elles soient, vieilles ou nouvelles. Ces deux opinions, également exagérées, ne sauraient être adoptées ni l'une ni Vautre. Employée à hautes doses, il est évident que la fumée de tabac occasionne une congestion habituelle du côté du cerveau, qui amène à sa suite de la difficulté et de la lenteur dans les fonctions intellectuelles; mais à petite dose, et surtout après le repas, l'usage très-modéré de la fumée de tabac peut être pbysiologiquement utile; en effet, c'est un stimulant qui agit particulièrement sur les glandes salivaires ; or, on sait que quand la sécrétion de la salive est activée, par un effet de sympathie, le suc gastrique est versé en plus grande abondance dans l'estomac. La digestion peut donc se trouver ainsi facilitée. Quant à l'usage de priser la poudre de tabac, il n*a d'avantages que dans les cas de sécheresse habituelle de la membrane pituitaire; mais poussé à l'excès, il occasionne une hypérémie de la muqueuse et peut même (au dire des médecins) déterminer la formation de dartres rongeantes, et de diverses affections du nez ou de la face et des conduits lacrymaux.
En résumé, nous voyons que les Solanées vireuses renferment toutes, en quantité plus ou moins considérable, des principes toxiques analogues entre eux. Mais l'histoire physiologique de la plupart do ces substances est encore bien obscure, et il serait fort à désirer que Ton fît sur chacune d'elles des recherches expérimentales semblables à celjes dont la Nicotine a été récemment l'objet.
A. MILUE EDWARDS. iS
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