CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES
Beaucoup d'anciens auteurs, qui.étaient à la fois botanistes el médecins, paraissent avoir pensé tjue les plantes qui se ressemblent par leurs formes extérieures se ressemblent aussi par leurs propriétés, et vers la fin du xvii*' siècle) cette opinion fut nettement énoncée par Camerarius, de Tubingue (1); à une époque moins éloignée de nous, elle fut soutenue aussi par Linné (3) et par Antoine Laurent de Jussieu (3), mais elle ne fut assise sur des bases larges et solides que par les travaux d'un illustre professeur de l'école de Montpellier, Auguste Pyrame De CandoUe, qui, après Tavoir soutenue dans sa thèse inaugurale, la développa dans un ouvrage inti* tulé : Essai sur les propriétés médicinales des plantes^ comparées avec leurs formes extérieures et leur classification naturelle (1). Dans ce travail, De Candolle s'appliqua à, établir que les espèces appartenant à ane même famille naturelle, se ressemblent entre elles, par leur mode d'action sur l'économie animale , aussi bien que par leurs caractères organiques. Cependant il ne put méconnaître que le groupe des Solanacées échappait à la règle, telle qu'il l'avait posée, car
(\) De convementia pkmiarum m fructifieatione et viribuSy 1 699.
(2) MedicametUagraveolentia amœnitates academicœ^ 1758, t. V, p. 448.
(3) Mém, de laSoc, de méd., 4 786, p. 4 88.
(4) l'ublié en 1846.
A. MILNE EDWABDS. 13
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on y trouve côte à côte des plantes émiDenIment toxiques, et d'autres dont Tboinme tire un de ses aliments les plus précieux. Il signala donc cette exception, tout en ajoutait que de nouvelles recherches la feraient probablement disparaître. Cette prévision ne s'est point réalisée, mais l'idée fondamentale du livre de De Candolle n'en est pas moins vraie, et pour en rendre l'application juste, lorsqu'il s'agit de la famille des Solanacées, aussi bien que de la plupart des autres divisions naturelles 'du règne végétal, il su£St d'en modiBer légèrement l'expression et de dire qu'en général les principes actifs des plantes appartenant à une même famille, sont analogues, quant à l^urs vertus médicinales les plus importantes. En eflFet, ces principes actifs peuvent manquer complètement, ou n'exister qu'en proportion trop faible, pour influer d'une manière notable sur l'économie animale; mais lorsqu'ils se développent en quantités appréciables, ils sont presque toujours similaires, chez les espèces qui ont entre elles des aflSnités naturelles très-étroites, et ils constituent ce que l'on pourrait appeler un groupe naturel d'agents thérapeutiques. Ainsi les Solanacées peuvent ne contenir aucun principe toxique ; mais dans toutes les espèces de cette famille où des principes de cet ordre existent, ceux-ci ont des propriétés analogues, et appartenant à la classe des matières vénéneuses, appelées viveuses et stupéfiantes.
Parmi les espèces chez lesquelles ce caractère manque, il peut s'en trouver dont la médecine tire profit à raison de la présence de sucs acidulés ou de matières astringentes, telles qu'on en rencontre dans une foule de végétaux ; mais les Solanacées qui possèdent des vertus médicinales ou des propriétés toxiques bien prononcées, doivent en général leur puissance à quelque principe immédiat azoté qui est susceptible de for-
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raer, avec les acides, des sels cristallisables, qui, par conséquent, appartient à la classe des alcaloïdes végétaux, et qui exerce sur le système nerveux une action spéciale.
Ces principes actifs des Solanacées ont été désignés sous divers noms tirés de ceux des plantes dont on les avait d'abord extraits. Ainsi on appelle Atropine^ celui de la Belladone, ou Àtropa belladona; Ilyoscyamine, celui que fournit la Jusquiame noire, ou Hyoscyamm niger; Daturine^ celui qui se trouve dans la pomme épineuse, ou Daiura stramonium; Solanincy celui que Ton extrait des diverses espèces du genre Solanum; t\ Nicotine^ celui que donne le Tabac, ou Nicotiana iabacum. Plusieurs chimistes, dont l'autorité scientiBque est des plus considérables, M. Dumas par exemple, pensentque ces principes sont, en réalité, beaucoup moins nombreux qu'on ne l'avait d'abord supposé, et que plusieurs de ceux qui sont distincts nominalement, seront reconnus identiques lorsqu'on les aura mieux étudiés. L'Atropine, la Daturine et l'Hyoscyamine surtout se ressemblent extrêmement, et dans l'état actuel de la science, il paraît difficile de les bien caractériser.
Quoi qu'il en soit, toutes ces substances à la fois toxiques et pharmaceutiques, suivant la dose à laquelle on les administre, se rapportent à deux types principaux caractérisés par * leurs propriétés physiques et leur composition chimique. Celles du premier type sont solides, cristallisables, et formées d'oxygène aussi bien que de carbone, d'hydrogène et d'azote ; ce sont les alcaloïdes, appelés Atropine , Daturine, Hyoscyaniine, Solanine, etc. Le second type a pour représentant unique la Nicotine, qui est liquide à la température ordinaire, et composée de carbone, d'hydrogène et d'azote seulement.
Cette différence entre les propriétés physiques des alcaloïdes des Solanacées détermine des différences correspon-
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daotes dans les procédés d'extraction employés pour les isoler, méthodes dont nous aurons à nous occuper ultérieurement.
Ainsi que je Tai déjà dit, tous Jes alcaloïdes des Solanacées peuvent être considérés comme appartenant à une même famille d'agents thérapeutiques ou toxiques ; tous agissent fortement sur le système nerveux et paraissent exercer plus particulièrement leur action sur Tencéphale ; tous sont plus ou moins stupéfiants.
A petites doses, ils produisent de légers vertiges et de la céphalalgie; ils émoussent la sensibilité et diminuent la force musculaire; en même temps ils accélèrent la circulation, déterminent de la chaleur et provoquent souvent des évacuations alvines, ainsi qu'une augmentation dans la sécrétion de l'urine. A hautes doses, ils amènent des vertiges, un affaiblissement général, puis du délire, des contractions douloureuses du pharynx, de la cardialgie et des vomissements. Dans les cas les plus graves, à ces phénomènes succède un collapsus profond avec refroidissement qui se termine par la mort.
Indépendamment de ces symptômes communs à Tempoisonnement par toutes les Solanées vireuses, il y a des phénomènes particuliers et appartenant spécialement à certains de ces agents toxiques: Ainsi plusieurs Solanacées déterminent ladilatation delà pupille, telles sont les espècesqui contiennent de la Daturine, de T Atropine ou de l'Hyoscyamine ; chacune d'elles possède néanmoins des propriétés particulières, et l'on a remarqué que le délire produit par la Belladone est d'ordinaire gai et bruyant, tandis quexelui déterminé par la Jusquiame est souvent furieux et suivi d'un narcotisme profond. La Stramoine se distingue par l'irritation qu'elle produit sur la peau privée de son épiderme ; le Tabac n'agit pas sur l'iris et n'amèiie aucune dilatation de la pupille.
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Il est aussi à noter que le degré de la puissance toxique ou médicinale de ces plantes varie beaucoup suivant les espèces et les parties du végétal que Ton emploie. Ainsi on estime que ta Stramoine, ou Pomme épineuse, est deux ou trois fois plus active que la Belladone» et que cette dernière est à son tour deux ou trois fois plus active que la Jusquiame jioire. En général, le principe toxique est répandu dans presque toutes les parties des plantes, mais il est plusabondant dans les feuilles et dans les fruits que dans les racines et dans les tiges. Ainsi les feuilles des Pommes de terre possèdent de faibles propriétés narcotiques, tandis que les tubercules ne renferment, avant la germination, aucun principe délétère. I^es graines des Solanées vireuses sont aussi plus ou moins chargées de ces principes stupéfiants.
Parmi les plantes de la famille des Solanacées qui sont privées de ces principes actifs, ou qui n'en contiennent qu'une trop faible proportion pour pouvoir exercer une action stupéfiajite, et qui par conséquent n'appartiennent pas à la catégorie des espèces vireuses, il en est plusieurs qui paraissent jouir de certaines propriétés médicinales, mais elles n'ont été étudiées que d'une manière superficielle par les chimistes, et l'on ne peut encore se bien rendre compte de leur mode d'action. Tels sont le Piment ou Capsicumannuum, dont les fruits sont doués de propriétés stimulantes, et le Solanumpseudoquinquina dont Técorce est employée comme fébrifuge. Nous ajouterons que la plupart des Solanacées activent la sécrétion rénale ; aussi quelques-unes de ces plantes , qui d'ailleurs ne possèdent aucune propriété fâcheuse, servent-elles comme diurétiques.
En thérapeutique, on emploie parfois les alcaloïdes à l'état de pureté, mais le plus souvent on se sert des plantes en nature. A l'intérieur on les administre sous forme de poudre,
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d'infusion, d^extrait, de teinture alcoolique, de teinture étbé* rée. Â l'extérieur on fait usage des extraits, des huiles, d^ pommades et des emplâtres dont elles font la base.
La poudre s'obtient en pulvérisant dans un mortier la plante entière sécbée. L'extrait des feuilles s'emploie tantôt dépuré, tantôt avec la fécule verte : dans le premier cas, il suflBt d'élever la température qui coagule les matières albumineuses; dans le second, on évapore à une douce chaleur. L'extrait s'administre en solution dans l'eau, soit pour des lotions et des injections, soit pour des potions. On en fait souvent des pilules.
L'eau se charge très -bien des principes actifs des Solanées, et les infusions de feuilles fournissent les parties médicamenteuses sans altération.
L'alcool dissout les parties actives de ces plantes et l'extrait ainsi obtenu jouit d'une grande énergie.
Les feuilles de Belladone, de Jusquiame et de Stramoine sont souvent employées en fumigations. On s'en sert pour préparer une huile qui ne peut jamais être qu'un mauvais médicament. Associées à celles du Tabac et de la Morelle, elles entrent dans la composition du baume tranquille.
Nous croyons inutije de pousser plus loin ces considérations générales sur les propriétés des plantes de la famille des Solanacées, et pour compléter l'histoire de ces végétaux, nous passerons successivement en revue les principaux genres et les principales espèces dont ce groupe se compose.
§ i. — CSeare Sotonimi.
Bien que la plupart des espèces de ce genre ne possèdent pas les propriétés stupéfiantes, énergiques, des Solanées vi-
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reuses, il en est plusieurs qui sont employées en thérapeutique, d'autres font partie de ralimenlalion journalière d'une grande portion de la population du monde entier, d'autres enfin sont cultivées pour la beauté de leurs fleurs et l'élégance de leur feuillage. Parmi les plus utiles on doit citer en première ligne la Morelle tuberculeuse, ou Pomme de terre, et d'autres espèces, telles que le Solarium esculentum^ le Solanum montanum , le SoUmtm nigrum , le Solanum quitoense, le Solanum muricscfum et le Solanum œthiopicum, qui sont comestibles dans les pays où elles croissent. La Douce-amère est, ven France, d'un fréquent usage médicinal; il en est de môme du Solanum paniculatum au Brésil, du Solanum bacciferum à la Jamaïque, du Solanum Hermani chez les Hottentots. On pourrait encore citer beaucoup d'autres espèces qui jouissent de propriétés plus ou moins actives.
Le Solanum tuberosum (1), ou Pomme de terre, est originaire d'Amérique ; l'époque où cette espèce a été introduite en Europe n'est pas encore connue d'une manière très-certaine. Cependant tout porte à croire que les premiers tubercules y furent apportés en 1565, par le capitaine John Hawkins; cette première tentative paraît n'avoir donné aucun résultat sérieux. Vers Fannée 1586, Frank Drake, après avoir cultivé pendant plusieurs années, en Virginie, des Pommes de terre qu'il s'était procurées en Colombie, en transporta en Angleterre des tubercules qu'il partagea entre les botanistes Gérard et Clusius. C'est ce dernier qui, pour la première fois, donna quelques détails sur cette Solanée. Vers la même époque, les Espagnols l'introduisirent dans le midi de l'Europe, mais on ne chercha pas à en étendre la culture, et ce
(») Voycip. 20.
n'est qu'au comai^ncemeDt du xvii'' siècle que Tamiral anglais Walter Raleigb rapporta dans son pays des tubercules qui provenaient de la Virginie ou de la Caroline. À partir de ce moment, la Pomme de terre se propagea de plus en ptus dans la Grande -Bretagne: mais sur le continent il n'en était pas de même, et bien qu'en 1616 on en ait servi, à titre de rareté, sur la table du roi de France, ce ne fut que longtemps après que l'on commença à la cultiver dans notre pays. Vers la fin du xvm' siècle» Parmentier consacra une partie de sa vie et de sa fortune à vaincre les préjugés qui empêchaient rintroduction de la Pomme de terre en France, et malgré tous ses efibrts il n'aurait peut-être réussi qu'à décider les paysans à en nourrir leurs bestiaux, si les guerres de la révolution, en amenant une disette, n'eussent fait sentir l'importance que Ton pouvait trouver à généraliser la culture de cette plante et les services que Ton était en droit d'en attendre. Aujourd'hui les résultats obtenus sont énormes : les Pommes de terre, à elles seules, entrent*pour près de moitié dans Talimentation vitale de la France, et pour plus d'un tiers dans celle de certains pays, tels que l'Irlande ; elles sont répandues dans presque toutes les parties du monde, depuis la Sibérie jusqu'aux tropiques, k près de 4000 mètres au-dessus du niveau de la mer dans le Chili, et sur les bords de l'Océan en Europe et en Amérique.
Les soins dont cette espèce a été l'objet ont plus ou moins modifié son type primitif, et Ton a ainsi obtenu un grand nombre de variétés. Nous ne pouvons ici les passer toutes en revue, et nous qous bornerons à en citer quelques-unes des mieux connues et des plus importantes au point de vue économique. On les distingue d'abord en 2 groupes; le 1*' constitué par les Pommes de terre hâtives^ le 2* par les tardives.
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Les hâtives comprennent: les naines hâtives^ qui mûrissent en juin, et dont les tubercules sont jaunes et ronds; les fines hâtives j que l'on récolte à la même époque, et qui sont plus estimées; la chave, ou schaw^ qui donne des tubercules nombreux, de bonne qualité, d'une forme ovoïde un peu arrondie et de couleur jaune : elle mûrit en juillet; la grosse jaune hâtive, employée pour l'alimentation des bestiaux.
Les tardives sont plus nombreuses que les précédentes; elles comprennent : h truffe d'août, qui mûrit en août et donne des tubercules d'un rouge pâle; la vitelotte, ou rouge longue^ de forme allongée» de couleur rougeâtre et de bonne qualité ; la patraque blanche, très-grosse et très-farineuse, se réduisant en pulpe par la cuisson ; la patraque jaune, ou grosse jaune, très-répandue aujourd'hui, très-amylacée et employée pour ce motif dans les fabriques de fécule; la decroiziUe, de couleur rose, de forme allongée et très-estimée.
Pour obtenir de nouvelles variétés, on multiplie la plante par graines ; mais pour la culture ordinaire on n'emploie jamais ce moyen, qui ne permet d'obtenir de produits qu'au bout de deux ans; on plante au printemps les tubercules entiers ou divisés en morceaux, dont chacun doit porter au moins un bourgeon. Â l'automne on récolte les pommes de terre qui se sont produites dans le sol.
Cette plante, si précieuse à tant de titres, est maHieureusement sujette à des maladies qui, souvent, agissant avec intensité, anéantissent les récoltes^ et que jusqu'à présent on n'est point parvenu à guérir ni à empocher. La première épidémie s*est montrée en 1830; des bords du Rhin elle a gagné toute l'Allemagne, où les deux tiers de la récolte furent perdus. Cette maladie, étudiée par M. Martius, était peut-être . due à la présence d'un cryptogame, le Fusiporium solani, qui
▲ . MaNE EDWABDS. là
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se produit en abondance dans le tissu cellulaii'e des Pommes de terre (1). Les tubercules ne présentent d'abord, à l'intérieur, que quelques taches foncées, Tépiderme se plisse par places, puis prend, au bout de quelque temps, une teinte noire générale, et le tubercule devient tellement dur, que Teau bouillante et la sapeur ne peuvent le ramollir.
Bientôt après survint une autre épidémie qui apparut, en 1843, aux États-Unis, s'y reproduisit l'année suivante, puis se montra en Europe vers 18/i5, d'abord en Allemagne, puis en Belgique, en Hollande, en Angleterre; elle s'introduisit en France par les départements du Nord, s'avança bientôt au Centre, et gagna certaines localités du Midi. Cette mala* die coïncide généralement avec la présence d'un champignon microscopique, le Botryiis infestans, d'abord étudié en France par M. Montagne, puis par d'autres naturalistes, MM. Morren (de Liège), Berkeley et Lindley^(de Londres). Ce champignon se développe dans les stomates des feuilles; il se propage dans les vaisseaux des tiges et envahit les tubercules, qui, lorsqu'ils sont gravement atteints, ne peuvent même pas servir à l'alimentation des bestiaux sans qu'il en résulte d'accidents. On a observé que des Tomates, cultivées dans des jardins voisins de champs de Pommes de terre infectées, étaient également envahies par le Botrytis. Plusieurs plantes de familles différentes ont, dans les mômes circonstances, subi les atteintes du môme mal. Depuis cette époque, plusieurs épidémies sont de nouveau venues ruiner les récoltes, sans qu'on ait pu arrêter leurs ravages , qui , pour certains pays, constituent de véritables désastres, car la Pomme de terre y fait le fond de la nourriture ; on la mange
(I) Voy. Ànn. des seienoet nal., Bot., V série, t. XVUI, p. 4 41 .
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en nature ; et avec la fécule, soit pure, soit mêlée à de la farine, bn fait un pain de très-bonne qualité.
Cette même fécule sert à fabriquer de ralcool et des liqueurs fermentées dont on fait grand usage dans le nord de l'Europe. Son mode d'extraction est des plus simples : il su£St de râper les Pommes de terre dans des vases pleins d'eau, puis, de jeter la masse sur des tamis qui retiennent les impuretés, les débris des cellules, etc. On laisse déposer la fécule, on la lave, puis on la fait sécher. Ainsi préparée, elle se présente sous la forme d'une poudre d'une blancheur éclatante, à grains plus gros que ceux de Tamidon de blé, et qui, vus au microscope, semblent inégaux et bossues à la surface. La fécule ne se dissont pas dansTeail, elle s'y conserve très-longtemps sans altération, mais une forte trituration suffit pour la rendre en partie soluble; l'empois qu'elle forme avec l'cjau est moins consistant que celui de l'amidon de blé.
On emploie souvent la fécule de Pomme de terre pour faire des cataplasmes ; on s'en sert également pour saupoudrer la peau lorsqu'elle a été rubéfiée ou irritée par une brûlure ou toute autre cause. On rend ainsi les contacts moins douloureux. C'est à peu près là le seul usage médicinal de cette substance. Anciennement on attribuait au Solanum tuberosum des propriétés actives qu'il ne parait pas posséder ou qui, du moins, sont très-faibles.
Une autre espèce de Solanum^ le Solanum monlanum (1) de Linnée, qui croit au Pérou, est remarquable par l'existence d'un tubercule souterrain unique, d'où s'élèvent les tiges et d'où naissent les racines ; ce ne serait donc pas un bourgeon, comme la Pomine de terre, mais, d'après* Dunal, une dépen-
(<) Voy. p. n.
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daDce de la tige elle-môme. MM. Scbiede et Deppe ont rapporté du Mexique des tubercules comestibles produits par le Solanumstoloniferumel cultivés en Bolivie sous le nom de Papa lisa. Le Solanum Sinense fournit aux Cbinois, d'après Manuel Blanco, une sorte de Pomme de terre très-estimée.
Les baies du Solanum esculentum {i), on AuberginCy servent à l'alimentation dans une grande grande partie de nos départements méridionaux; on en' envoie jusqu'à Paris et dans le Nord.
Lq Solanum album donne des baies globuleuses, vertes, marquées de taches blanches, que mangent les habitants de la Cochinchine et du royaume de Siam. Â Madagascar on mange aussi les fruits du Solanum anguivi.
Les fruits du Solanum sessifolium^ du Brésil, servent à Talimentation des Indiens.
Le Solanum quiloense (i) est recherché à cause de ses baies, connues sous le nomdeiVaranjt^a*, ou petites oratiges deQuito. Elles ont, en effet, la saveur acidulé et sucrée, ainsi que la couleur de ces dernières. On emploie leur jus pour faire une limonade douce et rafraîchissante.
La baie du Solanum muricatum (3) présente un péricarpe très-épais et très-charnu, jaunâtre, et semblable, par sa consistance et même par son goût, à celui des Melons. Aussi est-il comestible au Pérou.
I^ Solanum œtliiopicum (4) est remarquable par ses baies arrondies, jaunes et sillonnées, que Ton emploie au Japon
(1) Voy. p. 26.
(2) Voy. p. 33.
(3) Voy. p. 24.
^(4)Voy. p. 32.
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comme assaisonnement. Leur saveur rappelle, en beaucoup moins fort, celle des Piments.
Le Solanum oleraceum (L.) ressemble beaucoup à la Morelle noire; il est cultivé à la Guyane et aux Antilles, où Ton mange sa partie herbacée.
Le Solanum nemorense (t) produit des baies de la grosseur d'une petite poire, à surface dorée, qui servent à l'alimentation des habitants du Pérou.
LeSolanum dulcamara{i) doit son nom vulgaire de Douceamère, au goût d'abord douceâtre puis amer qu'ont les tiges quand on les mâche ; son odeur est forte et vireuse, et elle renferme, dans toutes ses parties, un alcaloïde particulier connu sous le nom de Solanine. La pulpe des baies a un goût fade et nauséabond. On lui attribuait des propriétés vénéneuses, sur la foi d'une expérience de Floyer, qui avait vu un chien succomber après l'ingestion de trente baies deDouce-amère (3); mais Dunal a établi de la manière la plus nette que ces fruits n'ont pas de propriétés fâcheuses (4). Il en a fait avaler 90 à un coq, 60 à un chien, 100 à un autre chien, 35 à un cochon d'Inde, sans quîaucun accident survînt. Des expériences faites par OrQla montrent que l'extrait aqueux de cette plante tend cependant à détruire la sensibilité et la motilité (5). A hautes doses, les tiges de la Douce-amère peuvent donner lieii a des effets toxiques légers: de la céphalalgie, du délire, l'affaiblissement de la mémoire, un sentiment de constric-
(1) Voy. p. 28.
(2)Voy. p. 23.
(3) Floyer, Pharmacop, p. 86.
(4) Dunal, Hist. dei Solanum, 4 843, p. 98.
(5) Orûla. Traité des poisons, 3** édit , t. If, p. 4 90
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tion de la goi^e; aussi a-t-^le été cooaeillée dans certaines affections, et ses propriétés ont été tour à tour exaltées au-dessus de leur mérite, puis complètement révoquées en doute. Dioscoride considérait cette plante comme diurétique, et l'employait contre Thydropisie. Linné et Carrère en faisaient usage dans le rhumatisme chronique. Starke et Bergius la vantaient pour soulager les accès de goutte. Dehaen en conseillait l'emploi dans le traitement de Tasthme; Boerhaave, dans celui de la phthisie ; mais c'est surtout comme dépuratif que la Douce-amère paratt être utile ; ainsi Carrère, Bertrand, Lagrésie, Staiie^ Poupart, Swediaur, se sont servis avec succès des tiges de celte plante pour combattre les affections cutanées, la scrofule et la syphilis. M. Chrichton, appuyé de l'autorité de Bretonneau, Ta préconisée dans le traitement de la lèpre, et M.. Gardner la conseille contre le prurigo, le psoriasis et richthyose. Les tiges seules delaDouce-amère sont employées en médecine^; bien que les autres parties possèdent, à peu de choses près, les mêmes propriétés. On en fait usage sous forme de tisane ou d'extrait. Elle cède très-bien à Tinfusion ses principes solubles. Le sirop de Douce-amère est souvent ordonné aux enfants. La poudre est très-peu usitée.
La Solanine est le principe actif de la Douce-amère; elle existe dans les tiges, d'où elle a été extraite par M. Desfossés, et dans les fruits, où M. Legrip a constaté sa présence. On l'obtient en traitant les tiges par de Teau acidulée avec de l'acide sulfurique; on précipite ce dernier et la matière extractive par l'acétate de plomb, on sursature la liqueur par un lait de chaux, on fait bouillir le précipité avec de l'alcool à 80 degrés et Von purifie la Solanine par plusieurs cristallisations successives. Cette substance cristallise en prismes inco-
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lores et inodore», d*une saveur amère ôt âcre,^ soluble dans Peau, Vekùo\ et les huiles.
M. Clarus tt étudié Tactiou physiologique de la Solanine. L'absorption de cette substance est rapide et elle agit d'abord sur la moelle allongée et sur la moelle épinière; elle produit une forte congestion dtsi e6lé des reius, accompagnée le plus souvent d'une augmentation dans la sécrétion de l'urine et rend ce liquide albumineux ; les battements du cœur sont augmentés en même temps que la force du pouls diminue ; la respiration est ralentie à cause de la paralysie de la moelle allongée et de la dixième paire des nerfe cérébraux, et quand la mort arrive, c^est le résultat de la paralysie de l'appareil respiratoire. La Solanine n*exerce aucune action sur l'estomac et l'intestin, elle ne dilate pas la pupille.
Le Solanum nigrum (1), ou Morelle noire, est légèrement narcotique et doit ses propriétés à une faible proportion de malate de Solanine. Pendant longtemps on Ta regardée comme une plante dangereuse. Camerarius, Gmelin et Alibert citent des empoisonnements qu'ils attribuent aux fruits de la Morelle noire. Dunal pense, avec raison, qu'il y avait eu une erreur de détermination, et que les accidents avaient été causés par des baies de Belladone. Ce qui rend cette opinion très-probable, c'est que ce botaniste a plusieurs fois essayé sur lui-môme, sans aucun résultat fâcheux, l'effet dos baies de Morelle; il en fit également prendre à divers animaux, tels que des chiens, des cochons d'Inde, des oiseaux, qui n'en ressentirent aucun accident. D'ailleurs, du temps de Théophraste et de Dioscoride, lar Morelle noire était employée comme aliment, et aujourd'hui on en mange les feuilles en
(I) Voy. ci-dessus, p. 25.
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guise d'épinards dans quelques départements de la France, au Malabar, à l'tle Bourbon et à Tile Maurice. On emploie quelquefois en médecine la décoction des feuilles comme émolliént, mais elle est saus efiTet particulier.
L'écorcedu Solanum pseudoquinquina {i) est employée au Brésil comme fébrifuge, et sert de succédanée au Quinquina. Dans le commerce, on la trouve roulée, recouverte d'un épiderme mince et fendillé, jaunâtre ou blanchâtre à Tintérieur^ avec une structure granuleuse. Elle présente beaucoup de ressemblance avec la Cannelle blanche; mais ou peut Ten distinguer par le manque d'odeur et par la couleur de sa surface intérieure, qui au lieu d'être blanchie est grise. Sa saveur est amère et désagréable; Yauquelin, qui en a fait l'analyse, y a trouvé un principe amer qui entre dans sa composition pour ^ et eq qui réside probablement ses facultés fébrifuges.
Les racines du Solanum undalum (2) paraissent posséder des propriétés émétiques ; leur poudre, mêlée à du vin, sert au Malabar à provoquer des vomissements. On les emploie aussi en décoction, ainsi que les feuilles, dans le traitement de certaines fièvres muqueuses.
Les racines du Solanum lasiocarpum sont utilisées, dans le même pays, de la même manière.
Les feuilles du Solanum crispum (3) servent au Pérou, en décoction ou en infusion, au traitement des fièvres inflammatoires.
Les Indiens du Brésil appliquent sur les plaies les feuilles du Solanum paniculaium (û).
(4) Voy. ci-dessus, p. 28.
(2) Voy. ci-dessus, p. 33.
(3) Voy. ci-dessus, p. Î5.
(4) Voy. ci-dessus, p. 29.
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Au Pérou, les feuilles du Solanum albidum (1) passent pour avoir des propriétés résolutives, et Ton prétend qu'elles diminuent les tumeurs cancéreuses, chose qui nous parait trèspeu 'probable.
Le Solanum fuscatum^ très-voisin des Aubergines, est originaire d'Amérique ; il produit des baies très-vénéneuses. 11 en est de même pour le Solanum f$afnmosum (2), dont les racines jouissent de propriétés diurétiques. Les racines du Solanum Hermaniy également diurétiques, sont employées, pour cette raison, dans le traitement des hydropisies.
L'extrait de feuilles du Solanum violaceum est employé pour combattre les phlegmasies et particulièrement celles des organes respiratoires.
Aux Canaries, les baies du Solanum gnaphalioides (3), et, au Pérou, celles du 5. vespertilio (4), servent, à cause de leur couleur d'un rouge vif, à préparer une teinture et un fard dont les femmes font usage pour se peindre le TÎsage.
Les baies du Solanum saponaceum (5) sont employées au Pérou comme une sorte de savon pour laver le linge.
Enfin, on cultive dans les jardins, comme plantes d'ornement, plusieurs espèces du genre Solanum. Telles sont : la Morelle de Madagascar {Solanum pyracanthum^ Lam.), dont les feuilles, d'un vert glauque, sont profondément décoapées; la nervure médiane est couverte en dessus et en dessous de gros aiguillons d'un rouge orangé ou vermillon ; ces mêmes
(1) Voy. cklessus, p. 30.
(2) Voy. ci-dessus, p. 30.
(3) Voy. ci-dessus, p. Ï7. '
(4) Voy. ci-dessus, p. 34.
(5) Voy. ci dessus, p. 29.
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aiguillons se retrouvent sur la tige, les rameaux et jusque sur la nervure médiane des sépales ;
La Horelle de Buenos-Âyres {Solanum bonariense, Lin.), qui est un véritable arbuste ;
La Morelle blanche {Solanum marginatumy Lin.)i dont les aiguillons couvrent non-seulement la nervure médiane» mais aussi les nervures secondaireséles feuilles.
IjC genre Lyeopersicum fournit les Tomates, dont les fruits servent à préparer des assaisonnements qui sont devenus d'un usage journalier ; on emploie les fruits frais, et pour les con server pendant Thiver on les fait sécher, ou Ton prépare avec leur pulpe un extrait concentré.
§ s. — Genre Capsieam.
Presque toutes les espèces de Piments sont remarquables par la saveur acre et brûlante de leur fruit; aussi presque toutes sont-elles employées comme condiment dans les pays où elles croissent. Ces propriétés sont moins développées dans le Piment cultivé en Europe que dans ceux des Indes ou d'Amérique, où Ton en fait néanmoins une consommation énorme. Le principe acre est beaucoup plus développé dans la graine que dans les autres parties du fruit.
Ces plantes sont peu employées en médecine ; cependant on fait avec les baies un extrait utilisé à l'intérieur pour combattre les hémorrhoïdes, sur lesquelles il a une action spéciale et évidente.
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