PREMIÈRE PARTIE
§ 1. — IIMTHODUCTIOIM.
La famille des Solanées ou Solanacées, l’une des plus naturelles du règne végétal, est aussi l’une des plus intéressantes au point de vue pharmaceutique ou médical. Presque toutes les plantes qui la composent jouissent de propriétés énergiques qui agissent particulièrement sur le système nerveux et dont l’emploi thérapeutique est fort répandu. D’autres sont utilisées comme aliments, et il suffit de citer la Pomme de terre pour indiquer en un mot l’importance que présente, au point de vue économique, la famille dont nous allons tracer l’histoire.
Les Solanacées présentent entre elles des analogies si frappantes, qu’elles n’ont pu échapper à ceux qui de tout temps se sont plus ou moins occupés de leur étude. Le port général des plantes, la couleur sombre des feuilles, l’odeur ordinairement vireuse et désagréable qu’elles répandent, les avaient fait désigner par Linné (1 ) sous le nom de Luridæ ou livides. De Jussieu (2) comprit parfaitement l’importance naturelle de ce
('I ) Linné, Prœlect. in ordines nahirahs, édit.Giseke, 1792, in-4°, p. 384.
(2) De Jussieu, Gênera, p. 124. — Annales du Muséum, t, V, p. 255
groupe; il lui donna le nom deSolaneœ, qui fut adopté par tous les botanistes. Cependant, comme ce nom, appliqué à l’ensemble de la famille, pouvait être confondu avec celui d’un des genres [Solanum), Bartling (1) le transforma en celui de Solanacées, qui est aujourd’hui d’un usage général (2). C’est surtout dans les régions chaudes du globe que les Solanacées abondent. Le Pérou, le Chili et le Brésil en possèdent une variété infinie d’espèces; on en rencontre encore beaucoup aux Indes et dans l’Asie australe. En Europe, leur nombre diminue, et elles deviennent de plus en plus rares à mesure que l’on s’approche des pôles : car ce sont des végétaux qui craignent les climats froids et qui ne vivent que difficilement sur les plateaux élevés de notre pays.
§ *. — CâUACIÈRKS eËNËR.llJ.V.
Les Solanacées sont des plantes herbacées ou ligneuses, annuelles ou vivaces, qui atleignent parfois des dimensions assez considérables A première vue, elles semblent présenter do grandes différences dans l'arrangement des feuilles sur la tige; mais si, comme l’a fait M. Naudin (3), on cherche la loi de ces variations, en se basant sur l’organographie comparée, on voit que la disposition normale des feuilles sur la tige est l’ordre quinconcial. Chez quelques espèces, cet ordre
(1) Barlling, Ordines niilurales, 1830, p, 193.
(2) Endliclier, Gen ra plantarum, p.662. — Walpers, Reperlnrium holanices syftematicœ, t. III, p. 5. — Dunal, dans De CandoIIe , Prodromus, I. XIII, p. 1.
(.1) Naudin, thèse pour le doctorat ès sciences. Paris, 1842.
persiste pendant toute la vie de la plante ; chez d’autfes, il n’existe que dans le premier âge, ou, ce qui revient au môme, dans les jeunes pousses. L’axe primaire disparaît souvent avant que la plante ait pris tout son accroissement, et la végétation se continue par l’apparition d’un ou de plusieurs rameaux, qui ne tardent pas eux-mômes à disparaître pour faire place à d’autres. Ces rameaux de remplacement sont ordinairement au nombre de deux, et suivant qu’ils se développent également ou inégalement, il en résulte des dichotomies égales ou des dichotomies inégales; et si l’un des deux rameaux avorte toujours, cet avortement ayant lieu alternativement à droite et à gauche, les feuilles deviennent alors géminées.
La forme des feuilles est très-variable. En général elles sont simples, à bords plus ou moins dentés ou découpés. Mais quelquefois la division du parenchyme est poussée très-loin. Tantôt ces appendices sont portés sur des pétioles, tantôt ils sont sessiles. Dans certains cas, les plus jeunes feuilles des bourgeons axillaires se développent de chaque côté des pétioles de façon à simuler des stipules; mais il est facile de se rendre compte de leur véritable nature, car jamais on n’observe de stipules. Un petit nombre d’espèces seulement portent des bractées. En général, les inflorescences sont terminales, ou, par la disparition de l’axe primaire, elles deviennent des dichotomies ou dos cymes. Ces dernières affectent souvent la forme scorpioïde ou hélicoïde; dans d’autres cas, elles sont en ombelles, en panicules ou en corymbes; elles portent des fleurs dont la couleur-varie du blanc au violet foncé, en passant par le jaune et le rouge; elles sont toujours pourvues d’étamines et d’un pistil, mais parfois ce dernier avorte, et elles deviennent stériles.
Le calice, toujours gamosépale, présente le plus souvent 5 divisions, on en compte cependant parfois /i ou 6, Chez la plupart des Solanacées, il persiste ou s’accroît, après la fécondation, pour entourer et souvent couvrir entièrement le fruit; les sépales, généralement colorés en vert, prennent, dans quelcjues espèces, les couleurs de la corolle. Cette dernière, toujours gamopétale et hypogyne, varie beaucoup de formes, tantôt rotacée, tantôt campanulée, ou infundibuliforme ou hypocratériforme. Elle présente un limbe à 5 ou parfois à /i ou à G divisions plus ou moins longues et étroites; leur préfloraison quinconciale, valvaire ou plissée, est quelquefois contournée dans le très-jeune bouton et devient valvaire un peu plus lard. L’androcée se compose d’un nombre d’étamines égal à celui des pétales avec lesquelles elles alternent. Ces organes se composent d’un filet plus ou moins long, inséré sur le tube de la corolle et supportant des anthères ordinairement introrses, biloculaires, égales, s’ouvrant soit par des pores terminaux, soit par des fentes longtiudinales. Les caractères tirés de la déhiscence des anthères sont importants et servent à distinguer des genres qui d’ailleurs se ressemblent extrêmement.
L’ovaire est presque toujours foi’rné de 2 feuilles carpellaires, dont l’une antérieure, l’autre postérieure (1). 11 est normalement biloculaire, mais souvent il se forme des cloisons intérieures qui, partant de la cloison primitive, s’avancent vers les parois et divi.sent l’ovaire en 3, /j ou 5 loges. Les placentas sont axiles, en général gros, très-renflés et supportant des ovules nombreux et plus ou m'oins complètement analropes. L’ovaire se transforme tantôt en une baie,
(I) Chez le Nicanilrii ‘phymloides, le nombre des feuilles car|iellaires est (|jelquefois du 2 et souvent de 3, de 4 ou de 3.
tantôt en une capsule. Dans ce dernier cas, le fruit est à 2 loges et s’ouvre le plus souvent par 2 valves en déhiscence septicide, ou comme une pyxide, par un simple opercule. Quand la capsule est quadriloculaire, elle s’ouvre par k valves. Les graines, nombreùses, sont réniforrnes, plus ou moins comprimées, à enveloppe ordinairement résistante, souvent scarieuse ou rugueuse, et renfermant un albumen charnu et abondant. Dans les graines comprimées latéralement , l’embryon est presque périphérique par rapport à l’albumen, arqué ou même tordu en spirale, à cotylédons semi-cylindriques ; dans les graines comprimées du côté dorsal, l’embryon est droit ou presque droit, à cotylédons courts, aplatis en dedans, convexes en dehors, ou subfoliacés à radicule infère.
§ s. — AFFINITÉS NATURELLES.
Si nous examinons la place que les Solanacées doivent occuper dans la série végétale, nous verrons que c’est de la famille des Scrophularinées qu’elles se rapprochent le plus.
Ce qui distingue, en effet, une Scrophularinée type, telle que le Mufflier, d’une Solanacée, telle que les Solamm, c’est l’irrégularité do la fleur dans toutes ses parties, irrégularité du calice, dont les divisions sont inégales; irrégularité de la corolle qui est personnée; irrégularité de l’androcée qui se compose de quatre étamines didynames. Ce qui rapproche ces deux plantes, ce sont les caractères tirés du pistil; dans l’une aussi bien que dans l’autre, l’ovaire est formé de 2 carpelles, l’un antérieur, l’autre postérieur; il se compose do
deux loges multioviilées, renfermant un gros placenta axile, chargé d’ovules anatropes.
Il existe une plante, le Verbascum (1), qui, bien que présentant une fleur irrégulière (fig. 1), se place aussi difficile¬
ment parmi les Scrophularinées que parmi les Solanacées. Si, par son périanthe, elle est Scrophularinée, son androcée la rapproche singulièrement des Solanacées, car il se compose de 5 étamines inégales, il est vrai, mais toutes fertiles.
A mesure que l’on étudie de plus près les représentants du groupe des Solanacées, on les voit différer de moins en moins des Ferbascum. Si l’irrégularité du périanthe et de l’androcée de ces plantes les éloignent des Solanum types, elle les rapproche des Jusquiamcs , des Triguera , dont la corolle est irrégulière; des Fabiana, dont les étamines sont toujours inégales. Et môme, il faut bien le dire, un grand nombre de Solanacées ont le calice irrégulier ; les divisions de celte partie
(1) Le Verbascum lhapsus, ou Bouillon -blanc, se rencontre communément , on France, où il fleurit pendant tout l’été. Sa fleur se compose d’un calice à 5 divisions irrégulières étroites et aiguës (fig. 1, «, &, c), d’une corolle rolacée à 5 divisions un peu irrégulières en préfloraison cochléaire. L’androcée comprend S étamines fertiles, uniloculaires, dissemblables (e, /), et disposées transversalement au sommet de leur support ; les trois postérieures ont des filets dilatés à la Laso et poilus, les filets des deux antérieures sont glabres et simples. L'ovaire (d) est ovoïde et biloculaire, il devient un fruit sec.
de la fleur sont en nombre très-variable et tantôt égales, tantôt inégales; or, on n’a jamais pensé à éloigner les Jusquiames, lesFabienncs ni les Tabacs des Solanacées. L’irrégularité n’est donc pas un caractère suflisant pour séparer deux familles, et c’est pour celte raison, sans doute, que les Aconits et les Pieds-d’alouette, si irréguliers, sont réunis aux Renoncules ; que les Kadia réguliers et les Pois font partie de la famille des Légumineuses; que les Bruyères à fleurs irrégulières sont réunies aux Rhododendrons à fleurs irrégulières dans la famille des Éricinées. On pourrait en citer encore beaucoup d’exem-pies, car il n’existe peut-être pas de famille naturelle généralement adoptée et reconnue comme telle, qui ne présente les deux types régulier et irrégulier.
A côté des Verbascum est une plante, le Celsia, qui en a le port, l’inflorescence, le calice, la.corolle, le pistil; la seule différence qui sépare ces deux plantes, c’est l’absence de l’étamino postérieure dans le Celsia. Ici donc la transition est des mieux ménagées. Du Celsia on passe facilement aux Digitales qui n’ont que h étamines, et l’on se trouve alors au milieu de la famille des Scrophularinées.
Ainsi, chez le Celsia brachysepala, la corolle se compose de 5 divisions d’autant plus grandes qu’elles sont plus antérieures, elles se développent en préfloraison quinconciale (fig. 2); la corolle est irrégulière, à 5 divisions alternes avec les sépales, et se développe en préfloraison coebléaire. On ne compte que 4 étamines à l’androcée, les deux qui alternent avec le pétale antérieur ont un grand filet nu à une seule loge, qui s’ouvre par une fente en fer à cheval ; les deux autres sont petites, placées entre les pétales
A. MII.NE EDWARDS. 2
latéraux ot lo [)étalo postcriour ; leur filet est très-court, garni de poils; l’anthère n’a qu’une seule loge; l’ovaire est piriforme avec 2 loges imiltiovulées, dont l’une antérieure, l’autre postérieure ; il est surmonté par un style courbé et terminé par 2 lamelles stigmatilères.
Il est si vrai qu’il faut toujours se défier des caractères qui paraissent les meilleurs et les plus constants, qu’au milieu de la famille des Scrophularinées on trouve une plante parfaitement régulière, c’est la Limoselle; elle est régulière à force d’irrégularité, dit M. Bâillon (1). Sa corolle, qui normalement devrait avoir 5 étamines, n’en présente plus que h avec lesquelles alternent 4 étamines,
11 existe, comme on le voit, entre les Solanacées et les Scrophularinées une analogie si grande, que l’on pourrait, avec quelque raison, les réunir en un seul et môme groupe.
Los Solanacées se rapprochent aussi des Ilydroléacées par les caractères de la fleur; elles s’en éloignent par ceux des organes de la végétation qui les relient aux Ihrraginées. La Heur d’un Ilijdrolea présente, comme celle d’un Snlanum, un calice régulier à 5 divisions, une corole raonopétalo, régulière, à 5 divisions alternes, 5 étamines alternes avec la corolle, 1 ovaire souvent à 2 loges, l’une antérieure, l’autre postérieure, et dans chaque loge 1 gros placenta axile chargé d’ovules.
I.es autres familles monopélalos s’éloignent plus ou moins des Solanacées.
Les Bignoniacées sont monopétales et ont toujours 1 ovaire biloculaire à l’origine, comme beaucoup de Solanacées. Plus tard, chez quelques-unes, dans les Sesamum par exemple,
(I) /tf/aiisoiiia, t. I, p, 305.
l'ovaire présente II loges, comme dans les Datura; mais ce qui les distingue des Solanacées, c’est leur corolle labiée, l’avortement ou l’atrophie d’une étamine, l’attache en série des ovules, l’absence d’un albumen dans les graines; leurs organes de végétation n’ont, d’ailleurs, aucun rapport avec ceux des Solanacées.
Les /Jcanthacées sont monopétales et ont toujours l’ovaire biloculaire, mais les loges ne contiennent souvent que 2 ovules réduits au nucelle, et si les ovules sont nombreux, comme dans les Rtiellia, ils sont attachés en séries; les étamines sont didynames dans la plupart des genres et les graines n’ont pas d’albumen.
Les Loganiacées sont aussi des plantes monopétales qui se rapprochent beaucoup des Solanacées quant au calice, à la corolle et à l’androcée. Quelques-unes, telles que lesSlrychnos, les Spigelia, les Logania, ont aussi un ovaire à 2 loges, l’une antérieure, l’autre postérieure, un gros placenta axile chargé d’ovules anatropes ; d’autres Loganiacées ont les lop,cs uniovulées, mais, au premier abord, on les distingue des Solanacées par leurs organes de végétation (1).
Les Polémoniacées s’éloignent davantage des Solanacées; leur ovaire est toujours à 3 loges, leurs feuilles sont composées imparipennées.
Les Convolvulacées ont souvent 2 loges à l’ovaire, ne renlermant que 2 ovules ; ces plantes ont, d’ailleurs, un port caractéristique.
Les Nolanacées diffèrent aussi des Solanacées par leur ovaire, qui renferme un grand nombre.de loges, chaque loge ne contenant qu’un seul ovule. Chez quelques espèces on
(I) Yoy. Ed. Bureau, De la famille des Laganiacées (ihèse), Paris, H 856.
compte jusqu’à 35 feuilles carpellaires distinctes; leur corolle rappelle celle des Convolvulacées.
Les Gentianées,\e'A Hydrophyllées, les Gesnériées ont aussi la corolle monopétale, régulière ou irrégulière; mais dans toutes ces plantes, rovairc porte des placentas pariétaux, de sorte (jifil n’est pas possible de confondre une fleur appartenant à rune quelconque do ces familles avec celle dés Solanacées.
Les Borraginées ont une corolle monopétale, mais elle est souvent garnie d’appendices en forme de doigt do gant, ce qui ne se voit jamais chez les Solanacées; déplus, le style est gynobasiquo et chacune des k loges de l’ovaire ne contient qu’un ovule.
§ 4, — CLASSII'ltATIOiV.
Pour subdiviser la famille des Solanacées, on s’est servi des caractères tirés de la disposition de Tovairc et du nombre des loges qu’il contient ; de la nature du fruit, soit une baie, soit une capsule ; de l’arrangement des étamines, de la position do l’embryon, etc. C’est en combinant ces caractères ([u’Endlicber a divisé ce groupe naturel on 0 tribus (1).
'1“ Nicotianeæ. Embryon plus ou moins arqué. Cotylédons semicyliiidriques. Capsule biloculaire, septicide, bivalve.
2“ Datukeæ. Embryon plus moins arqué. Cotylédons semi-cylindriques. Capsule ü baie incomplètement quadriloculaire,
3“ IIYO.SCYAHEÆ. Embryoïi plus OU moins arqué. Cotylédons semicylindriques. Capsule biloculaire s’ouvrant par un opercule.
A” SoLANE/E Embryon plus ou moins arqué. Cotylédons semicylindriques. Baie biloculaire ou pluriloculaire, à placentas axiles, quelquefois fruit capsulaire.
(I) Eadliclier, Généra plantarum, t836-18i8, p. C62.
5“ Cestrineæ Embryon droit. Cotylédons foliacés. Radicule infère.
Baie biloculaire. ^
6“ Vëstiæ. Embryon droit. Cotylédons foliacés. Radicule infère.
Capsule biloculaire.
Walpers (1) adopta complètement ce mode de division et ne changea rien aux tribus établies par Endlicber.
Dunal, dans la révision de la famille des Solanacées, qu’il publia, en ISSy, dans le Prodrome de A. De Candolle, en étendit beaucoup les limites et y fit rentrer le groupe entier des Nolanacées, dont le type est le genre Nolana de Linné, qu’Endlicher avait rangé'à côté des Convolvulacées.
Nous ne pouvons, à cet égard, adopter les vues de Dunal, les organes de fructification sont trop différents chez les Nolanacées et chez les Solanacées pour permettre de réunir ces plantes en une seule famille; l’un des raedleurs caractères qui distingue ces dernières est fourni par l’ovaire, qui normalement doit présenter 2 loges à placentas axiles supportant do nombreux ovules. Quelquefois le nombre des loges se multiplie un peu, mais ce sont des particularités que l’on peut presque considérer comme des anomalies. Chez les Nolanacées, Tovaire est disposé sur un type différent ; on en trouve plusieurs. Ils sont entourés par un disque charnu et chaque loge ne renferme qu’un seul ovule. Chez le Nolana liltovalis, qui croît au Chili et au Pérou, les ovaires sont nombreux, on en compte 18 sur le môme réceptacle. Chez le Nolana acuminata du Chili, il en existe jusqu’à 35, chacun ne contenant qu’un seul ovule. En rangeant ces plantes parmi les Solanacées, on enlève à cette famille toute son homogé-
(I) Walpers, Reperlorium Bolanices systemalicœ, 1844-1845, t. 111, p. 6. — Dans une publication plus récente (.Inna/cs bolanices, 1 852-1853, t. 111, p. H9) il conserva ce groupement, mais il n’admit pas la tribu des Vestiœ.
néité el le caractère de famille naturelle qu’elle présente à un aussi haut degré. 11 nous semble donc impossible d’admettre la tribu des Nolanacées de Dunal, et pour nous, la famille des Solanacées est constituée tout entière par la tribu des Solaneæ de Dunal. Elle a été subdivisée par ce botaniste en 9 sous-tribus.
1" Trigueueæ. Corolle irrégulière, campariulée, subbilabiée. Filets membraneux, connés à la base. Fruit subglobuleux, membraneux, indéhiscent, à 2 ou h loges. Embryon roulé en spirale, à cotylédons semi-cylindriques.
2" Solaneæ. Corolle régulière. Baie à 2 loges (rarement 1 , 3 et h loges). Embryon courbé, semi-circulaire, circulaire ou en spirale.
3" Uatuheæ. Embryon plus ou moins arque à cotylédons semi-
, cylindriques. Capsule ou baie incomplètement /i-loculaire.
IIyoscyameæ. Embryon plus ou moins arqué à cotylédons semicylindriques. Capsule biloculaire, s’ouvrant par un opercule.
5" Nicoïianeæ. Embryon presque droit ou légèrement arqué. Capsule biloculaire. Ovaire sessile, ordihairemerit entouré par un disque glanduleux. Stigmate bilobé. ,
0" ItiîTztEÆ. Embryon droit. Capsule oligosperme. Stigmate obtus.
7“ Fabianeæ. Embryon presque droit à cotylédons subcomprimés. Capsule biloculaire. Ovaire slipité. Graines nombreuses. Stigmate bilamellé.-
8° Metteuniciueæ. Embryon allongé, droit. Capsule biloculaire à valves légèrement fendues. Graines peu nombreuses.
9" Gestiieæ. Embryon pres(iuo droit, à petits cotylédons ovales et comprimés. Fruit baccilbrme, biloculaire. Graines peu nombreuses et ajiguleuses.
Dans cèltc classification, il nous semble que les divisions secondaires ont été multipliées à l’excès, de telle sorte que des espèces très-voisines et qui se ressemblent par la constitution de la fleur, par le port, etc., se trouvent non-seulement dans des genres, mais encore dans des sous-tribus différentes. La sous-tribu des Fabianeæ^ par exempte, pourrait avec avantage être réunie à eeWe dos Nicoïianeæ, et celle àesMelternichieœdc-
vrait ôtresupprim(5e. Celle des Retzieæ n’est connue que d’une manière trop imparfaite pour que l’on puisse lui assigner une place définitive, mais les trois espèces dont elle se compose semblent présenter plus d’analogie avec les Convolvulacées qu’avec les Solanacées.
Le mode de groupement proposé par Endlicher est basé sur des caractères de premier ordre ; il nous paraît beaucoup plus naturel, et nous nous proposons, à quelques modifications près, de suivre une marche analogue. Nous ne prétendons pas cependant présenter d’une manière irréprochable les affinités de la famille qui nous occupe ici : car du moment où l’on veut établir dans un groupe naturel des divisions tranchées, quelle que soit la valeur des caractères sur lesquels on se base, on arrive toujours à former des divisions plus ou moins artificielles. Dans la nature il n’existe pas de lignes de démarcation tranchées, les caractères se.fondcnt les uns dans les autres, et, suivant la manière dont ils se groupent, ils amènent une série de modifications plus ou moins importantes. Il est impossible dans une môme famille de ne pas reconnaître l’existence d’un certain nombre de formes typiques auxquels se relie toute une série do formes dérivées ; mais entre ces dernières les différences sont peu marquées, elles se rattachent les unes aux autres et se lient également aux formes dérivées d’un ou de plusieurs autres types dont on ne peut les séparer, do telle façon que si l’on veut rendre de la manière la plus exacte les analogies et les différences d’un groupe quelconque du règne végétal, aussi bien que du règne animal, il faut rechercher ces types, les étudier à fond, puis examiner par quelle série de caractères et de formes intermédiaires ils se relient aux types voisins.
Dans la famille des Solanacées, nous reconnaissons un cer-
tain nombre de formes typiques. Elles nous sont fournies par les genres : Solanum, Nicotiana, Dalura et Hyoscyamus ; au type Solanum se rattache les Ceslrim, et au type Nicotiana les Vestia. Mais à côté de ces genres il en existe beaucoup, d’une importance moindre, qui teiïant à la fois des uns et des autres, se refusent à entrer dans des cadres nettement délimités et servent de chaînons et de passages d’un type à l’autre. Dans une famille aussi nombreuse que celle des Solanacées, où le genre Solanum comprend plus de neuf cents espèces, on s’est trouvé conduit à multiplier les genres, sans s’appuyer sur des caractères d’une importance suffisante : la forme d’une corolle, une étamine insérée un pou plus haut ou un peu plus bas sur le tube corollaire, ont quelquefois suffi pour l’établissement do divisions particulières, dont beaucoup devraient être réformées. Mais avant de le faire, il faudrait étudier complètement toutes les espèces de Solanacées ; c’est un travail qui exigerait de longues années et qu’il nous a été impossible d’entreprendre dans le laps de temps assigné pour ce concours. Nous nous bornerons donc à accepter les genres tels qu'ils ont été établis par les botanistes les plus autorisés et les plus récents, sauf a signaler ceux qui ne nous semblent pas caractérisés d’une manière suffisante.
En combinant les caractères tirés de la forme du fruit et de la position de l’embryon dans la graine, nous proposons de diviser les Solanacées en deux grandes tribus : celles à fruit bacciforme, et celles à fruit sec. Toutes deux se subdiviseront ensuite suivant que l’embryon sera droit ou arqué ; les groupes secondaires ainsi formés comprendront un ou plusieurs genres d’une importance variable et qui devront, suivant la valeur de leurs caractères distinctifs, fo/’nier euxmêmes de petits groupes indiqués dans le tableau suivant :
ovales et acumioées; la corolle blanche, bordée de violet, est plissée, anguleuse à 5 divisions peu profondes ; les étamines, au nombre de 5, alternent avec les pétales et s’ouvrent par dos pores dont l’ouverture est large et bâillante; le style droit et dépassant les étamines, se termine par un stigmate bifide; l’ovaire se transforme en une baie pendante ovale, blanche tachetée de rouge; le péricarpe en est très-charnu. On distingue deux variétés de Solarium ,muricatum : lune, désignée sous le nom de parvifolium, se distingue par ses dimensions réduites, et se rencontre au Mexique; l’autre, appelée S. dissectum, présente des feuilles pennatiséquées.
Le S0LA.NUM CRispuM (t) est très-abondant au Chili et au Pérou, où on le désigne vulgairement sous le nom de Natre. C’est un arbrisseau à feuilles souples, indivises, entières, cordiformes, légèrement crépues sur les bords ; les plus jeunes sont couvertes d’un fin duvet, les autres sont glabres. Les fleurs disposées, en corymbe, se composent d’un calice en forme de coupe tronquée à 5 dents subulées, courtes et vertes, d’une corolle d’un bleu plombé, découpée en 5 lobes ovales et aigus. Les étamines, en même nombre que les pétales et alternes avec eux, sont toutes égales, à anthères étroites. Le style filiforme dépasse les étamines, il s’infléchit à son extrémité. L’ovaire se développe en une baie blanchâtre de la grosseur d’un pois.
Le SoLXNUM NiGRUM (2), coniiu sous le nom de Morelle noire, Mourelle, Crève-chien, est la plus commune des plantes du genre ; elle se rencontre le long des haies et près des lieux habités. Sa racine fibreuse et blanchâtre donne naissance a
(1) üuizet Pavon, Flora Peruviana, t. II, p. 31, pl. 158, fig. a.
(2) Linné, Spec,, édit. I, p. 266.