‹ De la familleChapitre 7 sur 12 · AUTRES ENCORE · texte numérisé non relu

AUTRES ENCORE

Lemariagea encore pour ennemi, de nos jours, le féminisme, en tant que volonté chez les femmes de ne pas dépendre des hommes et de ne pas être auprès des hommes des auxiliaires subordonnés, volonté qui conduit à la résolution de ne point les épouser. Le féminisme, pour lequel on sait assez mes inclinations peut-être mes faiblesses, est, avant tout, une insurrection des femmes contre les femmes elles-mêmes, j'entends une insurrection des femmes contre les défauts qu'une longue hérédité a développés en elle: frivolité, puérilité, poupéisme, coquetterie, désir de plaire aux hommes et de ne fonder que sur l'amour

T>e la Tamitle 5$

qu'elles pourront leur inspirer, autrement dit courtisanerie légale et légitime. Voilà les défauts que le féminisme condamne et combat.

Par contre et par conséquent il préconise : esprit d'indépendance, ou plutôt d'autonomie, goût du travail sérieux et productif, haine des arts d'agrém.ent, acquisition d'un art ou métier qui permettra de se passer de l'homme, de ne pas prendre le premier venu, de le quitter s'il rend malheureux. Tout le féminisme sérieux semble inspiré de cette légende de Montaigne :

(( Nous les dressons dès l'enfance aux entremises de l'amour ; leurs grâces, leur attifure, leur science, leur parole, toute leur instruction ne regarde qu'à ce but. »

Tout cela, je le reconnais, ne conduit pas tout droit au mariage.

Chose curieuse, le féminisme écarte du mariage celles précisément qui par leur science, leur courage, leur aptitude aux occupations solides, la fermeté d'âme et d'esprit qu'elles

56 De ta Tamiîte

se sentent, leur autonomie même et c'est-à-dire leur forte personnalité, prédestineraient le plus et le mieux à être des épouses excellentes et des mères de familles précieuses ou plutôt sans prix ; et il tend à ne laisser pour le mariage que celles qui ont des âmes de courtisanes. Le féminisme est un ennemi du mariage.

Mais il ne Test que pour un temps, parce qu'il est un de ces bons ennemis dont on fait des amis délicieux. Vienne une génération où la plupart des jeunes filles, un grand nombre au moins, pour ne pas trop demander et pour ne pas décourager trop de monde, seront véritablement instruites et élevées selon les principes du féminisme intelligent et mèneront leur vie selon ses principes; alors ce seront les féministes que les hommes rechercheront pour les qualités excellentes, pour cette assurance sur la vie qu'ils prendront en épousant une femme qui, veuve, pourra se

T>e la Tamitte 5j

passer d'eux ; enfin pour toutes les meilleures raisons du monde. Et les féministes elles-mêmes n'auront point répugnance à épouser des hommes qui les connaîtront et qui les admettront et qui les désireront comme féministes et qui ni ne voudront ni ne pourront les asservir ; et, seulement, elles auront la liberté de leur choix et ne prendront que qui leur conviendra. Le mariage a dans le féminisme un ennemi qu'il comptera un jour comme un ami, comme un bienfaiteur et comme un rénovateur. Mn jour viendra que je m'étonne qui ne soit pas venu, et qui l'est peut-être, où un jeune homme dira : « Je veux une femme qui n'ait pas besoin de moi et qui par conséquent me prenne parce que je lui plairai ; et qui ait la tête assez bien faite et assez de caractère pour me quitter si je suis mauvais. »

Page 1