OBSERVATION XIII
Edouard B 7 ans , d’une conslîlution lymphatique et
faible.
II y a deux ans, cet enfant a commencé à souffrir dans le genou gauche et à boiter en marchant; quinze jours plus tard le genou était tuméfié : alors on couvrit le membre malade de cataplasme» de farine de lin pendant la nuit, et le soir on faisait des onctions avec la pommade au proto-iodiire de plomb. Ce traitement fut continué pendant un ou deux mois, puis on employa les vésicatoires volants qui diminuèrent un jteu le volume de l’articulation, sans toutefois diminuer les douleurs qui étaient vives au plus léger mouvement. Pour faciliter la marche, l’enfaut fut obligé de se servir de béquilles. Sous l’influence des divers traitements conseillés par MM. les ü’’* Nélalon et Nonat, médecins de la famille, le petit malade était alternativement mieux par instants, moins bien dans d’autres.
La famille se décida à le placer dans l’établissement de mon père, où il est entré le 6 juillet 1858.
Voici l’état dans lequel il se trouvait alors : la jambe était fléchie sur la cuisse sous un angle de 45°; le genou était de trois centimètres plus gros que celui du côté opposé; il existait de l’empàtemeut au pourtour de la rotule, qui était à peine mobile et fort douloureuse, surtout quand on voulait étendre ou Héchir la jambe sur la cuisse; il existait aussi un léger mouvement de rotation de la jambe en dehors, et le condyle du tibia avait en même temps glissé sur la partie postérieure des condyles du fémur, de sorte qu’il existait une subluxation de la jambe.
Lejeune infirme, à son entrée dans notre établissement, fut soumis à l’usage des douches froides en arrosoir sur le membre malade d’abord, et ensuite sur tout le corps. Après qu’il avait été essuyé et frictionné sur toute la surface de la
peau ou faisait des onctions sur le {renou avec la pommade suivante :
Pr. Prolo-iodiire de plomb, Extrait de ciRiitt,
— de jusfiuiame, Axonge,
Mêlez.
aa 4 grammes.
Après la douche et les onctions sur le genou, le membre in- (ei ieur malade était placé dans une gouttière à valveç, et soumis à une légère extension: nous disons légère, car aussitôt que I on voulait la lorcer, le petit malade se plaignait de vives douleurs dans le genou. Ce trailemenl fut eonlinué pendant près de di'ux mois. Ne voyant pas de eliangenient bien remai'(|uable dans le redressement du membre, je me décidai à opérer le redressement immédiat dnjp non pendant le sommeil aneslbésique. Nous robtiiinies dans l’espace de dix minutes, c’est-àdire que la jambe fut étendue sur In cuisse et le condyle du tibia ramené sous les condyles du fémur, ainsi que lajainbe sous 1 axe de la cuisse. Lin bandage ouaté, cartonné et amidoiiDc fut par moi ap|>li(|ué et solidifié par des attelles en Hl de fer, jilacées provisoirement jusqu’à la dessiccation complète du bandage. Ce bandage fut porté par le malade pendant un mois à peu près; ce laps de temps écoulé, nous l’enlevâmes et nous trouvâmes le genou à peu près de la même grosseur que celui du côté saiu.
Une machine à extension fut appliquée, afin d’empêcher la flexion de lajainbe. Avec cette machine, le jeune malade marchait facilement et sans douleurs pendant les premiers jours. Dix jours après la Jevée de l’appareil amidonné, voyant que
quelques douleurs existaient encore dans le genou, nous appliquâmes, avec M. le D'' Nouât, médecin de la famille, un bandage inamovible en papier, qui embrassait tout le genou, et 5 à G centimètres au-dessus et au dessous de l’articulation. Ce bandage fut le dernier qui fut appliqué, le genou se trouvant alors
parFaitemeot guéri de sa tumeur blanche et la jambe dans 1 extension à peu près complète^ car dans ces cas-là, si l’articulation (ce qui nous est arrivé) ne jouit pas de toute sa mobilité et que l’extension soit complète, les malades marchent en faisant avec la jambe le mouvement de la faux.
Il y a quelques mois, ce jeune malade vint nous voir avec sa mère; il marche sans canne, néanmoins avec une légère claudication, le membre n’étant pas, comme je l’ai dit, dans l’extension complète.
Dans les cas où la flexion de la jambe sur la cuisse est de GO à 00 degrés, il ne faut point espérer obtenir l’extension complète en une seule séance. Dans tous ces cas graves, on doit commencer par mobiliser l’articulation fémoro-tibiale, surtout dans le sens de la flexion, et ensuite chercher une extension d’un quart ou d’un tiers ; puis on agira comme dans le cas précédent, c’est-à-dire, (|ue l’on immobilisera le membre et que l’on comprimera l’articulation par un bandage que nous indiquerons tout à l’heure. Après (juinze jours ou un mois, on enlève le bandage et on est tout étonné de trouver au-dessous le genou dégonflé ; l’immobilité et la compression semblent avoir enlevé l’hypertrophie et la subinflammation articulaire.
Avant une seconde séance on fait porter au malade une des machines à extension décrites p. 81 et suivantes. On favorise le traitement par l’emploi de douches froides, de pommades résolutives et entre autres celle-ci :
Pr. Axonge,
Prolo-iodure de plomb,
Extrait de ciguë,
Camphre,
Mêlez.
puis on procède à une deuxième séance qui se passe comme la première et après laquelle on se comporte de mt*me.
On entend, à chaque mouvement forcé, descraqucments qui sont dus a la dechirurC' des parties qui résistaient: mais toutes ne cèdent pas toujours avec une égale facilité, et il est des cas où, après l’extension faite par l’opérateur, la jambe revient opiniâtrément à sa position fléchie, comme tirée par un obstacle élastique; c’est alors que l’on porte le ténotome sur la bride qui résiste.
Après chaque opération nous appliquons le bandage dont nous donnons la figure et la description :
GO grammes.
Le bandage ouaté, cartonné et amidonné, dont nous avons si souvent parlé, et dans notre texte et dans nos observations, se représente par la figure cidessus.
Voici notre manière d’agir : nous appliquons d’abord une bande de ouate que nous doublons au niveau de l’articulation du genou ; cette bande de ouate prend le pied (pour empêcher l’inflammation qui résulterait de la compression du membre inférieur) et monte, comme on le voit dans certains cas, embrasser l’articulation coxo-fémorale.
Pour maintenir cette ouate, nous appliquons une bande roulée. Quand cette dernière est appliquée, nous posons trois bandes de carton, préalablement mouillé et amidonné; l’une interne, l’autre externe, et la troisième postérieure. Ceci fait, nous reprenons le pied avec des bandes que nous amidonnons au fur et à mesure de leur application.
Ce bandage étant appliqué, nous posons, pour servir à sa consolidation pendant la dessiccation, deux ou trois attelles en fil de fer.
QueKjues jours après l’application de ce bandage, nous dégageons le pied en enlevant toute la partie qui est au-dessous des malléoles.
Comme je l’ai dit, nous ne prolongeons l’appareil jusqu’à la ceinture que dans les cas où les douleurs remontent jusqu’à la hanche.
Dans la 2" fig. on voit une ligne qui se trouve à la partie antérieure du bandage. Cette ligne représente la section que nous faisons lorsque nous avons sur le
genou ou des abcès suppurants ou des cautères demandant un pansement.
Notre appareil a cet avantage que partout on peut trouver de la ouate, du carton et du linge, qu’il coûte peu et que partout on n’a pas d’ouvriers pour confectionner des machines.
M. Nélaton nous y a fait, dans ces derniers temps, apporter une modification; nous n’amidonnons plus complètement toute la jambe, nous laissons l’articulation du genou sans amidon (le haut de la jambe et le bas de la cuisse étant seuls amidonnés), seulement des buses en acier dont on gradue journellement la force sont appliqués sur la partie antérieure (lu membre et nous donnent une extension continue et modérée.
Mais nous n’avons insisté jusqu’ici que sur le traitement de la fausse arjkylose angulaire en arrière, nous renvoyons pour la fausse ankylosé en avant à l’observation Collard, le nombre des faits étant trop limité pour qu’il nous soit possible d’en donner la division ex professa.