ARTICULATIONS DU GENOU
En se réunissant, les quatre portions osseuses que nous venons d’étudier forment deux articulations : la première, de beaucoup la plus importante, est celle du fémur avec le tibia et la rotule; on l’appelle fémoro-tibiale, ou mieux (dit JM. Richet) fémoro-libio-rotulienne; la seconde est l’articulation tibiopéronéenne supérieure.]
§ — Arliculalion fémoro-liùio-rotulicnne.
Comme son nom l’indique, cette articulation provient de la juxtaposition des condyles du fémur et de ceux du tibia, au devant desquels vient se placer la rotule, dans la poulie que nous avons décrite plus haut. Nous trouvons ici, de même que dans toutes les articulations, des cartilages d’encroûtement partoiit où ces os doivent jouer l’un sur l’autre. Quoi
qu’il en soit, nous ferons remarquer que l’étendue du cartilage qui revêt l’extrémilc inférieure du fémur ne représente pas, à beaucoup près, celle de la surface ai’liculaire ; car une portion considérable des condyles, qui se trouvent dépourvus de cartilage, n’en est pas moins tapissée par la synoviale, et fait, par conséquent, partie de l’articulation du genou.
En outre de ce qui précède, il nous faut étudier les fibro-cartilages interarticulaires, appelés semiliinnires ou fnlci formes, les moyens d’union et la synoviale.
A. Fihro-cartilages. — Au nombre de deux, l’un interne, l’autre externe, ils sont destinés h rendre plus profondes les deux cavités tpie nous avons signalées sur la partie supérieure du tibia ; ils sont en effet concaves en haut, épais en dehors, minces et tranchants en dedans, composés irune couche de tissu fibreux recouverte de deux couches cartilagineuses, l’une supérieure, l’autre inférieure. A la base des fibro-cartilages, les deux couches s’isolent nettement, et ils sont exclusivement fibreux, A leur sommet les couches se confondent, et ils deviennent cartilagineux.
Le fibro-cartilage externe est circulaire et recouvre la plus grande partie de la cavité glénoïde de la tubérosité tibiale correspondante; il s’attache par ses extrémités, d’une part, en dehors de l’insertion du ligament croisé antérieur, immédiatement au devant de l’é|)ine du tibia, et, de l’autre, à l’insertion des saillies (jue constitue celle épine.
Le fibro-carlilage inlerne ne recouvre qu’une partie peu considérable de !a tubérosité tibiale à laquelle il appartient; il est de forme semi-circulaire, et, par ses deux exlréniités, il vient s’insérer en avant et en arrière des points d’attache du libro-carlilage interne.
Comme nous le voyons, on avait tort de décrire autrefois ces fibro-cartilages parmi les moyens d’union ; en effet, ils ne se rendent point, comme ces derniers, d’un os à un autre, mais sont spécialement insérés ou attachés à un seul d’entre eux; le tibia.
JM. Richet signale une expansion fibreuse que le tendon du poplité enverrait au bord postérieur du fibro-cartilage externe.
B. Moyens d’union, — Nous avons à étudier les ligaments qui assurent la contiguïté des surfaces que nous venons de passer en revue et la capsule articulaire.
Ces ligaments sont : un ligament antérieur ou rotulien, un ligament latéral externe, un ligament latéral interne, des ligaments interosseux ou croisés et un ligament postérieur; nous devons insister sur la description de chacun d’eux.
Ligament antérieur ou rotulien. — C’est le plus long et le plus résistant de tous les ligaments; il est vertical, et sa forme est celle d’un triangle dont la base, tournée en haut, s’insère en partie à la face antérieure de la rotule et le sommet à la tubérosité antérieure du tibia. En avant il est recouvert par
une aponévrose de la cuisse qui le sépare des téguments; en arrière et en haut, il est en rapport avec un peloton graisseux qui l’isole de la synoviale générale, tandis qu’en arrière et en bas il repose sur la partie antérieure des tubérosités du tibia, dont il est séparé par une synoviale particulière.
Nous avons vu que la partie supérieure de la rotule donnait insertion aux fibres tendineuses de la longue portion du triceps, en sorte que les extenseurs de la jambe agissent sur la tubérosité antérieure du tibia, en se rédéchissant sur la rotule comme sur une poulie de renvoi.
Ligaments latéraux. — Des deux ligaments latéraux, Vexterne est cylindrique, vertical, inséré en haut à la tubérosité externe du fémur, au-dessus du t('ndon du poplité, et en bas à l’apophyse styloïde du péroné. \.'/nlcrne est une bandelette fibreu.se qui s’étale en rayonnant de haut en bas; elle s’insère à la tubérosité interne du fémur, au-dessous du tendon de la longue portion du troisième adducteur, et, par sa partie inférieure, à la fossette que nous avons signalée sur la face interne du tibia. Il est en rapport, par sa lace externe, avec les tendons de la patte d’oie, qui glissent sur lui à l’aide d’une synoviale particulière, et par sa face profonde, avec le cartilage irUerarticulaire interne, les vaisseaux articulaires et le tendon réfléchi du demi-membraneux.
Ces deux ligaments sont beaucoup plus rapprochés dans leurs insertions de la partie postérieure de
l’arliculalion que de raulérieure; ils sont donc, par consequenl, tendus dans l’extension et relâchés dans la Hexion. Voilà pourquoi les mouvements de latéralité, impossibles dans le premier cas, sont faciles dans le second.
Ces deux ligaments sont puissants; cependant ils ont comme moyens de renforcement : rexlerne, le tendon du biceps; l’interne, les tendons des muscles couturier, grêle interne et demi-tendineux.
Ligament postérieur. — Il est très-faible et apparaît sous la forme d’une bande fibreuse qui, de la tubérosité interne du tibia, se rend obliquement au condyle externe du fémur. Deux ordres de libres entrent dans sa constitution. Les unes, ligamenteuses, appartiennent en propre à l’articulation et naissent du tibia pour se porter directement sur le fémur; elles prédominent chez les sujets faibles. I.es autres proviennent du muscle demi-membraneux ; on les trouve chez les individus fortement constitués.
Nous signalerons encore à la partie postérieure de l’articulation quelques libres irrégulières qui se croisent en différents sens.
Ligaments croisés. — M. l’étrequin reconnaît deux espèces de ligaments croisés qu’il divise en profonds et superficiels; tous deux ont comme caractère commun de se croiser en X, ce qui leur a valu leur nom.
Ligaments croisés superficiels. — « J’ai trouvé, dit cet auteur, deux larges trousseaux fibreux qui, in-
— in-
sérés la partie centrale des coiulyles, descenejent en divergeant vers l’épine postérieure du tibia. t)n peut les diviser en deux faisceaux distincts qui se croisent sous un angle aigu. Ils recouvrent les ligaments croisés postérieurs et sont recouverts par l’expansion du demi-membraneux qui les renforce. On peut les nommer ligament croisés superficiels. » (Pétrequin, page G8G.)
Ligaments croisés profonds. — Ce sont ceux décrits par tous les auteurs. Ils sont de beaucoup les plus puissants et bien mieux disposés (|ue les latéraux pour s’opposer aux déplacements; situés dans l’espace intercondylien, ils ont été distingués en antérieur et en postérieur; l’antérieur se porte delà paroi externe à une dépression (|ue l’on observe en devant de l’épine du tibia; le postérieur va de la paroi interne à une dépression semblable située en arrière de la même épine.
Ce sont deux faisceaux arrondis, dirigés, l’antérieur en avant, en dedans et en bas, le postérieur en arrière, en dehors et en bas ; ils s’entre-croisent donc transversalement et d’avant en arrière. L’entre-croisement antéro-postérieur est de beaucoup plus marqué, le transversal se prononce quand on exécute des mouvements de rotation, la jambe étant préalablement fléchie.
Leurs insertions supérieures sont placées dans la même ligne, elles sont bien plus rapprochées de la partie postérieure de l’articulation que de l’anté-
rieure; elles sont sur une li{jne, c’esl-à-dire sur le prolongement d’une ligrie qui passerait entre les deux tubérosités du Fémur. Nous avons vu le même iait se produire pour les ligaments latéraux ; aussi, de même, les ligaments croisés prolonds se trouventils relâchés dans la flexion, étendus au contraire dans l’extension. Ils semblent destinés â limiter ce mouvement plus eFficacement que les ligaments latéraux.
Les ligaments croisés sont plongés dans une couche épaisse de graisse sur laquelle passe la synoviale; ils sont composés de fibres d’un blanc rougeâtre, ce qui est dû à la grande quantité de vaisseaux qu’ils reçoivent.
Capsule arliculaire. — Autour de notre articulation, et, comme moyen d’union accessoire, on signale diFFérentes aponévroses de la cuisse, diFFérents tendons ambiants qui, par leurs expansions membraneuses, Forment tout autour des diFFérentes parties que nous avons indiquées une membrane résistante et continue signalée par M. Malgaigne, et à laquelle M. Richer donne le nom de capsule articulaire. Elle n’est pas aussi bien définie, aussi bien limitée que jilusieurs autres, mais elle remplit les mêmes Fonctions, c’est-à-dire qu’elle Fortifie l’articulation et isole la synoviale.
En arrière, la capsule articulaire est Formée par ce que M. Cruveilhier nomme la demi-capsule fibreuse des deux condyles; c’est une espèce de coque sur
laquelle viennent prendre insertion les libres musculaires des jumeaux qui ne concourent pas à former le tendon, et qui semblent destinées à attirer cette portion de la capsule en arrière dans les mouvements de la jambe sur la cuisse. Souvent on a trouvé un petit os sésamoïde dans la demi-capsule du condyle externe.
C. Synoviale. — Elle présente une vaste étendue et un trajet assez compliqué. 11 est facile, en injectant la membrane synoviale du genou, d’étudier sa conformation particulière.
Elle tapisse non-seulement les sin-faces articulaires des os, mais encore les deux f^es des cartilages semi-lunaires et envoie de tous côtés des prolongements burtiformes qui, pénétrant entre les parties voisines, s’opposent, comme le feraient de véritables bourses muqueuses, à ce qu’elles exercent certains frottements les unes sur les autres.
L’espace circonscrit par le grand sac synovial du genou est très-resserré, la membrane synoviale formant de nombreux replis au moyen desquels elle tapisse les os et les cartilages, ce qui leur permet d’offrir sur leurs côtés contigus une surface lisse et continuellement lubrétiée. En arrière, on trouve, à la partie supérieure et à la partie inférieure du sac, deux de ces replis qui revêtent l’extrémité inférieure du fémur et l’extrémité supérieure du tibia. Sur les côtés on en trouve deux autres qui enveloppent les cartilages semi-lunaires; en devant un cinquième
qui revêt la face postérieure de la rotule, enliu un sixième, au milieu, qui pénètre dans le jarret et tapisse les ligaments croisés. Les replis inférieurs et le repli antérieur sont aplatis; le supérieur est trèsprofond, \es deux latéraux sont horizontaux et le postérieur est vertical.
Outre ces replis qui recouvrent les os et les cartilages contigus, le sac synovial du genou offre u»i grand nombre de prolongements de capacités diverses qui pénètrent entre les organes voisins, pour les garantir des frottements qu’ils pourraient éprouver. L’un de ces prolongements, très-considérable, est situé entre le fémur et le tendon commun des extenseurs qui lui envoient un faisceau libreux, monte sur la partie antérieure de l’articulation; un autre descend sur le coté externe, en arrière, pour se placer entre l’articulation et le |)oplité, en tapissant le bord externe du cartilage semi-lunaire correspondatit. Ils communi(juent parfois avec la synoviale du péroné. Enfin, un troisième descend au coté interne et en arrière, entre le tendon du poplité et l’articulation. Ces deux derniers prolongements entourent, par conséquent, le tendon du muscle poplité, en s’accolant immédiatement Lun à l’autre, de sorte aue ce tendon semble les perforer.
Outre ces grands appendices, il en est d’autres plus petits, moins importants et moins constants.
Grâce à tous ces prolongements, la membrane synoviale protège tous les mouvements du genou sans les entraver nullement. Il nous semble inu-
tile de nous arrêter sur les caractères de la synovie.
La membrane que nous venons de décrire n’est pas directement en rapport avec le tendon rotulien ; nous rappellerons, en eUet, qu’elle en est séparée par une masse adipeuse de laquelle partent quelques filaments cellulo-iibreux , qui vont s’attacher à la partie antérieure de l’espace intercondylien. La synoviale, en formant un repli autour de ces libres, les transforme en une bandelette, que les auteurs ont appelée li^rament adipeux.
Les artères de la synoviale viennent des articulaires, les veines suivent le trajet des artères. Sœmmering dit avoir suivi jusque sur la synoviale les ramifications du nerf crural.
§ 2. — Articulation libio-péronéenne supérieure.
C’est une arthrodie.
Surfaces articulaires. — Nous avons signalé sur le tibia, a son côté externe, une facette plane, circulaire, inclinée, regardant en bas, en dehors et un peu en arrière, nous savons, de plus, que du côté du péroné nous avons une facette analogue tournée en^iaut, en dedans et un peu en avant.
Les moyens d’union sont un ligament antérieur, un ligament postérieur, dirigés de la tête du péroné au tibia, composés de libres peu serrées et parallèles. Nous devons dire, en outre, (jue ces deux ligaments sont renforcés par le ligament latéral externe du genou.
La synoviale articulaire tibio-péronéenne estqiielquel’ois isolée, ainsi que l’a constaté M. Lenoir; elle communique parfois avec la synoviale tibio-f’émorale, et d’après cet auteur la fréquence de cette communication serait de 4 sur 40.