A. DES AGENTS OUI FACILITENT LA FÉCONDATION
t° Rôle des enveloppes de la fleur. — On répète depuis longtemps , dans plusieurs traités de botanique, que le pé rianthe exerce une influence utile à la fécondation, en protégeant les organes sexuels qu'il renferme. 11 est évident que ses brillantes couleurs et parfois son odeur servent à attirer les insectes qui, comme nous le développerons plus bas, sont quelquefois d'une extrême utilité pour assurer la fé condation. Cependant il ne faudrait pas s'exagérer l'importance du périanthe. On connaît un grand nombre de plantes qui portent deux sortes de fleurs : les premières vernales ,
avec une corolle bien développée, stériles, et les secondes estivales, avec une corolle rudimentaire , et fertiles. Le fait est fréquent dans le genre Viola t YOxalis acelosella. U est vrai que dans ces cas les étamines sont imparfaitement développées dans les premières fleurs. Mais, dans plusieurs Légumineuses des genres Vicia, Lathyrus, Amphicarpœa, Arachis, Voandzeia, Slylosanlhes, Chapmania, il existe des fleurs parfaites, situées sur des branches supérieures dressées, et d'imparfaites, quant à la corolle, qui donnent seuls des fruits, bien que les deux sortes de fleurs aient les organes sexuels bien conformés. Le plus souvent les fruits produits par ces fleurs radicales, si l'on peut ainsi parler, s'enfoncent en terre pour y mûrir. On pourrait encore citer d'autres fleurs à corolle imparfaite qui produisent du fruit, notamment dans les genres Lamhim, Salvia, Mentha, Arenaria, etc. (1).
Il faut remarquer d'ailleurs ici que les verticilles extérieurs de la fleur ne peuvent guère servir à favoriser la fécondation , quand ils se détachent au moment même de l'épanouissement (Thaliclrum).
Ces réflexions nous conduisent à accorder peu de confiance aux expériences de Muriel, qui prétend (2) que si on coupe les pétales lorsqu'une fleur commence à s'épanouir,
(!) Les botanistes descripteurs n'ont pas manqué de saisir celle occasion, pour créer, comme ils disent, des espèces nouvelles. Le Lamium b'tfidum DC. a une, forme à fleurs imparfailes qui '•'l devenue pour Gussone le Lamium ciyplanthnm ; Y A>cnaria graminifolia Arduini et X A. clandestine Porlenschlaç ont été reconnus parVisiani comme étant la même espèce, à pétales très-petits dans la dernière forme.
(2) Traité de (a végétation, I. p. t 78.
toutes les autres parties périssent ; tandis que si on le fait plus tard, l'embryon semble ne s'en fortifier que mieux.
Si les pétales jouent dans quelques cas un rôle vraiment protecteur, ce n'est guère que pour garantir les organes floraux contre l'influence de l'eau, ainsi que nous l'étudiérons plus bas.
Mais on ne saurait nier que les verticilles extérieurs de la fleur ne servent à la fécondation par les mouvements qu'ils déterminent. Ainsi, dans les Indigotiers et dans quelques Luzernes, les pièces de la carène sont fixées à l'étendard par des protubérances latérales en forme de crochets ; lorsque le développement de la fleur s'achève, ces crochets se détachent, et la carène, n'étant plus retenue, se déjette avec élasticité, et détermine la chute du pollen. Ainsi encore dans le Lopezia racemosa du Mexique, il existe un organe pétaloïde en forme de cuiller placé en face de l'étamine unique, et des deux nectaires situés au-dessus d'elle, qui reçoit dans son intérieur le pollen et le nectar, et s'abaisse ensuite sur le stigmate ; à ce moment celui-ci développe un bouquet de poils pour mieux* retenir encore le pollen. Dans les Violettes , le pollen s'amasse visiblement dans l'onglet concave et velu du pétale éperonné, là où le stigmate, en s'inclinant, peut facilement le rencontrer. Dans certaines fleurs , et M. Fermond a insisté sur ce fait (1), les divisions du périanthe se rapprochent des organes sexuels, et s'appliquent sur eux soit encore vivantes (Malvacées), soit déjà flétries {Hemerocallis, etc.). M. Fermond a remarqué que les fleurs de 1' 'Hemerocallis
(1) Recueil des travaux de la Société d'émulation fiour les sciences pharmaceutiques, t. III, 1859.
[alva, qui sont rarement fécondes, fructifient presque toujours lorsque leur périanthe , en se flétrissant , rapproche ses parties de manière à en envelopper le stigmate.
Quelquefois aussi le périanthe sert à la fécondation par les poils dont il est muni ; par exemple le périanthe externe des Iris, dont les poils reçoivent le pollen et le rendent aux stigmates. Comme la délriscence est extrorse, la fécondation serait difficile sans celte précaution de la nature. D'autres fois, le périanthe agit en protégeant les organes sexuels contre l'influence nuisible de l'eau, ainsi que nous le verrons plus loin.
2° Rapport de position des organes mâle et femelle dans la fleur. — Dans un grand nombre de fleurs hermaphrodites, les élamines portent les anthères plus haut que les stigmates, et, dans ce cas, la fleur est habituellement dressée , de sorte que le pollen , en s'échappant des anthères, tombe naturellement sur le stigmate.
Dans plusieurs, au contraire, les styles se prolongent, de manière à dépasser sensiblement la longueur des étamines. Dans ce cas, la fleur est habituellement penchée et renversée, et le pollen peut encore tomber sur le stigmate; c'est ce qu'on observe dans le Campanula stylosa, le Fuchsia, etc.
Dans les Âloe, la fleur, dressée avant et après la fleuraison, est entièrement recourbée au moment de la fécondation ; le style y dépasse les anthères -, on remarque des phénomènes analogues dans plusieurs Liliacées.
Dans beaucoup de Labiées et de Scrofulariées, le stigmate occupe une position intermédiaire aux anthères portées par les grandes et par les petites élamines, de sorte que la fé-
émulation est assurée, quelle que soit la position de la fleur. Mon ami M. Éd. Bureau a remarqué dans le genre Reyesia, jadis placé parmi les Bignoniacées, et qui, selon cet excellent observateur, appartient aux Scrofulariées , un phénomène fort intéressant, encore inédit: Il existe dans cette plante quatre étamines didynames, les deux plus longues en arrière, présentant des loges polliniques d'égale dimension, les deux plus courtes en avant, adhérentes l'une à l'autre par l'enchevêtrement des papilles dont leur surface est revêtue, et renfermant deux loges inégales, la postérieure plus large que l'antérieure. L'extrémité du style s'élargit en une sorte de cuiller bordée de papilles stigmaliques, qui s'applique sur la partie postérieure des anthères antérieures et les comprime. La fente par laquelle se fait la déhiscence de ces anthères est cachée dans la concavité de la cuiller-, et le pollen ne peut s'échapper sans toucher aux papilles stigmatiques qui en bordent le pourtour (1). Dans les Synanthérées, les Violettes, les Lobélies, les rapports des organes staminaux avec le stigmate sont plus intimes. Il est vrai que, dans les Composées, le style dépasse les éta-
(I) L'excès de volume des deux loges postérieures des anthères a u le rie lires êsl très-remarquable. Il se produit malgré la compression que subissent ces loges de la part du stigmate. « Ce volume, dit M. Bureau (Bull. Soc. bol. Fr.j janvier 1863, actuellement sous presse), est en rapport avec l'importance de leurs fondions; il ne peut guère avoir d'autre cause que le stimulus produit sur celte parlie de l'organe mâle par le contact immédiat et permanent de l'organe femelle, et la plus grande énergie vitale qui en est la conséquence. Il est inutile d'établir ici avec des faits pris dans le règne animal une comparaison qui vient naturellement à l'esprit, mais celle réadiOQ de la fonction sur l'organe mérite d'être notée en botanique, car le règne végétal en fournit peu d'exemples. »
mines ; mais il n'en a pas toujours élé ainsi : l'organe femelle élait encore fort court quand les anthères , soudées en manière de gaine, avaient déjà pris tout leur développement ; plus tard, le style croît, il s'élève au milieu de sa gaine, et, à mesure qu'il s'allonge, les poils dont il est extérieurement couvert ramassent les grains de pollen, qui de là passent sur le sligmate. Dans le Nolana prostata , au contraire, le style est d'abord beaucoup plus long que les étamines, qui s'allongent consécutivement pour porter les anthères à peu près à la hauteur du stigmate.
Dans les Rumeœ^ les trois lobes stigmatiques passent entre les anthères pour aller se fixer aux lobes du périanlhe.
Dans les Asclépiadées, où le pollen est compacte et céracé, on trouve aux angles du stigmate, entre chaque paire d étamines, un petit corps ovoïde, cartilagineux, de couleur brune, qu'on a nommé rétinacle, en le comparant au rétinacle des Orchidées. De ce corps, émanent deux filets qui, l'un à droite, l'autre à gauche, vont se rattacher aux masses polliniques les plus voisines, de sorte qu'à l'aide de ses filets appendiculaires chacun des cinq corps cartilagineux tient appendues deux masses polliniques appartenant chacune à une anthère différente.
Dans les Orchidées, la fécondation naturelle est trèsdifficile; car, à la difficulté de dispersion du pollen , qui est réuni en masses solides, se joint la situation de l'anthère , située au-dessus du stigmate, mais séparée de lui dans beaucoup de genres exotiques par un rostre allongé. Les mouvements de l'appareil anihérifére et l'influence des insectes sont souvent nécessaires pour que la fécondation puisse s'opérer. Nous insisterons plus loin sur ce sujet.
Quanti la position relative des anthères et du stigmate est défavorable à la fécondation , on peut quelquefois obvier artificiellement à cet inconvénient. Le lis blanc ne fructifie à peu près jamais dans les jardins, et la longueur du style de cette plante porte le stigmate un peu audessus des étamines. Or on sait, depuis Gesner, qu'il est assez facile d'obtenir des capsules de lis en coupant la tige fleurie et en la suspendant par la base. M. Fermond paraît croire qu'on facilite ainsi la fécondation ; d'autres botanistes pensent que par ce moyen on fait simplement refluer des sucs nourriciers dans l'ovaire.
3° Déhiscence des étamines. Nous ne faisons ici que signaler cette cause adjuvante du transport du pollen , et qui est surtout appréciable quand l'élasticité des parois anthérales, due à la membrane fibreuse décrite par Purkinje , est bien développée. On sait , par les travaux de plusieurs observateurs , et principalement par ceux de M. Chatin, partiellement confirmés par les recherches plus récentes de M. Ad. Targioni-Tozzetti , 'que cette tunique fibreuse manque dans un certain nombre de familles , surtout dans celles où l'on observe la déhiscence porricide des anthères (Ericinées, Monotropées, Solànum(\), etc). 11 est difficile de comprendre comment a lieu , dans ces cas , l'émission du pollen.
4° Mouvements des étamines. — Ces mouvements ont été décrits par tous les auteurs classiques. M. Gœppert
(1) La tuuique fibreuse existe dans le genre Ljcopersicum, dont la déhiscence est latérale.
eu a fait l'objet d'un travail physiologique spécial (1) ; M. Bâillon a re'uui les faits connus à cet égard dans sa thèse de concours (2), et a proposé pour quelques-uns d'entre eux une interprétation nouvelle ; récemmment M. Kabsch a publié encore un travail spécial sur ce sujet (3).
Ces mouvements sont très-variés : les uns sont lents et se produisent au moment de l'anthèse. Ainsi les étamines, tordues en faisceaux dans les Lins , les Géraniacées , contournées en spirale de haut en bas dans les Clerodendron, infléchies dans les Croton , se redressent lors de l'anthèse et deviennent rectilignes. Ainsi encore ces organes, en se redressant, détachent par la base la corolle des Vignes, des Myrtacées , etc. Chez les Poranthera , l'anthère, qui est déhiscente par son sommet, est d'abord dressée en haut d'une étamine rectiligne qui se courbe et s'infléchit vers le centre de la fleur, lors de l'épanouissement, de manière à tourner en bas l'orifice par lequel tombe le pollen.
Des mouvements les plus lents de Tandrocée on peut passer, par toutes les gradations, au mouvement subit où l'irritabilité se dévoile dans sa plus grande énergie. Il faut citer ici les mouvements staminaux des Fraxineîles , du lygophyllum Fabago, des Capucines, des Géranium, des Dianthus , du Stcllaria holostea , des Cistes , des Poin-
(1) Sur l'irritabilité des étamines du Berberis, in Linnœa, 1828, et Ann. se nat., t. XV, p. 69.
(2) Des Mouvements dans les organes sexuels des végétaux et dans les produits de ces organes, 1850.
(3) Anatomlschc und physiologischc Beobachiungen ueber die Beizbarkeit der Geschlec/ilsorgane , in Bot. Zcit., 1861, n08 54 et 65.
Fournior 5
ciana, du Marronnier d'Inde , des Sedum Telephium et S. reflexum, du Geum urbanum, de YJgrimonia Eupaloria, du Saxifraga dactylioides, du Frilillaria persica, des Tamarix gallica, Poîygonum orientale et Hyoscyamus aureus. Dans toutes ces plantes , les étamines se rapprochent à certains moments du pistil pour y lancer la poussière pollinique.
Chez d'autres plantes , le même phénomène se produit plus rapidement , et peut en outre être notablement activé par l'excitation. Certains Cereus , si l'on passe la barbe d'une plume sur les filets des étamines , les redressent vers le pistil par un mouvement continu que l'œil peut suivre; de même les Loasa, les Cajophora, les Parnassia, les Butomus, les Rula , les Opuntia.
11 est intéressant d'étudier dans quel ordre s'opère le rapprochement des étamines. Quelquefois elles se rapprochent toutes à la fois , comme dans le Tabac, quelquefois l'une après l'autre comme dans le Lis et le Parnassia, quelquefois par faisceaux. Dans les Dianthus, ce sont les étamines les plus rapprochées du style qui commencent la fécondation , et les plus éloignées qui la terminent. Dans la plupart des Renoncuîacées, les étamines sont serrées contre le pistil, et s'en écartent successivement après leur déhiscence, comme si elles étaient devenues inutiles. On comprend du reste que cela doit dépendre de l'ordre de développement de ces organes. Ainsi, chez les Caryophyllées,les Rutacées et les Onagrariées, presque toujours le verticille des grandes étamines a terminé la déhiscence de ses anthères avant que le verticille des petites ait commencé à ouvrir les siennes ; il y a, chez ces plantes, rapport direct entre l'ordre de naissance et celui de maturation, comme chez les Coriariacées,
Géraniacées, Malvacées , Mimosées , Saxifragées , Crassulacées, Mélastomacées, Rosacées, Myrtacées, Monotropées, Dioscorées, Mélanthacées , Tradescantiées , Hypoxydées, Asparaginées , Asphodélées, Liliacées, Amaryllidées. Au contraire, il y a rapport inverse entre l'ordre de naissance et l'ordre de maturation des étamines dans les Cassia et dans quelques Oxalis '(1).
Le mouvement rapide, instantané, des étamines, se présente dans quelques fleurs avec une intensité remarquable. Tous les auteurs citent à cet égard le Berberis vulgaris ; on a constaté les mêmes phénomènes chez les Berberis cretica, cristata, emarginata, nepalensis, ilicifolia, sibirica, et dans le B. Lycium; le Berberis Darwinii, mis en expérience par M. Bâillon dans la serre tempérée du Muséum , où il fleurit à la fin de l'hiver, avait des mouvements très-peu énergiques. Plusieurs autres plantes de la même famille ont présenté le même phénomène, notamment les Mahonia Aquifolium Nutt. et M. fascicularis DC. Dans ces plantes , dès que l'étamine , qui était placée dans la concavité du pétale auquel elle est superposée , a été touchée, son filet se courbe en dedans, et son sommet, décrivant un axe de cercle, vient tomber sur le pistil. Caodo (2) a vu, après avoir arraché les étamines, qu'elles se courbaient encore en se mouvant. Dans les Kalmia, les anthères sont retenues dans de petites fossettes qui occupent le fond de la corolle ; les étamines se courbent d'abord
(1) Voy. Chatin, Recherche des rapports entre l'ordre de naissance et l'ordre de déhiscence des étamines, in Bull. Soc. l>ol. Fr., I, 279.
(2) Discorso délia irritabilila d'alcuni flori, etc., 1764.
pour les dégager, et alors seulement se redressent au-dessus du pistil.
Dans Y Amaryllis aurea et le Sparmannia africana, les mouvements des étamines, qui sont rapides et instantanés, se produisent par saccades, en plusieurs temps. Dans la première de ces plantes, les étamines s'agitent d'une sorte de mouvement convulsif ; dans la seconde, elles s'écartent par petites secousses du centre de la fleur, au moment où on les touche.
On s'est beaucoup occupé de déterminer le siège de ce mouvement des étamines. Kœlreuter avait établi, dès 177*2 (1), que c'est en touchant la base de la face interne du filet qu'on détermine l'incurvation des étamines des Berberis. M. Kabsch pense que les agents de ce mouvement sont les cellules papilleuses dont est couvert le filet au moment de la floraison. Aussi , comme les filets sont lisses dans le Ruta et le Parnassia , il est obligé d'admettre que dans ces plantes le mouvement n'est point causé par l'irritabilité , ce qui arrive, comme nous le verrons, dans d'autres plantes.
Les observateurs , et particulièrement M. Gœppert, ont étudié l'action des agents extérieurs sur l'irritabilité des étamines. De Humboldt (2) appliqua l'électricité sur elles : les étamines furent redressées , mais perdirent leur irritabilité. Nasse (3) a mis le pôle positif de la pile en communication avec le pédoncule floral , et le pôle négatif avec le sommet de la fleur ; il vit que les étamines se mouvaient
(1) Nov. act. Acad. se. Pclropol., VI, 1790.
(2) Ucber die Gereilze Muskcl, II, 193.
(3) Gilbert's Annalen, 1812, p. 293.
avec activité. Treviranus en conclut que l'organe possède l'électricité positive, conclusion qui nous paraît au moins bien hasardée. Une température de 57° à 66° détruisit tout effet dans d'autres expériences de Nasse , entreprises avec de l'eau chaude. L'acide cyanhydrique , l'eau d'amandes amères, de Cannelle, à'Acorus, les acides acétique, sulfurique, et d'autres acides, font contracter instantanément les étamines , quand on en projette quelques gouttes sur la fleur; une goutte d'eau pure, tombant d'une hauteur de 3 pouces , ne détermine aucun mouvement. D'ailleurs ces mêmes agents, quand on les fait absorber aux plantes, détruisent au contraire l'irritabilité ; le sulfure de carbone agit très-vivement à cet égard ; les fleurs plongées dans le chloroforme par M. Bâillon ont perdu toute irritabilité en une demi-heure, puis, retirées de la cloche, elles l'ont recouvrée. Quant aux différentes substances narcotiques et stupéfiantes, elles n'exercent sous ce rapport aucune action.
Je ne veux pas m'engager dans l'étude de l'irritabilité végétale, qui m'entraînerait trop loin, et je reviens à mon sujet.
Je disais plus haut qu'il est des mouvements rapides qui ne tiennent évidemment pas à l'irritabilité ; tels sont ceux que présentent les Orties et les Pariétaires. Sans doute ici le filet des étamines se redresse subitement au moment où la fleur vient de s'ouvrir, et le pollen est ainsi lancé au loin ; mais dans le bouton ces étamines sont courbées, parce que leur sommet est maintenu appliqué au-dessous du rebord saillant du gynécée rudimentaire. Quand les folioles calicinales s'écartent , l'étamine, n'étant plus ainsi maintenue, se redresse en vertu d'une simple élasticité.
Dans les Stytidiées , le style est soudé , comme l'on sait, avec les étamiues; il en re'sulte une colonne unique ou gynostème. Celui-ci est fléchi deux fois sur lui-même, et déjeté du côté antérieur de la fleur. Au moment de la déhiscence des anthères , si l'on secoue la plante ou qu'on ouche légèrement le gynostème , celui-ci se redresse aussitôt , et remonte jusqu'à ce qu'il occupe l'axe de la fleur; il la dépasse même , et s'incline de l'autre côté de la tige. Abandonné à lui-même, il revient à sa position primitive.
Dans d'autres cas , les mouvements des étamines sont déterminés par une sorte de bascule. On sait que dans les Sauges les connectifs sont très -allongés, et portent à leur extrémité, d'un côté, une anthère transformée en glande mellifère, de l'autre, une anthère normale; l'ensemble est en équilibre sur le filet. Quand le miel est sorti de la glande, l'anthère tombe du côté du stigmate. Dans le Physogeton, Chénopodiacée qui croît sur les bords de la mer Caspienne , M. Moquin-Tandon a fait connaître un appareil fort curieux. Ici le conneclif se dilate en une petite vessie colorée qui se remplit pendant la floraison , et qui , quand elle est pleine , tombe vers le côté extérieur de la fleur en rapprochant les anthères du centre de cet organe ; c'est un phénomène inverse du précédent.
J'arrive aux phénomènes intéressants que nous offre la famille des Orchidées. J'ai déjà signalé la difficulté de la fécondation naturelle dans beaucoup de genres de cette famille , à cause de la position relative des masses polliniques et du stigmate. La nature y a, dans certains cas, obvié par l'élasticité dont elle a doué l'appareil anlhérifère de ces plantes. Chacun sait que les Mormodcs, les
Catasetum, plusieurs genres de la tribu des Vandées, projettent leurs masses polliniques au loin , quelquefois à un mètre de distance. On trouve fréquemment des masses, polliniques sur les feuilles inférieures des Epipaclis, et j'ai entendu dire à M. Brongniart qu'un auteur ancien avait cru que le pollen était directement produit dans ces cas par la surface de la feuille. Malheureusement pour la fécondation , l'anthère ainsi projetée atteint rarement le stigmate. M. Bâillon a vu, il y a plusieurs années, dans le Catasetum luridum (1), que lerélinacle, tout chargé du suc sécrété par la substance glanduleuse , est projeté en avant , entraînant après lui le caudicule et les masses polliniques, traverse horizontalement la cavité de la fleur, et va toujours se fixer au point le plus concave du labelle qui fait face au gynostème, exactement sur la ligne médiane. Les masses fécondantes sont alors présentées justement en face de l'appareil stigmatique ; mais , si elles sont placées un peu trop haut ou trop bas, elles peuvent encore changer de place dans le sens vertical , par suite de la t l ès-grande mobilité que leur donne l'articulation de l'extrémité du caudicule avec le rétinacle. Ce fait a été- nié par M. Ménière (2) et par M. Darwin. M. Ménière a vu que dans certains Catasetum le caudicule, en vertu d'une rétraction progressive , amenait les pollinia dans la cavité de l'organe femelle, et déterminait ainsi la fécondation. Rien n'empêche que tous ces moyens ne soient employés par la nature. Quant à M. Darwin , il raisonnait sous l'em-
(1) Sur le mode de fécondation du Catasetum luridum, Liudl., ■ il Suit. Soc. bot. Fr., I, 285.
(2) Noie sur la jécoiulation des Orchidées, même recueil, I, 367.
pire d'une idée préconçue que nous examinerons plus loin.
L'agent de ce mouvement pollinique est le caudicule,qui est doué d'une élasticité considérable, et qui , diversement courbé dans le bouton eu vertu de son propre accroissement, se redresse quand les pollinia deviennent libres , et, s'appuyant sur le gynostème, lance subitement tout l'appareil en l'air.
6° Mouvements des organes femelles. Ces mouvements, comme ceux que nous venons d'examiner, sont lents ou subits. Nous étudierons d'abord les premiers.
Le style infléchi des Clerodendron se redresse peu à peu ; au contraire, un style d'abord dressé s'infléchit ensuite lentement jusqu'à ce que sa portion stigmatique arrive au niveau- des anthères ; on en voit des exemples dans le Methonica superba, le Lilium superbum, les Hibiscus, le Sida americana, les Passiflora, les Nigella, les Turnera, les OEnothera, les Epilobium et certains Cereus.
Des mouvements rapides s'observent dans le stigmate des Mimulus, des Diplacus, etc. Si l'on prend desMimulus dont les deux lames stigmatiques sont écartées, et qu'on laisse tomber un grain de poussière sur la face interne de ces lames, ou qu'on les irrite avec une épingle , elles se referment aussitôt.
La coupe stigmatique des Goodenia, que nous avons décrite plus haut, se referme également sur le pollen; la structure est analogue dans le genre Leschenaullia. Don a décrit un curieux phénomène d'irritabilité dans une portion de l'appareil femelle du Mélèze (1). Au moment de
(l) Sur l'irritation du stigmate du Pinus Larix/ux Ann. se. nat,, t. XIII, p. 83.
rémission du pollen, cet observateur a vu le canal qui fait dans ces plantes les fonctions de canal stylaire, et que B. Brown a considéré comme un appendice tubuleux du tégument de l'ovule, étaler la surface interne de ses parois, recouverte d'un tissu papilleux, recevoir le pollen, et ensuite se contracter et les rapprocher.
Les poils simples et unicellulaires qui garnissent le style des Campanules sont susceptibles d'un mouvement d'invagination que M. Brongniart a décrit depuis longtemps. Le mouvement de ces organes rentrant dans leur base entraîne peu à peu dans cette double gaine les grains de pollen qu'il avait retenus au passage , et les rapproche ainsi du stigmate. M. Hartig pense que les grains de pollen , une fois engagés dans le tissu superficiel du style , s'y brisent et se vident de leur contenu , que le tissu ambiant absorbe et transmet jusqu'au lieu précis de l'imprégnation. Cette opinion, réfutée par M. Schleiden (1), est entièrement controuvée.
Ce serait ici le lieu de dire un mot du mouvement d'aspiration qui a été remarqué dans le stigmate des Orchidées, quand on pratique sur elles la fécondation. Quand on place la masse polli nique à une petite distance de l'organe femelle, on la voit entraîner, comme happée par le stigmate. Cela est particulièrement remarquable dans la Vanille.
Quelquefois les deux organes mâle et femelle exécutent simultanément des mouvements favorables au transport du pollen. Ainsi, dans plusieurs Synanthérées (Arclium,
( I) Die ncucicn Einvuerfc gegcn mcinc Lehre i>on (1er Bcfruchtung, t. III, p. 13; Berlin, 1844.