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qu'à peine ont^-ils connu les richesses, qu'ils les ont désirées avec fureur, et qu'ils leur ont sacrifié leurs principes et leurs habitudes.
Ce fut l'an 4' 3 de sa fondation que Rome acquit la souveraineté de Capoue. Mais à peine l'armée eutelle pris des quartiers dans ce pays célèbre par ses délices , que l'esprit de révolte s'en empara. Elle méconnut ses chefe, et forma le projet de s'établir dans cette ville. Que de trahisons à la fois! désertion, manquemens aux sermens, abus de la force militaire te) ! Rien n'arrête cependant ces hommes avides de richesses. On sépare l'armée , mais inutilement ; la plus grande partie persiste dans la rébellion , et marche droit à Rome.
Peu de temps après , la ville de Rhège demande des secours aux Romains : on lui accorde une légion. Que font ces hommes vertueux ? Sans respect pour la foi des traités , sans égard pour l'hospitalité , ils égorgent tous les citoyens, ils forcent les veuves à les prendre pour maris (A) , et s'emparent ainsi de cette ville malheureuse : tant l'appât d'une vie commode et oisive eut d'empire sur ces càeurs féroces! Ces deux traits suffisent pour mettre le lecteur en état de juger si les Romains étaient heureux à Rome , et s'ils préféraient leur sort à celui des autres peuples.
La première guerre Punique replongea la repu-*
(jg) La légion coupable fut punie. .
(A) Punis aussi.
blique dans de nouveaux malheurs. En effet , quoique pendant le cours de cette guerre elle eût eu plus de succès que de désastres , ces avantages ne dédom» magèrent pas le peuple de la défaite de Régulus et de trois flottes battues ou submergées (0. Une victoire fait souvent regagner le terrain pardu par une défaite , mais elle ne rend pas des maris aux veuves et des pères aux orphelins. Quant à la seconde guerre Punique, il est difficile de se peindre un état plus cruel que celui oii s'est trouvée la république depuis les quinze premières années de cette guerre. Sans parler des humiliations continuelles qu'elle a éprouvées, le cens de ses citoyens, diminués presque de moitié , prouve assez quelles sensibles pertes elle avait faites.
Carthage humiliée , ce ne fut plus qu'une suite de succès tous plus brillans les uns que les autres ; ainsi la fin de notre troisième période peut en compenser le commencement. Ce fut alors que la guerre parut utile, parce qu'on apporta successivement à Rome les dépouilles de toutes les nations '. Mais qui est-ce qui profita de ce butin ? Premièrement le fisc ; tout ayant d'abord été apporté dans
(1) Ily eut des vUtoirei aussi,
' On a reproché à Métellus d'avoir étalé à son triomphe les statues et antres productions des arts qu'il avait apportées de Syracuse. Mais rien n'est si frivole que cette censure. Pourquoi les Romains combattaient-ils ? pour être maîtres du monde ^ dires-vcos. Et pourquoi voulaient-ils être mal-
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les temples ou au trésor public : ensuite quelques généraux avides , et enfin Tordre des chevaliers qui n'eut part à ses richesses qu'après que les impositions eurent été mises en traités. Or, toutes ces conquêtes purent bien valoir au peuple romain quelques spectacles, quelques fêtes , quelques jeux ; mais elles ne^ répandirent jamais l'abondance parmi les nécessiteux. On en voit un exemple dans l'histoire -des Gracques (A). Tiberius ne craignit point de s'écrier à la tribune aux harangues : « Les bêtes <( sauvages ont des cavernes et des tannières pour c( se retirer , tandis que les citoyens de Rome ne <c trouvent pas un toit ni une chaumière pour se a mettre à couvert de l'injure du temps, et que , sans « séjour fixe ni habitation, ils errent comme de <( malheureux proscrits dans le sein même de leur « patrie. On vous appelle les seigneurs et les maîtres « de l'univers. Quels seigneurs! quels maîtres! Vous <( à qui l'on n'a pas laissé seulement un pouce de €< terre qui pût au moins vous servir de sépulcre. » Quelque exagération qu'on puisse supposer dans cette peinture ^ il fallait qu'elle eût des traits de ressemblance, et qu'elle pût s'appliquer à quelques
très du monde y si ce n'est pour avoir des richesses, des arts , et tout ce qui rend la vie agréable ? Louer un peuple de ce qu'il a été frugal en son enfance , c'est louer un homme parvenu de ce qu'il n'avait pas de carrosse quand il était simple commis.
(X) Les Gracchus étaient un peu séditieux.
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citoyens pour remuer le peuple autant qu'elle Ta fait. D'ailleurs on sait assez que les richesses acquises sans peine, et partagées entre un très petit nombre de gens, entraînent avec elles le luxe et la corruption '; ou plutôt , tout est déjà corrompu lorsque le luxe arrive ; car le luxe n'est qu'un effet qu'on a érigé en principe. Il ne yient que lorsque toute règle est déjà détruite , et soit qu'il naisse de l'inégalité des fortunes, soit qu'il prenne sa source dans l'abus des richesses , il suppose toujours qu'il est des moyens faciles et rapides d'acquérir de l'argent, et qu'il existe des passions contraires à la convenance et à l'honnêteté.
L'opinion de tous les hommes , le jugement de tous les siècles , nous dispensent d^exercer notre censure sur la quatrième époque que nous nous sommes fixée. Il n'est personne qui ne frémisse au récit des révolutions arrivées du temps des Gracques^ des Marins et desSylla. Nous éviterons donc de porter nos regards sur ce funeste tableau pour nous hâter de conclure que dans aucune des époques que nous avons annoncées, Rome n'a joui
* En Tannée 57a, c'est-à-dire long-temp» avant fa mine de Carthage , Caîus Mœnitis » préteur , fut chargé par le sénat de faire des informations sur les empoisonneurs qui pouTaient se trouver à Rome ou à dix milles autour die cette Tille. Au bout de peu de jours , ce magistrat écrivit qu'il en avait déjÀ trouvé trois mille , et que le nombre en augmentait à mesure qu'il faisait des reckerches.
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d'un bonheur qui puisse faire envier son sort et admirer son gouvernement. ^
> Une autre objection que j'ai à faire contre la prétendue félicité des Romains , c'est qu'ils ont été fort tristes jusqu'au règne d'Auguste. Lorsque Caton accusa Muréna, un des plus grands reproches qu'il lui fit , fut d'avoir dansé. Cicéron, son défenseur, se récria sur l'atrocité de cette accusa* lion , assurant qu'on ne pouvait imputer à un homme d'avoir dansé, sans supposer qu'il se f&t livré auparavant à l'ivrognerie et à toutes sortes de débauches.
J'ajouterai à ces observations que la religion des Romains fut toujours féroce comme leurs moeurs. Après la bataille de Cannes , ils s'avisèrent , pour apaiser les dieux , d'enterrer tout vifs un Gaulois et une Gauloise , un Grec et une Grecque. Cette abominable cruauté n'était ches eux qu'une affaire d'usage. D'ailleurs la religion était aussi intolérante dans l'ancienne Rome que dans la nouvelle. Pendant la seconde guerre Punique, le magistrat s'étant aperçu qu'il s'était introduit dans la ville de nouveaux rites et quelques cultes étrangers, il fut ordonné que toutes ces formules seraient apportées au préteur , et défenses lurent faites d'en faire usage par la suite. A cette intolérance religieuse ils en joignirent une littéraire. L'an $91 de la fondation de Rome , tous les rhéteurs furent chassés de la ville. L'an 660, des ihéteurs latins ayant vouhi former des écoles en concurrence avec les grecs, ils reçurent défense d'instruire, et les derniers furent conservés dans leur privilège exclusif. Il est vrai qu'on ne doit plus être étonné de ces sottises , lorsqu'on voit dans le testament attribué au cardinal de Richelieu, ce ministre agiter gravement cette question : Si les Jésuites ou les franciscains doivent être chargés exclusive^ ment de l'éducation publique ?
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