‹ De la félicité publique, ou, Considérations sur le sort des hommes dans les différentes époques de l'histoire (volume 2)Chapitre 18 sur 59 · TOUS I · texte numérisé non relu

TOUS I

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circonstances dans lesquelles une nation s'est formée, du caractère, des intérêts qu'avaient les hommes au moment où ils se sont réunis en société , et se sont donné des lois. En effet, les peuples ont existé avant les lois , et il est très difficile que les fondateurs des républiques ou des empires se soient tous trouvés dans la même position , lorsqu'ils ont établi des gouvernemens. Or, il y a lieu de croire que ces premiers momens ont influé prodigieusement sur l'avenir ; de sorte qu'on pourrait proposer ce problème politique : Les circonstances de l'établissement d'un peuple étant données , en déterminer l'esprit et le caractère '. C'est ainsi qu'on pourrait se convaincre, par exemple, que quelque modification qu'on eût voulu introduire dans les gouvernemens de Tyr, de Sparte et d'Athènes , l'esprit de commerce aurait dû régner dans la première , celui d'égalité dans la seconde , et celui d'indépendance dans la troisième *.

' Soit que cette observation ait été négligée par les antenrs politiques, soit qu'elle ne m'ait pas frappé dans leurs ouvrages ^ je me fais un plaisir d'en rendre hommage à l'auteur de V Histoire politique du gouvernement romain, k qui j'en ai l'obligation.

* Je ne puis jne dispenser d'observer ici que cette vue pourrait bien être contraire à une maxime que Machiavel a avancée dans son discours sur Tite-Live , où il assure que , pour qu'un état subsiste long-temps , il est nécessaire de le rappeler souvent aux principes de sa constitution. Il me semble que presque tous les états ayant été établis dans des circonstances tout opposées k celles où ils se trouvent

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Cette manière d'envisager notre objet , semble y prendre une clarté toute nouvelle ; mais parmi les différentes applications que nous en pourrions faire , nous nous bornerons aux Romains , et nous examinerons en quelles circonstances leur premier législateur essaya de donner une forme à son état.

Rappelons-nous ce que nous avons dit dans le chapitre précédent , et nous verrons que , suivant toute apparence, Romulus ne fut qu'un aventurier

oisaite par le laps de temps , il serait inutile , et même nuilible, de recourir à un pareil remède. C'est qae tout ch^ugement dans un état n'est pas une marque certaine de la corruption du peuple; c'est que toutes les yariations qu'éprouvent les circonstances peuvent et doivent même influer beaucoup sur le gouvernement. Une nation barbare et féroce peut devenir commerçante et agricole , tandis qu'une nation commerçante deviendra guerrière. U faut donc bien distinguer dans les cbangemens de gouvernement ce qui appartient à la nature des choses , et ce qui appartient à la corruption des hommes. La paresse, l'orgueil, la désobéissance, sont des marques certaines de corruptio9 ; mais les cbangemens de fortune y^ les nouvelles prétentions , les altérations dans les r^gs et les dignités ne découlent pas du même principe. A Rome, par exemple , un plébéien pouvait bien prétendre au consulat, sans que la république fû.t corrompue ; et de même à Londres un négociant peut s'asseoir dans la chambre des communes au-dessus (B) du fils d'un lord , sans que la nation soit détériorée pour cela. C'est qu'à Rome la perpétuité des familles , les honneurs reçus à la guerre , les vertus , les mœurs , parvinrent bientôt à donner du celief

(h) Ni âu-déisus , ni au'deuous.

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dont Numitor se servît pour se venger d'Amulius , et qui, bientôt après ^ lui devint suspect à son tour; de façon que ce prince n'eut rien de plus pressé que de s'en défaire en lui donnant les moyens d'établir une colonie. Romulus assembla donc quelques jeunes gens de la ville d'Albe , auxquels il joignit les aventuriers qui voulurent se présenter. Parmi ces derniers , il y en eut qui par leur naissance ou par leurs richesses méritèrent d'être distingués des autres; ils

aux plébéiens ; c'est qu'à Londres Tesprit de commerce a rendu le négociant aussi important que le baron. Ainsi le plébéien du temps de Canuléîus ne pouvait être assimilé au plébéien du temps de Valérius ; et de nos jours , un négociant de Londres ne peut pas être comparé à un marchand du temps d'Edouard ui. Or, prétendre dans un temps de crise rappeler l'état à ses premiers principes^ c'eût été a Home ramener un peuple puissant et estimable à son premier état de misère et d'avilissement ; et ce serait en Angleterre rétablir le gouvernement féodal à la place de celui de propriétié et de représentation. Il laut donc examiner , 1°. quel a été le caractère d'une nation lors de son établissèment ; 2°. quelle influence ce caractère national a eue dans la constitution de l'état; 3°. si les- premières habitudes et les premières lois sont bonnes à conserver, ou si les changemens dans les circonstances en ont entraîné dans la législation. C'est dan^ ce dernier casque le caractère originaire; et primitif d'une nation peut se trouver en opposition avec ses intérêt^ , et alors il faut bien se garder de la ramener à ses premiers principes : il est même nécessaire de les laisser s'oblitérer le plus qu'il est possible , de crainte qu'un peuple y en voulant toujours redevenir ce qu'il a été , ne soit jamais ce qu'il doit être.

fiirent séparés du commun du peuple, et réunis avec les principaux d'entre les Albains ; ils foimèrent le corps des patriciens. Tout souverain qui n'établit pas son pouvoir par les armes ou par une révolution quelconque, ne peut jamais être despote. Romulus dut donc avoir beaucoup d'égards pour les premiers de sa colonie. De là l'esprit d'aristocratie et le carac^ tère de fierté qu'elle conserva toujours («). Une colonie qui s'établit sans objet de commerce et d'industrie, doit être portée au brigandage. Le brigandage amène les représailles, et les représailles rendent l'état de guerre nécessaire et habituel. De^ là le premier arrangement intérieur de la ville de Rome. De là la forme de légion donnée au peuple romain , et d'autant mieux adaptée à la situation oit il se trouvait pour lors, que les femmes étaient en si petit nombre dans la nouvelle colonie , qu'on pouvait la regarder comme une petite armée.

Dans une colonie guerrière , le premier besoin qui se fait sentir est celui de la population. Comme il y a plus de brigandage que de culture , plus de guerre que de commerce ^ on a plus besoin de soldats que d'esclaves. De là le principe de ne, jamais massacrer ni réduire en captivité l'ennemi qui rend les armes ; principe digne de la plus grande attention , puisqu'on peut le regarder comme la source de tous les succès des Romains.

Une colonie exposée aux dangers de la guerre

(c) Frai et beau.

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doit toujours, être prête à combattre, et ne peut se dispenser de tenir ses membres rassemblés le plus qu'il est possible. De là les limites des héritages et la nécessité pour les chefs de famille 4^ ne cultiver qu'une petite portion de terre. De cette nécessité naît la frugaUté , et de la frugalité l'austérité des mœurs, etc.

Une colonie oit les femmes étaient en très petit nombre lors de son établissement, oii elles furent même conquises l'épéeC^ à la main, dut avoir des lois très dures à leur égard et à celui de leurs enfans \ De là l'autorité atroce des maris sur leurs femmes, et même celle des pères sur leurs enfans: car le pouvoir des pères est toujours plus dur et plus absolu que celui des mères, qu'on peut regarder comme les premières modératrices du despotisme paternel.

Telles sont les observations que nous of&e le

(</) Tarare î

' On sait que les femmes ëlaient panies de mort pour les moindres fautes, conmie, par exemple, pour avoir bu du TÎn. Les pères avaient le pouvoir de vie et de mort sur leurs enûms , et ce pouvoir barbare s'étendait jusqu'au droit de les vendre comme esclaves. Denys d'Halicaroasse dit à ce sujet que tous les législateurs avaient cru devoir fixer le temps pendant lequel les enfans resteraient sous l'autorité paternelle ; que les uns les en avaient affranchis dès l'&ge de puberté; les autres , au moment de leur mariage; mais que les Romains, plus sages que tous les autres peuples du monde , n'avaient donné aucun terme à cette autorité.

peuple romain dans son berceau; et quoiqu'elles soient en petit nombre , c'en est encore assez pour nous annoncer qu'il sera toujours ambitieux dans ses projets, fier dans son gouTernement, et féroce dans ses mœurs.

Que l'admission des Sabins dans la ville de Rome ; que le règne paisible d'un législateur étranger ' qui Toulut, à l'aide des lois et de la religion, adoucir un peuple barbare ; que le règne plus brillant encore d'un autre étranger ' qui tira les Romains^de la fange et sut poiu*Yoir avec magnificence à leurs premiers besoins, aient apporté quelque modificatioii à ce caractère originel , nous sominnes sûrs de le retrouver partout depuis l'assassinat de Camille jusqu'aux pro* seriptions de Sylla.

Mais quand il serait vrai que les vertus de Rome naissante eussent assez prévalu sur ses vices , pour que le bonheur ait. pu habiter dans ses premières cabanes, quelle conséquence en pourrait-on tirer pour le bien de l'humanité ? S'ensiuvrait - il qu'on serait communément plus heureux dans un état naissant ? Mais les qommencemens des empires ne sont que des momens dans la suite des siècles , et Fobjet d'un bon gouvernement est de donner delà permanence à la fébcité publique. D'ailleurs Rome combattant sans cesse pour se procurer quelqu^es gerbes de blé, Rome qui ne connaît ni la tranquillité de U vie sociale, ni l'activité de l'industrie; Rome ' Kuma Pompilius* ' Tajrquin r«iiciea«

pauvre encore, sans être puissante , n'offre pas à nos yeux une perspective bien flatteuse : et dans lé fond, qu'est-ce qu'une populace qui se laisse gouverner pendant huit jours par un roi ' que les vers consument déjà dans son tombeau; qui reçoit ensuite des mains d'une femme un esclave pour monarque, et qui bientôt après devient la victime d'un tyran détestable dont elle n'eût peut-être jamais secoué le joug , si le sentiment de l'honneur n'eût été plus fort que celui de la liberté ? Et qu^on ne croie pas qu'une certaine aisance dans la vie , qu'une espèce de satisÊiction qui naît de l'égalité des fortunes, ait pu dédommager les Romains de ce qu'ils avaient à souffrir d'ailleurs; car la misère du peuple, la tyrannie des riches , la rigueur de l'imposition et le poids de l'usure étaient devenus excessifs dès le temps de Servius TuUius *• Avouons<-Ie donc, cette première époque du gouvernement des rois ne présente nulle part l'image du bonheur.

Peut-être les temps qui vont suivre offrent- ils

' Tanaquil , femme de Tarquin l'ancien , jugea à propos de cacher la mort de ce prince jusqu'à ce que Servius TnUius eût pris ses mesures pour loi succéder. Servius Tullius était né esclaye.

* Voyez la harangue dans laquelle Denys d'Halicamasse suppose que pe monarque déclare au peuple romain qae s'il a ordonné un cens général , c'est seulement pour distribuer des terres à ceux qui n'en ont pas, et pour remédier à l'usure f qui est une suite nécessaire de la difficulté qu'on trouve à payer les impdta.

plus de grandeur que de félicité , plus de vertus que de consolation. A peine les rois sont-ils chassés qu'une guerre cruelle s'aUume pour les rétablir. Malgré les Tictoires du lac Régille, Rome voit ses ennemis camper sur le Janicule , et ne doit qu'au courage d'un seul le salut de tous \ La mort de Tarquin dissipe les alarmes de la nouvelle république ; mais pour un tyran qu'il a perdu, le peuple en trouve mille dans les patriciens. Si je voulais faire juger de la félicité des Romains dans cette époque, je ne demanderais que la seule inspection des notes marginales de Tite-Live : on n'y verrait que guerres extérieures ou troubles intérieurs; et ces derniers étaient encore plus terribles que les combats , puisque la guerre était regardée comme un remède , ou du moins comme un soulagement aux malheurs publics. Quel état que celui où ce fléau devient désirable, où les

' On devine aisément que c'est Horatîns Cocl^s que j'ai en Yue. Quant à l'histoire de Mutius ScévoUj je n'en parlerai dans cette note que pour remarquer combien le goût du merreilleux domine encore parmi nous. Denys d'Halicarnasse ne fait aucune mention de cette action singulière de Mutius , qui se brûle la main pour attester un mensonge. Mais ce fait est extraordinaire , et l'on aime mieux suivre Tite-Live que Denys, sans se donner la peine même d'observer la difTérence qui se trouve entre le narré des deux auteurs. M. de Pouilly , dans sa savante dissertation sur l'incertitude deVhistoire des quatre premiers siècles de Rome, fait voir que celle de Scévola a été imitée d'un pareil fait tiré d'un historien grec.

pleurs ne tarissent que lorsque le sang commence

à couler !

Au milieu de ces maux habituels , que de plaies étrangères ! la viHe prise par des ennemis inconnus jusque-là; des disettes, des contagions, des matheurs de toute espèce ^

Mais , me dira-t-on , voilà une énumératibh terrible des maux que le peuple romain a soufferts, et vous en tirez avantage avec d'autant plus de facilité que les désastres étant le partage de Thumanité , ridée n'en est que trop présente à tous les hommes ; mais l'amour de la patrie , l'attachement aux lois , l'enthousiasme de la gloire, sont des passions factices qu'il faut avoir éprouvées pour les pouvoir con-

' On sera peut-être surpris de me voir mettre en ligne de compte les disettes et surtout les contagions , et l'on aurait raison, si elles étaient l'effet du hasard. Mais dans les états bien gouvernés, dans les états heureux, ces fléaux ne sont point à craindre. On sait assez que la culture prévient les disettes; mais il n^est pas moins vrai qu'elle prévient les maladies : i^. parce que les disettes sont les sources ordinaires des épidémies ;*a^. parce que l'air est d'autant plus sain , que la terre est mieux cultivée ; 3°. parce que la paix et l'abondance fbnmîssent les moyens de conserver la santé par des établissemens utiles ,' tels que les aqueducs , les égouts , la propreté dans les maisons et les vétemens , le choix dans les alimens , les boissons salutaires , le jardinage , etc. M. Corbin Morris a remarqué que , depuis que les Anglais se sont adonnés au jardinage , Londres a beaucoup moins souffert de ces épidémies fréquentes qu'on qualifiait de pestes. Voyez Remarques sur les nécrologes, etc.

naîbre. Ainsi , lorsque vous vous livrez à ces spéculations , il arrive que vous êtes plus sensible au malheur des Romains qu'au bien dont ils ont pu jouir : et tandis que votre esprit compare , votre imagination trop partiale fait pencher la balance. Ne négligeons pas cette objection, et entrons dans quelques détails,

La plus forte passion qu'on attribue aux Romains » c'est l'amour de. la gloire. Adoptons un momentcette opinion générale^ et essayons d'en faire l'application au bonheur du peuple. Sans doute que nous verrons une milice exercée aux combats demander perpétuellement qu'on la mène à la victoire. Les moindres citoyens, en se promenant dans la place publique, traceront le plan des opérations, et fixeront l'époque des conquêtes. Lés épouses les plus tendres , les mères les plus timides partageront l'enthousiasme commun , et le peuple enivré de succès oubliera aisément ses travaux.

Quelle différence de ce tableau avec la réalité ! Ne jugeons plus Rome par les choses que les historiens nous disent , mais par celles qu'ils nous apprennent (0). Transportons-nous en idée dans le sein de cette ville , et voyons une populace triste et misérable frémir autour du sénat. Entendons-la demander , tantôt en gémissant , tantôt en menaçant ^ qu'on lui daigne accorder quelques arpens de terre pour sa subsistance. Écoutons les cris de ces braves (f) Est-^e qu'on apprend sans dire ?

174 DC l'A FÉLICITÉ soldats qui montrent, parmi leurs nobles cicatrices, les traces honteuses du fouet et des chaînes ; malheureux confondus parmi les plus vils esclaves, parce qu'ils n'ont pu payer les armes dont ils ont percé les ennemis, et le pain qu'ils ont mangé le jour du combat Les portes s'ouvrent , les sénateurs paraissent, leurs regards féroces annoncent leurs projets, une joie cruelle brille sw* leur visage : que vont-ils annoncer au peuple ? Le soulagement de ses peines , la tranquilli té , l'abondance ?:.... Non; mais l'ennemi attiré, soit par leurs intrigues secrètes , soit par la confiance que de longues dissensions ne pouvaient manquer de lui inspirer, s'avance à grands pas , et bientôt on le verra aux portes de la ville. Déjà les consuls assis dans leur chaire curule citent les jeunes gens à leur tribunal; demain on combattra l'ennemi. Peut-être achèterat-on par le sang de trois mille citoyens l'honneur de le repousser ; peut-être aussi viendra-t-il porter le fer et le feu jusque dans le Capitole. Mais n'importe , pour cette fois la loi agraire ne sera pas publiée.

C'est ainsi que les guerres s'allument ; c'est ainsi que l'amour de la gloire enivre les Romains , et qu'ils marchent à la conquête du monde. '

' « Di modo che volendo Roina levare le cagîoni de ' tu<« « multi levava ancora la cagion' deir ampliare. » Machia^ velU Discorsi sopra Tito Livio , I. ir.

Saint Angastin {de Ciwtate Deij lib. m, cap. x) retrace les guerres continuelles dont les Romains ont été agi-

Mais quelle sera Fissue de cette guerre ? Quelques succès équivoques ; Tennemi sera repoussé , ou se retirera de lui-même ; mais quoi qu'it arrive , on n^maginera pas de profiter de l'avantage qu'on aura pu remporter sur lui ; on se gardera bien de l'aller chercher dans ses foyers , et on retournera bientôt à Rome demander du pain au sénat.

Autre objection. Les Romûns, dira-t-on, étaient pauvres , il est vrai ; mais cette pauvreté , loin d'être un malheur , était un trésor pour eux. La fk*u«galité leur tenait Ueu de richesse, et comme ils n'avaient pas de besoins , ils ne connaissaient pas le

prix de l'opulence Ils n'en connaissaient pas le

prix ? Et d'où vient donc que les patriciens s'étaient emparés de toutes les terres du peuple par l'usure , et de toutes celles de la république par la fraude ? Pourquoi ces hommes superbes avaient-ils de vastes possessions , peuplées d'esclaves faits à la guerre , et achetés à vil prix des mains des soldats nécessiteux ?

tés y et se propose pour objection une réflexion à peu près semblable à celle de Machiavel. Ces guerres continuelles , dit -il, étaient prescpie nécessaires à l'agrandissement des Romains; mais quel individu voudrait acquérir une taille gigantesque aux dépens de sa santé 7 Idonea vero caussa ut rnagnum esset imperium cur esse deberet ùtquiettim ? Nonne in corporibus haminum satius est modicam sUUuram ciim sanitate habere^ quam ad molem aliquam giffonteam perpevus afflictionibus pervenire, (Jf)

(/) Déeiammtion de rhéUw^

Pourquoi ont-ils cent fois préféré de mettre la république à deux doigts de sa perte , plutôt que de céder un pouce, de leurs terres? Pourquoi ont41s mieux aimé faire au peuplé le sacrifice des rangs ^ de la magistrature , de la religion même ' , que celui de leurs richesses ^? Inutilement voudrionsHious le dissimuler : à Rome , le peuple était pauvre et mécontent j les grands , riches et avares. Ainsi , au milieu des troubles et des révolutions , après la tyrannie des décemvirs, les ravages des Gaulois et l'invasion de Pyrrhus, après cent cinquante années de guen*es contre les Éques, les Yolsques, les Étrusques, et quarante années de combats perpétuels contre les Samnites, Rome, toujours divisée, toujours pauvre, parvint à la troisième époque que nous avons indiquée; c'est-à-dire à la conquête de l'Italie et au conunencement de la première guerre Punique.

' La noblesse avait seule le droit de prendre des auspices. De là vient que l'esprit aristocratique fiit toujours joint à l'esprit superstitieux. Nous aurons occasion dans la suite de développer comment la ruine de l'aristocratie détruisit toute religion chez les Romains , ouvrit une entrée aux sectes stoïcienne et épicurienne , et fîit une des voies cachées qui préparèrent l'établissement du christianisme.

* Ce n'a jamais été que pour éviter la loi agraire que les patriciens ont laissé passer les lois Licinia et Sicinia , par lesquelles les mariages des plébéiens avec les patriciens et le partage des magistratures furent permis pour la première fois.

J'avoue que cette époque a quelque chose d'at« trayant. Il semble qu'on ne voie plus le même sombre dominer dans le tableau de l'histoire romaine, hes discordes civiles s'apaisent ; des conquêtes brillantes deviennent le prix des travaux militaires; et Rome commence à se faire respecter hors des limites de ritalie. Si on consulte les auteurs, on trouvera que ce moment est celui où les succès de la république n'avaient point encore altéré ses vertus. Rome, s'il faut s'en rapporter à eux^ était déjà puissante , et n'avait pas encore été corrompue ; mais nous sommes loin d'adopter une pareille opinion , et nous allons au contraire essayer de donner une idée plus exacte de la morale et de la félicité du peuple romain.

Un peuple heureux n'est pas celui qui vit de peu; les Goths et les Vandales vivaient de peu , et ils ont été chercher Tabondance dans les autres climats. Un peuple heureux n'est pas celui qui est endurci à la peine et aux travaux; les Goths et les Vandales étaient endurcis aux travaux, et ils ont été chercher ailleurs la mollesse et le repos. Un peuple heureux n'est pas celui qui est le plus fort dans les combats; il ne livre des combats que pour obtenir la paix et les commodités de la vie. Un peuple heureux est celui qui jouit de l'aisance et de la liberté qui est attachée à ses propriétés , et surtout qui ne désire pas de changer d'état. Or , une preuve que les Romains n'ont jamais éprouvé un pareil bonheur , c'est

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