CHAPITRE IX
ipire roDUÎn mmu le ligne d'AagusU et de «
n'ai fait qu'indiquer ces horribles tragédies , ces > de meurtres et de carnage, oii Rome agitée îs discordes civiles vengeait elle-même les naabattues, mais les opprimait encore. Cette réque victorieuse et expirante ressemblait à un je dont les entrailles sont dévorées par une i ardente , mais dont les bras encore robustes !vent, des crises de la douleur, une force plus glque et plus dangereuse. Tandis que Cinna et us faisaient couler le sang des citoyens , Sylla minait les habitansdu Pont et de la Cappadoce; mdant qu'Octave et Lépide sous la sanction des ;s s'immolaient réciproquement leurs parens et i amis ' , Antoine fatiguait de ses armes les Paret les Égyptiens. Dans cette époque désastreuse vers retentissait partout des cris de la fureur et
<Ne quid aUisaactiimrelinqueretur,ve)nt indotem iaimenloiuqne Kelcris , Antonin* L. Cxtazem aTuncnlum , lidus PauluiD fratrem proscripscrant. Nec Flanco gratia uit ad impetrandiim, m frater ejns Plancns Plautias iicribereiar. Enqiie inler jocos militares qui curnun pidi Planciqoe s«cuti arant , inter exsecrationem civium irpabant hune Tennm : De Germanis, non de Gallù 0 triumphant cQ/tsuiet,» Vbll. Patekc.
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des soupirs |Cle la misère. Quel tableau plus affligeant pour rhumanité , et en même temps plus consolant pour le siècle présent. Mais comme notre but est bien moins de remuer les passions que d'en connaîti*e la marche et d'en apprécier les conséquences, nous n'insisterons point sur des faits que le jugement de tous les siècles a voués à l'horreur de la postérité. Ce n'est point de l'amour de la guerre civile qu'il est nécessaire de détourner les hommes , mais de ce vain enthousiasme pour la gloire, de cet esprit guerrier et conquérant qui ne sert qu'à aiguiser pendant quelque temps les armes dont les citoyens doivent un jour s'égorger mutuellement. Puissions-nous avoir rempli cet objet dans les chapitres précédens , et ne porter dans ceux qui suivront que la sagesse de la discussion , qui seule peut convaincre , et la naïveté du sentiment , qui seule peut persuader !
Une nouvelle question s'ofire à notre examen. Nous avons vu que tous les législateurs s'étant occupés plutôt à rendre les hommes forts qu'à les rendre heureux , tous les peuples ont été à leur tour esclaves ou usurpateurs, sans jamais atteindre à une félicité permanente. Mais si la diversité des lois et des intérêts , des mœurs et des usages , était un obstacle insunhontable à la paix générale , quel moyen plus sûr de réunir tous les hommes que de les asservir tous? Qud fondement plus assuré pour le repos du monde qu'une monarchie universelle ? Cette ques-
don devenue absurde depuis que la géographie ayant reculé les bornes du monde , nous a fait connaître un seul royaume plus étendu et plus peuplé que tout Tempire romain ; cette question ^ dis-je , n'était pas destituée de quelque apparence du temps d'Auguste et de Tibère ; et si Ton veut bien ne pas la prendre dans toute son étendue , on trouvera qu'elle peut avoir été agitée avec fondement dans des temps plus modernes. U est sûr que Philippe 11 n'avait pas besoin, de faire entrer l'empire de la Chine, et celui de la Russie dans ses calculs ambitieux. Une fois établi sur le trône d'Angleterre par son mariage avec Marie , il ne lui manquait plus que d'asservir la France pour rendre la maison d'Autriche maîtresse de tout le monde chrétien ; souveraineté qui paraissait devoir entraîner celle de l'univers entier. Mais Auguste se trouvait placé tout naturellement où Philippe voulait atteindre. Si l'on excepte quelques nations barbares que les Romains n'avaient pas trouvées dignes d'être conquises , tous les peuples connus alors étaient leurs tributaires , et Rome , devenue pacifique , avait banni la guerre de dessus la surface de la terre. Le bon ordre fut rétabli dans l'administration , la justice reprit ses droits, et les beaux-arts, plus attachés à la tranquillité et à l'abondance qu'à la vertu et à la liberté, quittèrent bientôt les portiques de la Grèce pour habiter la cour d'un despote magnifique et éclairé. Sans doute le règne de ce prince aurait été l'époque la plus heureuse pour les Romains , si les
bienfaits d'Auguste avaient pu faire oublier les cruautés d'Octave. En effet , les mains qui répandaient les grâces y étaient encore teintes de sang , et les peuples, semblables aux soldats que la fatigue du combat a livrés au sommeil , ne pouvaient reposer que sur des monceaux de cadavres. Mais il faut observer aussi que d'un côté, ce souyenir cruel ne put influer que sur le bonheur des seuls citoyens de Rome , et que de l'autre, la prostitution dans. laquelle ces mêmes citoyens étaient tombés leur avait ôté le ressentiment des offenses pour les livrer au plus vil intérêt et à la plus basse adulation. Ceux d'entre les Romains qui avaient un père à pleurer, ou un fî*ère à venger, se trouvaient assez dédommagés par un sourire du prince , ou par quelque vain titre de magistratm*e. Ainsi les provinces se réjouissaient de la révolution des affaires , tandis que Rome n'était plus digne d'en gémir.
Tibère, également subalterne, également indigne de son prédécesseur dans ses vices et dans ses vertus, sut pourtant mettre en usage pendant quelque temps les principes qu'Auguste lui avait enseignés. Le bonheur public ne commença à être troublé que sous le ministère de Séjan, et je ne suis pas surpris qu'une si longue bonace parmi les orages de la politique ait fait naître cette idée, qu'une monarchie universelle , ou du moins très vaste et très prépondérante , serait une chose avantageuse à l'humanité. Quelques auteurs, amis du paradoxe , ont même été jusqu'à dire
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qu'une paix ii constante avait assez dédommagé les Homains de la cruauté des Claude , des Caligula et des Néron ; parce que dans le temps même où ces monstres s'assouvissaient du sang des sénateurs, le peuple était du moins heureux et tranquille. Il serait aisé de leur répondre qu'à moins qu'ils n'entendent par le mot peuple ce que l'on nomme communément la lie du peuple, c'est-à-dire un vil ramas d'hommes sans fortune et sans talens , il est très sûr que le peuple romain eut beaucoup à souffrir sous les tyrans qui remplirent l'intervalle d'Auguste à Vespasien. Mais sans nous arrêter à cette question particulière qui sans doute n'a jamais été agitée de bonne foi , nous allons essayer de mieux apprécier la prétendue félicité dont les Romains ont joui sous les empereurs.
Pour bien remplir notre objet , il faut se former une idée de ce qu'était la nation ix>maine, lorsque, après la bataille d'Actium, Auguste resta seul maître de tout. Rome n'était plus comme autrefois le berceau des rois du monde. Ces familles illustres par le désastre des nations , avaient déjà expié leur antique et coupable splendeur, et les héritiers des noms les plus célèbres avaient tendu le cou aux bourreaux. Des affranchis , ou des bourgeois ' sortis de toutes
' Tous les peuples de Tltalie étaient devenus citoyens romains. Ce privilège s'étendit sous le règne de Claude aux habitans de la Gaule Transalpine , et bientôt après à toutes les provinces de l'empire. Il faut lire le discours que Tacite
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les villes d'Italie , s'étaient établis sur les ruines des anciennes maisons ; mais ces nouveaux citoyens n'égalaient ceux qu'ils avaient remplacés, ni par la naissance , ni par la richesse. Parasites publics , sans zèle pour la patrie , sans intérêt pour les affaires , ils venaient à Rome chercher ces distributions de vivres et d'argent , espèce d'aumônes passagères répandues par le souverain , et surtout , ces longs et magnifiques spectacles qui faisaient diversion à leur misère. S'il existait encore des particuliers opulens , ce n'étaient point de ces grands propriétaires , resr pectables dans tous les états, miûs des proconsuls, des préteurs, des questeurs enrichis par la dépouille des provinces, et surtout des chevaliers romains ' '
met dans la boncHe de cet empereur. Parmi plusieurs autres raisons plausibles , Claude allègue l'exemple des Athéniens et des Lacédëmoniens y dont il attribue la décadence à la jalousie ridicule qui les empécHait de recevoir des étrangers au nombre de leurs concitoyens.
' U y avait chez les Romains, comme chez nous, deux sortes de noblesse : l'une d'opinion , qui dépendait de l'ancienneté et de l'illustration des familles , des charges honorables , des couronnes militaires , des images des ancêtres , etc. * ; et l'autre qui tenait i la constitution , et c'était celle qui donnait un véritable rang , en distinguant lés patriciens et les sénateurs des chevaliers et des plébéiens. Or, cette dernière noblesse n'était fondée que sur la richesse ,. sur le cens. Ainsi les classes formées autrefois par Serrius Tullins dans une autre intention, ne pouvaient manquer de
* Voyez GaATiVA, de Origine JurU»
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qui, s'étant emparés de toutes les affaires de finance, se formèrent bientôt de ces vastes fortunes d'argent , symptômes manifestes d'un état dans sa décadence. On sait quel fut l'embarras d'Auguste lorsqu'il entreprit la réforme du sénat. La plupart des rejetons des Smiilles les plus illustres manquaient de la fortune nécessaire pour y entrer, et ce prince fut obligé d'y
se trouTer par laps de temps en contradiction avec les principes du gouyemement , puisqu'elles égalaient Thomme parvenu , et souvent même le prévaricateur, au citoyen né de parens les plus illustres et élevé dans les meilleurs principes. Je m'étonne que tous les auteurs y et M. de Montesquieu le premier 9 aient fait si peu d'attention au grand rapport qui existe entre le sort de la noblesse parmi les Romains et celui qu'elle éprouve panni nous. 11 aurait pu remarquer comment dans tous les gouvememens , dans tous les états , la considération («) suit toujours l'argent , et comment il est impossible à la fortune de se passer de considération. En effet 9 malgré les nombreuses satires où tantôt la justice y tantôt la malignité et la jalousie du public se sont exercées sur les financiers y ils sont devenus chez nous ce qu'étaient à Rome les chevaliers romains , une classe i part , ayant one considération attachée i son opulence ; et cette considération serait sans doute devenue plus considérable et plus marquée , si les mariages des filles riches n'avaient pas détourné l'argent de ses premiers canaux pour le répandre et le dissiper. Les financiers en voulant jouir d'un éclat emprunté ont diminué de celui qui leur était propre. Malgré cela non-seulement ils forment une classe à part , comme je l'ai déjà dit , mais ils recrutent l'ancienne noblesse , qui «'éteint peu à peu, et fait place i la nouvelle. Une question (a) £t Us places surtout.
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suppléer par ses largesses '. Malgré l'admission des peuples d'Italie au droit de cité , malgré toutes ces recrues si peu dignes de la métropole , lors du cens fait par Auguste au commencement de son règne , le nombre des citoyens n'excédait pas quatre millions cent soixante-trois mille * , dont la plus grande partie encore serait morte de ^ faim sans les distributions du souverain. Tels étaient les maîtres du monde , ou plutôt tels étaient les premiers esclaves d'Auguste : sans biens , sans propriétés , transportés de la Galabre dans la Toscane , de la Toscane dans la Lombardie , suivant qu'il fallait récompenser les sol-
assez curieuse à proposer , c'est , pourquoi les fortunes du commerce n'ont pas établi un nouvel ordre de citoyens comme celles de la finance (fi) ? Ce n'est pas ici le lieu de la résoudre. Je me contenterai de dire, i<*. que c'est ordinairement dans les états démocratiques que le commerce fleurit davantage ; 2*. que s'il occasionne aussi de grandes fortunes dans quelques états monarchiques 9 les cpmmerçans sont trop loin des grands pour chercher a s'y assimiler. Le commerçant fuit l'éclat , le financier l'aime , et finit par l'obtenir.
* César avait fait entrer dans le sénat un si grand nombre d'étrangers et d'hommes nouveaux , qu'on fit la plaisanterie d'afficher un édit où l'on avait écrit en grandes lettres : Défenses sont faites à qui que ce soit de refuser d'indiquer à un sénateur le chemin du sénat,
* Fojrez Dion.
[fi) Il est établi tn jingUterre, On y fait cas des commerçons , non des financiers.
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dats vétérans, ou célébrer quelques noms illustres par l'établissement d'une colonie ; toujours étrangers, jusque dans Rome même , ces malheureux se promenaient sous des portiques , et habitaient sous des cabanes. Ajoutez à cela quelques rhéteurs grecs, des aventuriers étrangers, une foule d'esclaves ' et un grand nombre de gladiateurs , d'athlètes , de co- , médiens et de courtisanes , et vous aurez une idée de ce qu'était la ville de Rome sous les empereurs.
' n serait aisé de faire voir à quel exdès le nombre des esclaves fîit porté alors. Voici quelques traits qui pourront en faire juger. Pedanius Secundus fut assassiné par un de les esclaves. Il fut agité si , selon les lois , tous ceux qui se trouvaient dans la maison lorsque le crime fut commis, seraient condamnés à mort. Caius Cassius fiit pour l'affirmatiTe , et Tacite lui fait dire entre autres raisons , quem numems servonun tuebitur, ciun Fedanium Secundum qua* dringenti non protexerint ? (Voyez AnnaL Liv. xiv. ) Pedanius avait donc quatre cents esclaves. On ne peut lire sans frémir que tous ces malheureux subirent la mort pour le crime d'un seul. Dion rapporte qu'Égnatius Rufus étant édile y se vanta d'être parvenu i éteindre un incendie avec le secours de ses seuls esclaves \ et qu'Auguste, qui était mécontent de ce magistrat, et qui ne voulait pas d'ailleurs qu'aucun particulier put se vanter d'avoir pourvu de lui-^ même à l'ordre public , destina à ce seul emploi six cents e^laves qu'il avait eus de la succession d' Agrippa. Nous lisons aussi dans Pline, Liv. xxxiii, chap. x, que Caïus Cœcilius Claudius Isidorus en avait laissé à sa mort quatre Qûlle cent seize , quoiqu'il eût essuyé des pertes considérables dans les guerres civiles. Cette foule immense d'es-
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Quant aux provinces habituées dès long-temps à la tyrannie des proconsuls , à l'avarice des questeurs, et à l'usure des chevaliers romains, elles durent regarder comme un bonheur le rétablissement du bon ordre dans toutes les branches de l'administration. Mais ce bonheur n'était que passager : leur condition devint meilleure , mais leur état ne fut point changé. Nous savons même que sous Auguste , quelques préteurs abusèrent cruellement du pouvoir arbi-
claves ne laissait *pas dé donner quelques alarmes. Tacite , en nous racontant (Liy. iv ) que sous le règne de Tibère on craignit un moment qu'ils ne se révoltassent , a pris soin de nous apprendre que cette nouvelle avait répandu la terreur dans Rome : ob mùltitudinem familiantm quœ gliscebat unmensam minore in dies plèbe ingenua : et plus bas y dans la lettre que Tibère écrit an sénat sur les plaintes qui avaient été portées contre le luxe , on Ut ces paroles remarquables : Quid enim primum prohiberey etpriscum ad morem recidere aggrediar? Villarum infinita spatia? Familiamm numenan
et nationes ? Freinshemius explique cette expression
nationes en disant que les Romains avaient un si grand nombre d'esclaves , qu'ils les distinguaient par nations; et Juste- Lipse rappelle à ce sujet un passage de Pline qui donne cinq mille esclaves à un certain Nicilius Isidorus , et un autre d'Athénée , où le nombre d'esclaves qui appartenaient à quelques Romains y est évalué jusqu'à trente mille. (Voyez Tacite , Variorum, Liv. m.) J'ajouterai encore à cette note que dafis la même lettre , dont il a été parlé plus haut , Tibère fait entendre qu'il n'est pas étonnant que la corruption se soit répandue parmi les Romains, puisqu'ils ne sont plus qu'un mélange de toutes sortes de nations.
traire qui leur était confié. Dion nous apprend qu'un certain Licinius eut Timpudence de faire payer aux Gaulois , dans une année , quatorze mois de tribut au lieu de douze ; mais cette action , qui ne serait; pas sans exemple comme concussion , devient plus affreuse à mes yeux, comme rapine exercée par le gouvernement. En efFet, Licinius ayant eu la présence d'esprit d'offrir à Auguste l'argent qu'il s'était procuré par ses exactions , parvint aisément à lui persuader que c'était faire une chose doublement utile que de dépouiller les Gaulois de leur argent , et de le faire passer dans les cofires de l'empereur. Ce fait , qui est parvenu à la postérité , doit en faire supposer bien d'autres tombés dans l'oubli ; car les plaintes des malheureux ne se conservent pas si longtemps que les panégyriques des rhéteurs. D'ailleurs, quel sort que celui d'un peuple gouverné par deux étrangers , qui^ sous le nom de proconsul et de questeur, espions réciproques ou complices des mêmes crimes, ne peuvent être d'intelligence sans ruiner une province , ni divisés sans y jeter le trouble et la confusion! ' Mais , quelle qu'eût été l'intégrité de ces magis-
' Tacite ( Fie d'jégricola) a pris soin de nous traos* meUre les griefs des Bretons contre lé gouvemement ro« main : Singulos sibi olim reges fuisse , nunc binos imponi , t quitus legatus in sanguinem y procurcUor in bona sœviret: œque discordiam prœpositorum , ceque concordiam subJecUs txitiosam, etc, c. xy.