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trais, lé nombre et la forme même des impositions suffisaient pour réduire les peuples à la plus grande misère. L'esprit humain , habile à imaginer en tout genre, avait déjà inventé ces nombreuses impositions, fléaux de nos contemporains; et les enthousiastes de l'antiquité M qui prétendent que toutes les découvertes attribuées aux modernes, sont dues aux anciens', pourraient ajouter aux exemples dont ils se sont appuyés l'art inventé depuis long<^temps de tra^^ voilier une province en finance ' , ou plutôt de travailler un peuple par la finance.
Tandis que les frontières étaient vexées par les
(c) La première édition portait :
<t Et le savant auteur* qui a prouvé que,.., »
^ L'abbé Dubos a fait Toir que les empereurs levaient sur leurs sujets, et particulièrement sur les Gaulois , des impôts de toutes les espèces ; comme une dime des fruits dans l«s terres conq[uijSes et aliénées , sous le nom de Décumane ; un cinquièrajs sur toutes les productions non semées» comme bois , vignes f prés, etc.; une imposition générale sur les fonds , ou y si l'on vent , une taxe par arpens > appelée Juge^ ratio; une capitation ou taxe personnelle payée par tout homme libre; enfin des droits de péage, à* exportation et d'importation f de quarantième denier sur les effets vendus , etc. etc. Voyez l'Histoire de l'établissement de la monarchie/rançaise , cHap. XI, XII et xiii, tome i, liv. i.
^ M. Dutens.**
**^ Sur ce ooaif rcAck la note de Voluire :
•t Ce sayant auteiir eit très ignoraot et très ridicule. Il croit que lea an- « ctens avaient iarenté la boussole , la graTitation , l'aberration des étoiles , « la machine pneumatiqae. Eh ! nos , il ne le croit pas , mais il l'imprime. »
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tributs et fatiguées par la présence des années , elles avaient de plus le malheur d'être souvent exposées aux courses de Tennemi. En effet, quoique Auguste n'ait pas soutenu des guen*es bien fâcheuses, et que le centre de l'empire soit resté paisible , les Germains, les Rfaétiens, les Dalmates, les Pannoniens, les Cantabres ne laissèrent pas que de commettre de grands désordres et de grandes cruautés, tant sur les Romains que sur leurs alliés; car telles étaient rétendue et la fortulie de cet empire, que tout ce qui n'était ni allié, ni tributaire des Romains, était un peuple barbare, sans lois et sans culture.
Ceci nous conduit encore à étendre plus loin nos réflexions, et nous met à portée de juger quel était alors l'état du monde connu : en effet, nous ne Toyons plus sur cette vaste scène qu'un peuple avili, oisif et frivole ' , des royaumes changés en provinces opprimées et languissantes; et plus loin, des peuples barbares qui, n'ayant ni commerce ni agriculture, ne connaissaient d'autre état que la guerre. Quel est le philosophe qui pourra jamais porter envie à ceux dont la destinée a placé l'existence dans cette
' Les Romains, depuis les guerres civiles, avaient tellemeht négligé ragricilltixre , qu'Auguste fut tenté, pour la rétablir, de retranchera au pevtple ces distributions de blé qui lui épargnaient la nécessité de cultiver la tert*e. Mais Suétone prétend qu'il en fut détourné par la crainte qu'un jour le rétablissement de cet usage ne fût un chemin trop ouvert à l'ambition , et un moyen trop facile d'obtenir la popularité.
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époque ? Mais ne nous arrêtons point à ces vues générales, et suivons l'histoire de plus près.
Auguste , il est vrai , fut un prince pacifique ; mais ses légions furent presque toujours en guerre; ses amis, ses enfans, presque toujours à la tête des armées; et lui-même , malgré sa vieillesse et son peu de goût pour les armes, ne fut-il pas souvent obligé d'entreprendre de longs voyages pour se mettre à portée de diriger les opérations militaires ? Les révoltes des Germains, des Gantabres et des autres peuples que nous avons nommés -plus haut, ne tinrent-elles pas les armées en activité, et les commencemens du règne de Tibère ne furent-ils pas trou- • blés par le bruit des armes?.... Il est vrai que tout cela n'approchait pas de Rome; mais qu'est-ce que Rome dans l'univers? D'ailleurs, si Auguste luimême dans le sein de la fortune eut à pleurer la mort d'un fils qui périt misérablement dans les guerres étrangères, croira-t-on que les habitans de Rome aient été plus heureux que lui, et se persuaderat-on que la dé&ite de Varus et les victoires sanglantes d'Agrippa, de Drusus et de Germanicus n'aient pas souvent répandu le deuil dans les familles les plus illustres? Il ne faut pas juger du siècle d'Auguste par les ouvrages des poètes contemporains; mais quand les vers charmans d'Horace et de Virgile auraient été l'expression naïve du sentiment, il en résulterait seulement que tout était bien alors pour les artistes et les gens de lettres; ou plutôt que le
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bonheur cp'ils célébraient, semblable aux rayons du soleil après Forage, devait la plus grande partie de son prix aux momens affreux qui Pavaient précédé. Et quel fonds pouvait-on faire sur cette félicité, qui n'avait pour toute base, pour tout appui que les jours d'un vieillard? Quel est l'homme sensé qui n'ait pas dû trembler en voyant Tibère et Agrippa Posthume les plus proches héritiers du trône? Après les sacrifices qu'on avait faits à Auguste, quelle ressource restait-il contre ses successeurs? Malheur au peuple que l'enthousiasme a subjugué ! Fabricateur de ses propres chaînes, il a tellement su se tes adapter, qu'il lui devient presque impossibte de les rompre; comme s'il était nécessau*e de donner le pouvoir en échange des bienfaits, et que pour récompenser un bon prince , it fallût préparer un tyran. La monarchie, comme la noblesse qui en est le soutien, a besoin d'être vieille pour être respectable. D'une heureuse expérience de l'autorité et de riiabitude d'obéir, se compose une sorte de constitution qui dévient à la fih presque inaltérable, parce qu'il est un terme, passé lequel la matière d'une république n'existe plus dans une monarchie, au lieu que la matière d'une monarchie existe toujours dans une république.
Il n'y a pas lieu de douter que les Romains n'aient fait une partie de ces réflexions , et quoique la plupart d'entre eux se soient laissé séduire, tant par les dignités ,qu' Auguste leur prodigua , que par le
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simulacre de république qu'il sut ccmserver, ils ne pouvaient manquer de prévoir ce qui arriva dans la suite : m^ûs tel fiit l'artifice qui régna dans la conduite de cet heureux usurpateur , que le bien et le mal , l'espérance et la crainte , les noms et les réalités furent %i bien entremêlés , si bien compensés , que les Romains restèrent dans cet état mitoyen qui laisse plus de place aux doutes et aux alarmes , qu'à l'audace et à la résolution* J'insiste sur cette époque du règne d'Auguste , parce qu'il suffît de nommer Tibère, Caligula, Claude et Néron, pour faire frémir toute âme sensible. Il n'est personne assez barbare pour ne pas déplorer la destinée des malheureux qui ont vécu sous ces règnes exécrables, et cependant ce sont ceux qui nous ont le moins offert l'image de la guerre '. Si quelquefois elle se ralluma dans la Grande-Bretagne ou vers l'Ai^ménie, le centre de l'empire en eut à peine connaissance; mais la paix sanglante dont il jouissait, dut lui faire regr^ter souvent les horreurs des combats. La mort de Néron ramena le trouble et la confusion jusque dans le sein de l'Italie ; et les batailles que se livrèrent les armées d'Othon et de Yitellius , de Yespasien et de Galba, ensanglantèrent encore ces campagnes qui depuis la bataille de Mantoue n'avaient pas retenti du bruit des armes. Yespasien rétablit la paix dans
' Tacite dit, au sujet des légions que Corbulon mena en Annénie : Satis constiiit fuisse in eo exercitu veteranos qui non staiionem , non wgiUas iniissenU
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l'empire; mais c'est précisément ce règne qui nous offre le tableau de tout ce que l'ambition d'un côté, et le fanatisme de l'autre, ont jamais produit de plus affreux* On comprend aisément que je veux parler de la guerre des Juifs , guerre qui dans l'espace de deux ans fit péril* plus de treize cent mille hommes , et qui, rallumée sous Trajan et sous Adrien * , causa la ruine totale de cinquante villes fortifiées et de neuf cent quatre-vingt-cinq bourgs ou villages. Cette horrible plaie de l'humanité ne compensa que trop les avantages qu'elle retira du règne de Yespasien. Titus ne fit que s'asseoir sur le trône. Il semble que la destinée qui l'avait fait le modèle des rois se soit contentée de le montrer comme un exemple étemel pour les siècles à venir. Je ne parlerai point de Domitien , trop connu par ses ci*uautés ; mais je remarquerai que Trajan , dont les vertus et la bonté devaient faire les délices du peuple rcmiain , troubla lui-méipe, par son goût pour la guerre, la sérénité des beaux jours qu'il avait fait naître. Cette observation est d'autant plus importante qu'elle nous sert à apprécier la morale de cet âge. Je le répète, et j'aurai encore plus d'une occasion de le faire : l'amour de la patrie, la popularité, la générosité, ont été des
* Si l'on en croit Xyphilin, abrértateur de Dioa, cette réYolte des Juifs fit périr à Cyrène deux cent mille hommes et deux cent cinquante mille dan^ File de Chypre. Les cruautés que cet historien impute aux Juifs font dresser les cheveux à la tète, et sont à peine croyables.
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vertus communes parmi les anciens ; mais ta véritable philanthropie , Tamour du bien et de l'ordre général était un sentiment tout-à4ait étranger aux siècles passés. Eh ! comment ce sentiment aurait-îl existé parmi des hommes accoutumés dès leur enfance à voir des milliers de gladiateurs qui s'égorgeaient aux apjJaudissemens des femmes même ; des prisonniers de gueiTC , des chefs , des rois qu'on traînait publiquement au supplice, en vertu d'un décret, et pour compléter la joie d'un triomphe? Avouons-le, la vertu a été dans tous les temps ce qu'est encore la beauté parmi les peuples difFérens , non pas ce que la nature a produit de plus parfait , mais la plus grande perfection des traits qu'elle a imprimés à chaque nation et dans chaque climat : et de même que les visages des Vénus ou des Hélène antiques conservent une certaine austérité qui ne répond pas, à nos yeux , aux grâces répandues dans les autres formes; de même, les vertus des anciens participaient toujours des vices de leur âge. '
' J*ai négligé jusqu'à présent d'observer que les Romains étaient d'une telle rigueur dans les affaires criminelles , que le nombre des coupables ne fut jamais pour eux une raison de pardonner. $éuèque raconte que Volusius Messala ayant fait trancber la tête à trois cents hommes dans un seul jour, s'en applaudissait, et trouvait cet acte de cruauté une action vraiment royale. Lorsque Claude donna ce fameux spectacle d'un combat naval sur le lac Fucin , il y eut plus de dix-neuf mille criminels, tous destinés à mourir, comme on le voit par un trait que Suétone nous a transmb. Cet au-^
Si Trajan et Marc Aurèle peuvent avoir encouru le reproche d'avoir trop fait la guerre , il faut avouer aussi qu'il y avait bien des raisons à alléguer en leui' faveur; en effet, si nous examinons la constitution de Tempire des Césars et le peu de base qu'avait leur autorité , on se convaincra aisément qu'il était presque imposs^le de conserver la paix au dedans , sans faire la guerre au dehors. La guerre est malheureusement un grand moyen de gouvernement. Elle oc^ cupe tous les esprits ; elle simplifie toutes les formules; elle éloigne toutes les discussions. Aussi suisje très porté à croire que les rois qui ont toujours le plus fait là guerre , ne sont pas ceux qui ont eu le plus besoin de génie; et que les princes poli-
teur raconte qiie tons ces malheureux , en passant devant l'empereur y lui crièrent : Jve imperator; moritun te salu^ tant; et que Claude leur répondit par distraction : Avete vos; ce qu'ils prirent pour un pardon : de sorte qu'ils ne Yonlnrent plus combattre^ et qu'il fallut les y forcer par menaces et par prières. M. Crevier (Hist, des £mp,) remarque à ce sujet , a qu'il est bien étonnant qu'il se trouvât alors « dans l'empire romain dix-neuf mille criminels qui méri- « tassent la mort , à moins , ajoute-t-il y qu'on ne les eût « ramassés depuis long-temps dans toutes les provinces de « l'empire. » Mais nous savons que les Romains n'avaient que trop de ressources pour fournir à leurs amusemens sanguinaires. Les prisonniers faits à la guerre , les étran* gers condamnés pour différens crimes y et surtout les es* davesy servaient d'aliment à leur cruauté. On sait quel empire barbare ils exerçaient sur ces derniers y et l'on se rappelle le trait affreux de Yedius Pollio , qui, pour ua
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tiques sont d'autant plus supérieurs aux princes guerriers , que Tart de gouverner est plus difficile que celui de commander. Les empereurs placés entre le peuple et Tarmée, mais plus embarrassés de celleci , devaient désirer la guerre pour occuper Tune et pour amuser Tautre. Un seul obstacle détruisait pourtant Teffet de cette politique. Les Romains étaient trop supérieurs aux autres peuples , les frontières de l'empire trop reculées , les nations voisines trop intimidées ; il fallait aller bien loin chercher la guerre , et alors l'absence du maître diminuait nécessairement son pouvoir. D'ailleurs, tel est le mal* heur attaché aux nations toutes militaires , que dans le cas où la guerre est assez éloignée pom* que l'intérieur n'en ressente point les effets , il arrive qu'elle
▼erre cassé y Toulnt en présence d'Angnste £aire jeter nn esclave à des monstres marins qu'il élevait dans un vivier. Il peut se faire- que ces exemples d'inhumanité n'aient pas été communs ; mais il parait au moins qa'nn usage généralement établi voulait que les esclaves fngitifii fassent exposés aux bétes.
Parmi tant d'atrocités dont les Romains se sont rendus coupables y le plus grand reproche qu'ils aient encouru» selon moi y c'est de n'avoir jamais regardé l'homme , en général y comme leur semblable. L'extrême rigueur de leurs punitions serait peut-être excusable , si elle avait eu pour motif l'amour de l'ordre et une sévérité égale pour tout le monde ; mais qui ne sera surpris en apprenant que ces juges sanguinaires n'avaient d'^autre peine que l'exil à infliger à un citoyen romain , se fiJIt-il rendu coupable de mille assassinats ?
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cesse d'être intéressante, de façon que les succès deviennent indififérens , et les pertes plus amères. Le soldat lui-même se lasse de travailler sans objet; il se mutine , il se révolte. S'il y a deux armées , il se forme deux partis. La valeur des officiers et la confiance des troupes deviennent elles-mêmes un nouveau danger : on ne peut plus être attaché à son chef sans le faire monter au premier rang , et l'amour des soldats ne tarde pas à faire des généraux infidèles. Ainsi , de trois choses l'une : ou la guerre est désayanlageuse , et alors eUe cause la ruine d'une nation ; ou elle se maintient égale , et alors elle la fatigue et l'épuisé ; ou elle est avantageuse , et dans ce cas, elle amène la dissolution des armées et du gouvernement. Je n'ai point parlé jusqu'ici du danger des corps particuliers , tels que les gardes prétoriennes, les janissaires, les strélitz, etc. , parce que tous mes lecteurs savent assez qu'il n'est point de despote sans satellites , ni de satellites qui ne deviennent à leur tour les tyrans du despote. Sur vingt-trois empereurs , sei^e égorgés ; l'empire romain mis à l'encan et vendu à un homme méprisable; les révolutions de Russie, celles de l'empire Ottoman et du Mogol , prouvent assez que le despotisme militaire est le plus mauvais de tous les gouverhemens , pour les princes comme pour les peuples.