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des héros et des législateurs , n'était pas venue troubler Tordre de la nature ? Peu à peu les nations industrieuses se seraient mêlées avec les autres , soit par le commerce, soit par les alliances, soit même par la guerre ; car lorsque de deux peuples ennemis, Tun est plus civilisé que Tautre , il n^y a qu'un sot orgueil, ou une fausse politique qui puisse empêcher le vainqueur de prendre les mœurs du vaincu , ou.de lui donner les siennes. Par malheur, les philosophes anciens avaient tant d'esprit, les chefs tant d'héroïsme, les peuples tant de vertu, que tout (ut mis en combustion sur la surface de la terre , et que la perfection du genre humain fut renvoyée bien loin. Un peuple d'ignorans , sans lois et sans culture, triompha bientôt des compatriotes d'Homère, de Platon et de Lycurgue. Il entreprit d'étendre son empire plus loin que les mœurs et la législation n'avaient pu établir le leur; mais bientôt corrompu, divisé, affaibli, il ne conserva de son ancienne splendeur que les principes atroces qui la lui avaient acquise , et il continua de provoquer la révolte , lorsqu'il ne fut plus en état de la réprimer. Les nations barbares se trouvèrent alors dans une situation singulière. Devenues voisines des richesses , et repoussées par une puissance qui ne leur en laissait aucun partage , elles désiraient la mollesse , et craignaient l'oppression. Nulle espérance de ces alliances fédératives, de ces mariages entre souverains, qui tendent h assimiler et à réunir les nations voisines. A Tan-
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cien apophthegme de Caton , Delenda est Carthago y il Ëdlut substituer Delenda est Roma ; et dans le fait, Rome était déjà détruite; des étrangers rem* plissaient le sénat ; des Barbares commandaient les années , presque toutes composées de Barbares. Les prétoriens, tyrans indomptables dans la capitale, citoyens timides dans les camps, après avoir créé et assassiné des empereui'S, avaient été obligés de céder le pas aux Germains et aux autres étrangers dont les Césars avaient formé leur garde : ces Barbares admis aux premières places , établirent avec leurs nations une correspondance qui devint pernicieuse pour les Romains : ils portèrent leur attention sur ce peuple dégradé , à mesure qu'il s'oubliait luimême ; l'ambition des particuliers précéda celle des peuples ; les premiers emplois furent envahis , le trône même usurpé; de sorte que les Barbares avaient déjà conquis l'empire avant de l'avoir attaqué.
Il suit de là que c'est dans l'atrocité des anciens principes de la république , dans les vices du gouvernement des empereurs, et surtout dans l'étendue excessive de leur domination, qu'il faut chercher les sources de ces invasions de Barbares qu'on a eu tint de peine à expliquer jusqu'ici. Mais quel qu'en fût le principe , il resterait toujours incontestable qu'elles doivent être regardées comme un des plus grands fléaux qui aient affligé l'humanité. Les nombreux et sangtans combats qu'elles ont occasionnés peuvent être rapportés aux premiers principes de
guerre que nous avons indiqués au commencement de cet ouvrage ; le désir de quitter un climat rigoureux pour un climat salutaire, une terre stérile pour une terre féconde , etc. Or , les guerres de ce genre sont les plus cruelles et les plus désastreuses , parce qu'elles ne se font point de guerrier à guerrier, mais de nation à nation; et que d'un coté, l'impossibilité de reculer; de l'autre, la nécessité de conserver sa subsistance , rendent la destruction de l'ennemi une suite nécessaire de la victoire. Quoi de plus afBigeant et de plus lugubre que le tableau de l'humanité pendant les temps qui ont précédé la séparation de l'em*pire romain ? Des nations détruites par principes de politique ; d'autres inondant et ravageant des con* trées entières ; d'auti*es , plus dangereuses encore , faisant le métier de voleurs et de pirates ; les empe* reurs transplantant des peuplades nombreuses de Germanie en Angleterre, d'Asie en Afrique, d'Afrique en Europe. L'univers ressemblait à un vaste champ de bataille où les corps qui ne sont pas em* ployés à combattre sont occupés à des évolutions continuelles, et changent sans cesse de terrain. ^
^ Ces fréquentes émigrations , ces changemens perpétuels dans rétablissement des nations, étaient y après la guerre» un des plus grands malheurs de l'humanité. Voici quelques traits qui pourront en faire juger. Probus ne pouvant tenir en paix les Barbares , s'avisa de transplanter plusieurs nations dans les terres de l'empire. Une seule de ces colonies réusait. £lle était composée de cent mille Bastames, peuple
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