‹ De la félicité publique, ou, Considérations sur le sort des hommes dans les différentes époques de l'histoire (volume 2)Chapitre 25 sur 59 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

CoBnnencemeiit da christianinne. État politique et moral an paganisme Ion de rétabliiiement de la xelîgion.chcétieone.

Mais ce n'était pas assez de ces affreuses convul. sions qui ébranlaient le système politique du monde ,

de Scjtkie qui fut établi dans la Thrace. Les Gédines , les Vandales et les Francs ne purent être fixés., et continuèrent i exercer leurs brigandages dans les endroits où on les avail établis. Il fallut les détruire par les armes. lUoclétûen ttansr porta en Pannonie les nations des Carpatbiens qui habir talent près du Pont-Euxin , et Constance Chlore fit passer les Bataves dans les provinces de la Gaule les plus dépeuplées. Quant à la manière dont on fsEiisait la guerre à ces Barbares, on peut en juger par un trait rapporté parYopiseus , qui nous a{^rend que l'empereur Probus , non content d'avoir tué dans une bataille quatre cent mille Barbares, t9nt Bourguignons que Francs et Germains , mit k prix la tête de ceux qui restaient encore , promettant une' pièce d'or à chaque soldat qui lui en apporterait une. C'est avec bien de la satisfaction que j'opposerai à ces ordres cruels ce que j'ai vu pratiquer dans la dernière guerre. Quelques commandans de troupes légères , voulant épargner le sang , imaginèrent de mettre l'avarice anx prises avec la cruauté-, et instituèrent i^n prix pour tout soldat qui amènerait un prisonnier sain et sauf. Tel est le progrès des mœurs et de la philosophie, que de nos jours on voit moins de cruautés en temps de guerre que les anciens n'en exerçaient ea temps de paix^

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une révolution mille fois plus étonnante se préparait à renverser Fempire de Topinion , comme si le temps était venu où tout changerait sur la surface de la terre y depuis le pouvoir qui comtnande, jusqu'à la persuasion qui» gouverne. Une guerre tumultueuse s'éleva dans les esprits, et le contemplatif solitaire ne fut pas plus tranquille dans sa retraite que le soldat effréné ou le cultivateur timide. Quelle époque dans l'histoire que celle qui nous présente à la fo;s la décadence de l'empire romain, et la chute du paganisme ; qui introduit sur la scène du monde de nouveaux peuples et un culte nouveau , je dirai même une nouvelle religion ! car inutilement voudrait-on alléguer que le christianisme , enseignant pour premier dogme l'unité de Dieu, et dérivant immédiatement de la foi des Israélites , doit faire remonter son origine aussi haut que le déisme et le judaïsme : le mystère de la rédemption , ses dogmes sur la vie future, son culte , ses préceptes, tout annonce, tout déclare un ordre nouveau dans les choses spirituelles ; tout caraet^érise une révolution dans le système religieux.

Mais de quelque façon qu'on doive considérer cet objet, il n'en est qu'une que nous puissions nous permettre ; c'est celle qui entre nécessairement dans le plan de notre ouvrage. Ainsi , loin de suivre l'exemple de quelques philosophes de nos jours, dont nousrespectons les lumières , mais que l'amour de la discussion a peut-être égarés, nous abandon-

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nerons aux théologiens ce qui est incontestablement de leur domaine, et nous ne nous occuperons que de Tinfluence de la religion chrétienne sur le bonheur des hommes, dans cette vie seulement. C'est en conséquence de ce principe , qu'obligés par la suite de nos réflexions de développer Torigine et les progrès du christianisme, nous ne parlerons (fue des moyens humains dont la Providence s'est servie; moyens souvent avoués par les pères de l'église, et les seuls qui soient soumis à la discussion , puisqu'il est impossible aux hommes de suivre les voies de Dieu dans les choses surnaturelles, et qu'il est aussi difficile à notre faible raison de savoir pourquoi il change quelquefois Tordre de la nature, que d'expliquer pourquoi il ne le change ni plus souvent, ni d'une manière plus propre à parvenir aux fins que nous lui supposons. D'ailleurs , si dans le cours de cet ouvrage nous n'avons jamais pris le ton de la confiance qui enseigne , mais celui de la critique qui doute et qui discute , à combien plus forte raison devons-nous conserver cette précau-* tion dans une matière où nous ne prétendons employer que les lumières de l'histoiçe aidée de la réflexion !

Lorsque les hommes ont médité sur cette grande révolution du monde moral, deux choses ont p<iru les frapper particulièrement; la destruction d'une ancienne religion, et l'établissement d'une nouvelle : ou plutôt ces deux objets se confondant ensemble,

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t'esprit humain qui cherche toujours à se soulager des détails par l'abstraction , n'a voulu voir qu'une guerre établie entre deu\ puissances rivales, et n'a pas balancé à mettre le christianisme aux prises avec le paganisme ; mais le paganisme était-il une religion ? bien loin de là , le mot païen ne fut employé que plusieurs siècles après Jésus-Christ \ Les Phéniciens , les Égyptiens , les Grecs , les Italiens, les Celtes avaient chacun des idées différentes , tant sur la nature et Torigiflie des dieux que sur le culte qu'on devait leur rendre. Nulle relation d'idées , nul rapport même entre les noms des dieux , qui ne pouvaient seulement pas se traduire d'une langue dans une autre. letez un regard sur toutes les nations anciennes, et cherchez à former de leurs notions sur Thaut, Birmah ou Bramah, Typhon, Osiris, Zeus , Jupiter , Odin , etc. un système qui concilie

' Païen , de pagus, village ^ parce que les empereurs chrétiens ayant banni les idolâtres de toutes les villes , ils flirent obliges de se retirer dans les villages; ou parce que Constantin chassa de ses troupes tous ceux qui n'étaient pas chxétiens , et les renvoya dans leurs villages. Aucune de ces eiplicatipns n'est satisfaisante. La première fois que l'bis-? toire fait mention des gentils sous le nom de païens , c'est sous le règne de Valentinien, l'an de Jésus-Christ 365. Voyez

Gothqfredus de Statu Paganprurn sub Imperatoribus Christianis, Échard croit que les paysans étant restés plus longtemps attachés aux idoles que les habitans des villes , on donna aux idolâtres les noms de paysans , pagani. Yoyes-. liv.. vu., ch^p* z.

toutes les opinions et qui fasse un point de réunion contre une religion nouvelle. Nous le trouverons , direz-vous , et c'est le polythéisme. Mais il s'en faut bien que nous nous contentions de cette réponse ; car nous vous demanderons ce que vous entendez par religion : si c'est l'opinion répandue dans le peuple , nous vous répondrons que panni les hommes simples et ignorans , toute opinion dégénère en superstition, et tout culte en idolâtrie : et malheureusement sur cet article les chrétiens mêmes auraient bien peu d'avantage sur les païens ; car si vous consultiez toute l'Amérique méridionale et quelques cations situées au nord et au sud de l'Europe ' , vous trouveriez que leurs notions sur la Trinité , la Vierge et les saints, les anges et les démons, ne s'éloignent guère de l'idolâtrie. Si vous pensez, au contraire , que dans tous les temps et dans toutes les religions il faut rejeter les idées du vulgaire , vous verrez que parmi les anciens , les prêtres rapportaient toute leur doctrine au déisme, comme toute leur morale à la politique. On sait que le dogme d'un seul Dieu était la première vérité révélée dans les mystères d'Eleusis. Lactance assure qu'Alexandre l'avait apprise de la bouche de l'hiérophante; et il ne faut avoir qu'une très légère connaissance de l'antiquité pour savoir que cette croyance était la base de toute

* Les Russes ont encore de petites idoles à qui ils rendent le même culte que les païens rendaient à leurs dieux Fén^s.

initiation, le principe caché de toute docti*ine. On peut voir dans les écrits de Gicéron avec quelle liberté les ministi*es mêmes de la religion parlaient de leurs divinités , et Ton trouve dans Diodore de Sicile l'origine des opinions populaires sur le Styx, l'Âchéron , Minos , Rhadamanthe , etc. Pour les philosophes , ce serait encore bien inutilement qu^on voudrait chercher le polythéisme parmi eux. De quelques nuages qu'ils aient enveloppé leurs idées sur la nature des choses et sur les causes premières, on peut assurer qu'il n'a pas existé une secte dont les principes eussent rien de commun avec la religion du peuple. . Nous ne nous arrêterons pas à montrer ici le peu de solidité d'un édifice dont aucune partie n'était symétrique, et ne correspondait à un plan général. La religion païenne , méprisée par ses propres ministres , décriée par les philosophes , négligée le plus souven^par le peuple, ne pouvait jeter de profondes racines, ni former un corps de doctrine difficile à renverser. Cependant il est impossible de révoquer en doute le crédit qu'elle a conservé pendant longtemps. Il faut donc , pour en rendre raison , remonter à une cause plus éloignée ; car il ne suffit pas de démontrer avec M. Hume que le polythéisme est la première religion qui ait dû s'offirir à des hommes grossiers : ce n'est pas assez non plus de faire voir que cette religion était douce , et que le culte en était agréable et ingénieux : on pourrait répondre d'un coté , qu'elle a subsisté dans les siècles les plus

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polis; et de l'autre, qu'il est prouvé que ses prad* ques ont été quelquefois pénibles et cruelles. Il faut donc porter nos regards plus loin, et nous trouve*» rons dans la politique la véritable cause de la longue durée du polythéisme.

En général, si Ton veut comprendre quelque chose à l'antiquité , il ne faut pas perdre de vue deux faits importans : c'est que l'Asie a été le berceau des sciences, et la Grèce celui de la poésie. De cette seule considération mille conséquences découlent naturellement. Les poètes, c'est-à-dire \e% faiseurs \ les premiers d'entre les Grecs qui aient su quelque chose , ont an*angé de leur mieux ce qu'ils avaient pu retenir des idées phéniciennes et égyptiennes sur l'origine du monde et la génération des dieux ; mais cesjaiseurs, fidèles à leur nom et à leur métier, forgeaient beaucoup de fables nouvelles qu'ils mêlûent aux anciennes, et s'efforçaient surtout de donner le change sur l'origine des Grecs; origine qu'ils rougissaient de devoir à des marchands ou à des peuples esclaves. Parmi ces faiseurs ^ Homère obtint bientôt le premier rang. Il composa tant de contes, parla de tant de choses, que ses livres, sem-

' Poète, de wiitv^ faire , fabriquer y composer, etc. On ne prétend pas nier ici que la poésie ne vienne de plus loin , et que les Grecs ne l'aient tenue des Phéniciens ; mais on veut parler d'une poésie régulière , devenue le langage des prêtres et des législateurs, et le premier amusement du peuple.

blables eii cela à l'Alcoran , suffisaient seuh pour fonder une religion. Cependant Foracle de Delphes , ZM\x^ Jaiseur iiçÀ faisait en vers hexamètres, et Lycurgue ^\ faisait des lois métriques , soit-disant dictées par Apollon, mais qu'it avait volées aux Cretois ' , Hésiode et tant d'autres commencèrent à former d'un très petit nombre de connaissances acquises, et d'un grand nombre de conjectures ingénieuses, un échafaudage monstrueux et gigantesque. De tous ces poèmes et de tous ces oracles se composa un tangage particulier appelé (jLvBof, par opposition à Koyoçy qui était le langage du raisonnement, et qui ne fut mis en usage que long-temps après. Mais pendant des siècles entier» le fAt^or avait pré-* valu ; et comme les poètes n'avaient pas manqué de traiter les objets les plus, intéressans, comme l'origine des républiques , les principes de la législation ,. les droits des magistrats, les limites des états , etc; la poésie ou la fable, ou si Ton veut , ta religion devint pour ainsi dire le recueil général des archives et les titres de noblesse des républiques. De là l'obligation de lier la politique à la religion; dé là la né-^ cessité de conserver les dogmes et les rites. Les oracles avaient souvent décidé sur les droits des états ; les poètes même avaient fait autorité * : le moyen après

' Rethra ou oracle. C'ëtait ainsi qu'on appelait les lois de Lycurgue. Il prétendait les tenir de la bouche d'Apollon, qui lui parlait à son ordinaire en style mesuré..

' Deux vers d'Homère décidèrent une contestation entre

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cela de révoquer en doute les oracles , et de manquer de respect à Homère !

Saint Augustin ' rapporte une très belle définition de Yarron , dans laquelle cet auteur divise la théologie en trois genres : lejàbuleux, (jLvBticovy 1% physique ou le naturel , et le civil ou le légal. Le premier contient les fables , la métamorphose , etc. Le second , qui traite de la nature des dieux et des choses , ne s'enseigne que dans les écoles. Le troisième, qui n'est que le rituel des fêtes ou des sacrifice», est confié au sacerdoce. Yarron dit que de ces trois genres de théologie , le premier et le dernier sont les seuls qui puissent être abandonnés au peuple : Primay inquit jtheologiamaxifneaccommodataestadtheatrunzy secunda ad mundum («), tertia ad urbem. Mais cette théologie fabuleuse que Yarron annexe particulièrement au théâtre , avait une liaison intime avec la théologie civile , et elles ne manquaient pas de se réunir contre la théologie naturelle , qui était leur plus grande ennemie. Malheureusement celle-ci négligea pendant long-temps les seules armes qu'elle pouvait employer avec succès , l'observation et l'expérience. Elle eut même la faiblesse d'emprunter souvent à la première son langage , et à l'autre son im-

deux républiques qpi se disputaient le droit de métropole sur une colonie.

' De CivUate Dei, lib. ti , cap. 6.

{a) Varron ne se servait point de ce mot mundum pour exprimer ce qu'entend Auguste,

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posture et ses mystères. Ces trois systèmes réagirent les uns sur les autres, de manière que la religion devint allégorique , et la philosophie superstitieuse. Mais tandis que le commerce des nations , les voyages , les conquêtes multipliaient les objets du culte par Tadoption des rites étrangers, la curiosité, l'émulation, la subtilité multipliaient les sectes et les écoles. Que pouvait-il arriver de là , sinon le discrédit dans lequel tombèrent à la fois la philosophie et la religion ? L'extravagance d'adorer toutes sortes de divinités , depuis le grand Jupiter jusqu'au dieu Cre^ pitus (^) , et de soutenir toutes sortes d'opinions depuis le dogmatisme le plus tranchant jusqu'au pyrrhonisme le plus décidé , plaça bientôt au même rang les prêtres et les sophistes, et parvint enfin à inspirer le sentiment qu'ils redoutent le plus dans les grands , celui de l'indifTérence.

Au milieu de ces désastres , il restait encore deux grands appuis à la religion ; la vanité dans le peuple, et la politique paimi les magistrats. La Grèce était le berceau des dieux : tout y paraissait rempli de lem* présence : les jeux olympiques et isthmiques , les panathénées, toutes ces fêtes magnifiques, particulières à chaque cité; tant d'oracles accrédités qui avaient promis à la Grèce une splendeur éternelle ; quels objets pour un peuple confiant et fi:ivole ! Par malheur, tandis que les Grecs s'occupaient de leur gloire actuelle et de leur grandeur future, un homme

(t) Ah ! l'on n'adorait pas de même Jupiter et un pet.

de Macédoine , pour me servir de l'expression de Démosthène , vint déranger toutes leurs idées (0 , en insultant à leur législation dont ils ne se souciaient guère , et en troublant leurs fêtes dont ils étaient idolâtres. A cet homme de Macédoine , il en succéda tm autre du même pays, qui détruisit et fonda la tyrannie , qui renversa une ancienne monarchie , e^ donna origine à de nouvelles dynasties , toutes guerrières, toutes féroces , sous lesquelles les dieux , les prêtres, les philosophes et les peuples gémirent dans l'oppression.

Ce n'était rien encore , et il restait toujours quelque chose de ces deux théologies civiles et drama^ tiques , accommodcUœ ad urbem , adthecUrum, Mais voilà qu'un peuple très mauvais théologien, mais très bon guerrier , vient renverser les successeurs de l'homme de Macédoine, traite comme de vils esclaves les descendans des dieux , des héros et des poètes. Alors toute attente fut trompée, toute prophétie démentie.... La religion perdit donc tout son crédit (^Oi et s'il en resta quelque vestige, ce fut cette partie qui était destinée au théâtre , et qui ne dût sa con<* servation qu'à l'heureuse alliance qu'elle avait contractée depuis long -temps avec les muses et les beaux-arts.

Il semble , au premier coup d'œil , que les Romains étaient assez puissans pour donner la loi à tout l'uni-

(c) Non , la religion subsista, k

[d) Non , les Romains étaient très religieux.

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vers , même en matière d'opinion ; mais , qu'on me pardonne ce paradoxe , ils n'étaient ni assez savans ni assez ignorans pour fonder une religion. Leurs propres dogmes ae leur appartenaient pas, et ne pouvaient former un corps de doctrine» Leurs premières notions de ce genre venaient des Étrusques, peuple très adonné à la divination : aussi la première trace de religion qu'on voie parmi eux , c'est l'usage des auspices établi par Romulus\ Numa, qui était Sabin d'origine, et qui était plus instruit que les Romains, jugea que s'ils avaient pu assassiner un prince guerrier , fondateur de Tempîre , ces hommes féroces avaient besoin d'être trompés pour être ré* duits. Il appela donc la superstition au secours de l'autorité ; mais il établit plus de cérémonies qu'il n'enseigna de dogmes («). En général, ce fut le plus doux des charlatans , et sa mémoire mérita les hommages de la postérité. Peu à peu les relations s'étendirent : d'un côté , le commerce avec les colonies grecques ; et, de l'autre , rétablissement des Taixjuins , ne pouvait manquer d'accréditer quelques opinions nouvelles. On chercha à concilier ces notions grossières avec les idées plus raffinées des peuples de la Grèce ;

' On lit dans Valère-Maxime ( Liv. i , chap. z ) que longtemps après la mort de Romulus > la république étant déjà florissante , elle envoya en Étrurie dix jeunes gens des premières familles de Rome pour s'instruire des rites de leur religion. Voyez le même fait dans Cicéron, de Divinatione.

{é) Et fa bien.

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mais les noms , mais les rites qui restèrent les mêmes , déposèrent toujours de la difTérence essentielle qui existait entre ces opinions et les dogmes primitifs ^ Cicéron veut que le mot Jupiter vienne de Juvare aider ', secourir ; et effectivement lorsque nous voyons des autels avec ces inscriptions : Jwi staioriy Jo\d feretrioj il parait que cela veut dire seulement, au poui^ir secourable qui arrêta les ennemis y aupoU'^ w}irsecourable qui les a frappés^ Il est bien sûr aussi que toute l'histoire du Mars Romain n'a nul rapport avec celle de X Ares Grec, Flore même est une divinité toute romaine. Lactance prétend ^ qu'elle doit son origine à une courtisane qui , ayant gagné beau* coup d'argent, laissa par son testament une somme considérable destinée à des jeux publics qu'on de^ vait célébrer annuellement en sa mémoire. Cet au* teur ajoute <]u'au bout de quelque temps, le sénat humilié de rendre hommage à une femme prostituée, imagina d'en faire la déesse des fleurs. Il est inutile de raconter ici comment les Romains , peu contens

^ Quel rapport y a-t-il entre dironos, Zeus, Ares, Hermès y Poséidon \ et Saturne , Jupiter y Mars , Mereure , Neptune ?

• Quelques-uns Veulent que le mot de Jupiter vienne de Yao Pater, Jehova Pater; mais cette alliance du mot grec Voter avec le mot hébreu Jehova (/} ne me parait pat trop naturelle.

3 Instit. lib. Tv^ , cap. ao.

(/ ) Jehova u est. point kékreu, TOME I. l6

a/iil pE LA FÉLICITÉ

de leurs dieux , eurent souvent recoui^ à ceux des Grecs ; comment ils ont consulté leurs oracles, lors* qu'ils oQi cru pouvoir en febriquer les rép<Hises , et cominent ils aillèrent chercher le dieu d'Épîdaure , qu'ils ewent l'adresse de laisser échapper y de crainte qu'on ne reconnût la triste couleuvre qui représentait Esculape. Mais ce qu'il est très important d'observer , c'est qu'à Rome la religion , quelle qu'elle fût , resjta^ toujours entre les mains des grands , et leuf servit d'égide contre les entreprises tumultuaires du peuple qu'ils opprimaient.

Nou3 avons déjà vu plus haut que, dans les premiers siècles de la république , le droit de prendre les auspices marquait la diiFécence essentielle qui existait entre la noblesse et le peuple ; toute l'histoire romaine dépose de la nécessité dont il était pour tous ceux qui. devaient remplir les premières magistrahires ; et je pourrais citer plusieurs exemples.de consuls qui ont abandonné les années, parce qu'il avait manqué quelque formalité à leur inauguration. Tout le monde connaît aussi ces belles harangues rapportées par Tite-Live et Denys d'Halicamasse, où ces auteurs ont si bien développé les principes sur le^uels les patriciens se fondaient pour exclure les plébéiens du consulat Quoi ! disaient les Appius et leurs, sectateurs, nous verrions à la tête des années des consuls qui n'auraient pas pris les auspices, inauspicaii consulesî En6n, rien n'est mieux prouvé que l'union intime qui régnait

chez les Romains entre le gouvernement et la religion, et surtout entre la religion et Taristocratie* Aussi ne craignons^ious pas d'avancer que les efforts du peuple frappèrent également sur l'une et sur l'autre, et que de même cpie Jacques P* avait coutume de dire : Point d'épêqiies, point de roi^ on pouvait dire à Rome : Plus de nobles ^ plus de relugion. ' U)

La démocratie, ébranlée un moment par Sylla, acquit toujours de nouvelles forces, jusqu'à ce qu'étant dégénérée en anarchie , la licence de tous

' Lorsque le peuple eut commencé à f ecouer les chaînes que les patriciens lui ayaient imposées , ceux-ci se serrirent ayantageùsement de la religion polir conserver leur crédit. Le moyen qu'ils employaient le plus fréquemment était de romy^ les assemblées , lorsqu'ils prévoyaient qu'elles leur seraient contraires; et pour y parvenir, il leur suffisait de publier que ce jour-là était un jour consacra {^Nefasius, de nefas, suivant Varron) : ce qu'ils pouvaient faire d'autant plus aisément ,«que le peuple étant dans la plus profonde ignorance , eux seuls avaient quelque connaissance du calendrier. Aussi furent41s très affligés Iors<]fne Cnéins Flavius, fUs d'un afiranclîi, plublia cehu qa*il avait trouvé dans les papiers d'Appius Csécus , dont il était secrétaire ; ce qui lui valut l'édilité. Voyez Pline, L. xxxiii; Macrobe , Sot. L. x, C. XV ; et Valère-Maxime 9 L; 11, qui se sert de ces expressions remarquables : Jus civile per multa sœàula, inter sacra eerentoniasque Deorum immortalium abditum^ tolisqUe pontifidbus noium , etc.

(g) Subtil et faux ^ C'était le peuple qui était religieux i et on le menait par le Hcou qu'il t'était formé.

fit le despotisme d'un seul. Mais il ne faut pas perdre de vue une vérité très importante; c'est que le peuple ne fait jamais de despote qu'en haine des grands qui le tyrannisent. Nous en avons même un exemple très récent eh Danemarck \ ou le peuple s'est donné un despote avec le même enthousiasme qui animait les Romains lors de l'expulsion des rois : aussi, pour peu qu'on étudie l'histoire romaine , il est aisé de s'apercevoir que les empereiu*s les plus décriés, tels que les Galiguk, les Néron, les Commode, avaient conservé quelque faveur parmi le peuple, par cela seul qu'ils méprisaient le sénat et maltraitaient la noblesse. Mais il ne fallait être ni Galigula , ni Néron , mais seulement un prince politique , pour sen** tir que le peuple , devenu plus vil de jour en jour , pouvait être aisément gagné par des distributions et des spectacles; au lieu que les dernières traces du gouvernement subsistaient encore dans lé sénat et dans le petit nombre de nobles qui restait de ces familles illustres , antiques objets de la vénération publique. Or, nous avons fait voir l'union intime qui régnait depuis long-temps entre l'aristocratie et la religion. D'ailleurs, tout ce qui est ancien, tout ce qui obtient une considération particulière et indépendante, porte aux yeux des despotes un caractère de pédanterie qui les importune (&). Ce fut donc

^ En 1660.

(h) Quelle idée,! Les empereurs méprisaient la religion

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par goût , autant que par politique , que les empereurs laissèrent tomber en discrédit toutes les opi» nions religieuses ' ; et, malheureusement pour elles, parmi le petit nombre de bons princes qui régnérent depuis Auguste, il ne se trouva que des philosophes trop vertueux pour être exposés à la crainte et au repentir, alimens ordinaires die la superstition , et trop éclairés pour prêter à des sottises Técîat qui rejaillit du trône. Ce fut bien pis, Ibrsqu^à des princes, à pein^ citoyens romains, et par conséquent très indifférens sur la noblesse , on vit succéder des étrangers, lorsque les principaux emplois, civils et militaires , furent livrés à des Barbares qui n'avaient pas lu- Homère , et. qui n'avaient jamais entendu parler ni de Mercure ni- d'Apollon. Ces hommes féroces qui étaient accoutumés à adorer leur dieu sous la forme d'un loup, et qui ne révéraient que TEsprit de- la niontagne ou le Génie des tempêtes, se trouvaient précisément dans le cas des sauvages de l'Amé^ rique, que le plus ignorant de nos missionnaires eonvertit par milliers. Pleins dis mépris pour les Romains, ils rejetaient leurs dieux dont ils ne com-

comme Varron, Cicéron, Bortensius^ Lucrèce ,,Memmius , César, Antoine , Crassus, Pompée , etc. la méprisaient»

' Tibère, qni, par sa politique, porta. les plus terriblef coups à Tantorité du sénat, parait avoir été surtout fort dégagé des superstitions de son pays qu'il trouvait opposées à son despotbme.

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prenaient pa^ Thistoire^ et dont ils bravaient la puissance.

C'était le temps où la religion chrétienne conunençait à s'étendre. Ses membres plus dispersés et plus zélés , toujours animés par Pesprit de prosélytisme , et souvait irrités par la persécution , enseignant d'ailleurs une doctrine très opposée au mépris que les Romains et les Grecs montraient pour les Barbares ; les chrétiens , dis-je , durent se présenter à ceux-ci sous un aspect plus favorable ; et la simplicité de leurs dogmes (car nous verrons plus bas que rien n'était plus siipple que ceux qui furent enseignés par les apôtres et leurs successeurs) se trouva bien plus à la portée de ces âmes simples et droites, qui n'avaient encore été ni infectées de superstitions , ni subtilisées par une vaine dialectique.

Résumons donc , et concluons que la Grèce fut la patrie du paganisme; que toutes les idées religieuses établies dans ce pays, et Kées à k politique, furent renversées par les conquêtes des Romains; que le gouvernement d^ ceux-ci étant devenu d'aristocratique démocratique, et de démocratique monarchique , la religion, qui était le soutien de l'aristocratie, dut tomber avec elle; enfin que les invasions des Barbares achevèrent de détruire ce qui restait des opinions anciennes.

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