TOME U
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parée ; de même les dogmes les plus sacrés de la foi deviennçnt-ils souvent l'occasion des troubles les plus affreux. De tous les ennemis du genre humain, le plus cruel et le plus moderne, Tintolérance, sui* vant pas à pas la religion dans ses progrès, s'étendit avec elle , et fit briller le glaive partout où le zèle fit entendre la parole,
Si nous fixons cette époque à la naissance de l'empire qu'elle a toujours exercé depuis , ce n est pas que , dans te cours de nos réflexions , nous n'ayons déjà observé quelques geimer de ses afifreux principes. Une seule nation dans la foule de celles qui ont paru sur ce globe, aurait suffi pour nous en montrer les effets les plus sanglans; si le peuple juif, qui ne considérait son gouvernement c{ue
comme une inspiration perpétuelle, pouvait ser^ d'exc^miple dans le cas présent, ou l'intolérance ^® porte plus que sur des dogmes abstraits et fiigitîb* On comprend çi^çpre plus aisément qu'une na^^^ se croie obUgée d'eautQi*miner ceUes qui servent ^ dieux enQemis du si^n, qu'on ne peut explic^T^^ compient on emploie le f(@r et le feu pour forcer ^^ gens à exprimer l'idée de CQnwbstantialùé par ^^^ lettre dç plus ou df moins \ Ce n'est donc pas .g^"^ raison qu'on fixe l'origine de l'intolérance , en *^" tière de dogme, à la même époquç que la prop^£[^ tion du christianisme dans l'empire.
Peut-être nous objectera-t-on que les erop^reurt
païens ont donné les premiers l'exemple de la persécution; mais lorsqu'un insensé, un furieux comme Néron étendit sa tyrannie sur les chrétiens, il ayait du moins le prétexte de les envisager comme des novateurs, comme des rebelles qui ne voulaient pas se soumettre aux lois anciennement établies; car jusque-là le culte avait fait partie de la législation ; et les Juifs ou les chrétiens , ce qui n'était alors qu'une même chose pour les païens, furent les pre* miers qui ne voulurent point se conformer aux rites publics. Un homme qui refusait de jurer par le génie de l'empereur était regardé comme criminel de lèsemajesté; et c'est là un article qu'il faut bien examiner , si l'on veut entendre tout ce qui a rapport aux premières persécutions. Mais employer les supplices les plus atroces pour déterminer des questions plus grammaticales que théologiques; mais immoler par le fer et par le feu ceux qui implorent le même dieu^ qui observent les mêmes cérémonies , qui respectent les mêmes autorités , c'est une démence qui n'avait pas encore eu d'exemple, et qui naquit dans l'empire romain , de la tyrannie des empereurs et de l'ambition des évêques.
Soyons justes , et écartons encore des ministres de l'Évangile une partie des reproches qu'ils se àônt attirés : je le dis avec satisfaction , et je ne sais pourquoi les apologistes du christianisme ne l'ont pas dit avant moi : cette intolérance barbare , ces disputes scandaleuses et atroees, devaient en grande
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partie leur origine au caractère des Grecs , à la in»I* heureuse passion que cette nation avait inspii*^^ pour une vaine dialectique et des sophismes irivolc^* Quoi qu'il en soit, c'est sous le règne des empereiW* chrétiens , c'est même sous celui des princes les pliv-^ respectés , tels que Constantin et Théodose, <iu'o:V^ voit pour ta première fois les lois s'exprimer dan ^ ces termes : a Si quelqu'un ose sacrifier dans 1?^=^ « temples , qu'il soit exterminé par le fer vengeur. ... - « Nous ordonnons, sous peine de supplice , de croîn^^ « une même divinité en trois personnes, etc. ' »
Ainsi , depuis la naissance des hérésies , c'est4„ — ' dire depuis que la théologie s'est mise à la plac^^^ de la morale, les hommes déjà condamnés à servL ^*" «DUS des maîtres injustes, accablés d'impôts, troiv— — blés dans leurs propriétés, poursuivis par la guui ^ «t tous les fléaux qu'elle entraîne avec elle, se soi^»-*' VUS exposés encore k une nouvelle tyrannie, fpm. -r
' ■ Placuit omnibus locis atqne urbibus nniversi clia^
■ templa.... quod si quis aliquid forte hujusmodi perpetr^v- — ' * verit, gtadio ultore stematur. • Cod. Theod, cap. x.
Si le ridicule pouvait amuser an milieu de loate> cej atrc;^" cités , ce tendt lorsqu'on Ut ce* parole* dans une loi <^V-^ CoïMMnc»: Ceuet ttpentùio...., etc. JTa/K qià eontra Itgi^ '*' divip^Veiitis aottri et hanc notO'ee numtuetadi/dt jmdoat^^^* aiuiufiterit sacrificium celebrare, eompetens in eitm vindii^^** et prtesens sententia exerceatur.... , etc.mC'est comme s'il 7 avait : ■ Si quelqu'un transgresse le* ordres de notre ti *"•
■ douce et tré* bénigne personne , nou* ordonnons qi^^~ > soit étranglé *Br-le-«hamp. •
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pénétrant jusque dans les replis les plus secrets du cœur humain , porte dans les facultés de notre âme le même trouble que le despotisme civil excite dans nos rapports extérieurs. Ainsi, depuis le con<> eîle de Nicée jusqu'à la révocation de l'édit de Nantes , les cachots se sont remplis , les échafauds ont été dressés, le sang a coulé pour consolider, par les faibles efforts de Fhumanité, l'ouvrage entrepris par le Fils de Dieu lui-même!
Un autre inconvénient de cet esprit fanatique et exclusif, c'est la destruction de toule critique ; c'est l'extinction absoluedu flambeau de l'histoire^ Phis de vérité, plus de guide assuré dans ces conduits obscurs qui nous font remonter ver& les siècles passés. A la place des Xénophon, des Tite-Live, des Polybo et des Tacite , citoyens respectables qui portaient dans leur sein tes vertus de tous les temps et de tou9 les pays , on ne voit plus que des hommes de parti, qui ne racontent des faits que pour étayer des opinions. Les annales, les fastes même sont soumis à des disputes polémiques , et les mémoires de ces temps malheureux ne sont plus que d^însiptde» Jactum.
Au milieu d'une foule d'historiens panégyristes outrés, ou satiriques sanglans de leurs princes, selon que ceux-ci ont bien ou mal mérité de leurs sectes, deux auteurs païens ont seuls prévalu sur les efforts qu'on a faits pour anéantir leurs ouvrages. Zosyme , historien peu élégant , peu judicieux, n'est
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pas exempt de Tesprit de parti , qui pour lors animait également les idolâtres contre leurs antagonistes; mais son histoire a servi de guide sur un grand nombre de faits , et la manière abrégée et précise dont il a écrit ne permet pas de penser qu'il ait eu pour objet principal de décrier les chrétiens. Je voudrais donc que nos compilateurs modernes , qui le suivent dans le reste de son livre , ne fussent pas si prompts à Tabandonner dès qu'il dit du mal des personnages qu'ils ont pris sous leur protection. Il est vrai que Tbéodose , le héros des auteurs catholiques y n'a pas trouvé grâce devant lui. Il nous le représente comme un prince livré au luxe et à la mollesse , tandis que les écrivains ecclésiastiques en font à la fois un grand homme et un grand saint. Mais quoique ceux-ci aient pris soin de nous raconter comment il s'est humilié plusieurs fois devant le clergé, et comment il a dit publiquement qu'Ambroise lui avait bien fait voir la supériorité d'un évêque sur un empereur j ils n'ont point opposé de preuves négatives aux imputations de Zosime. Théodose fit la gueire avec courage et succès , j'en conviens ; mais la flatterie des historiens a-t-elle pu dissimuler qu'il fut toujours très lent à se mettre en action; et cette observation ne s'accorde «t- elle pas avec le goût que lui donne Zosime pour le plaisir et la volupté ? D'ailleurs sa conduite envers le tyran Maxime est-elle à l'abri du reproche de fausseté ou de timidité ? S'il ne devait envisager cet imposteur
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que comme un rebelle et un régicide , devait-il le reconnaître pour empereur , et laisser placer les statues d'un pareil scélérat à côté des siennes ?$\, au contraire , la politique obligeait Théodose à regarder comme empereur celui que les armées et les succès avaient couronné, fallait-il se préparer sourdement à l'attaquer ? Était-il juste encore^ après s'être tendu maître de son sort , de le faire mourir comme un rebelle ? Et lorsque Eugène , nouvel Usurpateur, nouveau complice d'un autre régicide, lui envoya des ambassadeurs, dut-il les recevoir avec bonté, et les congédier en les comblant de présens , pour marcher bientôt contre leur maître, sur le conseil de Jean-le-Solitaire , et sur l'ordre de saint Philippe et de saint Jean-l'Évangéliste , lesquels n'ayant jamais porté d'armes pendant leur vie , se firent pourtant reconnaître, en lui apparaissant comn^e les Dioscures, aous la forme de deux beaux cavaUers armés de toutes pièces ? Xe ne parlerai pas du massacre de Thessalonique , massacre conçu avec tant de cruauté , et exécuté par une ti*ahison si odieuse : il ne faut point insister sur cette atrocité ; tous les historiens s'accordent à la regarder comme un heureux événement, puisqu'elle a préparé au monde chrétien le spectacle consolant de voir un empereur humilié devant un évêque : mais j'observerai seulement que depuis l'incendie de Rome, ordonné par Néron, si Néron en est effectivement l'auteur, et le carnage d'Alexandrie sous Caracalla , l'histoire ne pré-
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sente pas de cruauté aussi odieuse et aussi criini«nelle.
Nous avons déjà parlé du jugement que Zosime a porté sur .Constantin. Ces deux exemples suffisent pour nous<apprendre pourquoi les auteurs ecclésias^ tiques se sont attachés à le décrier \ La critique , plus circonspecte , oppose suffrage à suffi*age ; elle prend en considération les intérêts ^ les passions des écrivains ; et partout oii elle ne voit pas l'impartia^r lité y elle suspend son jugement.
Ammien-M arcellin a été traité avec plus de mena* gement. Le moyen , en effet, de rejeter un auteur dont le caractère est connu et par le rang qu'il a tenu dans les armées , et par ses liaisons avec les premiers hommes de l'étcit; un citoyen qui raconte avec cette clarté et cet intérêt naïf qui naît toujours
* Pour que nos lecteurs soient mieux en état de juger si la critique de Zosime est en effet méprisable , nous allons transcrire ici ce qu'il a dit des moines. Il^parle des troubles excités a Constantinople , à l'occasion de saint Jean Chrysostome. « La ville, dit-il , était livrée au tumulte , et «I Téglise des chrétiens était déjà au pouvoir de ceux qu'on « nomme moines. Ce sont des hommes quî ont renoncé au « mariage , lesquels remplissant les campagnes et les cilës , ft ont donné origine à une classe d'hommes inutiles pour la « guerre comme pour tout emploi civil , qui n'ont d'autre « occupation que d'envahir des biens immenses sous le pré- « texte de secourir les pauvres , tandis que dans le fait ce « sont eux qui propagent la misère et la mendicité. > Qui ne voit par ce passage combien Zosime était aveuglé par la passion , et combien il faut se défier de ses jugemens ?
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de la part qu'on a prise soi-même aux affaires; un mi* litaire enfin que nous comparerions volontiers à M. de Feuquières , si l'érudition , la littérature , qui brillent dans son ouvrage , ne lui donnaient un grand avantage sur Técrivain français. Cependant cet auteur, dont tous les historiens ont emprunté jusqu'aux plus petits détails, est soudain négligé du moment qu'il hasarde quelques paroles en Ëiveur des païens ou de l'empereur Julien.
Je viens de rappeler un nom qui suffit seul pour réveiller des disputes interminables. Cet empereur élevé jusqu'aux nues par les ennemis du nom chrétien, a mérité que de nos jours un auteur célèbre prit la peine d'écrire son histoire , et s'efforçât de rectifier le jugement qu'on devait en porter. Ceux qui auront été offensés de la liberté avec laquelle nous avons parlé de Constantin, s'attendront, sans doute , à nous voir faire le panégyrique d'un prince qui contraste avec lui d'une façon si marquée ; car l'esprit calomniateur est toujours prompt à soupçonner des motifs , et sa propre malignité lui suggère aisément l'artifice qu'il suppose dans les objets de sa haine. Pour cette fois-ci, il s'est trompé dans son attente. Loin de prendre parti dans cette querelle , nous ne pouvons nous empêcher de convenir qu'on y a mis des deux côtés une obstination puérile , mais pourtant moins humiliante encore pour le faux zèle que pour la philosophie , puisque celle-ci ne doit jamais servir la raison avec les armes du fanatisme*
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Tant d'empressement à préconiser un empereur qui se disait philosophe , se sent , s'il nous est permis de nous exprimer ainsi, de la jeunesse de la philosophie. En effet , cette aversion pour les préjugés y cet essor vers la liberté de penser , qui vient après tant de siècles interjeter appel contre un si grand nombre d'opinions reçues, avouonsJe , n'a pas parmi aous une origine bien reculée , et dans ces premiers efforts de la raison, la passion s'est souvent mise de la partie. Sans doute c'était un crime de persé-^ cuter les païens, et de vouloir plier leurs opinions par la rigueur des supplices ; mais n'en était-ce pas un aussi d'opprimer le christianisme? La tolérance, la liberté de conscience était-elle le principe de Julien (a), lorsqu'il inondait l'empire du sang des victimes , et que , fanatique défenseur des fausses divinités , au lieu de montrer sur le trône un philosophe impartial , il ne fit voir en lui qu'un paien dévot ? Je n'aime pas les vertus qui sentent trop l'imitation , ni les héros faits d'après le modèle. Je ne sais quel caractère de comédien domine dans l'esprit de Julien. Tantôt c'est Marc-Âurèle , tantôt Trajan , tantôt Alexandre, qu'il s'empresse de copier. L'effort se fait sentir dans ses vertus comme dans ses talens^ Ses actions sont toutes concertées , préméditées sur d'anciens exemples ; ses compositions sont calquées sur celles de son siècle. Le Misopogon n'est point
{a) N'y 0^-41 point ici Vaffectation d'étaler une cpinùm nouvelle ?
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l'ouvrage d'un empereur, mais celui d'un sophiste: ses panégyriques ne sont pas tels qu'un César aurait dû les prononcer, mais tels qy'un rhéteur aurait pu les écrire. Dans la guerre des Gaules je crois le voir chercher les traces de Jules-César : dans celle de Perse, il me paraît imiter Taudace de Trajan; et puis ce mélange de philosophie et de dévotion , comment raccorder? dans ses mcnirs , c'est un stoïcien ; au temple , c'est un idolâti*e , et dans son cabinet , un mauvais platonicien , qui cherche à corrompre la doctrine de cette secte par l'indigne alliage de la magie.
Hais si nous ne craignons pas de traiter avec tant de rigueur l'un des grands princes qui aient illustré le Bas-Empire, combien ne devons -nous pas aussi nous récrier contre l'achai'nement avec lequel il a été calomnié par les historiens ecclésiastiques? Quelle confiance peut-on prendre en leurs jugemens, lorsqu'après avoir canonisé Constantin , meurtrier de sa femme et de son fils , ils se déchaînent contre Julien avec la fureur la plus indécente ,' s'efforçant de lui supposer des crimes ti^op atroces pour trouver la âioindre créance , quand même on les attribuerait aux Caligula et aux Néron ? Ici l'on voit que le zèle a perdu toute mefsure , et que la haine est poussée jusqu'à l'aveuglement. Ce sont cependant ces mêmes auteurs qui nous servent de guides dans les matières ecdésiastiques, et que nous ne laissons pas de suivre souvent dans l'histoire profane. On craint, après
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s'être expliqué ainsi, de nommer Socrate, Sozomène et Théodoret ; *car on leur doit beaucoup de faits très édifîans , dont l'autorité pourrait souffrir de tout ce que Ton serait obligé de retraneber à la confiance qu'on avait en eux. Sur quoi je remarierai que, par un sort assez singulier, ces laits se sont d'autant plus accrédités , qu'on a plus négligé les auteurs qui les ont transmis ; et la raison en est bien simple. On ne peut lire dans les originaux aucun fait , aucun événement vraisemblable qui ne soit précédé ou suivi de contes si absurdes, qu'ils détruisent bientôt toute confiance dans l'auteur; au lieu que dans les compilations ou les abrégés modernes on a eu grand soin de rejeter tout ce qui était fabuleux, pour ne conserver que les traits qui paraissent le moins hasar* dés. Par exemple, les écrivains postérieurs ayant vu qu'Ammien-Marcellin parlait d'un tremblement de terre qui arrêta les ti*avaux commencés pour la réédification du temple de Jérusalem , ils ont choisi dans les trois auteurs que nous avons nommés plus haut, ce qu'il y avait de plus vraisemblable dans le récil merveilleux qu'ils nous en avaient laissé , et après en avoir fait usage , ils ont ajouté que ces faits étaient confirmés par Ammien-Marcellin , auteiur païen.
J'avoue qu'autrefois , sur la foi des auteurs modernes, je croyais qu'Ammien-Marcellin avait écrit que l'empereur Julien ayant ordonné la réédification du temple, l'ouvrage avait été interrompu par un miracle, et cela me paraissait d'autant moins
extraordinaire , que je sais que les auteurs anciens ne sont pas avai*es de prodiges. La lecture de l'original, lecture toujoui*s si nécessaire pour juger des siècles passés, m'a absolument détrompé. Voici ce fameux passage si souvent cité, et si rarement rapporté : « Quoique l'empereur fût très occupé à a presser les préparatifs de son expédition (contre € les Perses ) , il savait pourtant partager ses soins , c et, ne négligeant rien de ce qui pouvait immorc tiliser son règne, il songeait à rétablir un temple « très célèbre autrefois, qui avait été détruit depuis « le siège de Jérusalem commencé par Yespasien , « et terminé par Tittis. La direction de cette entre- K prise , qui devait coûter des sommes immenses , « avait été confiée à Aly pius , ci - devant comman* « dant en Angleteire. Comme cet officier , aidé du « préfet de la province , pressait vivement les ou- «vrages, des flammes effrayantes, s'élançant fré- «quemment des fondations, consumèrent les ou- « vriers , et rendirent enfin ces lieux inaccessibles, e Ces irruptions ayant continué, on abandonna l'en- « treprise. » *
' « Et licet accidentiimi varietatem sollicita mente praeci- « pkns , moltipli^atos expeditionis apparatns flagrant! stu« tdio pemrgeret, diligentiam tamennbiqne dWidens, impe- « riiqne soi memoriam magnitndine operum gestiens ptopa« « gare y ambttiosum qnondam apad Hierosolyniani templum, « quod post multa et interneciva certamina obsidente Vespa- < siano posteaque Tito segre est expugnatum , instaurare « somptibus cogitabat immodicîs ; negotinmque maturandnm
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Ici plusieurs réflexions se présentent d'ellesmêmes, i^. RieiK n'était moins extraordinaire alors que les tremblemens de terre accompagnés de volcans. Dans le même temps, et dans Fespace d'un siècle, Gonstantinople , Édesse, Antioche, Nicomédie , et la plupart des villes de l'Asie - Mineure , furent renversées par des tremblemens de terre. L'histoire en rapporte plusieurs arrivés à Jérusalem même. On sait de plus que ce pays est rempli de bitume , et l'incendie d'une si grande ville et d'un temple si riche pouvait avoir produit des matières sulfureuses et inflammables , que la moindre communication de l'air devait embraser, o?. Si cet événement avait été accompagné de 'circonstances miraculeuses, pourquoi Am|iiien«-MarceUin, amateur du merveilleux comme tous les anciens, aurait -il pris soin de les dissimuler ? Rien n'est plus simple , direz-vous; Ammien était païen, et un pareil événement devait faire triompher à jamais la religion chrétienne. Je répondrai à cela qu'il est très clair qu'il ne produisit point cet effet, et qu'en supposant
é Alypio dederat Antiochensi , qui olim Britamiia's ciirayerat *^ pro praefecUs. Cum itaque rei idem; in^Uorare fortiter in- « staret Alypius, juvaretque Provincia aector^ metuetidL a globi flammarum {è) prope fundamenta crebris assoltibus « enimpentes fecere locum exustis aliquotiei operaolibiu « maccessum ; hocque modo elemento destinatius repel- « lente cessavit incœptum. »
(h) Globi flammaram. La/lmnme ne forme j'amaû des gMet, maig des jpiraiês, êmctpté dans les forgés de fer et de cuirre.
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que notre auteur n'eût pas été exempt de toute partialité , il serait arrivé de deux choses l'une : ou il aurait omis le fait em entier, on il se serait efforce de lui donner une autre interprétation , ce qui était très aisé; car il en pouvait trouver cent pour .une. «Les dieux avaient été irrités de voir rétablir un a temple au dieu des Juifs dont ils avaient triomphé a avec tant d'éclat sous Titus. Le ciel ne permit pas «que dans un temps de calamité l'argent et les ff sueurs du peuple fussent employés à des ouvrages « fastueux et inutiles. » Que sais-je ? Manque-t-on jamais de raisons pour expliquer les événemens? Ammien ne considérait donc pas celui-ci comme un prodige, et l'opinion opposée n'était donc pas encore répandue de son temps, puisqu'il n'a pris nulle peine pour la combattre, et qu'il n'a pas daigné faire la moindre réflexion à ce sujet. Or, je pense qu'en général la preuve la plus forte contre les choses alléguées par un parti , c'est l'indifférence de l'autre ; car enfin , quelque peu de crédit qu'aient à présent les convulsionnaires , nul auteur n'écrira jamais Thistoire de nos jours sans faire quelques réflexions sur ce qui s'est passé à Saint-Médard ; et le livre fanatique de M*^*^ a été honoré de quelques réfutations. Mais Sozomène, mais Théodoret, sont des auteurs estimés; ils rapportent ce fait avec le plus grand détail. A la bonne heure ; mais si le témoignage de Sozomène est d'un si grand poids , il faut donc croire aux sorciers ; il faut donc croire
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que les magiciens avaient le pouvoir de faire paraître les démons, et de commander aux oracles '. Il faut encore supposer que Julien, le moins sanguin naire de tous les princes, a fait éventrer des femmes pour consulter leurs entrailles; il faut être convaincu qu'il y a eu des Sibylles qui ont parlé clairement du mystère de la rédemption , et qui Tont désignée par ce vers :
Ofelix UgnuM in quo Deus ipse peperukt t
* Il ne faut pas douter non plus qu'il n'ait paru en Judée une croix lumineuse qui occupait la moitié du ciel ; qu'il en parut une autre lorsqu'on travailla à réédifier le temple de Jérusalem , et que les habits des ouvriers furent parsemés de petites étoiles qui y restèrent constamment attachées, et qui paraissaient avoir été travaillées dans l'étoffe '. Si vous
' C'est de lui ce conte puéril , que Julien étant introdait dans nn caveau pour y consulter les démons, futef&ayé> et fit un signe de croix qui fit tout disparaître. Cet auteur rapporte nombre d'oracles en faveur des chrétiens , et Ton sait cependant , depuis qu'on connaît la fameuse dissertation qu'a composée M. Van Dale , et l'excellent abrégé qn'en a fait M. de Fontenelle ; on sait , dis>)e , que les oracles n'ont jamais été inspirés par les démons , et qu'ils n'étaient que l'oavrage de la fourberie des prêtres.
* Voyez V Histoire ecclésiast. de Sozomène, L. ii, ch. 5.
' La fureur des chrétiens était alors de voir des croix par^ tout. Lorsque Théodose fit abattre le temple de Sérapis , il se répandit qu'en démolissant les murailles | ou avait trouvé
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préférez Théodoret, vous y verrez que Julien , en partant de la Gaule pour aller combattre Constance ^ passa par une vigne qui avait déjà été vendangée y et qu'il la trouva cependant chargée de raisins verts , sur lesquels les gouttes de rosée avaient dessiné un nombre infini de petites croix. Ce n'est pas la peine d'ouvrir Socrate qui écrit la même chose , et que ces auteurs ont peut-être copié. U ne diffère de Sozomène qu'en ce que l'un dit que le miracle de Jérusalem convertit tous les Juifs, et que l'autre assure qu'aucun d'eux n'en fut touché, et n'embrassa la religion des chrétiens.
Nous terminerons cet article par une réflexion qui paraît avoir échappé aux critiques qui nous ont précédé; c'est que, soit supercherie de la part des peuples ennemis des corvées et du travail , soit superstition parmi les hommes grossiers chez lesquels l'idée du grand et celle du merveilleux se confondent si aisément, il est souvent arrivé que les grandes entreprises ont été interrompues par des prodiges. Je ne citerai qu'un exemple que je tire de Dion. Cet auteur raconte que lorsque Néron entreprit de couper Fisthme de Corinthe, il parut des fantômes ^ul effrayèrent les ouvriers. Dans le fond , ces fanges croix gravées sur la plupart des pierres : mais sur un X>lns mùr examen, il se trouva que c'étaient des phallus. On sait que le phallus était une représentation des parties ^e la génération dans l'homme. {Histoire du Bas^Bmpire* Xi. xxit. )
Tomx. SI
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tomes n'étaient que la fatigue et l'impatience; mais les écrivains de ce temps -là n'avaient garde de le dire , car alors un prodige valait bien mieux qu'une moralité *. Au reste, il importe si peu au triomphe de la religion chrétienne que ce miracle soit arrivé pu non , qu'on ne peut nous imputer aucune mauvaise intention dans l'examen que nous en avons fait. Nous ne sommes pas plus criminels en cette occasion que plusieurs écrivains respectables qui ont révoqué en doute les miracles de la Légion Théhaine et an Labarunif quelque honorables qu'ils fussent pour le christianisme. La critique saine et réfléchie sera toujours à l'avantage de la vérité : elle ajoute à son éclat, soit' en la plaçant dans son véritable jour, soit en la séparant de tout alliage impur.
Nous n'entrerons dans aucun détail sur les temps qui se sont écoulés depuis Constantin jusqu'à la destruction de l'empire d'Occident. Le despotisme, la superstition et la gueiTC continuèrent d'exercer leurs ravages sur les vainqueurs et les vaincus. Les
' Combien de contes de revenans n'ont*eu d'autre origine que la paresse ou l'intérêt des domestiques ? Parmi les troupes mêmes 9 on a vu de pareilles histoires s'accréditer, et tromper jusqu'à la vigilance des chefs. Il est arrivé souvent que des soldats , ennuyés de monter la garde dans quelque endroit incommode , sont parvenus à persuader qu'il y paraissait des fantômes, et qu'ils ont fini par faire abandonner ces postes.
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anciens états furent conduits au dernier période de l'infortune. Les nouvelles nations , ou , pour mieux dire y les Barbares encore féroces , encore enveloppés des ténèbres de l'ignorance , sans patrie et sans propriétés, guerriers ou voyageurs, conquérans ou esclaves , toujours agités , toujours accablés de misère, ou enivrés de carnage, étaient alors plus étonnés que charmés de leurs succès. Ils acquéraient sans jouir , et n'avaient de moment heureux que celui de la victoire. Si l'on en excepte Genseric, presque tous les princes barbares se détruisirent les uns par les autres , et périrent misérablement.
La guerre eut alors le motif le plus raisonnable qui puisse la justifier : d'un côté , la défense de ses foyers ; de l'autre , le besoin de subsistance et le désir d'une vie plus heureuse sous un climat plus doux. Elle fut plus cruelle que jamais ; car la religion , loin d'en diminuer les horreurs , avait rendu les haines plus vives, à cause de l'esprit de parti qui se joignit à l'ambition et à tous les autres fléaux de l'humanité.
Une chose singulière , c'est que ces temps de crimes et de démence ont donné naissance aux meilleures lois civiles '. Nous en trouvons de très sages faites par des princes qui ont régné parmi les trou-
* Yalentinien i*' établit la tolérance dans ses états. On lit dans V Histoire du B^is^Empire, qne ce prince, après avoir beaucoup réfléchi , prit le manvais parti. Ce Uyre a été écrit dans le dix-huitième siècle.
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bles, et qui n'ont régné que des ^nstans. C'est que les abus devenus excessifs, les avaient rendues né* cessaii*es. C'est ainsi que la médecine se perfectionne au milieu des épidémies, et la chirurgie dans les armées. Le pouvoir du clergé fut limité à plusieurs reprises; l'audace et l'insolence des moines réprimées par le concile de Chalcédoine ' ; les vœux défendus pour les filles avant l'âge de quarante ans *. On permit aux villes d'avoir des espèces de tribuns ou protecteurs qui , sous le titre de défenseurs ^ devaient prendre en main la cause des citoyens pauvres et opprimés ^. Les empereurs se défiant de leur facilité à accorder des grâces et des privilèges , les soumirent à la vérification des magistrats ; ordonnant à ceux-ci de n'avoir aucun egai*d à leurs ordres toutes les fois qu'ils ne les trouveraient pas conformes aux lois établies. Ces précautions qui subsistent encore parmi nous , et qui sont utiles dans un gouvernement absolu ^ , décèlent pourtant un vice dans le
' Es furent soumis a l'Ordinaire , et il leur fut défendu de s'ingérer dans les affaires civiles, particulièrement dans celles des finances. Histoire du Beu^Empire. L. xxxiii.
* Cette loi est de Majorien. Il en fit une assez ridicule, qui forçait les veuves qui n'avaient point d'enfans à se remarier, ou k donner la moitié de leurs biens à leurs héritiers. Ibid. L. XXXIV.
^ Sous Yalentinien et Yalens.
411 y a une ordonnance de Louis zii, qui défend aux
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principe moteur , un défaut dans la constitution. Les républiques ne connaissent rien de pareil : il semble que Tautorité ferait mieux de se prescrire des bornes dans l'administration , que de permettre aux magis<> trats la désobéissance. Les empereurs prirent auss i des mesures pour rendre les voyages plus faciles : on accommoda les cbemins ; on y plaça de distance en distance des auberges et des relais entretenus aux dépens des provinces.
Une science bien intéressante, sur laquelle on n'avait encore aucunes lumières dans ce temps-là, c'est celle des finances et du commerce. On croyait alors , comme on le croyait encore il y a cinquante ans , qu'il fallait élever un mur impénétrable sur la frontière pour empêcher l'argent de passer chez l'étranger. Constance promulgua une loi pour que le commerce ne se fît que par échange. Elle portait que les négocians étrangers qui viendraient dans l'empire seraient tenus de déclarer la somme d'argent qu'ils apporteraient , afin qu'ils ne pussent y rien ajouter en s'en retournant. La même loi défendait le change de la monnaie de l'empire contre celle de l'étranger. On ne savait pas encore que ce sont les denrées qui commandent à l'argent , et que sans liberté , il n'y a ni commerce ni richesse.
magistrats d'avoir aucun égard anx lettres âfi jtission, etc. lorsqu'ils les trouveront contraires aux loi} de la monarchie et au bien public.
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De leur côté les Barbares, à mesure qu'ils prenaient plus de consistance , ne laissaient pas de s'occuper de la législation. Il paraît même qu'ils y réussirent mieux que les empereurs, dont les lois trop compliquées se sentaient un peu trop de la subtilité grecque. Le code de Théodoric fut long-temps en vigueur en Espagne, et on le retrouve en partie dans les capitulaire^ de Charlemagne : mais c'est un objet dont nous devons nous occuper plus en détail dans les c'hapitres suivans, où nous verrons la société sous une autre face, et où nous trouverons un nouvel ordre de choses, un nouveau système politique et moral. En effet, le seul mot de droit féodal annonce la plus grande révolution qui se soit faite sur la surface de la terre , et nous indique lui seul les somxes de tous les gouvememens modernes.
Il est donc temps de quitter cette nation célèbre qui a soumis l'univers, et que nous avons osé soumettre à nos observations. Après l'avoir vue s'étendre laborieusement dans le petit territoire de la Romagne , secouer le joug des rois , imposer le sien aux nations, s'enivrer de gloire et de succès, tomber ensuite dans l'épuisement qui succède au délire ; reprendre alors de nouveaux fers; porter bientôt l'excès de la bassesse plus loin qu'elle n'avait poussé le faste de l'oVgueil, et combler enfin tant d'ignominie , en cédant le pouvoir des armes à des Barbares , et celui de l'opinion à des Grecs efféminés , nous la
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laissons maintenant au pouvoir d un Goth et d'un Hérule. '
Avant de détourner nos regards de ces ruines immenses , nous gémissons , non pas de voir que tant de fortune se soit éclipsée pour ne laisser derrière elle que des traces déplorables; mais de ce qu'un période de près de douze cents ans ne nous présente pas une époque où cette nation si puissante ait entrepris de fermer les plains de l'humanité , en faisant régner avec elle le bonheur et la prospérité. Nous ne craignons pas de le dire : toute la longue >et brillante carrière de l'empire romain ne vaut pas pour un philosophe les derniers âges de l'Angleterre, c'est-à-dire le temps qui s'est écoulé depuis la révolution jusqu'à nos jours; mais c'est ce dont nous devons parler plus amplement dans la suite de notre ouvrage. Observons seulement que de même que , dans les révolutions célestes, les planètes ont un mouvement particulier, de même dans les révolutions politiques, les capitales, les grandes villes ont aussi une destinée , une fortune qui leur est propre , qui avance ou qui retarde leur ruine , qui les précipite ou les ^utient. Disons plus encore : il semble que cette marche particulière leur est plus souvent avantageuse que nuisible. L'expérience prouve que dans ces temps malheureux oîi le despotisme militaire s'est élevé sur les débris du gouvernement, .les grandes villes ont toujours conservé une espèce de
' Odoacre et Théodoric.
liberté. C'est que , de quelque masque imposant que la politique soit revêtue , la force seule a le droit de gouverner ; c'est qu'un grand nombre d'hommes réunis est toujours respecté ; c'est que la multitude est toujours à craindre, surtout lorsque, privée de représentans et de protecteurs , elle ne s'exprime que par acclamations , et n'agît que par saillies. Rome ne fut pas même réduite à ce dernier terme d'énergie. Elle eut toujours les mêmes magistrats; et le crédit des noms est pour les peuples dégénérés ce qu'est celui de la magistrature même pour les peuples vertueux. Un reste d'aristocratie se soutint dans cette capitale du monde, et le paganisme s'y tint toujours attaché : ce qui confirme bien ce que nous avons dit plus haut sur l'union de cette religion avec l'aristocratie romaine. On voit encore les Symmaque , les Prétextât, rappeler le souvenir des Caton et des Gincinnatus. Pour le peuple , s'il laisse apercevoir quelque trace de son ancienne liberté , c'est dans l'indifférence qu'il témoigne souvent pour les empereurs les plus redoutés. On sait les dégoûts qu'il fit éprouver au fier Diocléticn. Lorsque Constance tout couvert du sang de ses sujets voulut faire dans Rome une entrée triomphale , il n'essuya que des railleries et des brocards qui lui furent lancés impunément suivant l'ancien usage. Cette ville superbe était encore remplie de richesses , lorsque les Barbares la pillèrent pour la première fois. Quelques auteurs assurent qu'elle avait plusieurs citoyens qui
jouissaient de plus de quatre millions de revenu , et qu'on ne plaçait que dans la seconde classe ceux qui n'en avaient qu'un million ou un million et demi. Ces hommes oisifs et opulens ne se croyaient faits que pour la volupté, et se contentaient de rester spectateurs des événemens de la guen^e, comme ils l'étaient de ceux du cirque ; à cette différence seulement , qu'ils prenaient beaucoup plus d'intérêt à ceux-ci. Il y avait long-temps que les empereurs les avaient eux-mêmes accoutumés à cette mollesse, a Je « vais combattre les ennemis , leur disait Aurélien « dans un de ses édits , et je ferai en sorte que les « Romains n'aient pas la plus légère inquiétude. Oca cupez-vous des jeux, occupe:&-vous du cirque; c'est « notre partage de veiller aux affaires publiques ; le ce vôtre doit être de vous livrer aux plaisirs '. n On croira aisément qu'au milieu de tant de luxe et de mollesse , les mœurs allèrent toujours en dégénérant. Pétrone et Lucien nous ont assez fait connaître le faste et la dissolution qui régnaient de leur temps dans les repas : mais comme Ammien Marcellin a pris la peine de nous décrire les mœurs de la ville de Rome dans un temps très postérieur à celui-là , puisque c'étaient celles de l'âge où il vivait, nous croyons faire plaisir au lecteur de lui donner ici ce passage tout entier. Il se trouve Liv. xiv, chap. vi.
> « Ego efficiam ne sit aliqua soUicitudo Romana. Vacate «Indis, vacate circensibus; nos publica nécessitas teoeat, < vos occupent voluptates. » Vop. in Firm. Cap. y.
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« Maintenant , si à votre amvée à Rome ,
« vous êtes introduit comme un honnête étranger a chez un homme opulent , c'est-à-dire très orgueil- (c leux , vous serez d'abord reçu avec toute sorte de V grâce ; et après avoir essuyé des questions aux- (( quelles il faut le plus souvent répondre par des <c contes extravagans , vous vous étonnerez qu'un a homme ^i considérable traite un simple particulier «c avec tant d'attention : vous irez même jusqu'à vous « accuser de n'être pas venu dix ans plus tôt dans un <c si bon pays. Mais lorsqu'encouragé par ce premier (c accueil , vous retournerez le lendemain pour faire «c votre cour, vous resterez là comme un homme ina connu, et qui tombe des nues , tandis qu'on se de^ <c mandera tout bas qui vous êtes et d'où vous venez. « A la fin cependant , vous parviendrez à être connu « et admis à la familiarité; mais si après trois ans ce d'assiduité , vous vous avisez de vous éloigner le a même espace de temps , on ne vous demandera ce pas à votre retour , ce que vous avez fait , et on ce ne s'apercevera pas seulement que vous avez été ce absent. Bien plus , quand le temps viendra de donce ner ces grands repas , si longs et si perfides pour « la santé, on délibérera long-temps, si outre les ce convives d'obligation , on invitera encore quelque tt étranger; et si, après uq mûr examen, on veut a bien s'y résoudre , celui-là seul sera admis , qui , a docte en fait de spectacles , monte une garde as- « sidue chez les cochers du cirque , ou qui est
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a expert dans toutes les subtilités du jeu. Pour les « hommes savans et vertueux, on les évite comme « des ennuyeux et des trouble-fétes , sans compter a que les nomenclateurs , accoutumés^ à vendre les « faveurs de leurs maîtres , ont soin de ne prier aux « repas et aux distributions que des gens obscurs et a subalternes, dont ils tirent plus d'argent que des a autres. Je passerai légèrement sur la somptueuse « profusion des repas et sur tous les raffinemens de ce volupté qu'on y emploie , pour arriver à ces ridi- « cules cavalcades de nos riches fastueux qui, se di- « vertissant à courir la poste dans les rues , au c risque de se rompre le cou sur le pavé , traînent ce à leur suite une si grande quantité de domesûff ques, que , suivant l'expression du poète comique, « ils ne laissent pas ménie le bouffon pour garder la « maison : et ce divertissement ridicule , les ma- « trônes même n'ont pas craint de l'imiter , en < courant aussi la ville dans des litières découvertes. « Au reste , rien n'est négligé dans ces pompeuses « promenades: et de même que les bons tacticiens, « lorsqu'ils rangent une armée en bataille , ont coûte tume de placer en première ligne l'infanterie pe- « samment armée; en seconde ligne, les armés à « la légère , et derrière ceux-ci les gens de trait ; « ainsi le maître de cérémonie , la verge à la main , « marque ceux qui auront l'honneur de marcher dece vant le char triomphal , et ne manque pas de rece jeter à Tarrière-garde la noire troupe des cuisiniers,
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ce marmitons , etc. Ceux-ci sont encore suivis du c< reste des valets et des commensaux : enfin la marte che est terminée parles eunuques, dont le nombre « et la difformité nous font détester la mémoire de ce Sémiramis, cette reine cruelle qui, la première vio- « lant les di*oits de la nature , fit regrettera cette ce mère tendre , mais imprudente , d'avoir montré tt trop tôt dans les générations à peine commencées, « l'espoir des générations futures. Avec de pareilles €c mœurs , on croira facilement que le peu de maice sons où les sciences furent jadis cultivées, n'est a plus maintenant que le réceptacle des plaisirs vains « et frivoles ; de sorte qu'à la place des orateurs et (( des philosophes on n'entend phis du matin au soir <c que le son des flûtes et le chant des musiciens. <€ Pour les bibliothèques, elles sont plus closes et ({ plus abandonnées que les sépulcres : les orchestres, ce les instrumens hydrauliques en ont pris la place. a Enfin , on en est venu à ce comble d'indignité , que a lorsque la disette a obligé de chasser de la ville les « étrangers , cette loi a été exécutée à la rigueur à a l'égard de tous ces hommes utiles qui enseignent ce les arts libéraux; tandis qu'on a conservé les mimes (c et les histrions , et que jusqu'à trois mille danseuses a ont été retenues dans la capitale , ainsi que tout a leur cortège de musiciens et de choristes. Aussi, « de quelque part que vous vous tourniez , vous a trouverez des femmes fardées et ridiculement pa- « rées , qui par leurs danses continuelles , vous fa-
« liguent encore plus qu'elles-mêmes ; tandis que , a mariées à d'honnêtes gens, elles auraient pu don- « ner à l'état une armée d'utiles citoyens. Autrefois a Rome était un asile assuré pour quiconque y por- « tait les arts et l'industrie ; maintenant je ne sais « quelle sotte vanité fait regarder comme vil et ab- «c ject tout ce qui est né au-delà du Pomœrium. J'en « excepte cependant les célibataires et ceux qui n'ont a pas d'héritiers. Ceux-là sont comblés d'attentions c et de prévenances ; quoiqu'un autre raffinement a de personnahté nous évite jusqu'aux soins les plus a chers à l'humanité ; car les maladies les plus cruelles « ayant aussi choisi leur domicile dans cette capitale ff du monde , il a fallu s'interdire toute communica- <c tion avec les malheureux qui en sont attaqués ; et «l'usage est venu non-seulement de se contenter « d'envoyer quelques domestiques savoir de leurs « nouvelles , mais même de ne recevoir le coHunis-* « sionnaire qu'après lui avoir fait subir de longues « ablutions. Voilà des hommes bien délicats ! Offi:ez- <c leur cependant des repas ou de l'argent, vous les « ferez courir jusqu'à Spolète. Telles sont les mœurs ce des nobles : pour le menu peuple , il passe le plus « souvent la nuit dans les cabarets , ou même dans « les théâtres , à l'abri de ces toiles dont nous devons d l'invention à Catulus, qui le premier introduisit à a Rome cette recherche de commodités plus digne « de Capoue que de la ville de Romulus. La fureur du « jeu en possède un grand nombre : d'autres s'expo-
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FIN DU TOMS PEEMIER.
TABLE DES CHAPITRES