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et qui donne au peuple le privilège singulier de s'assimiler ses maiti^es. Il est inutile de dire que dans ce rapprochement de deux nations si différentes, ce ne sont que les effets qu'on prétend comparer. Ce que la Chine ne doit qu'à la supériorité cpi'elle a sur ses voisins dans les sciences et dans s» police, FEspagne le tient d'une noblesse dans les sentimens, qui peut n'être pas toujours agréable, parce qu'elle approche de la fierté , mais qui doit toujours attirer l'estime, lors même qu'elle ne peut concilier la bienveillance. Tout ce qu'on peut assurer, c'est que si cette nation est celle qui a le plus conservé son caractère , c'est en même temps celle dont le gouvernement a le plus changé , et a changé de la manière la plus brusque et la plus rapide. Trois causes principales y ont contribué , et suffisent même pour en rendre raison: i^. L'expulsion des Maures, qui rétablit la tranquillité la plus parfaite dans un pays où les guerres extérieures n'étaient pas à craindre; 2^. la réunion des couronnes de Gastille et d'Aragon par le mariage de Ferdinand et d'Isabelle ; 3^. enfin , une circonstance particulière dont nous avons déjà fait voir l'importance, en parlant du gouvernement romain , c'est que les deux premiers monarques qui ont réuni les provinces de cette vaste monarchie se sont trouvés des princes très puissans et d'une politique profonde, dont les règnes longs et glorieux ont assuré à leur trône l'autorité qu'on n'avait cru abandonner qu'à leur personne. Quelle que soit ce-
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pendant la révolution qui s'est opérée dans cette nation , la distinction de ces divers royaumes , qui tous conservent un caractère et un esprit particulier, le privilège de certaines villes et de certains peuples , Texorbitance des richesses et du pouvoir ecclésiastique, le mépris du commerce et de l'in* dustrie, restes du gouvernement féodal, et nombre de détails qu'il serait trop long de déduire , décèlent encore une nation dont le repos prépare une espèce de crise, et qu'on peut considérer, s'il est permis de parler ainsi , comme dans un état de chrysalide. Maintenant faisons nous cette question : Quelle a été l'origine de tout ce qui existe de nos jours ? que pouvait -on élever sur les bases qui nous restaient? Nos gouvernemens , nos constitutions ont pris leur source dans la barbarie même , et se sont formés dans l'ignorance. Nos monarchies son t vieilles,
mais notre raison est bien jeune C/T). Qu'on pense aux ténèbres qui ont couvert la terre depuis Constantin jusqu'aux Médicis : une nuit de douze cents ans a succédé aux jours brillans d'Athènes et de Rome ; mais le réveil de la philosophie n'a pas ressemblé à celui d'Épiménide. A peine les arts agréables l'eurent-ils arrachée au sommeil ; à peine eutelle ouvert les yeux , qu elle trouva les choses à peu près au point où elle les avait laissées. Du temps de Constantin , les sciences rationnelles étaient négligées, et l'étude de la nature avait fait place à celle
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des mots : de frivoles disputes, une vaine subtilité, occupaient tous les esprits. Ce fut de même vers le seizième siècle : on n'eut pas plus tôt commencé à penser et à écrire, que les disputes théologiques el métaphysiques étouffèrent ces premiers germes de la raison; et l'on peut dire que depuis Érasme jusqu'à Descartes , les esprits n'ont guère fait que s'aiguiser. Mais avant de nous livrer à ces réflexions , arrêtons un moment nos regards sur les siècles passés, et examinons quel fut le sort de l'humanité sous le gouvernement de nos pères.