TOMB I
5o DE LA FÉLICITÉ
Ninus , le premier astre funeste qui brille sur tet horizon , marque sa place dans Thistoire, à force d'in-* justices et de cruautés. Il attaque et défait les peuples connus depuis sous le nom de Babyloniens. Lem* roi tombe entre ses mains , il le fait mourir avec ses enfans. Bientôt il marche contre les Mèdes; il les met en fuite , et ayant fait prisonnier Phamus leur souverain , il le fait mettre en croix , ainsi que sa femme et ses enfans. De là il tourne ses pas vers la Bactriane, qu'il ajoute à ses conquêtes. Sémira*mis , devenue son complice , sa femme et son assassin, venge le monde des cruautés de ce tyran , et laisse à son tour de plus grands crimes à venger. Son ambition tient du délire : elle soumet successivement la Médie, la Perse, la Libye et l'Ethiopie : enfin, comme si elle eût voulu vaincre la nature elle-même , elle aplanit les montagnes , change le cours des fleuves, et élève jusqu'aux deux les monumens de sa démence.
A ces règnes cruellement héroïques succédèrent quelques momens de repos. Des rois, dignes sans doute de nos éloges , puisque l'histoire ne les a pas nommés, laissèrent respirer les hommes, et furent assez heureux pour trouver des plaisirs qui ne nuisaient à personne. Sardanapale, le dernier de cette dynastie, prince trop adonné à la mollesse, mais bien moins coupable que la plupart des héros. de l'histoire,
de Sésostris, les Égyptiens sont aussi barbares que les Assj^ riens*
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s'est attiré le mépris des auteurs anciens , et , à leur exemple, de tous les siècles postérieurs. Il perdit son empire comme Darius, comme Persée et tant d'autres rois , parce qu'il perdit des batailles; mais il sut préférer la mort à une honteuse captivité ; mais il ne fit pas mourir des rois , des femmes et des enfans ; mab il ne fit point couler les krmes et la sueur de son peuple pour entasser des pierres sur des pierres (/) : néanmoins tous les auteurs, même les plus pieux , ont laissé en honneur Ninus et Sémiramis pour réunir sur lui tous leurs traits satiriques. Les Mèdes , vainqueurs de Sardanapale , le deviennent bientôt de toute la Perse* Us attaquent ensuite le nouvel empire assyrien fonde par Bélesis : mais tandis qu'ils s'obstinent à cette guerre, ils sont attaqués à leur tour par les Scythes Gimmériens, et après avoir été contraints de partager l'empire avec eux , ils se défont de ces hôtes incommodes en les fesant périr par la plus lâche trahison.
Ici commence Cyrus (jg). L'histoire ne rapporte pas précisàn^it comment la guerre s'alluma entre, ce fameux conquérant et un prince non moins célèbre par sa bonne et par sa mauvaise fortune : je veux parler de Crésus, roi de Lydie, dont le nom est dans la boudie de bien des gens qui ignorent son histoire. 1} ne nous est pas aisé non plus d'assigner des causes
(/) Brapo!
(g) Kir, K'osrouy Kosroes. Les déiaiis de sa vie sont fàbuLeux^
à toutes les autres guerres que Cyrus entreprit , et qui le rendirent maître de l'Asie. Il se trouve tant de différerice entre les récits d'Hérodote et ceux de Xénophon , que tout lecteur raisonnable voyant d'un côté des fables puériles , et de l'autre un traité de morale mis en action, croit avoir à choisir entre l'Arioste et Télémaque. Contentons -nous donc de croire qu'il y a eu un conquérant nommé CjrruSy qui a subjugué l'Asie et fondé l'empire des Perses/ Voilà bien assez de faits pour un ouvrage qui n'est pas historique. Passons aux réflexions qu'ils peuvent nous suggérer : et, premièrement, observons que
' n s'en faut de beaucoup que M. RoUin ait jeté des lumières sur robscurîté de ces temps reculés. Cet auteur commence par rapporter, avec toute la grayité de l'histoire , les petits détails romanesques dont Xénophon a jugé à propos d'orner sa Cyropédie. Il faut ayouer que de temps en temps il lui échappe dé dire qu'il n'y a peut-être pas un mot d« vrai à tout cela; cependant il continue de suivre Xénophoiji pour tous les faits principaux , jus(|u'à la bataille de Th|rmbrée. Puis tout à coup , s'attachant à Hérodote , il veut que Cjms donne près de Sardes une no.uyelle bataille, où il lui fait employer encore une fois le stratagème des cba.meaux opposés à la -cayalerie , sans s'aperceyoir que tout cela n'est qu'un même fait raconté de deux manières par deux auteurs différens. U fait plus : pour ne pas perdre lliis* toire de Crésus , (|ui appelle Solon sur le bûcher, il suppose que ce même Cyrus , qu'il yient de peindre comme le modèle des rois , a condamné son ennemi à être brûlé yif , le tout sans daigner faire la plus petite excuse sur cette disparate dans le caractère de son héros.
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l'histoire ne nous ayant rien transmis sur le gouvernement des peuples dont nous venons de nous occu<^ per, nous n'en pouvons juger que par les faits; ces £ûts nous apprennent que le gouvernement de ces peuples était absolument militaire et despotique * (h) ; et l'on sait assez qu'un despote qui ne peut ^tre le maître du peuple que par le moyen d'une armée , ne peut se rendre maître de cette armée que par la guerre. Nous n'hésiterons donc pas d'assigner pour cause aux guerres dont nous avons fait mention , les vices du gouvernement et l'ignorance des principes de la politique et de la morale. Mais nous ne devons pas passer sous silence un fait bien digne de remarque : c'est cette irruption des Scythes venus du Bosphore («).
' Il serait de mauvaise foi de dissimuler ici les éloges qu'Hérodote et Xénoplion ont donnés aux anciens Perses^ lYous sommes même obligés d'ayouer «{ue si Ton en croit Hérodote, ce peuple était moins barbare que nous, puisqu'il n'infligeait jamais la peine de mort pour une première faute , et que sa législation n'avait spécifié aucune punition pour le parricide , admettant ce principe , qu'il n'y a que la démence seule qui puisse conduire à un pareil crime : mais outre que de bonnes lois civiles ne suffisent pas pour constituer un bon gouvernement, nous voyons d'ailleurs que les monirs des Perses tendaient bien plus à en faire im peuple belliqueux et conquérant , qu'im peuple agricole et paisible.
(A) Je doute du despotisme^ Je crois quil n'y avait point de despote chez les premiers voleurs. Je ne me serais jamais sou* mis à Cartouche ; j'aurais partagé,
(i) dmméritn.
On Yoit ici pour la première fois ces habitans du Nord se répandre dans des contrées plus fertHes , et triom^ pher des nations les plus belliqueuses. Ce qu'il y a de plus singulier, c'est qu'on les voit faire avec les Mèdes le même traité qu'ils ont fait depuis avec les empereurs romains, c'est-à-dire qu'ils ont stipulé pour eux la copropriété des terres avec les anciens possesseurs, et cette manière singulière de régner chez autrui, en qualité d'hôtes W \ On sent aisément que cette espèce de guerre se rapporte à notre pre-^ mier principe , le désir de quitter un climat rigoureux pour un climat plus doux.
{X) Le mot était doux , et la chose dure^
' Vpyez à ce sujet les Remarques de M, l'abbé Dubos sur la monarchie Jr€uiçaUe y dans lesquelles cet ingénieux auteur prouve que les Francs et les Lombards qui s'établirent dans les Gaules , dans l'Espagne et dans Tltalie , se donnaient pour botes [hospites^ des Romains , et que leur chef se faisait appeler roi des Francs et des Lombards, mais non pas roi des Gauletf et d'Italie»