‹ De la félicité publique, ou, Considérations sur le sort des hommes dans les différentes époques de l'histoire (volume 2)Chapitre 4 sur 59 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

Des ÉgyptîeiUy des Assyriens, des Mèdes, etc.

Soit que les premiers héros dont Thistoire nous a transmis les exploits n'aient été, dans le fait, que des ^nblèmes ingénieux sous lesquels les philoso-

ment le lecteur d'obsenrer, k l'occasion de ce qui a été dit ci-dessus , la propension qu*ont les hommes à snbstitner les moyens à la yS>i. C'est ainsi que l'avare qui amasse de l'argent pour avoir des jouissances y finit par se priver de toute jouissance pour avoir de l'argent. C'est ainsi qu'un praticien, quelque honnête qu'il soit, répugne toujours à accommoder un procès où il aurait pu employer toutes les formes de la jurisprudence , et qu'un amateur de médecine ne voit pas sans quelque regret la nature opérer toute seule une guérison : c^est encore par le même principe qu'un Charles xii marche botté et éperonné en pleine paix, etc. etc. Peut-être me répondra-t-on que ces exagérations tiennent à des goûts on à des passions ; que l'avare , par exemple , est heureux en amassant ; mais je demanderai si tous les goûts et toutes les passions rendent heureux» et pourquoi, chez les Latins, miser signifiait à la fois avare et maiheureiue*

Quant à ce que nous avons dît sur la morale des anciens , et sur l'opposition des vertus républicaines avec la liberté individuelle et les sentimens naturels , on peut consulter la belle dissertation de Stellini , De ortu ei progressu montm , et M. Priestley, Principles on goverament.

phes ont voulu enseigner aux peuples grossiers les mystères de la nature , et surtout les révolutions des corps célestes; soit que l'histoire ait marché d'un pas égal avec l'allégorie , lorsque les prêtres arrangeaient à leur manière des faits qu'une tradition incertaine altérait aussi de siècle en siècle ; soit enfin que ces deux systèmes aient réagi l'un sur l'autre de façon qu'il soit impossible de démêler de nos jours ce qu'il y a de vrai d'avec ce qu'il y a de fabuleux dans les fastes de Tantiquité , nous pouvons toujours assurer que la guerre y a joué le premier rôle, et que c'est à des conquérans que chaque nation rapporte son origine. Osiris («) , ou , si l'on veut , Bacchus , traverse le Nil poui* aller à main armée enseigner l'agriculture aux peuples qu'il soumet à ses lois. Plusieurs siècles après , Sésostris se met à la tête d'une armée formidable, et marche à la conquête de diverses nations dont, sans doute, il ignorait même le nom. Voilà donc les temps les plus reculés de cette vieille et respectable monaixhie égyptienne déjà marqués par deux conquérans, et par conséquent par deux guerres très injustes. Ce qu'il y a de plus remarquable , c'est que ni l'un ni l'autre ne parut désirer la possession des pays qu'il avait conquis. Ils se contentèrent d'ériger quelques monumens , d'exiger quelques tributs , et passèrent comme des voya-

(a) Sanchoniathon parle de Thaut, et ne dit rien d'Osirts. Bacchus était Jrabe , élevé à Nise, qui est, dii^n, le mont

Sinaï,

geurs armés (è) qui voulaient éti^e maîtres partout où ils se trouvaient. '

C'est à peu près tout ce qu'on peut entrevoir dans cette aurore de l'histoire. Il peut se faire , sans doute , qu'il ait existé des hommes célèbres par leur audace et leurs lumières, qui aient donné lieu aux récits que faisaient les Égyptiens de leurOsiris et de leur Sésostris ; mais la fable dont ces récits sont accompagnés , mais l'invention de l'agriculture qui fut attribuée à Osiris, mais l'antiquité de toutes les traditions recueillies par Hérodote , prouvent assez qu'ils appartiennent à l'enfance des sociétés, et qu'ils ont été défigurés par le temps. Ce qui paraît le plus constant par le témoignage d'Hérodote et de Diodore de Sicile, c'est que, depuis ces temps fabuleux, l'Egypte est la monarchie qui a joui d'une plus longue paix. Il nous sera^méme impossible d'en douter, si nous considérons que ces mêmes historiens qui ne nous ont transmis la mémoire d'aucune guerre , de*puis Sésostris jusqu'à Apriès, nous ont pourtant fait rénumération de la plupart des princes qui ont rempli cet intervalle, et sont même entrés dans de grands détails sur diverses particularités de leur vie.

N'est-ce paâ déjà un préjugé bien consolant , au commencement de nos travaux, que de réunir l'idée

(b) Expression de Lamotte.

' Seà longinqua , non finitima bella gerebânt ; nec împerinm sibi , sed popnlis suis qnserebant ; contentiqae yictoriâ , imperio abstinebant. ( Justik. lib. i , ch. i. )

d'une paix très longue et presque constante, avec celle d'une monarchie si ancienne et si respectable ? Quelle que soit la nature de Thomme , il est donc vrai que de bonnes lois et un bon gouvernement peuvent étouffer les germes de la guerre. Si toute la terre avait été peuplée de nations gouvernées comme l'Egypte (0? il y a grande apparence que le problème de la possibilité d'une paix perpétuelle aurait été démontré par le fait , ou plutôt qu'il n'aurait pas été proposé. Mais il n'implique pas contradiction que la terre soit un jour assez généralement éclairée pour être tout entière gouvernée comme une petite partie l'a été dans les temps les plus reculés. Il serait à désirer seulement que nous fussions plus en état de démêler les rapports que les lois de ce pays pouvaient avoir avec le maintien de la paix. Malheureusement nous sommes peu au fait de la véritable constitution et du gouvernement de cette nation oii nous voyons un roi très gêné , assujetti aux formes les plus minutieuses, sans qu'on nous dise qui est-ce qui veillait à l'exécution des lois auxquelles il était obligé de se conformer ' ; des prêtres qui exercent

(c) La Chine , l'Inde, la Scjrtkiej étaient en paix.

' Dîodore de Sicile rapporte que Temploi du temps était û bieu fixé aux rois d'Egypte , qu'ils ne pouvaient manger, dormir y et même jouir de leurs propres femmes , qu'à de certaines heures prescrites par les lois ; de sorte que ces rois faisaient des enfans comme les nôtres font des ordonnances f de ravis de leur conseil.

le pouvoir le plus absolu , sans qu'on nous apprenne û ce pouvoir était législatif et supérieur, ou s'il n'était fondé que sur l'habitude et l'opinion ; enfin des armées nombreuses sans être actives, et fesant corps dans l'état sans l'asservir ou l'opprimer. Bornons-nous donc à juger des causes par les effets, et observons premièrement, que les lois des Égyptiens devaient tendre à la paix, puisque de tous les peuples du monde c'est celui qui a le moins fait la guerre; secondement, que la situation locale, circonstance qui influe presque toujours sur la légishtion, dut en même temps l'éloigner de l'attaque, et lui épsurgner le soin de la défense, entourée comme elle l'était de la mer , du Nil et des déserts de rÉthiopie^ troisièmement, enfin, que la longue durée de cette monarchie, l'abondance qui régnait dans son sein , les éloges de tous les peuples et de tous les âges doivent établir le préjugé le plus favorable siu* tous les détails qui ne sont pas parvenus à notre connaissance. (<q

Au contraire, si nous tournons nos regards sur les Assyriens, les Babyloniens, les Mèdes, les Lydiens, nous ne verrons partout que le despotisme le plus absolu, que la folie des conquêtes, l'avidité et l'abus des richesses. («)

{d) Cest bien dommage qu'un si bon livre commence par des discussions sur l'histoire ancienne , dont on est si fatigué; <ela peui rebuter»

{e) Mais si vous admettez la foUe conquérante d'Osiris ou

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