‹ De la félicité publique, ou, Considérations sur le sort des hommes dans les différentes époques de l'histoire (volume 2)Chapitre 7 sur 59 · TOME I · texte numérisé non relu

TOME I

Nous ne doimerons ((u'un petit nombre d'exemples des diverses manières dont ces causes peuvent agir. Il peut se faire qu'un peuple ignorant et paresseux , ne connaissant ni ses ^facultés ni ses besoins, reste dans un tel état d'anéantissement, qu'il n'emploie pas même à son propre usage le temps qui lui serait nécessaire pour se procurer une vie dquce et com« mode. U peut se faire encore que le gouvernement, en exigeant de ce peuple une certaine quantité de travaâl , l'accoutume à l'activité et à l'industrie ; alors le souverain, ea augmentant la quantité de jours dans Vannée , ou d'heures dans la journée , qu'il exigerait du sujet, augmenterait en pareille pi'oportion le temps que celui - ci emploierait pour sa propre utâbté.

D'un autre côté, s'il existe un peuple qui jouisse d'un climat doux et fertile, et qui, content des bienbits de la nature , ne connaisse pas l'inquiétude des désirs , on sera fondé à regarder le repos comme un de ses premiers besoins ; et ce serait alors une politique mal entendue que de vouloir ajouter quelque chose , soit au travail qu'il se réserve , soit à celui qu'il donne à l'état.

Enfin, il peut arriver que l'état exige trop du peuple , sans que le peuple se détruise; mais les mauvaises conséquences de cet excès n'en existent pas moins ; parce que s'il ne ravit pas aux sujets ce qui est nécessaire à leur existence , il leur âta du moins ce qui peut la leur rendre agréable.

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Ne pourrions - nous pas dire maintenant que le premier cas s'applique naturellement aux peuples des climats tempérés, et même aux habitans du Nord; le second aux nations méridionales, telles que les Italiens j les Grecs , les Asiatiques ; le troisième enfin , à presque toutes les nations belliqueuses qui habitent le centre de TEurope?

Une autre vérité qui suit de nos principes , c'est qu'il n'existe de revenu net ' (car il faut bien se ser-

* Il me semble que tous les termes nouveaux, quelque utiles qu'ils soient, ne devraient être employés qu'avec la plus grande précaution , tontes les fois qu'ils servent de ralliement pour les sectes , et qu'ils usurpent le crédit qui n'est dû qu'aux idées et au raisonnement. C'est une chose assez singulière que les Anglais , qui ont tant écrit sur Tagricolture et sur le gouvernement , n'aient pas dans leur langue une expression qui corresponde à celle de revenu net. On en peut voir la preuve dans la traduction anglaise de cet ouvrage , où ces mots sont employés en français et en lettres italiques, joutons encore , et cela dans un esprit de paix et de concorde , que ce serait inutilement qu'on von* drait subtiliser sur l'interprétation des mots revenu net, et dire que le cultivateur qui ajouterait à son aisance tout ce que sa terre produirait d'excédant aux frais de culture, serait lui-même le consommateur du revenu net, £h ! n'at-on pas fait entrer dans les frais de culture l'entretien du cultivateur? Or, qui est-ce qui l'arbitrera? Le réduirez-vous an nécessaire physique ? et de quel droit ? Lui accorderezvous quelque aisance? et quelle en sera la limite? Les dé< penses du cultivateur peuvent donc diminuer le revenu net, etc.

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