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par la suite taxer de motifs secrets et d'adulation pour le peuple ceux qui proposent de donner sept journaux de terre, il faut entendre qu'il s'agit encore des portions des cçlontstes , ou de la plus petite répartition à faire au moindre citoyen. Or, comme un grand nombre de plébéiens avait vendu ou aliéné ses propriétés, il eût été très difficile de trouver près de Rome de quoi donner sept journaux de terre à chacun d'eux ; et une pareille opération n'aurait pu se faire sans diminuer considérablement te revenu du fisc , ou sans attaquer les propriétés des patriciens, chose qu'ils craignaient encore bien davantage. Il est, en effet, peu d'exemples d'une conduite plus injuste que celle de ces vertueux patnciens , si révérés de tous les historiens , excepté
l'étendue àe» lerres plus coiuidérable et le fisc plu» riche, il était naturel de faire la portion dn citoyen meilleure que par le passé. a°. Parce (jue les nouveaux 'colon> étaient obligés de *e loger dans leurs petits territoires ; au lieu que les anciens plébéien* ajant reçu en partage des terres voisines de Rome, pouvaient les cultiver, sans être obligés d'y bâtir, et sans quitter ta ville. Au reste, nous répétons encore qne tout ceci ne peut rien prouver pour l'agriculture romaine ; car deux journaux de terre dan* un bon pays (c) sont toujours du app&t suffisant ponr attirer de» colons , les funilles des colonistes n'étant pas ordinairement composées de pin* de troi* personnes , et d'ailleurs tontes les ressources de l'indu s trie étant lais*éesàceax qui ne pcnrlaicnt pas vivre de leur territoire.
(c) Jtfaù Irf}' dt itonu itait mùuMÙ.
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de M. Hooke. Elle présente un tissu non interrompu de toutes sortes d'atrocités, depuis la condamna* tion de Spurius Cassius, jusqu'au meurtre des Gracques; mais c'est ce que nous avons eu occasion d'observer plus haut. Renfermons-nous maintenant dans les bornes de notre sujet, et après nous être convaincus que le partage des terres parmi les Romains ne prouve rien en faveur de l'agriculture , voyons si nous avons d'autres autorités positives qui puissent répandre plus de lumière sur cette question.
Parmi le grand nombre d'auteurs anciens qui ont écrit sur l'agriculture, quatre seulement ont passé à la postérité : Marcus- Porcins Caton, Marcus- Terentius Varron, Virgile et Columelle. Nous n'entrerons point ici dans le détail des préceptes qu'ils nous ont transmis. Nous nous contenterons seulement d'observer que , s'ils diffèrent dans quelques parties de détail , ils s'accordent assez sur les principes généraux , et concourent à nous donner une même idée de la culture des Romains. Voici a peu près ce qui en résulte. Leur manière de cultiver ressemblait beaucoup plus à celle qui subsiste de nos jours en Languedoc, en Provence et en Italie, qu'à celle des pays à blé , c'est-à-dire qu'on s'attachait de préférence aux. oHviers, aux arbres fruitiers, et surtout à la vigne, culture qui paraît particulièrement annexée aux climats chauds. Quant aux terres labourables, nous n'avons aucun indice qu'elles aient
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été plus fécondes que de nos jours et dans nos climats. On semait dans un journal de terre quatre ou cinq boisseaux de froment \ c'est-à-dire à peu près quatre^vingt ou cent livres pesant* Il est vrai que Terentius Varron cite quelques endroits de l'Italie où la semence rend dix et jusqu'à quinze pour un ; mais sa manière de s'exprimer prouve assez qu'il regardait un pareil produit comme une chose très rare, et qu'il n'avait pas lieu dans les environs de Rome '. D'ailleurs Cicéron , dont l'autorité a d'autant plus de poids , que cet orateur célèbre était luimême grand agriculteur , Cicéron nous apprend que la semence rapportait communément huit pour un, et que, lorsque cela allait jusqu'à dix, c'était une faveur des dieux ^. La plupart des terres reposaient de deux années l'une. Virgile et Coiumelle conseillent cette pratique pour celles qui produisent de l'orge ou du froment ^. Il est vrai que Varron parle
' Fbjrez Coiumelle. Varron veut qu'on sème un boisseau de plus par journal; mais cette pratique ne s'éloigne pas' beaucoup de la nôtre.
* « Seruntur fabae modii iv in jugero ^ tritici t> ordei yi , « farris X.... Obserrabis.... Quantum valet regio, ut in eo* «1 dem semine alicubi , cum decimo redeat^ alicubi cum quin> « quedecimo , ut in £truria et locis aliquot in Italia. »
' a Ager efficit cum octavo ut benè agatur. Yemm ut omet nés diiadjuvent cum decimo. » (Cic. in Ferrem.)
^ « Ordeum nisi solitum et siccum locum non patitur, at- « que illa vicibus annorum requietam agitatumque al ternis.
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de certaines terres qui ne reposent jamais ; mais ces terres étaient dans l'Olynthie , et non dans l'Italie, encore moins dans les environs de Rome. D'ailleurs, le même auteur cite sur-le-champ, et, sans le contredire, un certain Licinius, qui conseille de laisser reposer les terres de deux années Tune *, Le seul mot Vervactum^ employé à désigner une terre en repos, montre assez quç cet usage était commun chez les Romains; d'autres passages prouvent encore que toutes les campagnes n'étaient pas cultivées; tel est celui où Columelle conseille de choisir un domaine composé de terres arables et de terres incultes •. Je conviens qu'on pourrait m'objecter que cet auteur a écrit dans un temps où l'agriculture était fort déchue parmi les Romains; mais il serait aisé de prouver que de tout temps il y eut chez eux de vastes pâtures et des terres en friche. On pourrait encore ajouter que les famines dont les premiers siècles de la république nous offrent de
«et quam laetlssimum volunt arvum. v (Col. Lib. ii, cap. III.
Alternis idem tonsas cessare noTales,
Et segnem patiere situ durescere campum.
(ViBG. Georg, I.)
' « Agrum alternis annis relinqai oportet , aut paulô le^ a Tioribus seminibus serere, id est quse minus sugunt tcr- « ram. » (Lib. i, cap. xliy.)
* « Terrenis aliis cultis atque aliis sjlvestribus et aspo« • ris. » (Lib. ii, cap. ix. )
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fréquens exemples , les blés importés de Sicile et de Grèce en dijfférentes occasions^ forment de nou* Yelles présomptions contre cette préférence singulière qu'on veut donner à l'agriculture romaine sur la nôtre. Qtiant à celle de certains pays privilégiés j comme la Sicile, quelques parties de la Grèce ^ rÉgypte et plusieurs provinces, de l'Âsie-Mineure , il n'en faut parler que pour féliciter ces heureuses contrées sur la nature de leur climat et de leur sol y qui leur donnent presque spontanément ce qu'on n'obtient ailleurs que d'un travail long et pénible \ La seule ,cliose à examiner , c'est si les lois des anciens et leur application aux travaux rustiques leur ont procuré une agriculture supérieure à la nôtre, abstraction faite de tout avantage local. Or , j'avoue que je ne vois rien qui me le démontre, et que jusqu'à ee que l'on me fournisse de nouvelle^ lumières , je crois que nou^ n'avons rien à leur envier. Au contraire , s'il fallait soutenir l'opinion opposée , je ne manquerais pas d'argumens assez plausibles. Je me contenterai d'en indiquer qui me paraissent même décisifs : c'est le changement dans la température de l'air, et la diminution des forêts. M. Hume a remarqué, d'après l'abbé Dubos, que le climat de Rome était autrefois be<iucoup,plu$ froid qu'il ne Test de
* La Mauritanie , la Barbarie et l'Egypte , quoique gémissant sous un gouvemement oppressif, jouissent encore de ce privilège local, qui leur produit un excédant de subsistance capable de nourrir des nations enitîèkies.
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nos jours *. L'an 480 de la fondation de Rome, la gelée fit mourir tous les arbres fruitiers ; le Tibre fut pris en entier, et la terre couverte de neige pendant quarante jours. Juvénal, en nous peignant une femme superstitieuse , la représente rompant la
* Nous ne devons pas dissimuler que M. Wallace a répondu à cet article de la dissertation de M. Hume; mais en vérité il ne parait Tavoir fait que pour soutenir une espèce de gageure de ne laisser aucun raisonnement sans réplique. U n'a pas été plus heureux en cette occasion que dans bien d'autres. Il allègue quelques exemples de grands froids éprouvés dans les pays chauds. Il cite l'hiver de 1709; mais Juvénal a-t-il dit qu'il était arrivé une fois seulement qu'une femme superstitieuse ait cassé la glace du Tibre? Et quoique les orangers aient gelé quelquefois à Hières et à Nice, lorsque j'y vois ces arbres croître en pleine terre, tandis que dans toute la France et dans toute la Lombardie ils ne croissent que dans des caisses et dans des serres , ne suis-je pas fondé à dire qu'il fait plus chaud là qu'ailleurs ? Strabon prétend que de son temps les raisins ne mûrissaient pas au nord des Cévennes : c'était faute de savoir cultiver la vigne , répond M. Wallace. Quelle logique !
Dès le temps de Columelle , on s'apercevoit d'un changement dans la température de l'air. Voici un passage qui le prouve suffisamment : Multos enirn jam memorabiles authores comperi persuasum habere longo œvi situ qualitatem cœli statumque mutari. Parmi ces auteurs il cite Saserna dans les termes suivans : Nam eo libro quem de agricultura scriptum rcUquit, mutatum cœli statum sic colligit , quodquœ regiones antea propter hjremis tissiduam violentiam nullain stirpem vitis aut oleœ depositam custodire potuerint, nunc mitigato jam et intepescente pristino frigore , largissimis
glace du Tibre, afin de pouvoir y faire ses ablutions , etc. M. Hume ajoute à ces observations un passage de Dîodure de Sicile , dans lequel cet auteur fait une description des Gaules , telle que nous pourrions de nos jours l'appliquer h la Norvège ; et un
oHvitatibus, Liberique vindemiù exuherent. Sed hacfivtfaita, teu liera ratio efl, Utterit attrologiœ caricedatur. (Lib. i.) On Toit, par le doate dans lequel Colnmelle doui laisse , que de son temps ce changement n'était pas encore bien marqué; et comme il est très constant que la situation des corps célestes n'a pas changé, on ne peut l'attribuer qu'à l'amélioration de l'agriculture qui , tandis qu'elle tombait chee lesRomainsiponvait se perfectionner dans les Gaules, dans l'Asie et dans l'Afrique.
La physique nous apprend aussi comment les bois contribuent à conserver la froideur du climat, en interposant toujours des nuages et des brouillards entre le soleil et nous. Dans les pays découverts et cultivés, l'eau, en tombant sur la snrfiice de la terre, trouve des plans inclinés sur lesquels elle coule rapidement, pour se rendre dans de -vastes réservoirs. Les fossés i les canaux, les torrens, les fleuves sont autant de routes qui lui sont ouvertes. Au con^ traire, lorsqu'elle tombe sur les for£ts, elle se distribue sur les branches et sur les feuilles des arbres , et se piartage sur une infinité de surfaces. Dans cet éiat, elle se trouve comme les eaux saléessur les bttimens de graduation, c'est-à-dire, dans une disposition perpétuelle à l 'évaporât ion. D'un autre cdté, celle qui est parvenue au pied des arbres, et qui S'est répandue dans les bruyères et dans les rodées , n'étant exposée ni au vent , ni au soleil , ne se dissipe presque jamais. De ces circonstances naissent la fréquence des nuages et des brouillards, et l'humidité du terrain.
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autre de Strabon , qui nous apprend qu'au nord des Cévennes les raisins ne mûrissent plus. Or, on sait que la température de Tair tient encore plus à la nature du sol et à la perfection de l'agriculture , qu'à la plus ou moins grande distance de .Féquateur. Québec est à peu près à la même latitude que Paris; et cependant le Canada est couvert de glaces la moitié de l'année. Il en est de même d'une grande partie de la Russie, qui est beaucoup plus froide que l'Allemagne et la Hollande , quoiqu'elle soit plus méridionale. Et quant à l'immensité des bois qui couvraient autrefois l'Italie, on en peut juger aisément par la facilité avec laquelle les Romains construisaient les flottes les plus nombreuses. En général, nous ne pouvons concevoir ni les armemens de Xerxès , ni ceux des Carthaginois et des Romains, ni même , dans des temps postérieurs , ceux de Saint- Louis sur les côtes de Provence , si nous ne supposons pas qu'il y avait autrefois beaucoup plus de bois que de nos jours , et qu'on les trouvait presque toujours à portée des côtes. Tout le monde a entendu parler de cette forêt sacrée que César fit abattre lors du siège de Marseille. Or, on peut assurer que dans toute la Provence on ne trouverait pas un seul arpent de bois propre à faire des charpentes *. Le dessèchement d'une grande quantité de marais, l'écoulement procuré aux eaux stagnantes
' Du moins si Ton en excepte la montagne de TEslrellr et les pays voisins des Alpes.
dans uile infinité d'endroits, et surtout dans cette partie des Gaules appelée Belgique , sont encore de nouvelles preuves de l'augmentation de l'agriculture. Mais en voilà assez sans doute pour convaincre quiconque ne se sera pas fait un système, et n'aura pas entrepris de donner la torture aux: faits, pour en tirer quelques dépositions en sa faveur.
11 nous reste maintenant à examiner si la population a fait les mêmes progrès , question qui serait très épineuse , si deux savans Écossais, en rassemblant les meilleures autorités, tant pour l'affirmative que pour la négative, ne l'avaient placée dans le plus beau jour dont elle soit susceptible. ' M. Hume , cet écrivain , ce philosophe aimable , qui répand l'élégance dans la discussion , et l'agrément dans l'érudition, et qui, possédant surtout le talent de décider les autres, en doutant lui-même , sait toujours, sous l'apparence d'un scepticisme éclairé , se faire prévenir dans l'opinion pour laquelle il penche en secret; M. Hume a conjecturé et persuadé que les nations anciennes n'avaient pas été plus peuplées que les modernes. Nulle recherche n'a été épargnée de sa part pour mettre le lecteur en état de décider. Il avait eu connaissance de la dissertation de
' M, Home : Discourse of the popaloianess ofancient nalioni. M. WalUce ; Dissertation on the numbers of munkind. Cei deux morceani sont traduili. J'Igno» l'îls le sont fîdé-
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M. Wallace, qui établit une opinion directement opposée à la sienne. Il invita l'auteur à la rendre publique. M. Wallace le fit, et y joignit une réponse à M. Hume ; réponse dans laquelle l'érudition et la dialectique n'étant pas lout-à-fait exemptes de prévention, de sophisme, et même de dureté, décèle quelquefois le Calédonien dans l'ami des Grecs. Nous allons donner ici à nos lecteurs une idée des principaux argumens sur lesquels ces deux auteurs se fondent.
Selon M. Hume, il est peu important d'examiner si le monde peut vieillir, et si les espèces peuvent dégénérer, parce que le petit espace dont l'histoire a formé ses fastes, et qui sert à la comparaison dont il s'agit, ne doit offrir et n'offre effectivement aucune nuance qu'il soit possible de saisir. Quoique les maladies aient varié, il serait tout aussi difficile d'en tirer aucune induction : si les anciens en avaient que nous ne connaissons pas, les modernes en éprouvent qui étaient connues aux anciens. D'ailleurs, notre auteur a observé, avec beaucoup de finesse, que daiis toutes les sociétés policées la population est dans une espèce de gêne , et doit être considérée comme restreinte; de façon que, lorsque les contagions ont emporté un grand nombre d'hommes , les générations suivantes en réparent bientôt la perte (rf). Les nations sont alors dans le cas des colonies naissantes, où l'on voit ordinairement les peuples se
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multiplier dans une plus grande proportion que dans les métropoles. Cette observation ingénieuse s'est trouvée justifiée depuis par M. l'abbé Expilly, dont les calculs nous démontrent que les pertes occasionnées dans la Provence par la fameuse peste de I jio sont déjà réparées (*). Puis donc qu'il n'existe aucune raison physique à alléguer sur cette question, il est nécessaire de recourir aux causes poli- . tiques et morales qui pourraient influer sur la population.
La différence la plus marquée entre les mœurs des anciens et celles des modernes, c'est l'esclavage généralement établi parmi les premiers, usage barbare, qui sépara l'espèce humaine en deux classes, et qui aviht indignement la plus utile de toutes, puisque pendant long-temps les mains consacrées aux travaux de l'agriculture et de l'industrie ne furent pas plus libres que celles qui étaient destinées au service domestique. Or, si toute administration oppressive tend à diminuer la population, cette classe d'hommes abjecte et malheureuse dut se multiplier moins que les autres. A cette présomption générale, M. Hume joint les observations les plus ingénieuses. Il trouve que les esclaves des Grecs et des Romains étaient pour la plupart composés d'étrangers: c'était le produit des guerres et des pirateries. Des hommes, des femmes , emmenés en captivité, étaient vendus à un prix d'autant plus vil, (e) Oid,par lesvoùini.
qu'une plus grande quantité d'esclaves était conduite au marché; et ces expéditions passagères, ces événemens particuliers, qui mettaient des peuples entiers dans les fers, en causant une grande concurrence dans la vente , établissaient des prix bien inférieurs à ceux qui naissent d'un commerce journalier. Cette facilité d'avoir à bon marché des esclaves étrangers empêchait les anciens de laisser multiplier les leurs dans leurs propres maisons. Loin qu'ils encourageassent de pareilles éducations , on voit au contraire que les lois politiques et les principes des meilleurs économes s'y trouvaient directement opposés. Or, si d'un côté cette classe d'hommes, gênée dans sa propagation et surchargée dans ses travaux, devait tendre à se détruire, et si de l'autre elle faisait des recrues perpétuelles dans la classe des hommes libres que le sort de la guerre réduisait en captivité , n'en devait-il pas résulter un principe de dépopulation pour les hommes pris en général ? ' Mais, dira-t-o«, si les mœurs des anciens nous offrent quelques usages contraires à la propagation
' Parmi nombre de cruautés exercées contre les esclaves , ri rapportées par M. Hume, je ne citerai que l'usage établi à Rome d'envoyer dans une île du Tibre, pour les y laisser mourir de faim, tous ceux que leurs infirmités rendaient inutiles. Cette manière de donner les invalides ne fait pas grand honneur à ce peuple si vertueux. Nous avons déjà parlé de la chasse aux Ilotes j mais tout cela n'est rien. Il n'en est pas moins vrai que les Spartiates et les Romains
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de l'espèce humaine, ne trouvons-nous pas aussi dans leurs gouvernemens, dans leurs législations, de quoi compenser ces inconvéniens ? La Grèce, r Asie-Mineure , la Sicile et l'Italie étaient divisées en plusieurs petites républiques ; là , le partage des fortunes était plus égal , les armées moins' nombreuses, la paye des troupes moins forte, les dépenses , en général, moins onéreuses, toutes circonstances favorables à la population. Oui; mais d'un autre côté ces petits états étaient beaucoup plus souvent en guerre , les batailles étaient plus sanglantes, et les suites en étaient plus cruelles. D'ailleurs, les dissensions , les discordes civiles occasionnaient des massacres fréquens; et lorsqu'une action, après des combats opiniâtres, avait remporté l'avantage, elle ne manquait pas d'exiler tous ceux qui étaient dans le parti opposé. De là il résultait que parmi res peuples si heureux on ne voyait partout que des veuves , des orphelins , des bannis et des proscrits. '
étaient des hommes très Tcrtneux, et que nous autres mo~ (lemes, qui avons des hApilaux de Tteillards, d'incurables, d'orphelins, d'enfans-trouvés , etc. nous ne sommes qu'un amas d'hommes corrompus, {f)
' Voyez dans la tra^die A'Eichyle, intitulée let irpt Cheft devant Thèbes, la description des malheurs qu'éprouvait une ville conquise.
M. Hume remarque que, lorsque Alexandre ordonna à toutes les cités de la Grèce de rappeler leurs eiilés , te nom-
V Prenti gardt .ju'bk n'mmd'' fêlii ail pi'il lie In fflli.-
Mais si par hasard ces républiques divisées tom> baient au pouvoir d'un despote , rien n'égalait alors la cruauté avec laquelle il régnait; car on ne peut se dissimuler que si le gouvernement absolu est le partage ordinaire des grandes monarchies, la tyrannie proprement dite ne s'est guère élevée que sur les ruines des républiques. Je veux croire que nous n'ayons point d'idée de la sagesse des gouvernemens de Sparte et de Rome; mais on conviendra que nous n'en avons guère davantage d'une cruauté égale à celle des Denys et des Agathocle. Qu'importe la douceur prétendue de quelque législation ancienne , si cette douceur même conduit à la proscription et à la tyrannie ? M. Hume remarque très judicieusement que l'abolition de la peine de mort pour les citoyens romains a donné naissance aux cruautés de Sylla, de Marins et des triumvirs. En effet, l'assassinat dut compenser l'indulgence d'une loi qui était impuissante contre le crime, et qui
bre de ceux-ci se trouva monter à vingt mille. Sur quoi j'observe que cette considération sert encore à expliquer comment il arrivait autrefois que les villes nouvellement fondées se peuplaient en très peu de temps. En effet , les campagnes étaient remplies de bannis qui ne savaient où se réfugier. Dès qu'un asile leur était ouvert , dès qu'ils espéraient y trouver le droit de bourgeoisie, droit que de» bommes nés libres ne voulaient jamais perdre , ils ne manquaient pas d'accourir de tous côtés. C'est ainsi que Rome t'est peuplée, et non par la sagesse des lois et la perfectiou de l'agriculture.