DE I-A FÉLICITÉ
laissait l'existence aux citoyens les plus dangereux, '
On a toujours regardé le commerce et les manufactures comme des alimens de la population; mais partout où l'on verra l'intérêt de l'argent très haut, la navigation imparfaite, de petits voyages payés très cher, et des armateurs faire des profits exorbi' tans , on aura lieu de présumer que le commerce et l'industrie sont encore dans leur enfance. Or, M. Hume prouve que chez les Grecs et les Romains l'intérêt de l'argent fut toujours à douze pour cent; que souvent les biens-fonds, tels que des maisons ou autres immeubles, étaient vendus au prix de quatre années du revenu ; enfin , qu'un simple voyage d'Athènes dans la mer Adriatique, rapportait jusqu'à cent pour cent de retour. Il est vrai qu'on peut objecter que partout où le luxe n'a pas établi son empire , on n'a besoin que de l'agriculture pour soutenir une nombreuse population ; mais cette agrîcidture, subordonnée au simple nécessaire, qui n'est encouragée ni par l'exportation, ni^ar le bon prix des denrées, ni même par la facilité des échanges, peut-elle jamais £tre florissante? Et s'il arrive que dans quelques endroits elle soit seulement très féconde , ne doit-on pas l'attribuer à l'heureuse disposition du sol et du climat ? La bonne agriculture consiste moins à jeter des semences sur un terrain qui
' Voyez ce que nous avons dit plus haut , en parlant des
produit de lui-même, qu à vaincre la nature partout où elle est rebelle, à varier, à multiplier ses productions. Or, c'est un art que les anciens, et surtout les Grecs , semblent avoir ignoré. Columelle observe que, suivant Xénophon , tout homme pouvait être bon agriculteur , et qu'il ne fallait pour cela , ni grand travail , ni grande intelligence; sur quoi je remarquerai à mon tour que si le luxe et le commerce n'établissaient pas des ventes et des échanges, l'agriculture, en général, ne pourrait manquer de déchoir, parce qu'elle se verrait bornée aux seules productions de première nécessité. En effet, toutes les terres qui ne seraient propres qu'au chanvre , au lin , aux mûriers, aux bois de teinture, au safran, au café, à l'indigo, etc. , seraient désertes et stériles. Mais les hommes qui cultivent ces sortes de productions doivent pourtant être nourris aux dépens de ceux qui cultivent des terres à blé. Ils ne peuvent donc leur faire accepter leurs denrées qu'en provoquant chez eux une plus grande industrie, une agriculture plus riche , qui produise au colon un excédant de subsistance, et lui fournisse de quoi suffire à ses échanges.
M. Hume ne se contente pas de rassembler toutes les autorités, toutes les conjectures qui peuvent servir de présomption ; il passe à l'examen des faits , c'est-à-dire de tous les passages qui nous donnent quelques notions exactes de l'état de la population parmi les anciens ; et c'est ici qu'il nous devient im-