CHAPITRE IV
Dell moyenne andqoilé, et priDcipdemeDt dei Grecs.
h pourrais , en commençant ce chapitre , débuter, canme Mil ton, par saluer la lumière que je re- Ifoure après avoir erré long-temps dans les ténètra'. S'il faut encore appeler l'histoire à mon seconre , si l'on exige que je continue d'exposer le 'npport des cvénemens passés avec les principes que fù établis , ce no seront plus les contes puérils d'Hérodote ni les traditions fabuleuses rli's pnéles lue je devrai consulter. Je suis muni de rautoiitc des auteurs les plus respectables; je puis citer ces rémains célèbres qui servent encore de niodt'lcs dans ce siècle éclairé. Thucydide, Xénophon, Dio-
brioins de tous le* autres. Un passage de Denys sert encore tappnirer cette opinion. Romulus, vainqueur des Anttmuiïi «t des Ccniiiicn», en fait passer trois mille à Rome, ttMcoDIenle d'envoyer six cents hommes pour les remplaffr. C'est que six cent» hommes pouvaient rulliver la quan- 'itr de terres qui suffisaient à la subsistanc- <Ic trois mille. Dans la colonie de Caîenne, les nègres ne sont jamais 11 naitres; on ae contente de leur accorder s quinze jours pour cultiver les cliainps
t! njfspring' of heav'n , etc. (commencecLanl du Paradït pertiu).
dore, Pausanias, Plutarque , se prêtant un jour mvmtuel, ont suffisamment fait connaître la vérité. En effet , quelques variétés qu'un zèle patriotique , uïïi caractère superstitieux , un esprit dogmatique, aient pu mettre dans leurs récits , Darius , Xerxès , Thé^ mistocle , Aristide , ne passeront pas à la postérité avec des caractères moins reconnaissables et moins certains que Charles -Quint, Gustave, De Witt et Barneweldt. Du moment que nous arrivons à la guerre Médique , et surtout à celle du Péloponnèse , le voile de l'antiquité paraît se lever, et la lumière de l*histoire se répandre tout à coup sur les siècles passés. Au seul nom de la Grèce , l'enthousiasme se réveille, et nous retrace aussitôt les idées de vertu , de courage , de désintéressement et d'austérité, réunies avec celles de la perfection dans les arts , de la délicatesse dans le goût, et dû raffinement dans la volupté : tant l'admiration est capable d'allier les choses les plus opposées ! Pour nous , qui ne nous sommes proposé d'autre objet, en commençant cet ouvrage, que le bien de l'humanité , nous nous contenterons de tout rapporter à cette seule considération ; c'est sur elle uniquement que nous mesurerons nos éloges et nos critiques.
Quelques citoyens se réunissent par la persuasion d'un homme courageux et entreprenant * ; bientôt des édifices magnifiques s'élèvent, des vaisseaux in-
' Ce fut Thésée qui le premier rassembla à Athènes les peuples répandus dans TAttique.
Rombrables («) couvrent les mers , le grand roi est insulté, combattu , repoussé. Un grand nombre d'îles riclies et florissantes, une étendue immense de côtes , deviennent tributaires ; Athènes , Taimable et brillaote Athènes s^élève sur les ruines de la barbarie , et ses remparts formidables ne paraissent destinés qu'à procurer un asile aux arts et aux talens.
D'un autre côté , un génie ardent , profond , austère , imagine de réformer le gouvernement de son pays. Animé de Fesprit de patriotisme , il forme et exécute le projet extraordinaire d'éterniser l'enthousiasme en le perpétuant de race en race : l'orgueilleuse Sparte élève un front d'airain sur toute la Grèce , et se couvre de ses armes pour ne les quitter jamais.
Que d'exploits mémorables signalent le berceau de ces républiques ! Marathon , Platée , Salamine Micale, annoncent leur grandeur future. Dix -se] cent mille (*) hommes ont en vain débarqué dans 1 Grèce. Il reste deux villes : que dis-je ? il n'en rest plus qu'une; car Athènes est anéantie ou n'exist plus que sur les flots ; et cependant Xerxès est mi en fuite et poursuivi jusque sur un autre continent. De quels liens précieux et sacrés ne seront pa
ues qui viennent de partager entr û glorieux! Partout la tyrannie v
blés ! et du temps de Thémislocle on ei pour les forcer à bâtir des vaisseauj-
r8 DE LA FÉLICITÉ
disparaître ; une sainte association unira tous les membres de la Grèce à ces deux têtes révérées , et
la paix fleurira parmi les défenseurs de la liberté
C'est ici que nous sommes obligés de changer de langage , et de jeter un second coup d'o&il sur les mêmes objets. Peut-être en regardant de plus près ^ ne verrons-nous dans la république d'Athènes qu'une populace mal organisée, vaine, légère, ambitieuse, jalouse, intéressée, incapable de se conduire par elle-même, et ne pouvant soufFrir dans ses chefs la fortune qu'elle partage avec eux ; pleine de sagacité lorsqu'il s'agit de discuter, et la perdant lorsqu'il faut résoudre ; enthousiaste d'une vaine éloquence , toujours prête à abandonner le fond pour la forme, et les raisons pour des paroles ; un peuple enfin injuste pour ses alliés , ingrat pour ses chefs, et cruel pour ses ennemis. D'un autre côté , si nous revenons sur les Spartiates , et que nous les examinions plus en détail , au lieu d'y voir ce chef-d'œuvre si respectable de la morale et de la politique , nous ne saurons pas seulement comment les qualifier. Estce une nation ? Mais ils ne cultivent pas la terre , ils en méprisent les productions (0 , et se font un mérite de s'en passer , autant qu'il leur est possible. Est-ce une société? Mais les liens des familles , ceux du mariage , la paternité , l'amour et l'amitié y sont des choses inconnues. Les femmes ne sont liées à leurs
(c) JBt les gerbes de Ljrcurgue^ qui /ut si aise de les voir égales.
maris que d^une manière précaire et incertaine; les en&Ds n'appartiennent point à leurs pères ; la nature est condamnée au silence : une voix impérieuse se fait seule entendre , la patrie possède tout, prétend tout, réclame tout, et cependant elle ne donne, eUe n offi-e , elle ne promet rien. Qu'est-ce donc que Sparte? Une armée toujours sous les armes, si ce n'est plutôt un vaste cloître. En effet , si l'on considère d'un côté les exercices continuels, les simulacres degueiTe, le renoncement absolu aux arts, à l'agriculture («Oy au conmierce; et de l'autre, la discipline austère, les macérations, les réfectoires , les cérémonies publiques , etc. on se croit tantôt dans la for^**resse de Spandaw (0 > tantôt aux Camaldules. Ç cœur, à moins qu'il ne soit revêtu du triple airair I érudition , n'est pas saisi de terreur au récit < mœurs lacédémoniennes, comme à celui des ar rites des Fakirs ou des Jammabos ? (/)
Je crois entendre déjà des voix nombreuses ; ver contre moi , et m'objecter la puissance et la di de cette république. On me l'a fait voir trioni] d'abord des Perses et ensuite de tous les Gr< est vrai qu'on ne me dit pas que les Athéniens set décidèrent le succès de la guerre Médique, par
rathon * ; victoire dont un vain pr
{/.) Qu de la Trappe,
r qne cette victoire n'empécha " ss Perses : mais les Grecs aurai
8o DE LA FÉLICITÉ
texte, très suspect en pareille occasion, priva le; Lacédémoniens : on n'ajoute pas qu'ils furent vaincus tour à tour par tous les peuples de la Grèce, et même pai* les moins renommés , à commencer par les Messéniens, et à finir par les Thébains ' : on se
gagné la bataille de Platée, sans la confiance que ce premier succès leur avait inspirée ?
' La guerre des Lacédémoniens contre les Ilotes et le» Messéniens dura plus de dix ans avec des avantages balan* ces de part et d'autre. Cependant les Messéniens n'étaient pas des moines de la réforme de Lycorgue. Thucydide rap* porte (Liv. i ) que les Ilotes s'étant réfugiés à Ithome , les Lacédémoniens furent obligés d'emprunter le secours des Athéniens pour prendre cette Tille. Dans la fameuse guerre du Péloponnèse , les Spartiates furent battus en même temps sur terre et sur mer par Alcibiade. Dans une autre occasion , quarante-sept de leurs galères furent mises en fuite et dissipées par l'Athénien Phormion , qui n'en commandait que ▼ingt (g), Trasybule battit également Callicratidas, qui commandait la flotte des Spartiates. Personne n'ignore qu'ils furent totalement défaits à Leuctres et à Mantinée, et que si Épaminondas eût survécu à sa dernière victoire, c'était fait de Sparte. Mais ceux qui exaltent tant l'avantage que les Spartiates obtinrent sur les Athéniens à la fin de la guerre du Péloponnèse, se rappellent-ils que, dans le coun de cette guerre , les premiers firent la démarche humiliante d'envoyer des ambassadeurs demander la paix à Athènes, et même qu'un de ses ambassadeurs eut la bassesse d'avouei que ce n'était qu'au moyen des subsides du roi de Perse que ses compatriotes pouvaient soutenir la guerre ? ( Yoyei Diodore de Sicile. } U parait constant que les succès d< (g) Bravo !
PUBLIQUE. CH. IV. 8i
I garde bien d'avouer encore que ce ne fut (jue par les secours et l'argent des Perses qa'ih vinrent à
Sputt dui )■ guerre du Péloponnèse peuvent élre attribuéi i CCI Irait caïuet : la contagion d'Athènes , l'expédition de Sicile, et le tcconrs des Perse». Or je ne vois nul ra]>port (Blre ces trois causes et le» réfectoires de Lycnrguc.
QuntàVinjusl'ice qui régnait dans la politique de Sparte, t'étiii nne chose sî notoire parmi les Grecs, que Polybe, ni s'efTorcant de rendre le» Étoliens odieux par leur mauniw foi, les compare aux LaeédémoDÏens. Il cite en cette orcuion deux traits qai peuvent encore servir à les faire min» connaître. Pliœbidas, dit-îl , étant entré par trahison <i)nsla \ille de Thèbcs, et s'en clanl rendu maître, les Latnlrmoniens punirent l'auteur du complot, mais laissèrent farniion dans la ville. Après avoir fait publlc^r qu'ils reniiiitnl h liberté à toutes les ville» grccqne», iU y laissèrent toni les goiiTcmeurs qu'ils y avaient établis. lA'li'gaiit abréïiatïiir de Trogue-Pompée ne parait pas leur avoir élt- pi"" fatorable. Je citerai , entre plusieurs autres , ce pat< (Liï. 111, ch. Tit), où après avoir raconté comment dès, ayant eu de grandi avantages sur les Spartiates. I" lorça à conclure nne trêve de trente an» , il ajoute : la haine de ceux-ci ne put rtposcr si hng-Km/is , (■( bienlâi im "irpris lîei hommes et des dieux (cum contciriplu deoriii loDiinmnqne ) , //i vinrent porter le ravage dans l'Jttiqiii Si l'oD consulte Pausanias (Liv. IK ; ch. xxxn ; liv. x , cli. ix «lli». IV, ch. »v![), on verra pour combien la trahison ( Urnm.ni; — ...„. "nlrées dan» tous les succèi desSparlia u/des connut, sont les premii-r.t qui au icieiuc exemple de tenter ses riirirmii par dr ■Ire ainsi la victoire vénale.
n» cette note, où la crainte il'itrc a — "" ti*
Sià DE LA FÉLICITÉ
bout de subjuguer les Athéniens , leurs anciens al— liés (g). Mais quand il serait prouvé que c'est à sm. constitution seule que Sparte a dû sa splendeur et: $a durée , s'énsuit-il de là qu'une telle constitution ait dû mériter les éloges d'un siècle philosophe eC:^ éclairé ? Quoi ! si elle n'a rendu les hommes ni plus^ vertueux, ni plus heureux (A), ce qui revient autmême ; si elle n'a fait le bonheur ni de Sparte elle— même , ni de ses voisins , serons-nous encore asse^ aveugles pour lui prodiguer notre enthousiasme sur la foi de Xénophon et de Plutarque ?
Que si on m'allègue que les Spartiates étaient heureux malgré leur pauvreté et leur austérité, je répondrai que le penchant qu'ont eu la plupart de leurs magistrats pour les ricbiesses et les honneurs , prouve
de paradoxe nous a fait placer plusieurs pièces justificatives y par ime observation qui peut avoir quelque importance^ c'est que y malgré la sagesse si vantée des lois de Lycnrgue et de celles de Solon, tout l'efTet qui en a résulté pour les deux plus célèbres républiques de la Grèce, a été de donner à la première un esprit de rapine et de domination y et à la seconde un caractère de yanité et de légèreté qui ne se sont jamais démentis ; de sorte que Sénèque les a peintes en deux mots, lorsque, reprochant à Alexandre d'avoir tout fait plier sous ses caprices , il s'exprime ainsi : Lacedœmona servire Jubet ^ Athenas tacere,
{g) Ils se vendaient iuuc Perses, témoin la retraite des dix mille,
(h) Ah: plût à Dieu qu'heureux et vertueux fussent syno^ njmesl
assez qu'ils ne les méprisaient qu'autant qu'ils ne les connaissaient pas (<}. Voyez un Pausanias dans Fivresse même des succès de Platée vendre sa patrie au tjran dont il vient de triompher ; un Lysandre marchandant avec des Satrapes le sort de Sparte et d'Athènes ; un Gylippe qui pille sou général et fait connaître à ses compatriotes le vol en même temps
que les richesses Citoyens humbles et soumis
dans leurs foyers , tyrans altiers et ambitieux lorsqu'ils s'en éloignent (A) , ils ressemblent à ces moines hardis et intrigans , qui après avoir bouleversé des provinces et même des états, se trouvent contraints de rentrer dans leurs cloîtres, où ils se soumettent avec une indignation muette aux lois de l'obéissance €t de l'austérité.
Quant à la vertu des Lacédémoniens, ce qui vi d'être dit peut servir à la faire connoître. J'en af pelle à leurs admirateurs mêmes qui n'ont pu n déguiser l'inhumanité qui caractérisa ce peup qui n'a jamais eu d'exemple dans aucune contrée.
Nous voudrions pouvoir dissimuler qu'il y ail niais eu un gouvernement assez féroce pour se con duire avec les hommes comme l'on a coutume ( r: les bêtes sauvages qu'on veut détruire lor
ent à se trop multiplier. De même qu ns des battues de cerfs ou de sangliers , envoyaient leurs jeunes gens à la cha
po/ (/) Bravo!
des Ilotes. Dès que ces malheureux devenaient assez nombreux pour donner de Finquiétude à leurs maîtres, on leur tendait toutes sortes d'embûches, on se cachait derrière les broussailles, on courait les campagnes pendant la nuit, et tous les infortunés qui se présentaient sans défense , étaient àu^itôt égorgés (/). Ce qu'il y a de plus affreux, c'est qu'il ne faut pas regarder cette atrocité comme une fui^eur passagère ; elle était passée en usage , et portait le nom de Kruptia, du mot grec KpuV?» qui veut dire se cacher. La plume m'échappe des mains en racontant de pareilles horreurs, mais mon indignation tombe bien moins sur les Spartiates que sur les auteurs qui nous transmettent froidement ces faits épouvantables , et s'étendent avec tant de complaisance sur les louanges du peuple barbare qui s'en est rendu coupable (m). C'est ce qui m'a fait penser (}ue l'histoire , telle qu'elle est écrite , pouirait bien être une lectui*e très dangereuse pour les jeunes gens , et surtout poui* les jeunes princes. Il me semble que c'est un crime de lèse-humanité que de raconter un (ait atroce sans le dévouer à l'horreur de la postérité.
Après de pareils traits , il serait inutile de parler de l'injuste et basse jalousie, qui dès la fin de la guerre Médique porta les Spartiates à empêcher les Athéniens de rebâtir leurs murailles , ni des embûches qu'ils tendirent à l'immortel Thémistocle ; ni des Grecs , Athéniens ou alliés d'Athènes qu'ils firent
(/) Bravo! {m) Bravo!
égorger au commencement de la guerre du Péloponnèse; ni du conseil qu'ils donnèrent aux Syracusains de faire mourir toute l'armée athénienne qui avait été forcée de se rendre prisonnière ; atrocité dont ils donnèrent eux-mêmes l'exemple, lorsqu'après la bataille d'iEgos-Potamos , Lysandre non content de Ëûre égorger quatre mille Athéniens qui s'étaient rendus à discrétion , défendit qu'on leur donnât la sépulture; sur quoi Pausanias remarque qu'il fut plus cruel envers les Grecs, que ceux-ci ne l'avaient été envers les Perses.
Voilà les vertus de Sparte , voilà la morale de cette république qui fut l'exemple de la Grèce , qui a même tant de fois proposée pour exemple à nos si^ corrompus^ O philosophie ! o raison ! ô huma ne vous introduirez-vous jamais parmi les érudit les politiques ?
Il eût été du moins à souhaiter que la c< des autres Grecs eût conti*asté avec celle de démoniens; mais nous ne pouvons dissimu lliumanité fut une vertu presque généralemei rée parmi ces peuples. Inutilement les arts lettres vinrent-^ils fixer leur séjour dans^ Athè décrets portés contre Mitylène et contre les \
lonumens de cruauté qi :ité de notre philosoplu a pu s'accommoder de I est impossible de nier vnde.
massacre des prisonniers était regardé alors comme une chose permise par la loi de la guerre. Les Corinthiens , les Corcyréens et les auti*es peuples de la Grèce, pour être moins célèbres, ne furent pas moins cruels que Sparte et Athènes \ Enfin nous sommes contraints d'avouer que ce qu'on appelle le bel âge de* la Grèce fut un temps de torture et de supplice pour l'humanité. (•)
Hâtons-nous de prévenir les mauvaises censéquences qu'on poun*ait tirer d'un pareil aveu. Eh quoi ! me dira-t-on , cette épocpie dont vous parlez avec tant d^horreur , n'est-elle pas celle des premiers progrès des beaux-arts et des belles-lettres? Si leé hommes en* s'éclairant n'en sont devenus que plus méohans, qu'espérez- vous pour les temps présens et pour les siècles à venir ? quel rapport a donc le progrès des lumières avec la félicité publique?
Pieut-etre n'ejSt-ce pas encore ici le moment dé répondre à ces objections que le lecteur sera en état de réfuter lui-même, s'il se donne la peine d'aller jusqu'à la fin dé cet ouvrage. J'observerai pourtant que l'éducation de llesprit humain en général a toujours uiie marché lente et graduelle. Les arts agréables , tels que la peinture , la sculpture , Tarchitecture ; les
' Au commencement de la guerre d'Épîdanre y les Corcyriens , après un avantage remporté sur les Corinthiens leurs alliée , firent égorger tous ceux de leurs prisonniers qui ne se trétlvaient pas nés en Grèce,
(o) Quoi! sous Péridès?
taleos friïoles , tels que la poésie et la musique Ci>), en occupeDt l'enfance : le goût de la discussion vient ensuile, et fait rtgncravec soi la subtilité, la controverse, et cet art dangereux de disputer, que les Grecs appelaient èristique ' ," jusqu'à ce que les opinions étant devenues toutes également fausses et également spécieuses, la raison, lasse de flotter dans l'incertitude, se jette du côté du doute et de l'expérience ; ce qui forme jielit à petit la véritable, et, SI on peut parler ainsi, la dernière philosophie.
Je fais ensuite l'application de ce principe , et jeiamine quels progrès la phi!oso|)iitc et In politique ontfails parmi les Grecs. Quant à la philosophie, j'ai «eiK manières d'en jngt-r : en l'examinant en elleraême, et en observant les effets qu'elle a produits sur les peuples.
On sait assez qu'avant Socrate ° la philos'
(p) Ah', je liais que vous n'êtes ni musicien ni
'Cette subtilité (lniliale "*t«l ridicule par Lucien Mphislei soutenaient si bic Pétnellemeiit à dire latjlùt S'mçaient le pour cl le t.
florment en voilure , et di ■ntlleinent des sicncs de n
que est 1res plai ir*que, après avoir dit 1 leurs opinions, qu'il ctait p( /i, tantôt non, suivant qu' ire, il se compare à ceux q ! la lûte vacillante fait perp ation et d'approbation.
9ip se vantait d'avoir fait descendre lu |.iliilosop)j elle était rclégu<''t, po«r la ramener sur la leri renir que , pour celte fois-là , clic nft fil pas 1). crois qu'elle aurait été beaucoup plus ni Ile, no dans le ciel, où elle aurait pu dccouviir '- "■
avait absolument négligé la morale pour ne se repaître que de vains systèmes , de cosmogonie ' el de théogonie; que lors même que le goût de l'école se fut tourné vert la morale , cette science participa encore beaucoup de l'esprit dominant , et ne put jamais parvenir à s'asseoir siu* une base solide. Mais si nous jugeons des causes par les effets, comment pourrons-nous qualifier de philosophe un peuple livré à la superstition la plus extravagante ' ; un peuple cruel envers ses ennemis , plus cruel encore
tème planétaire, mais encore sur la surface de la terre, où, à force d'observer , elle serait parvenue sans doute a apprendre quelques jrérités physiques , lesquelles auraient été bien plus utiles aux hommes que toute la morale de Platon (7). Observons en passant qu'un bien plus grand nombre d'erreurs qu'on ne pense a pris sa source dans l'ignorance de la physique , et qu'il est impossible qu'à la longue une bonne physique n'amène pas une bonne philosophie.
^ Les Grecs ont eu plusieurs guerres de religion (r) avant la guerre du Péloponnèse. Il y en eut une qui eut à peu près le même objet que celle de la Perse par Philippe de Macédoine.
* Rien n'est plus ridicule que de voir, an commencement de la guerre du Péloponnèse, Sparte et Athènes , prêtes à se combattre pour le premier rang et la domination de la Grèce» débuter par se faire mutuellement des reproches puérils sur de prétendues profanations.
Eschine, dans sa harangue contre Ctésiphon, rapport*
(y ) Cela peut se combattre,
(r) Ce ne sont point guerres de dogmes ni de culte : il s'agissait da prés et de champs.
PUBLIQUE. CH. IV. h^j
I envers ceux que le sort lui a soumis ; un peuple enfin y qui, méconnaissant les bienfaits de la nature , et la manière d'en jouir, cherche tout son bonheur
* dans sa gloire , et toute sa gloire dans la guerre ? Non , si la sagesse est l'art de vivre heureux ; si la philosophie est vraiment Tamour de la sagesse , comme son nom seul le fait entendre , les Grecs n'ont jamais été des philosophes.
U ne reste donc plus que la science de la politique : il parait difficile au premier coup d'œil de la refuser à ces républicains célèbres. Mais dût-on nous accuser de témérité , nous n'hésiterons point à dire quils n'en ont jamais eu qu'une connaissance très imparfaite , assez semblable à celle qu'ils avaien la morale et de la philosophie. C'est ce qu'il facile de prouver, soit qu'on envisage la polit dans le rapport des nations entre elles , soit qu' la considère dans le gouvernement particulier chaque peuple. Sous le premier point de vue verrons les Grecs téméraires et inconsidérés dernier le projet d'une confédération néce presque aussitôt après l'avoir formée : l'espi tyrannie et d'usurpation s'établir dans les deux prmcipales républiques , sans que celui de l'équilibre soit
•«*nps de Selon, les Acrogallides et les Syriens
!mple de Delphes , Toracle ordonna qu'on
i ce» peuples , qu'on les réduisit en servitude ,
rât leurs terres â Apollon , Diane , Latone
fut exécuté par le conseil de Solo:
adopté par les autres ; Sparte et Athènes , ambitieuses sans principes , borner toute leur politique à établir à main armée chez leurs voisins , Tune l'oligarchie ', l'autre la démocratie ; la première enfin oublier assez et la justice et ses propres intérêts , pour avoir recours au roi de Perse , et se servir ainsi de ses ennemis pour nuire à ses alliés. («)
Si nous examinons ensuite cette politi<pie intérieure qui décide de la forme du gouvernement, nous verrons que les Grecs y ont mis, comme dans toutes les autres choses, beaucoup plus d'esprit que de raison. Cependant- quelque liberté que nous nous soyons donnée en parlant des Spartiates, nous ne
' Sparte ne s*est pas contentée d'établir l'oligarchie de préférence à la démocratie , elle a encouru à jamais le reproche odieux d'avoir favorisé la tyrannie ; témoin les trente tyrans d'Athènes et la protection qu'elle accorda à Denys le tyran contre les Syracusains.
Nous observerons encore qu'il s'en faut bien que nous soyons les seuls qui accusent ces-deux républiques d'avoir donné les premiers principes d'une politique pernicieuse à l'humanité. U y a long-temps que Salluste l'a dit expressé» ment (t) : Posteà verd quùm in Asid Cyrus y in Grœcid Lace^ dœmonii atque Athenienses cœperc urbes atque nationes subi" gère y Ubidinem ehminandi eaassam habere, maxinuun gto-^ riam in imperio putare , etc, in Catil.
(s) Il semble qu'il prenne à tâche de dénigrer tous les Grecs.
Trouve donc un peuple qui vaille mieux !
(<) SaUuste nt dit point cda espreaémmt. r
PUBLIQUE. CH. IV. yi
pouvons prononcer le nom de Lycurgue sans payer un tribut d'admiration à la sagacité de son esprit et à retendue de son génie. Nous ne nierons pas non phis que ses lois ne soient profondément pensées , et qull ne règne surtout une unité rare dans toutes les parties de son plan. Mais son projet était-il raisonnable ? Je passe sous silence la singulière idée de rendre tout un peuple soldat, et j'accorde que le Spartiate soit élevé uniquement pour les combats, comme Emile pour être charpentier (»); mais s'il ne h\i que des guerres défensives pour maintenir sa Kbertc, ne doit-il pas arriver tôt ou tard que, n'ayant ni murailles , ni défenses locales , il soit subjugué , comme effectivement il pensa l'être après la bataille de Leuctres? Si son courage et sa discipline lui donnent un avantage décidé, n'est-il pas certain que ses conquêtes changeront son esprit, et que peu à peu il prendra les mœurs et les vices des peuples qu'il soumettra *? Ne devoit-on pas prévoir aussi qu'un
(u) Emile vient là bien mal y car il est ridicule de ne faire d'un genUlhamme qu'un charpentier ; mais il ne l'est pas de ^tmlre un peuple tout guerrier.
' J'aurai plus d'une fois occasion de répéter qu'un état
d*«isance et de tranquillité , une riche agriculture et une
indastrie actiTe sont le terme auquel tendent tous les états :
ce qui me fait comparer la plupart des législateurs à des
gens d'esprit qui ayant rencontré une troupe d'hommes sur
ies chemins, leur ont donné d'excellentes règles pour se
conduire en route ; mais comme ils n'ont rien prévu pour le
jour de l'arrivée > et encore moins pour rétablissement.
î)a DE LA FÉLICITÉ
jour Fart militaire se perfectionnerait , et que Targene* serait aussi nécessaire à la guerre que le courage? Dans ce cas était-il naturel que Lycurgue comptât que sa république serait soudoyée par des tyrans ennemis de la Grèce? D'ailleurs cette différence entre l'austérité de la discipline à Sparte, et l'aisance dont on jouissait à l'armée ; ces rois qui n'étaient rien en temps de paix et qui étaient tout en temps de guerre, ne devaient-ils pas être cause que la république serait engagée dans des guerres difficiles et périlleuses, qui finiraient parja ruiner ou l'asservir? Si Von m'objecte que les lois de Lycurgue ont été en vigueur pendant plus dç six cents ans, je répondrai que les voisins de Sparte ont été pendant très long- temps des peuples peu instruits et mal policés, et que cet exemple n'est pas plus singulier que celui des ïroquois et de beaucoup d'autres nations américaines, qui ont vécu très long - temps sous les mêmes lois. Athènes n'a commencé à être vraiment florissante qu'après la guerre Médique ; et de cette époque à la
GCUe multitude , parvenue au terme de son voyage, s'est trouvée toute déconcertée , et n'a su ni s^ fixer , ni retourner suj: ses pas.
Tel est peut«étre à présent le sort des colonies anglaises.... pans ce cas , Locke a été le plus sage des légblateurs, comme Lycurgue le plus téméraire. Le premier a stipulé que ses lois pour la Pensylvanie («) n'auraient de force que pour cent ans; l'autre a, dit-on^ sacrifié sa vie pour rendre les siennes étemelles.
(«) Locke ^fak des lois pour la Caroiinê, et mmpOMr la Beasylvank.
bataille de Leuctres il n'y a guère plus de cent ans» Les Tbébams , qui dans cette action pensèrent renverser Sparte de fond en comble, n'étaient connus au coimnencement des guerres antérieures de la Grèce que par le mépris qu'ils s'étaient attiré dans la guerre Médique. Vingt ans se sont à peine écoulés entre la bataille de Mantinée et l'asservissement général de la Grèce par Philippe et par Alexandre son successeur; ainsi l'événement condamne la constitution lacédémonienne plutôt qu'il ne la justifie; en cela, il se trouve d'accord avec la nature qu'elle eflhue, et la raison qu'elle ne persuade pas. '
Pour Athènes, il est inutile de se mettre en frais pour prouver que son gouvernement était vicieux. Tout le monde a lu Démosthène et Thucydide, deux Athéniens célèbres, qui ont pris tant de soin de nous peindre les mœurs de leur patrie , et qui ont également excellé, l'un par la force, et l'autre par la vérité de son coloris.
' U faut voir ce que dit Polybe ( Liv. vi ) sur les républiques de Sparte et de Rome. Il prouve que les lois de Ljmifine ne pouvaient s'accorder avec Tagrandissement de ia république y quoiqu'elles parussent toutes dirigées Ters ce but ; au lieu que les Romains pouTaient s'agrandir par ies principes mêmes de leur constitution. Or, voilà la seule £içon de juger les gouvememens anciens : si aucun d'eux n'a eu en vue le bonheur des hommes , mais seulement leur puissance , il faut les condamner toutes les fois qu'on les voit renfermer en eux-mêmes un principe contradictoire à U un qu'ils se proposent.