‹ De la félicité publique; ou, Considerations sur le sort des hommes dans les différentes epoques de l'histoireChapitre 8 sur 49 · I>£ LA FÉLICITE · texte numérisé non relu

I>£ LA FÉLICITE

. En général , il paraît que le gouvernement d'Athènes n'a jamais été en grande considération. Qu'est-ce en effet que ce sénat de quatre cents personnes , et ce mélange d'aristocratie et de démocratie , qui établit des distinctions dans les propriétés, sans mesurer l'influence (/) dans les affaires à ces mêmes propriétés ? Tout était porté en dernier ressort à une populace, qu'on pouvait assembler et haranguer sans forme et sans précaution.

Il serait inutile de parler des autres peuples de la Grèce; il suffira de dire que leur gouvernement se réduisait à une oligarchie tyrannique, ou à une démocratie tumultuaire, lesquelles dégénéraient toujours en deux fiicttons , celle des grands et des petits , du peuple et des riches.

Si nous ne craignions d'anticiper sur les réflexions que nous devons rejeter à la fin de cet ouvrage, il nous serait bien doux de nous arrêter ici à la comparaison des républiques modernes avec celles des anciens. Quels sujets d'admiration ne trouverionsnous pas dans la sagesse qui préside aux gouvernemens fédératifs de la Suisse et de la Hollande (s); dans la permanence de ces gouvernemens, et surtout dans l'héroïsme qui les a fondés;. héroïsme fait pour exciter l'intérêt en même temps que l'admiration , puisqu'il porte sur des sentimens naturels , je veux

{y) Mesurer une influence!

(t) Frai et beau; mais l'assassinai des De f^it! etie cou ffe Bornes>eldt!

dire Famour de la propriété ou le désir de vivre avec sa femme y d'élever ses enfans, de cultiver son champ et de louer son Dieu de la manière qui plaît et qui coDTient le plus ! (m)

Mais, diront les admirateurs de l'antiquité, nous vous laissons librement nous conduire de raisonnement en raisonnement jusqu'à enlever aux Grecs les deux choses sur lesquelles ils ont été jusqu'ici le plus en possession d'être loués ; mais il n'est pas de sophisme assez spécieux pour nous persuader que ces peuples n'ont pas excellé dans la poésie, l'éloquence, la peinture et l'architecture. Or, si vous ne pouvez leur ravir cette louange , êtes-vous fondés à croire (|u'ils n'ont pas excellé pareillement dans les parties sur lesquelles vous les condamnez si légèrement?

Cet argument aurait, sans doute, quelcjue force , s'il bllait juger sur un seul aperçu ; mais il tombera de lui-même si nous trouvons là raison pourquoi la perfection des beaux-arts a dû précéder de beaucoup celle des sciences rationnelles (66). Cet objet pourrait seul fournir la matière d'une dissertation; mais il nous suffira d'^observer ici : i®. Que moins les peuples sont instruits, plus ils sont susceptibles d'avoir IWgination poétique , et que vraisemblablement il p a manqué qu'une belle langue et une plus grande célébrité à nombre de peuples barbares pour nous tnmsmettre des ouvrages de poésie semblables à

(aa) Bravo !

[bb) Tout cela peut être combattu.

ceux des Grecs ; témoin les poésies Erses ' {ce\ celles^ des Scandinaves, etc. 2^. Qu'il est tout naturel quel'éloquence fleurisse chez un peuple qui est gouvernépar des orateurs. En effet, cet art tenait tellement à la nature du gouvernement, qu'il fut poussé L sa perfection à Athènes, et absolument inconnu à Sparte. 3^. Que la grande superstition des Grecs les ayant engagés à bâtir beaucoup de temples, et à ne rien épargner pour ce seul objet, l'architecture de décoration dut faire beaucoup de progrès parmi eux; je dis l'architecture de décoration (<<(0, car on ne voit pas qu'ils aient approché de nos architectes modernes dans l'entente des intérieurs; nouvelle preuve que c'est à la fureur de bâtir des temples qu'ils ont dû leurs progrès dans l'architecture. Quant à la sculpture , on sait assez que la gymnastique seule a sufH pour former d'habiles sculpteurs. Des hommes qui devaient paraître en public tout nus («»), ne pou-

^ Voici un problème à résoudre pour les littérateurs philosophes. Pourquoi tous les sentimens exprimés dans les poésies Erses sont-ils des sentimens nobles et sublimes, tels que l'amour, la gloire, Thonneur, le respect pour les ancêtres , le patriotisme , etc. ; tandis que ceux que nous trouvons dans V Iliade sont bas et vils , comme , par exemple , le désir du butin, la plate ambition d'avoir une meilleure part dans les festins, Tachamement à une vengeance lâche et cruelle, etc.?

(ce) Eh , Fùtffoll supposé pew un Écossais !

{dd) Faible.

{ee) Et les Indiens vont tout nus.

vaient manquer d'avoir le plus grand soin de leurs tailles, et d'en connaître exactement les beautés et les déiauts. Il fallait dans les jeux publics , au milieu delà lutte j A\x pugilat j A\x pancrace, étudier ses attitudes, et donner autant à la grâce qu'à la force. Quelle école pour les peintres et les sculpteurs! Les modernes n'ont que des visages pour inspirer les arts, je dirais presque les sentimens. Aussi, voyez ce qu'on fait pour eux. Que de peintres de portraits, en bustes, en bracelets, en tabatières, etc. ! Imaginez donc ce que devaient être les sculpteurs Grecs, eiupour qui le visage n'était qu'un objet subalterne et secondaire. (Jt)

Que le lecteur juge maintenant. Nous nous soumettrons sans peine : car nous assurons que nous ne sommes ni enthousiastes , ni détracteurs de l'antiquité. La seule grâce que nous lui demandons Csr^}, c'est de ne pas regarder ces réflexions comme un hors d'œuvre, et de se rappeler que notre objet étant de considérer les progrès de l'esprit humain relativement à la morale et à la politique, il était d'autant plus important d'arrêter nos regards sur ce peuple célèbre, qu'il nous offre au premier coup d'oeil cette triste observation : Que les progrès de l'esprit humain n'ont tourné en aucune façon au profit des peuples (AA). Combien ne nous était-il pas nécessaire,

(ff) Le visage fut toujours le premier objet.

{gf) Grâce difficile à obtenir,

[hh) A-t-on été plus heureux sous Richelieu que sous Périclès?

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