‹ De la Félicité publique, ou, Considérations sur les sort des hommes dans les différentes époques de l'histoireChapitre 16 sur 63 · TOME i · texte numérisé non relu

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l'ennemi, il faut veiller sur elles-mêmes ; et c'est ainsi qu'une république qui paraissait souveraine de l'Afrique, de l'Espagne et de la Sardaigne, finit (») par avoir pour ennemis les Espagnols, les Africains et les Sardes.

D'après ce tableau, il est aisé de juger si les Romains qui ne s'étaient agrandis qu'en repoussant leurs voisins , et qui s'étaient même plutôt arrondis qu'agrandis , devaient avoir l'avantage sur les Carthaginois. Placés au centre de l'Italie dont ils s'étaient rendus maîtres, leur flotte pouvait aisément dominer

sur les deux mers , et leurs armées se porter rapi-

dément partout où l'ennemi oserait paraître l. D'ailleurs dans la première guerre Punique , les Romains ne furent qu'auxiliaires : Syracuse en fut l'objet ; et puisque cette puissance , sous Gelon , sous Denys , 'sous Agathocle, avait bien pu résister souvent à Carthage , et même la mettre à deux doigts de sa perte, il n'est pas étonnant qu'avec un tel allié Rome ait obtenu quelques succès. Sans doute que si Hiéron eût vécu plus long-temps, il aurait su balancer le pouvoir de ces deux redoutables ennemies, et qu'il se serait appliqué à délivrer la Sicile de toute

(if) Ce n'est pas par là qu'elle finit.

1 Strabon pensait que la situation de Rome avait beaucoup contribué à l'agrandissement de la république : c'est le jugement d'un géographe. Montesquieu en trouve toutes les causes dans la nature du gouvernement : c'est le jugement d'un jurisconsulte. Voye* Staab. liv. vi.

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armée étrangère. Encore aurait-il eu de la peine à y parvenir, parce que cette île renfermait nombre de petits états différons, tous divisés d'intérêts, tous jaloux les uns des autres. Mais le règne d'Hiéronyme " donna occasion aux Romains de la protéger; et rien n'est plus dangereux que de se laisser protéger par une puissance ambitieuse; car le prétexte spécieux dont elle se couvre, prévient ce premier effort dont toute nation jalouse de sa liberté est toujours susceptible.

Mais tandis que les Romains, semblables à un athlète qui a remporté la victoire sans être fatigué du combat, se plaisaient à jouir de leurs propres forces, J'empire de Cafthage est ébranlé jusque dans ses fondemens. La guerre des mercenaires , plus terrible cent fois que celle des Romains, fait couler des ruisseaux de sang, et jette la confusion dans le gouvernement. C'est alors que Rome, contre la foi des traités, contre cette décence même, qu'on sait au moins conserver de nos jours au milieu de l'usurpation , s'empare de la Sardaigne , et par là se rend la maîtresse de la Méditerranée.

La seconde guerre Punique ne tarda pas à se railumer. C'est ici que les Romains vont enfin se faire connaître. Quelques droits qu'ils aient prétendu acquérir sur notre admiration , ils vont les perdre en peu d'années. Un seul homme a fait tomber le masque : ce n'est pas même Cartilage, c'est Ani^bal seul qui se mesure avec cette puissante république. Quelle

suite étonnante de défaites! Quels exemples multipliés de faiblesse dans les conseils, de lâcheté dans les combats!

Cependant Rome n'a paé succombé.... Cela est vrai; mais s'ensuit -il que les Romains aient donné les exemples d'une fermeté, d'une constance admirables; que Fabius soit un des plus grands généraux de l'antiquité, et que Rome ait prévalu enfin par le nerf de sa constitution, par son seul ascendant sur Carthage? Cette question a souvent été décidée pour l'affirmative, et nous ne pourrions la traiter ici sans tomber dans beaucoup de lieux communs dont le lecteur a dû être fatigué plusieurs fois. Nous aimons donc mieux hasarder quelques réflexions sur le projet xTAnnibal , et nous avouons qu'il nous paraît le plus extravagant, le plus téméraire qui soit tombé dans l'esprit humain. Ce n'est certainement pas que nous prétendions blâmer les diversions hardies; mais quel est l'objet d'une diversion? C'est de frapper un coup terrible et inopiné. C'est ainsi qu'Agathocle, laissant Syracuse assiégée, se présenta tout de suite devant les murs de Carthage. Mais la rapidité nécessaire à ces opérations demande qu'elles se fassent par mer; que les premiers succès soient faciles; que la terreur imprimée aux ennemis soit soudaine et imprévue.

Sur ces principes jugeons de la conduite d'Annibal. Estyl d'expédition plus longue, plus laborieuse, plus rebutante'-que de traverser les Pyrénées jet les

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Alpes, et de donner aux soldats les fatigues, les maladies, la misère, pour le prélude d'une guerre sanglante ? A quoi ont tenu ses premiers succès ? A la trahison de quelques paysans, à la foiblesse des montagnards, et plus encore à l'impéritie des généraux romains , qui ne défendirent ni le passage du Rhône , ni les défilés des Alpes. Je passe sous silence les victoires inattendues du Tésin et de Trébie ; mais que dira-t-on de la marche d'Annibal dans les marais de Clusium , de l'imbécillité les généraux romains qui donnent ensuite à son armée le temps de se ré* tablir, et qui la combattent à Trasimèneau moment où ils devaient se contenter de la tenir en échec, et de la laisser dans l'embarras de prendre des quartiers d'hiver? Quoi! si FrédérioJe-Grand a été accusé de témérité une fois dans sa vie , parce que le siège d'Ol~ roultz (M) a traîné en longueur, parce que les effort* des Autrichiens pour se mettre en campagne ont été presque incroyables ; Annibal pourra-t-il se justifier d'une entreprise dans laquelle un seul échec devait causer sa ruine , tandis que la victoire même ne pou* vait lui donner des succès?

Peut-être m'objectera-t-on que si la fortune a servi ce fameux Carthaginois dans le commencement de son expédition , elle signala bientôt son inconstance lorsque le sénat de Garthage refusa d'envoyer en Italie les secours nécessaires pour continuer la guerre; mais je répondrai, i°. qu'avant d'être à (kk) C'est à la bataille de Kolin, et il l'avoua. (Eu 1757.)

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portée de recevoir des secours d'Afrique, Annibal avait surmonté les plus grandes difficultés de son entreprise, et que par conséquent il s'était déjà soumis à tous ces événemens, dont un seul aurait suffi pour le perdre , s'il eût été défavorable. a°. Que tout son crédit à Carthage n'était fondé que sur une faction , et qu'il devait savoir que lorsqu'une république est partagée en deux factions , celle qui a des avantages au dehors est exposée à perdre son crédit au dedans, parce que les grands succès font naître l'envie, et éloignent en même temps la crainte, qui peut seule maintenir l'ordre dans un état divisé. Rien n'était donc plus facile à prévoir que la chute de la faction Barcine> et rien n'était plus téméraire que d'attendre des secours d'un sénat jaloux qui n'avait pas même approuvé cette diversion. Ainsi il ne faut plus s'étonner qu' Annibal ait été chassé d'Italie , mais qu'il ne l'ait pas été plus tôt ; il ne faut pas admirer les Romains qui combattaient dans leur propre pays, et qui pouvaient toujours opposer quatre armées à une seule; mais Annibal, qui, dénué de tout secours et affaibli par. ses propres victoires , se trouvait réduit à faire une défensive dans le sein même du pays ennemi : il faut louer surtout cette supériorité de génie qui , dans les désastres comme dans les succès , sut lui asservir un ramas de nations barbares, et lui fit maîtriser leurs âmes au point d'y substituer, quand il le fallut, la constance à l'audace, et le dévouement à la présomption.

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Parmi tant d'événemens célèbres arrivés pendant la seconde guerre Punique , je ne dois pas en oublier un qui me paraît encore plus étonnant que l'entreprise d'Annibal, puisque c'est une espèce de, récidive de la faute commise par ce grand général*: je veux parler du secours amené par Asdrubal et défait par les consuls Livius et Néron. Il m'est impossible de ne pas réclamer contre la prévention , qui n'a eu garde de laisser échapper cette occasion de prodiguer des louanges aux Romains ; comme si ce n'était pas le comble de la folie, que d'imaginer de partir d'Espagne , de traverser les Alpes et l'Apennin , pour marcher au secours d'une armée bloquée, pour ainsi dire, dans le Brutium (tf), et se soutenant à peine dans cette extrémité de l'Italie ; et comme si la marche dérobée de Néron n'était pas, en pareil cas, la manœuvre la plus indiquée et même l'A B G de l'art militaire. Annibal avait -il bien pu se flatter qu'il traverserait paisiblement l'Appulie, la Daunie, le Samnium et le Picenum , pour se joindre dans l'Ombrie avec Asdrubal ? Peux armées qui viennent ainsi par deux côtés opposés ne sont -elles pas toujours exposées à être battues en détail ? Sans doute que celui que nous avons vu, presque daqs le même temps, victorieux en Saxe, en Silésie et en Poméranie ; celui qui , se trouvant comme renfermé entre trois armées formidables, et prêt à en voir une qua-

(//) Contradiction.

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trième fondre sur lui , sut ,% à force («m) d'adresse et de victoires, dissiper en quinze jours tous ces orages réunis; sans doute, dis -je, que ce grand homme , qui n'a contre sa gloire que d'appartenir à nos temps modernes, se serait trouvé bien à son aise , s'il eût été dictateur de Rome lors de l'entrée d'Annibàl en Italie. Il eût ri de la témérité de ces barbares; et ce que Livius ne fit que par ignorance, il l'eût fait par politique , c'esfrà-dire qu'au lieu d'arrêter Asdrubal au débouché de l'Apennin , comme cela eût été facile à quiconque aurait su la guerre défensive , il l'eût laissé s'avancer dans la plaine pour avoir l'occasion de le détruire dans un seul combat.

Tant de fautes de la part des Carthaginois , tant de désastres qui en furent les conséquences , durent bien accélérer les progrès des Romains en Espagne et en Sicile. Aussi Scipion ne leur proposa-t-il sa fameuse diversion que comme une entreprise dont le succès était infaillible , et son départ même eut-il plutôt l'air d'un triomphe que d'une expédition périlleuse. Annibal vola au secours de Carthage ; mais quel spectateur éclairé put alors douter de l'événement? Gomment imaginer qu'une armée harassée par une guerre longue et désastreuse ne serait pas épouvantée du contraste accablant qu'elle trouva dans les plaines de Zama ? Qu'était-ce encore que cette armée ? La phalange carthaginoise n'en formait

(rnm) Ajorce de notre maladresse.

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pas le tiers. Le reste était des auxiliaires malintentionnés, ou dés mercenaires dégoûtés , qui n'avaient plus devant les yeux que le péril à la place du butin. On a blâmé Annibal d'avoir placé ses mercenaires en première ligne ; il fallait le plaindre d'être dans le cas de se défier d'eux au point de n'en espérer aucun effort , à moins qu'ils ne fussent soutenus , ou pour mieux dire gardés par les nationaux.

<(*») Mais quelque désavantage qu'ait eu Annibal, rien ne peut cependant atténuer la gloire de Scipiori. Ce héros dans ses premiers travaux brille d'un éclat qui lui est propre. Quelque chose de divin domine dans son caractère et se fait remarquer jusque dans

sa fortune Heureuse Rome ! patrie des Scipion

et des Emile , pourquoi t'avilir par des louanges frivoles et pédantesques ? Pourquoi prétendre tTionorer par des jugemens si différens de ceux que tu portes sur toi-même? Pour moi, si je veux t'offrir l'hommage de mon admiration , je me. transporte en idée dans tes places publiques , lorsque Marcellus étale à tes yeux les merveilles de la Sicile , ou plutôt lorsque Emile conduit à son char des rois précédés de leurs richesses immenses. Alors je te donne avec transport les titres que tu t'es arrogés toi-même. Je loue ta fortune , ta fortune dont tu fus jadis si orgueilleuse, et à qui tu te fis gloire d'attribuer ta puissance, plutôt qu'à ton enfance barbare, à tes

(a«) Quel rapport de touteela à la félicité publique !

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lois incertaines, à ton gouvernernement orageux, à tes vertus mêmes, qui ne furent jamais plus célébrées ' que dans ces temps malheureux oit tu n'eus que des précepteurs à la place de tes héros. K

Cartilage vaincue, Rome se trouva maîtresse du monde entier : car qui pouvait désormais lui résister? Philippe, Antiochus et Persée, entourés de voisins jaloux et de rois leurs ennemis, devaient -ils se flatter de faire plus que Carthage ? C'est icf surtout que la fortune romaine se manifeste. Rome triomphante , ou pour mieux dire Rome devenue riche , aurait pu s'amollir; les richesses auraient dû amener ie luxe , et le luxe la jalousie entre les citoyens , laquelle à son tour aurait conduit sur ses pas les

I « Proinde ab hoc orsurus aliquis initie... ipsos in testi- « monium vocaverit Romanos ut qui plus fortunx quam vir- « tuti retulerint. » Plut, de Fort. Rom.

II faut lire ce petit traité de Plutarque. On verra que , si l'on néglige quelques idées superstitieuses, les jngemens qu'il porte sur les affaires des Romains paraissent les mêmes que -ceux que nous osons hasarder ici. Or, comme on. ne peut soupçonner Plutarque d'injustice à l'égard des Romains , auxquels il a presque toujours prodigué la flatterie , il 7 a lieu de croire que cette opinion n'avait rien de choquant pour eux. On sait encore que les empereurs avaient coutume de placer dans leur propre chambre une statue d'or qui représentait la Fortune. Lorsque Marc-Aurèle se vit près de mourir, il ordonna qu'on la portât chez son successeur; ce qui fut regardé comme un signe qu'il renonçait à l'empire.

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troubles et la discorde civile : il ne fallait pour cela que quelques années de repos ; mais la mauvaise politique de Philippe et la présomption d'Antiochus la sauvent de ce danger. Au lieu de temporiser , au lieu de se contenter d'opposer une digue au torrent, ces deux princes osent combattre une nation aguerrie par de longs travaux et encouragée par lçs plus brillans succèç. C'est une démence si marquée qu'on est presque dégoûté d'en chercher les motifs ; mais comme il ne suffit pas à la véritable philosophie de savoir, que les hommes se trompent, et qu'il lui faut encore chercher comment ils se sont trompés, nous allons hasarder quelques réflexions sur les causes de ces événemens singuliers.

Quelques avantages que Rome eût remportés jusque-là 9 on ne peut se dissimuler qu'elle n'avait pas encore acquis une grande considération parmi les Grecs. Ils traitaient tous ces exploits de guerre entre barbares, et l'on se rappelait plutôt l'expédition de Pyrrhus que la bataille de Zama. On voit même qu'au commencement de la guerre de Macédoine les Romains n'avaient encore pour alliés que les Etoliens , peuple haï et décrédité dans toute la Grèce, qui s'attribua cependant tout le succès de la bataille de Cyno-Céphale , et se vanta d'avoir seul triomphé de Philippe. L'orgueil, la vaipe présomption , étaient les vices ordinaires aux Grecs de ce temps-là. Il n'y a pas lieu de douter qu'ils ne commencèrent à craindre la puissance des Romains qu'au moment où ils

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en sentirent les funestes effets. Pour Attale et Eumène son fils, qui servirent «les Romains dans les guerres de Macédoine et de Syrie, on peut les regarder comme des rois de fortune. Ghancelans, mal /étabus , et surtout très jaloux des grandes monarchies voisines, il$ ne virent aucun danger à seconder une république dont ils croyaient avoir bien moins à craindre qu'à espérer. (<»)

Au milieu de ces monarchies naissantes ou expirantes , au milieu des convulsions dont ces nouveaux empires, restes de la puissance d'Alexandre, étaient sans cesse agités , les républiques grecques trop faibles, trop désunies pour exister par elles-mêmes, ne laissaient pas d'ajouter des forces considérables au parti qu'elles embrassaient.. C'étaient des poids qui servaient à compenser les balances , et qui passaient perpétuellement d'un bassin dans l'autre. Cependant toujours bercées par le souvenir de la liberté et de l'indépendance , elles tendaient les bras au premier qui leur en présentait l'image. Or , les Romains ayant* fait publier par Quintus-Flamininus qu'ils voulaient que la Grèce redevînt libre, et que toutes les villes fussent délivrées des garnisons étrangères , les Grecs furent assez dupes pour imaginer que la face de la terre allait être encore changée , et que Rome conspirerait avec eux pourabolir partout le pouvoir absolu. En* effet , c'est une chose digne d'être observée

(00) Cela même fait l'éloge de la politique romaine*

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qu'avant les conquêtes d'Alexandre, le despotisme n'était connu en Europe que par le voisinage des Perses. Il sortit alors tout à coup c(u sein de l'armée grecque ; mais comme il n'avait pour lui ni l'antiquité des empires, ni l'ancienneté des familles royales, ordinaire soutien de l'autorité , son règne fut toujours précaire , et il n'avait encore acquis aucune consistance. Les peuples retournèrent donc à la liberté comme à leur état naturel ; mais c'était un piège terrible Jjp) que Rome avait tendu à la partie la plus éclairée du monde ; et ce bienfait apparent n'eut d'autre effet que de rompre toute fédération, tout lien, tout système politique parmi ces peuples malheureux, qui n'eurent plus, à la place du sentiment délicieux de la liberté , que la conviction de leur propre faiblesse.

Sans doute il eût été plus sage aux Grecs de se réunir entre eux et même avec Philippe pour empêcher les Romains de s'agrandir de leur côté ; mais dans les petites républiques où l'esprit de parti tient toujours la place de l'esprit de patriotisme , on aime mieux périr avec ses ennemis que de leur céder le moindre avantage. Il n'était point de tyran qu'une faction n'eût préféré à un magistrat d'une faction opposée, et la ligue des Achéens qui n'avait pas craint d'appeler Philippe à son secours, lorsqu'il s'agissait de combattre les Étoliens, abandonna

{jtp) Autre iloge de Rome.

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Persée , lorsqu'il fallut résister aux Romains. Pour Antiochus , sa présomption , son orgueil asiatique , Féloignement dans lequel il voyait encore les forces des Romains , et plus que tout cela les mécontentemens qu'il -donnait aux Rhodiens , furent la cause de sa ruine. Je ne parlerai p^s de Persée , parce que ce prince parvint au trône dans des circonstances si malheureuses , qu'il n'avait plus à choisir qu'entre la guerre et l'esclavage. Ainsi , quelque mauvais que fussent les succès qu'il dût attendre de ses efforts , ils étaient devenus nécessaires.

Telles sont les fautes de politique qui frayèrent le chemin par où les Romains devaient passer pour arriver à la monarchie universelle. Nous avons vu ce peuple donner des lois à l'Europe , à l'Asie et à l'Afrique : mais , semblables à ces émissaires qu'on envoie avant la guerre pour sonder les intentions des princes , examiner leurs forces et apprécier les secours qu'on peut en espérer , nous avons parcouru le monde entier pour nous former une idée plus juste des entreprises des Romains et des causes de leurs succès; tout au contraire de ceux qui, bornant leurs recherches à l'étude des lois romaines, peuvent être comparés à ces citadins paresseux à qui Paul- Emile reprochait de discuter vainement les affaires dans la place publique , tandis qu'au moment où le consul partait pour quelque importante expédition , ils se contentaient de l'accompagner jusqu'aux portes de la ville, en lui souhaitant d'heureux

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succès \ Le fruit de nos réflexions a été de nous convaincre que les principes de la puissance romaine ont existé plutôt au dehors qu'au dedans de cette célèbre république. Examinons maintenant les effets de son gouvernement , relativement à ellemême , et l'influence qu'il a eue sur le sort des autres peuples.

1 Voyez le discours que Plutarque plaie dans la bouche de Paul-Émile, lorsque ce général part pour la Macédoine. Ce passage est curieux , et capable de diminuer l'opinion que nous avons des Romains de ce temps-là*

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