TOMB
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circonstances dans lesquelles une nation s'est formes, du caractère, des intérêts qu'avaient les hommes au moment où ils se sont réunis en société , et se sont donné des lois. En effet, les peuples ont existé avant les lois , et il est très difficile que les fondateurs des républiques ou des empires se soient tous trouvés dans la même position , lorsqu'ils ont établi des gouvernemens. Or, il y a lieu de croire que ces premiers momens ont influé prodigieusement sur l'&ver nir ; de sorte qu'on pourrait proposer ce problème politique : Les circonstances de l'établissement d'un peuple étant données , en déterminer l'esprit et le caractère \ C'est ainsi qu'on pourrait se convaincre, par exemple , que quelque modification qu'on eût voulu introduire dans les gouvernemens de Tyr, de Sparte et d'Athènes , l'esprit de commerce aurait dû régner dans la première , celui d'égalité dans la seconde , et celui d'indépendance dans la troisième *.
1 Soit que cette observation ait été négligée par les auteurs politiques, soit qu'elle ne m'ait pas frappé dans leurs ouvrages , je me fais un plaisir d'en rendre hommage à l'auteur de Y Histoire politique du gouvernement romain, à qui j'en ai l'obligation.
* Je ne puis me dispenser d'observer ici que cette vue pourrait bien être contraire à une maxime que Machiavel a avancée dans son discours sur Tite-Live , où il assure que » pour qu'un état subsiste long-temps , il est nécessaire de le rappeler souvent aux principes de sa constitution. Il me semble que presque tous les états ayant été établis dans des circonstances tout opposées à celles où ils se trouvent
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Cette manière d'envisager notre objet , semble y prendre une clarté toute nouvelle ; mais parmi les différentes applications que nous en pourrions faire, nous nous bornerons aux Romains , et nous examinerons en quelles circonstances leur premier législateur essaya de donner une forme à son état.
Rappelons-nous ce que nous avons dit dans le chapitre précédent , et nous verrons que , suivant toute apparence, Romulus ne fut qu'un aventurier
ensuite par le laps de temps , il serait inutile , et même nuisible, de recourir à un pareil remède. C'est que tout changement dans un état n'est pas une marque certaine de la corruption du peuple; c'est que toutes les variations qu'éprouvent les circonstances peuvent et doivent même influer beaucoup sur le gouvernement. Une nation barbare et féroce peut devenir commerçante et agricole , tandis qu'une nation commerçante deviendra guerrière. Il faut donc bien distinguer dans les changemens de gouvernement ce qui appartient à la nature des choses , et ce qui appartient à la corruption des hommes. La paresse, l'orgueil, la désobéissance, sont des marques certaines de corruption ^ mais les changemens de fortune, les nouvelles prétentions., les altérations dans les rangs et les dignités ne découlent pas du même principe. A Rome , par exemple , un plébéien pouvait bien prétendre au consulat, sans que la république fut corrompue; et de même à Londres un négociant peut s'asseoir dans la chambre des communes au-dessus (*) du fils d'un lord, sans que la nation soit détériorée pour cela. C'est qu'à Rome la perpétuité des familles , les honneurs reçus à la guerre , les vertus , les moeurs , parvinrent bientôt à donner du relief
(£) Ni au-dessus , ni au-dessous.
dont Numitor se servit pour se venger d'Amulius , et qui , bientôt après, lui devint suspect à son tour; de façon que ce prince n'eut rien de plus pressé que de s'en défaire en lui donnant les moyens d'établir une colonie. Romulus assembla donc quelques jeunes gens de la ville d'Albe , auxquels il joignit les aventuriers qui voulurent se présenter. Parmi ces derniers , il y en eut qui par leur naissance ou par leurs richesses méritèrent d'être distingués des autres; ils
aux plébéiens; c'est qu'à Londres l'esprit de commerce a rendu le négociant aussi important que le baron. Ainsi le plébéien du temps de Canuléius ne pouvait être assimilé au plébéien du temps de Valérius ; et de nos jours, un négociant de Londres ne peut pas être comparé à un marchand du temps d'Edouard ni. Or, prétendre dans un temps
de crise rappeler l'état à ses premiers principes f c'eût été à Rome ramener un peuple puissant et estimable à son premier état de misère et d'avilissement ; et ce serait en Angleterre rétablir le gouvernement féodal à la place de celui de propriété et de représentation. Il faut donc examiner, i°. quel a été le caractère cTune nation lors de son établissèment ; a°. quelle influence ce caractère national a eue dans la constitution de l'état; 3°. si les premières habitudes et les premières lois sont bonnes à conserver , ou si les changemens dans les circonstances en ont entraîné dans la législation. C'est dans ce dernier cas que le caractère 'originaire et primitif (Tune nation peut se trouver en opposition avec ses intérêts ; et alors il faut bien se garder de la ramener à ses premiers principes : il est même nécessaire de les laisser s'oblitérer le plus qu'il est possible , de crainte qu'un, peuple , en voulant toujours redevenir ce qu'il a été > ne soit jamais ce qu'il doit être.
furent séparés du commun du peuple, et réunis avec les principaux d'entre les Albains ; ils formèrent le corps des patriciens. Tout souverain qui n'établit pas son pouvoir par les armes ou par une révolution quelconque, ne peut jamais être despote. Romulus dut donc avoir beaucoup d'égards pour les premiers de sa colonie. De là l'esprit d'aristocratie et le caractère de fierté qu'elle conserva toujours («). Une colonie qui s'établit sans objet de commerce et d'industrie, doit être portée au brigandage. Le brigandage amène les représailles, et les représailles rendent l'état de guerre nécessaire et habituel. De là le premier arrangement intérieur de la ville de Rome. De là la forme de légion donnée au peuple romain, et d'autant mieux adaptée à la situation où il se trouvait pour lors, que les femmes étaient en si petit nombre dans la nouvelle colonie , qu'on pouvait la regarder comme une petite armée.
Dans une colonie guerrière, le premier besoin qui se fait sentir est celui de la population. Comme il y a plus de brigandage que de culture , plus de guerre que de commerce , on a plus besoin de soldats que d'esclaves. De là le principe de ne jamais massacrer ni réduire en captivité l'ennemi qui rend les armes ; principe digne de la plus grande attention , puisqu'on peut le regarder comme la source de tous les succès des Romains.
Une colonie exposée aux dangers de la guerre
(c) Vrai et beau*
doit toujours être prête à combattre, et ne peut se dispenser de tenir ses membres rassemblés le plus qu'il est possible. De là les limites des héritages et la nécessité pour les chefs de famille de ne cultiver qu'une petite portion de terre. De cette nécessité naît la frugalité , et de la frugalité l'austérité des mœurs, etc.
Une colonie où les femmes étaient en très petit nombre lors de son établissement, où elles furent même conquises Fépée (<*) à la main, dut avoir des lois très dures à leur égard et à celui de leurs enfans \ De là l'autorité atroce des maris sur leurs femmes, et même celle des pères sur leurs enfans: car le pouvoir des pères est toujours plus dur et plus absolu que celui des mères, qu'on peut regarder comme les premières modératrices du despotisme paternel.
Telles sont les observations que nous offre le
(d) Tarare!
1 On sait que les femmes étaient punies de mort pour les moindres fautes , comme , par exemple , pour avoir bu du vin. Les pères avaient le pouvoir de vie et de mort sur leurs enfans , et ce pouvoir barbare s'étendait jusqu'au droit de les vendre comme esclaves. Denys d'Halicarnasse dit à ce sujet que tous les législateurs avaient cru devoir fixer le temps pendant lequel les enfans resteraient sous l'autorité paternelle ; que les uns les en avaient affranchis dès l'âge de puberté; les autres , au moment de leur mariage; mais que les Romains, plus sages que tous les autres peuples du monde , n'avaient donné aucun terme à cette autorité.
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peuple romain dans son berceau; et quoiqu'elles soient en petit nombre , c'en est encore assez pou% nous annoncer qu'il sera toujours ambitieux dans ses projets, fier dans son gouvernement, et féroce dans ses mœurs.
Que l'admission desSabins dans la ville de Rome; que le règne paisible d'un législateur étranger * qui voulut, à l'aide des lois et de la religion, adoucir un peuple barbare; que le règne plus brillant encore d'un autre étranger * qui tira les Romains de la fange et sut pourvoir avec magnificence à leurs premiers besoins, aient apporté quelque modification à ce caractère originel , nous sommes sûrs de le retrouver partout depuis l'assassinat de Camille jusqu'aux proscriptions de Sylla.
Mais quand il serait vrai que les vertus de Rome naissante eussent assez prévalu sur ses vices, pour que le bonheur ait pu habiter dans ses premières cabanes, quelle conséquence en pourrait-on tirer pour le bien de l'humanité ? S'ensuivrait - il qu'on serait communément plus heureux dans un état naissant ? Mais les commencemens des empires ne sont que des momens dans la suite des siècles , et l'objet d'un bon gouvernement est de donner de la permanence à la félicité publique. D'ailleurs Rome combattant sans cesse pour se procurer quelques gerbes de blé, Rome qui ne connaît ni la tranquillité de la vie sociale, ni l'activité de l'industrie; Rome
1 Numa Pempilius. * Tarquin l'ancien.
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pauvre encore, sans être puissante , n'offre pas à nos yeux une perspective bien flatteuse : et dans le fond , qu'est-ce qu'une populace qui se laisse gouverner pendant huit jours par un roi J que les vers consument déjà dans son tombeau; qui reçoit ensuite des mains d'une femme un esclave pour monarque r et qui bientôt après devient la victime d'un tyran détestable dont elle n'eût peut-être jamais secoué le joug , si le sentiment de l'honneur n'eût été plus fort que celui de la liberté ? Et qu'on ne croie pas qu'une certaine aisance dans la vie , qu'une espèce de satisfaction qui naît de l'égalité des fortunes, ait pu dédommager les Romains de ce qu'ils avaient à souffrir d'ailleurs; car la misère du peuple, ht tyrannie des riches , la rigueur de l'imposition et le poids de l'usure étaient devenus excessifs dès le temps de Servius Tullius *• Avouons-le donc, cette première époque du gouvernement des rois ne présente nulle part l'image du bonheur.
Peut-être les temps qui vont suivre offrent- ils
1 Tanaquil , femme de Tarqnin l'ancien , jugea à propos de cacher la mort de ce prince jusqu'à ce que Servius Tullius eût pris ses mesures pour lui succéder. Servius Tullius était né esclave.
* Voyez la harangue dans laquelle Denys d'Halicarnassé suppose que ce monarque déclare au peuple romain que s'il a ordonné un cens général , c'est seulement pour distribuer des terres à ceux qui n'en ont pas , et pour remédier à l'usure , qui est une suite nécessaire dé la difficulté qu'on trouve à payer les impôts.
plus de grandeur que de félicité, plus de vertus que de consolation. A peine les rois sont-ils chassé* qu'une guerre cruelle s'allume pour les rétablir. Malgré les victoires du lac Régille, Rome voit ses ennemis caipper surleJanicule, et ne doit qu'au courage d'un seul le salut de tous '. La mort de Tarquin dissipe les alarmes de la nouvelle république ; mais pour un tyran qu'il a perdu , le peuple en trouve mille dans les patriciens» Si je voulais faire juger de la félicité des Romains dans cette époque, je ne demanderais que la seule inspection des notes marginales de Tite-Live : on n'y verrait que guerres extérieures ou troubles intérieurs; et ces derniers étaient .encore plus terribles que les combats, puisque la guerre était regardée comme un remède , ou du moins comme un soulagement aux malheurs publics. Quel état que celui où ce fléau devient désirable, où les
1 On devine aisément que c'est Horatius Coclès que j'ai en vue. Quant à l'histoire de Mutius Scévola, je n'en parlerai dans cette note que pour remarquer combien le goût du merveilleux domine encore parmi nous. Denys d'Halicarnasse ne fait aucune mention de cette action singulière de Mutins, qui se brûle la main pour attester un mensonge. Mais ce fait est extraordinaire , et l'on aime mieux suivre Tite-Live que Denys, sans se donner la peine même d'observer la différence qni se trouve entre le narré des deux auteurs. M. de Pouilly , dans sa savante dissertation sur l'incertitude de l'histoire des quatre premiers siècles de Morne, fait voir que celle de Scévola a été imitée d'un pareil fait tiré d'un historien grec.
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pleura ne tarissent que lorsque le sang commence
à couler !
Au milieu de ces maux habituels, que dé plaies étrangères !ia ville prise par des ennemis inconnus jusque-là; des disettes, des contagions , ,des malheurs de toute espèce '
Mais, me dira-t-on, voilà une énumération terrible des maux que le peuple romain a soufferts, et vous en tirez avantage avec d'autant plus de facilité que les désastres étant le partage de l'humanité, l'idée n'en est que trop présente à tous tes hommes : mais l'amour de la patrie , l'attachement aux lois , l'enthousiasme de la gloire, sont des passions factices qu'il faut avoir éprouvées pour les pouvoir con-
1 On sera peut-être surpris de me voir mettre en ligne de compte les disettes et surtout les contagions , et l'on anrait raison, si elles étaient l'effet du hasard. Mais dans les états bien gouvernés , dans les états heureux , ces fléaux ne sont point à craindre. On sait assez que la culture prévient les disettes ; mais il n'est pas moins vrai qu'elle prévient les maladies r i°. parce que les disettes sont les sources ordinaires des épidémies ; a°. parce que l'air est d'autant plus sain , que la terre est mieux cultivée ; 3°. parce que la paix, et l'abondance fournissent les moyens de conserver la santé par des établissemens utiles , tels que les aqueducs , les égouts , la propreté dans les maisons et les vétemens , le choix dans les alimens , les boissons salutaires , le jardinage , etc. M. Corbin Morris a remarqué que , depuis que les Anglais se sont adonnés au jardinage , Londres a beaucoup moins souffert de ces épidémies fréquentes qu'on qualifiait de pestes. Voyez Remarques sur les nécrologes, etc.
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naître. Ainsi , lorsque vous vous livrez à ces spéculations, ik arrive que vous êtes plus sensible au malheur des Romains qu*au bien dont ils ont pu jouir : et tandis que votre esprit compare , votre imagination trop partiale fait pencher la balance. Ne négligeons pas cette objection , et entrons dans quelques détails.
La plus forte passion qu'on attribue aux Romains, c'est l'amour de la gloire. Adoptons un moment cette opinion générale, et essayons d'en faire l'application au bonheur du peuple. Sans doute que nous verrons une milice exercée aux combats demander perpétuellement qu'on la mène à la victoire. Les moindres citoyens, en se promenant dans la place publique, traceront le plan des opérations, et fixeront l'époque des conquêtes.' Les épouses les plus tendres, les mères les plus timides partageront l'enthousiasme commun , et le peuple enivré de succès oubliera aisément ses travaux.
Quelle différence de ce tableau avec la réalité l Ne jugeons plus Rome par les choses que les historiens nous disent, mais par celles qu'ils nous apprennent (é). Transportons-nous en idée dans le sein de cette ville , et voyons une populace triste et misérable frémir autour du sénat. Entendons-la demander , tantôt en gémissant , tantôt en menaçant , qu'on lui daigne accorder quelques arpens de terre pour sa subsistance. Écoutons les cris de ces braves
(e) Est-ce qu'on apprend sans dire?
i74 DE LA FÉLICITÉ soldats qui montrent, parmi leurs nobles cicatrices, les traces honteuses du fouet et des chaînes ; malheureux confondus parmi les plus vils esclaves, parce qu'ils n'ont pu payer les armes dont ils ont percé les ennemis, et le pain qu'ils ont mangé le jour du combat Les portes s'ouvrent , les sénateurs paraissent , leurs regards féroces annoncent leurs projets, une joie cruelle brille sur leur visage : que vont-ils annoncer au peuple ? Le soulagement de ses peines , la tranquillité , l'abondance ?
Non; mais l'ennemi attiré, soit par leurs intrigues secrètes , soit par la confiance que de longues dissensions ne pouvaient manquer de lui inspirer, s'avance à grands pas , et bientôt on le verra aux portes de la ville. Déjà' les consuls assis dans leur chaire curule citent les jeunes gens à leur tribunal ; demain on combattra l'ennemi. Peut-être àchèterat-on par le sang de trois mille citoyens l'honneur de le repousser ; peut-être aussi viendra-t-il porter le fer et le feu jusque dans le Gapitole. Mais n'importe , pDur cette fois la loi agraire ne sera pas publiée.
C'est ainsi que les guerres s'allument; c'est ainsi que l'amour de la gloire enivre tes Romains , et qu'ils
marchent-à la conquête du monde. ' '
1 « Di modo che volendo Roina levare le cagioni de ' tu- « multi levava ancora la cagion' dell' ampliare. » Machiavelli Discorsi sopra Tito Livio, 1. n.
Saint Augustin {de Civitate Dei> lib. m, cap. x) retrace les guerres continuelles dont les Romains ont été agi-
PUBLIQUE. CH. VII. i75
Mais quelle sera l'issue de cette guerre ? Quelques succès équivoques ; l'ennemi sera repoussé , ou se retirera de lui-même; mais quoi qu'il arrive, on n'imaginera pas de profiter de l'avantage qu'on aura pu remporter sur lui ; on se gardera bien de l'aller chercher dans ses foyers , et on retourner? bientôt à Rome demander du pain au sénat.
Autre objection. Les Romains, dira-t-on, étaient pauvres , il est vrai ; mais cette pauvreté , loin d'être un malheur , était un trésor pour eux. La frugalité leur tenait lieu de richesse, et comme ils n'avaient pas de besoins , ils ne connaissaient pas le
prix de l'opulence Ils n'en connaissaient pas le
prix ? Et d'où vient donc que les patriciens s'étaient emparés de toutes les terres du peuple par l'usure , et de toutes celles de la république par la fraude ? Pourquoi ces hommes superbes avaient-ils de vastes possessions, peuplées d'esclaves faits à la guerre, et achetés à vil prix des mains des soldats nécessiteux ?
tés , et se propose pour objection une réflexion à peu près semblable à celle de Machiavel. Ces guerrts continuelles , dit -il y étaient presque nécessaires à l'agrandissement des Romains; mais quel individu voudrait acquérir une taille gigantesque aux dépens de sa santé ? Idonea vero caussa ut magnum esset imperium cur esse deberet inquietum ? Nonne in corporibus hominum satius est modicam staturam cum sanitate kabere, quant ad molem aliquam giganteam perpétua afflictionibus pervenire. (/)
(f) Déclamation de rhéteur.
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.Pourquoi ont-ils cent fois préféré de mettre la république à deux doigts de sa perte, plutôt que de céder un pouce de leurs terres? Pourquoi ont-ils mieux aimé faire au peuple le sacrifice des rangs , de la magistrature , de la religion même ' , que celui de leurs richesses * ? Inutilement voudrions-nous' le dissimuler : à Rome , le peuple était pauvre et mécontent, les grands , riches et avares. Ainsi , au milieu des troubles et des révolutions , après la tyrannie des décemvirs, les ravages des Gaulois et l'invasion de Pyrrhus, après cent cinquante années de guerres contre les Eques, les Volsques, les Étrusques, et quarante années de combats perpétuels contre les Samnites, Rome, toujours divisée, toujours pauvre, parvint à la troisième époque que nous avons indiquée; c'est-à-dire à la conquête de l'Italie et au commencement de la première guerre Punique,
1 La noblesse avait seule le droit de prendre des auspices. De là vient que l'esprit aristocratique fut toujours joint à l'esprit superstitieux. Nous aurons occasion dans la suite de développer comment la ruine de l'aristocratie détruisit toute religion chez les Romains, ouvrit une entrée aux sectes stoïcienne et épicurienne , et fut une des voies cachées qui préparèrent l'établissement du christianisme.
a Ce n'a jamais été que pour éviter la loi agraire que les patriciens ont laissé passer les lois Licinia et Sicinia , par lesquelles les mariages des plébéiens avec les patriciens et le partage des magistratures furent permis pour la première fois.
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J avoue que cette époque a quelque chose d'attrayant. Il semble qu'on ne voie plus le même sombre dominer dans le tableau de l'histoire romaine. Les discordes civiles s'apaisent ; des conquêtes brillantes deviennent le prix des travaux militaires; et Rome commence à se faire respecter hors des limites de l'Italie. Si on consulte les auteurs, on trouvera que ce moment est celui où les succès de la ré- . publique n'avaient point encore altéré ses vertus. Rome , s'il faut s'en rapporter à eux, était déjà puissante , et n'avait pas encore été corrompue ; mais bous sommes loin d'adopter une pareille opinion , et nous allons au contraire essayer de donner une idée plus exacte de la morale et de la félicité du peuple romain*
Un peuple heureux n'est pas celui qui vit de peu; les Goths et les Vandales vivaient de peu , et ils ont été chercher l'abondance dans les autres climats. Un peuple heureux n'est pas celui qui est endurci à la peine et aux travaux ; les Goths et .les Vandales étaient endurcis aux travaux , et ils ont été chercher ailleurs la mollesse et le repos. Un peuple heureux n'est pas celui tjui est le plus fort dans les combats; il ne livre des combats que pour obtenir la paix et les commodités de la vie. Un peuple heureux est celui qui jouit de l'aisance et de la liberté. qui est attachée à ses propriétés, et surtout qui ne désire pas de changer d'état. Or • une preuve que les Ro- t mains n'ont jamais éprouvé un pareil bonheur, c'est
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qu'à peine ont-ils connu les richesses, qu'ils les ont désirées avec fureur, et qu'ils leur ont sacrifié leurs principes et leurs habitudes.
Ce fut l'an 4^3 de sa fondation que Rome acquit la souveraineté de Capoue. Mais à peine l'armée eutelle pris des quartiers dans ce pays célèbre par ses délices, que l'esprit de révolte s'en empara. Elle méconnut ses chefs, et forma le projet de s'établir dans cette ville. Que de trahisons à la fois! désertion, manquemens aux sermens, abus de la force militaire (g) ! Rien n'arrête cependant ces hommes avides de richesses. On sépare l'armée , mais inutilement ; la plus grande partie persiste dans la rébellion , et marche droit à Rome.
Peu de temps après , la ville de Rhège demande des secours aux Romains : on lui accorde une légion. Que font ces hommes vertueux ? Sans respect pour la foi des traités , sans égard pour l'hospitalité , ils égorgent tous les citoyens, ils forcent les veuves à les prendre pour maris (A) , et s'emparent ainsi de cette ville malheureuse : tant l'appât d'une vie commode et oisive eut d'empire sur ces cœurs féroces! Ces deux traits suffisent pour mettre le lecteur en état de juger si les Romains étaient heureux à Rome, et s'ils préféraient leur sort à celui des autres peuples.
La première guerre Punique replongea la repu-
(g) La légion coupable fut punie, [h) Punis aussi.
biique dans de nouveaux malheurs. En effet, quoi-» que pendant le cours de cette guerre elle eût eu plus de succès que de désastres , ces avantages ne- dédommagèrent pas le peuple de la défaite de Régulus et de trois flottes battues ou submergées (*). Une victoire fait souvent regagner le terrain perdu par une défaite , mais elle ne rend pas des maris aux veuves et des pères aux orphelins. Quant à la seconde guerre Punique, il est difficile de se peindre un état phis cruel que celui où s'est trouvée la république depuis les quinze premières années de cette guerre. Sans parler des humiliations continuelles qu'elle a éprouvées, le cens de ses citoyens, diminués presque de 4 moitié , prouve assez quelles sensibles pertes elle avait faites.
Carthage humiliée, ce ne fut plus qu'une 'suite de succès tous plus brillans les uns que les autres ; ainsi la fin de notre troisième période peut en compenser le commencement. Ce fut alors que la guerre parut utile, parce qu'on apporta successive* ment à Rome les dépouilles de toutes les nations '. Mais qui est-ce qui profita de ce butin ? Premièrement le fisc ; tout ayant d'abord été apporté dans
( 1 ) Il jr eue des victoire* aussi*
1 On a reproché à Métellus d'avoir étalé à son triomphe les statues et autres productions des arts qu'il avait apportées de Syracuse. Mais rien n'est si frivole que cette censure. Pourquoi les Romains combattaient-ils ? pour être maître* du monde , direz-vous. Et pourquoi voulaient-ils être mal-
les temples ou au trésor public : ensuite quelques généraux avides, et enfin l'ordre des chevaliers qui n'eut part à ses richesses qu'après que les impositions eurent été mises en traités. Or, toutes ces conquêtes purent bien valoir au peuple romain quelques spectacles, quelques fêtes, quelques jeux; mais elles ne répandirent jamais l'abondance parmi les nécessiteux. On en voit un exemple dans l'histoire des. Gracques (*). Tiberius ne craignit point de s'écrier à la tribune aux harangues : « Les betés « sauvages ont des cavernes et des tannières pour « se retirer , tandis que les citoyens de Rome ne « trouvent pas un toit ni une chaumière pour se « mettre à couvert de l'injure du temps, et que , sans « séjour fixe ni habitation, ils errent comme de ce malheureux proscrits dans le sein même de leur « patrie. On vous appelle les seigneurs et les maîtres « de l'univers. Quels seigneurs! quels maîtres! Vous « à qui l'on n'a pas laissé seulement un pouce de « terre qui pût au moins vous servir de sépulcre, b Quelque exagération qu'on puisse supposer dans ' cette peinture , il fallait qu'elle eût des traits de ressemblance , et qu'elle pût s'appliquer à quelques
1res du monde , si ce n'est pour avoir des richesses , des arts , et tout ce qui rend la vie agréable ? Louer un peuple de ce qu'il a été frugal en son enfance , c'est louer un homme parvenu de ce qu'il n'avait pas de carrosse quand il était simple commis.
(/) Les Cracchus étaient un peu séditieux-
citoyens pour remuer le peuple autant qu'elle Ta fait. D'ailleurs on sait assez que les richesses acquises sans peine, et partagées entre un très petit nombre de gens, entraînent avec elles le luxe et la corruption '; ou plutôt , tout est déjà corrompu lorsque le luxe arrive ; car le luxe n'est qu'un effet qu'on a érigé en principe. U ne vient que lorsque toute règle est déjà détruite, et soit qu'il naisse de l'inégalité des fortunes, soit qu'il prenne sa source dans l'abus des richesses , il suppose toujours qu'il est des moyens faciles et rapides d'acquérir de l'argent, et qu'il existe des passions contraires à la convenance et à l'hon-
nêteté.
L'opinion de tous les hommes , le jugement de
tous les siècles , nous dispensent d* exercer notre
censure sur la quatrième époque que nous nous
sommes fixée. Il n'est personne qui ne frémisse
au récit des révolutions arrivées du temps des
Gracques , des Marius et des Sylla. Nous éviterons
donc de porter nos regards sur ce funeste tableau
pour nous hâter de conclure que dans aucune des
époques que nous avons annoncées, Rome n'a joqi
# 1 En Tannée 57a, c'est-à-dire long-temps avant la ruine
de Carthage , Caïus Mœnius , préteur , fiit chargé par le sénat de faire des informations sur les empoisonneurs qui pouvaient se trouver à Rome ou à dix milles autour de cette ville. Au bout de peu de jours , ce magistrat écrivit qu'il en avait déjà trouvé trois' mille, et que le nombre en augmentait à mesure qu'il faisait des recherche».
18a DE LA FÉLICITÉ
d'un bonheur qui puisse faire envier son sort et admirer son gouvernement. *
1 Une autre objection que j'ai à faire contre la prétendue félicité des Romains, c'est qu'ils ont été fort tristes jusqu'au règne d'Auguste. Lorsque Caton accusa Muréna , un des plus grands reproches qu'il lui fit , fat d'avoir dansé. Cicéron, son défenseur, se récria sur l'atrocité de cette accusai ' t ion , assurant qu'on ne pouvait imputer à un homme d'avoir dansé, sans supposer qu'il se fut livré auparavant à l'ivrognerie et à toutes sortes de débauches.
J'ajouterai à ces observations que la religion dès Romains fut toujours féroce comme leurs mœurs. Après la bataille de Cannes , ils s'avisèrent , pour apaiser les dieux , d'enterrer tout vifs un Gaulois et une Gauloise, un Grec et une. Grecque. Cette abominable cruauté n'était chez eux qu'une affaire d'usage. D'ailleurs la religion était aussi intolérante dans l'ancienne Rome que dans la nouvelle. Pendant la seconde guerre Punique, le magistrat s'étant aperçu qu'il s'était introduit dans la ville de nouveaux rites et quelques cultes étrangers, il fut ordonné que toutes ces formules seraient apportées au préteur , et défenses furent faites d'en faire usage par la suite. A cette . intolérance religieuse ils en joignirent une littéraire. L'an 591 de la fondation de Rome , tous les rhéteurs furent chassés de la ville. L'an 660, des rhéteurs latins ayant voulu former des écoles en concurrence avec les grecs, ils reçurent défense d'instruire, et les derniers furent conservés dans leur privilège exclusif. II est vrai qu'on ne doit plus être étonné de ces sottises, lorsqu'on voit dans le testament attribué au cardinal de Richelieu, ce ministre agiter gravement cette question : Si les jésuites ou les franciscains doivent être chargés exclusivement de l'éducation publique ?
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