‹ De la Félicité publique, ou, Considérations sur les sort des hommes dans les différentes époques de l'histoireChapitre 20 sur 63 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

De l'influence des Romains sur le bonheur des antres peuples de la terre , et de l'état du monde lors de la subversion de la république.

A mesure que nous avançons dans nos observations sur l'histoire du genre humain, nous nous sentons de plus en plus pénétrés d'étonnement; non que nous admirions , comme tant d'autres, la succession des événemens et la variété des scènes qui ont occupé la surface de notre globe , mais plutôt parce qu'en travaillant à cet ouvrage, il nous a été imposa sible de sacrifier à l'étude des faits , les sublimes contemplations de l'antique nature , sans être surpris et même humiliés de la différence qui règne entre l'histoire du monde et celle des humains. D'un coté, nous voyons les eaux disposer la terre que nous devons cultiver; soit que leur lente retraite forme lesdifférens lits dont elle est composée , soit que leur cours plus rapide dessine les vallons et les montagnes. Des peuplades nombreuses d'animaux aquatiques semblent ne s'être pressées les unes sur les autres, n'avoir vécu et péri par monceaux, que pour préparer les matériaux qui servent à nous élever des édifices; tandis que des feux dévorans, sortis des entrailles de la terre , vont porter dans les creux des rochers les métaux nécessaires à ces mêmes

ouvrages. Ici, des amas de pierres s'élèvent comme des tours immenses qui dominent sur l'univers; masses étonnantes., tantôt par leur désordre , tantôt par leur parfaite symétrie; là? d'épouvantables alluvions ouvrent un passage à l'océan, et le conduisent au milieu des terres («). La mer Noire rompt ses digues et forme l'Archipel de la Grèce; tandis que d'autres inondations séparent l'Amérique en deux parties et lui arrachent les Antilles. Des monstres marins trouvent leurs sépulcres sur des montagnes. L'énormité des ossemens d'animaux terrestres prouve l'ancienneté de leur race, et décèle une lente dégradation dans les espèces, tandis qu'en même temps la végétation se perfectionne, et semble recevoir de l'homme une nouvelle éducation.

Tels sont les magnifiques objets que nous présente l'histoire du monde. Que trouverons-nous dans celle des humains? Des faits assez mal connus, quoique très recens. Trente siècles au plus forment le domaine de l'histoire : un petit nombre de dynasties , trois ou quatre peuples fameux par leurs conquêtes, sont, pour ainsi dire, les. seuls titres de noblesse du monde politique. Parcourons cependant cette courte généalogie, et considérons seulement ce qui intéresse le sort des hommes en général.

Que le gouvernement despotique ait pris sa source dans la crainte inspirée par quelques révolutions arrivées sur la surface du globe, comme l'a pré-, (a) Déclamations , faits non prouvés»

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tendu prouver un savant et ingénieux auteur 0) , ou que ce gouvernement, patriarchal dans son origine, soit plus naturel aux peuples indigènes ; c'est ce que nous ne prétendons pas examiner; mais ce s qui paraît très certain, c'est que le pouvoir d'un seul a existé en Asie de temps immémorial; au lieu que les premiers exemples d'un gouvernement républicain se trouvent parmi les colonies nouvellement fondées. Nous voyons donc d'abord les grandes monarchies figurer sur la scène du monde, qui était réduite pour lors à l'Asie et à l'Égyte («). Plusieurs colonies s'établissent ensuite dans l'Asie-Mineure et dans la Grèce ; et ces colonies en ayant'envoyé d'autres à leur tour, le gouvernement républicain, plu* convenable à des gens qui sont tous égaux, se propage aisément dans ces nouveaux établissemens. Il y porte la prospérité qu'il a coutume de conduire sur ses pas. Bientôt cette moderne partie du genre humain, différente par ses mœurs et par ses principes, se trouve aux prises avee l'ancienne, et ne tarde pas à en triompher. Mais un jeune ambitieux, déjà corrompu par sa fortune, préfère les mœurs des vaincus à celles des vainqueurs. Ne pouvant s'élever au rang des dieux, il ravale ses sujets audessous de la condition humaine , et dégrade ainsi ses exploits, en faisant voir qu'il n'a voulu combattre que les despotes, et non le despotisme. L'hu-

(b) Despotisme oriental , livre absurde.

(ç) Et l'Inde, V Arabie, la Scythie, la Celtique, l'A/rique?

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manité n'eut pas long-temps à gémir sous les lois de ce maître insensé ; mais -à sa mort les conquêtes étaient si récentes , le génie militaire si prédominant , l'intérêt des vainqueurs si bien lié au système d'oppression, que le despotisme militaire fut aisément substitué au despotisme héréditaire: Bientôt ce gouvernement, qui avait été adopté par les Grecs, reflua de l'Asie sur l'Europe, et se répandît dans la Macédoine , la Thrace , l'Ulyrie , l'Épire , etc. Ce fut alors que la liberté , reléguée vers l'Occident, se réfugia à Cartilage et à Rome (<0 : mais cette dernière ayant bientôt triomphé de sa rivale, son insatiable ambition fit succéder le despotisme d'un peuple à celui des rois, et cette tyrannie fut la plus funeste de toutes.... Voilà en peu de mots le petit nombre de faits généraux que l'histoire nous présente, et qui nous conduisent aux réflexions qui font l'objet de ce chapitre.

// mcmdo invecchia; ey ifwecchiando , inlristisce. Cette maxime , que je ne crois plus vraie à présent, ne l'était que trop dans l'époque que nous avons sous les yeux. Les conquêtes d'Alexandre furent un signal de dépravation pour l'humanité. Avant cette époque, le monde connu était divisé en deux parties, dont l'une était remplie de petites républiques florissantes, et l'autre occupée par une vaste et antique monarchie. D'un côté, la prospérité tenait lieu de repos; de l'autre, le repos tenait

[d) Comme si elle n'y avait pas été auparavant.

lieu de bonheur. Dans cette position les républiques trouvaient dans leur liberté des dédommagemens pour leurs perpétuelles dissensions , et les sujets du grand roi se consolaient de l'esclavage par l'habitude d'une longue tranquillité. Alexandre , en dix ans de temps, changea le sort de tous ces peuples. Il mourut dans les bras de la victoire ; mais à peine eut-il les yeux fermés , que ses généraux se firent entre eux les guerres les plus sanglantes. Les Macédoniens , n'ayant plus rien à détruire, s'entre - déchirèrent mutuellement , semblables à ces rats , fléaux du nord 9 qui, couvrant des contrées entières, cheminent toujours en ravageant la terre, jusqu'à ce que , ne trouvant plus de subsistance , ils s'entredévorent les uns les autres. L'univers fut vengé,mais il paya cher cette vengeance. Tout fut bouleversé sur la surface du globe; les républiques ne gardèrent plus qu'une vaine apparence de liberté, qui leur laissa les vices de leur gouvernement sans leur en conserver les avantages : l'inquiétude y prit la place de la force , les factions se multiplièrent et devinrent irréconciliables. Mais ce n'était plus que sur le choix des tyrans qu'elles disputaient. A qui donnera-t-on la préférence des Séleucides , des Lagides , ou des rois de Macédoine ? A qui décernerat-on des couronnes, et quelles statues fera- 1- on abattre ' ? Tel est le sujet de toutes les délibérations.

1 L'usage d'ériger des statues par flatterie, et de les abattre ensuite pour leur en substituer d'autres par le

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Qu'il me soit permis d'observer ici qu'il n'est rien de plus déplorable et en même temps de plus méprisable que les républiques dans leur décadence. Il semble que les ancrais usages deviennent de nouvelles sources de vice et d'opprobre. Les conseils publics ne sont plus que des criailleries dignes des marchés et des halles : le vain orgueil , la vile présomption qui ont pris la place de l'amour de la gloire, impriment un caractère de ridicule à ce& vices si odieux en eux-mêmes : on s'agite, on dispute, on menace, et cette comédie subsiste entre concitoyens, jusqu'à ce que quelque officier d'un despote voisin soit venu intimer ses ordres. Alors on change de langage , on plie , on rampe , on promet tout, et l'on renvoie comblé d'honneurs l'esclave qui a servi d'organe au tyran.

D'un autre côté, si quelque chose peut consoler un peuple de vivre sous un gouvernement despotique, c'est si ce gouvernement est ancien et étendu : ancien, parce que les hommes étant toujours conduits par l'habitude et l'opinion, ils se figurent aisément que ceux qui les ont gouvernés pendant longtemps, ont effectivement le droit de les gouverner : étendu , parce que le despotisme n'étant jamais que l'ouvrage de la forcé , plus le principe de cette force est éloigné , moins il a d'activité. C'est ainsi que plu-

mème principe , était devenu si commun , qu'à la fin on se contentait de scier la tète d'une statue pour mettre à la place celle d'un nouveau tyran.

sieurs provinces de l'empire ottoman , telles que la Dalmatie, la Transylvanie, la'Bosnie, etc. jouissent encore d'une sorte de liberté.

Qu'on se figure donc le sort de ces vastes contrées de l'Asie lorsqu'elles se virent la proie du premier soldat parvenu qui voulut les envahir. Je ne parle pas seulement des Ptolémée , des Cassandre , des Antigone, des Eumène , qui brillaient encore de l'éclat qu'ils avaient emprunté d'Alexandre ; mais de tous ces petits usurpateurs qui leur ont succédé, des rois de Bithynie , de Pergame , de Gappadoce , de Pont, etc. etc. Quel autre motif que la crainte pouvait attacher les peuples à de pareils gouvernemens ? et quel autre motif que l'avarice pouvait attacher le prince à la nation ?

Ce fut dans de pareilles circonstances que Rome , souveraine en Italie et victorieuse en Afrique , porta des regards ambitieux sur le reste du monde. 11 semble que le sang de deux millions d'hommes x répandu

1 J'ai pris la peine de faire le relevé du nombre d'hommes que les historiens nous disent avoir péri dans les différent combats livrés par les Romains depuis l'année 533 de la fondation de Rome jusqu'en l'année 577 , c'est-à-dire en quarante-quatre ans. J'en ai trouvé 959,8/16. Mais il y a une grande partie des combats que les historiens ont rapportée sans spécifier quelle a été la perte de part et d'autre; de sorte qu'on peut ajouter à ce nombre an moins la moitié en sus, ce qui fait à peu près 1,400,000 hommes : à quoi , ajoutée plusieurs flottes submergées , et ce qui est péri de maladie ou de misère , vous aurez plus de deux millions

dans la seconde guerre Punique , et la mémoire encore récente des triomphes d'Annibal , devaient inspirer à cette nation des sentimens plus pacifiques. Quel moment, si elle eut su en profiter ! si quelque nouveau Ginéas fût entré dans le sénat, et eût dit : «

« Sans doute, pères conscrits, si dans le temps « que Romulus fonda cette ville ; ou plutôt , lorsa que après l'expulsion des rois vos généreux ana cétres vous eurent appelés à la liberté', si quelque « homme divin vous eût annoncé que les dieux vous « en assuraient à jamais la jouissance , tous vos vœux « auraient été remplis, et vous vous seriez crus les oc plus heureux des mortels. Mais par quels flots de « sang n'avez-vous pas été contraints de payer ce bien « inestimable ? combien de temps avez-vous comte battu pour le défendre, sahs jamais présumer que « vous ne pourriez le conserver pour vous-mêmes « qu'en en privant vos rivaux ! Telle est cependant la « dépravation de l'espèce humaine; telle était surd'hommes que la guerre a immolés dans un espace de temps qui n'excède guère celui de la vie commune de tous les hommes qui naissent, et qui n'est que la moitié de ce qu'on appelle âge d'homme. 11 est à remarquer encore que cette perte était d'autant plus grande , qu'elle ne portait quejjur les hommes libres, lesquels ne faisaient alors qu'une partie de la population générale. On peut même présumer qu'un plus grand nombre d'esclaves attachés au service des armées a éprouvé le même sort.

(e) Pourquoi faire dire à Cinéas ce qu'il n 'a pu dire?

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« tout la barbarie de vos voisins, que long-temps « il vous a fallu être oppresseurs , pour éviter d'être «opprimés. Je dis long -temps, parce qu'il est un « terme oit les états , forts par eux-mêmes , n'ont plus « besoin de s'agrandir , et c'est alors que l'esprit de « conquête n'est plus qu'un abus de l'esprit de conc servation. Ainsi ces liqueurs spiritueuses qui sont < destinées à ranimer nos forces abattues , lorsc qu'elles sont prises avec excès nous donnent des « besoins illusoires , et nous conduisent à l'anéantis* « sèment, en paraissant toujours augmenter notre c vigueur. Prenez garde , citoyens , que vous ne soyez t arrivés à ce terme de puissance qu'il est souvent « dangereux et toujours injuste de passer. L'Italie « vous obéit , l'Afrique est humiliée , l'Asie vous res- « pecte. Mais l'Italie est dépeuplée , mais l'Afrique « est livrée à la barbarie , mais l'Asie gémit dans l'es- « clavage. Fertilisez donc l'Italie, policez l'Afrique , « affranchissez l'Asie : voilà votre devoir , vous n'en « pouvez douter ; mais je dis plus : voilà votre in- « térêt , et je vais vous le prouver.

« Je ne vois que deux objets qui puissent vous « faire désirer des conquêtes : ou vous voulez vous « assurer un repos durable , et vous ne prétendez « plus avoir que des Sujets au lieu d'ennemis ; ou « vous désirez d'être riches , et pour y parvenir , « vous voulez dépouiller les autres peuples. Si c'est 9 une paix durable que vous désirez , pourquoi ne pas « obtenir de la seule politique ce que vous attende*

a de la force? Croyez -vous deux ou trois légions a suffisantes pour dompter les peuples du Taurus et ce du Caucase ? Croyez- vous que cet empire que les « généraux d'Alexandre n'ont pu conserver pour « euxrinêmes , vos proconsuls le conserveront à la ce république? Comment soutiendrez-vous la disci- « pline dans vos troupes? comment retenir dans la « règle une armée accoutumée au pillage, et dans ce le devoir un consul instruit à se passer de vos « ordres ? Mais vous craignez Antiochus , mais vous ce craignez Philippe ? Voulez-vous que je vous donne ce sur-le-champ des armées formidables pour les tenir a en bride ? Rendez à la Grèce son ancienne forme : ce rétablissez le gouvernement républicain dans toute ce l'Asie-Mineure : Philippe tremblera dans la Macé- « doine , et Antiochus sera repoussé vers le centre « de l'Asie. C'est du sein du sénat que vous gouver- « nerez le monde , et, sans vous dépouiller de la toge, « vous gagnerez des batailles où le sang des Romains <c n'aura pas abreuvé la terre.

a Supposons maintenant , ce que je n'ai garde de « penser, que ce peuple fier et guerrier, las enfin « de son austérité , demande à l'univers le prix de « ses longs travaux. Vous le pouvez, Romains; votre ce frugalité et votre discipline sauront encore vous « acquérir ce qui ne manquera pas de détruire l'un « et Vautre. Eh bien! soyez riches, j'y consens; mais « dites-moi , qui est-ce qui aura droit à ces richesses? ce est-ce l'armée qui les a enlevées ? Mais les soldats

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« seront donc le& seuls heureux , les seuls opulens. « Est-ce tout le peuple romain? Mais si chaque ci- <r toyen devient riche , qui est-ce qui s'enrôlera dans a les légions ? qui portera des fardeaux, qui soutience dra ia longueur des marches, et les fatigues des a campemens ? Je prévois vos desseins ; vous paye- « rez , vous soudoierez des étrangers pour faire la « guerre à votre place, et vous serez riches tandis « que d'autres seront forts ? et vous serez libres « quand d'autres seront armés ? Croyez - moi , Ro- « mains , si vous vous lassez de votre antique sim- « plicité , si vous voulez surtout posséder les beaux- « arts , digne occupation d'un peuple heureux et « puissant, ne faites pas venir des statues, mais des « statuaires ; n'enlevez point des tableaux, mais in- « struisez des peintres. Ce n'est «pas de ce qu'on jl « pris , c'est de ce qu'on a fait qu'il est doux de jouir : « je vous en avertis. Le pain qui proviendra des a grains que vous aurez, semés aura plus de saveur « que celui qu'on fait avec le blé d'Egypte , et le « marbre qu'on aura travaillé sous vos yeux vous sera « mille fois plus précieux que les chefs-d'œuvre de «Phidias. Soyez donc cultivateurs, industrieux. et « politiques , mais justes surtout ; car l'ordre de l'uni- « vers a voulu que le bonheur d'un petit nombre ne « pût rester long-temps en opposition avec le bonheur « de tous. »

J'ignore si un pareil discours a jamais été tenu dans le sénat; mais les vérités qu'il renferme sont

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si frappantes, que les Romains, tout enivrés qu'ils étaient de leurs succès, n'y furent pas absolument insensibles. Après la bataille de Cynocéphale , Quintus Flamininus proclama dans les villes de la Grèce un décret du peuple romain qui ordonnait qu'elles fussent toutes mises en liberté. La joie excessive avec laquelle cette nouvelle fut reçue est faite pour nous donner des regrets bien amers lorsque nous voyons que ce bienfait apparent ne fut accordé pour un moment que pour rendre plus affreux les malheurs dont la Grèce fut bientôt accablée. En effet , le caractère féroce des Romains ne tarda pas à se démasquer; mais on vit cette république implacable exercer une tyrannie inconnue jusqu'alors. ' ■ Nous avoas remarqué dans les chapitres précédons qu'une des plus grandes plaies de l'humanité , sous les gouvernemens de l'ancienne Grèce , avait été l'habitude des dissensions civiles. Nous avons, observé que lorsque les principales républiques , telles qu'Athènes et Sparte , intervenaient dans ces disputes, et changeaient à leur gré la forme du gouvernement , ces innovations étaient toujours cimentées par le sang d'un grand nombre de citoyens; mais au'moins ces massacres avaient-ils l'apparence d'une justice exercée par la faction triomphante qui devenait alors l'autorité législative , tandis que le

1 a Inter impotentes et validos falso qniescas. Ubi manu a agitur, modestia ac probitas nomina superioiis sont. » Taoit. De Mor. Germ. c. xxxti.

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parti des vaincus était traité de faction rebelle. Les Romains suivirent un autre principe. Us supposèrent apparemment qu'ils étaient nés maîtres du monde , et en conséquence , ils traitèrent les autres nations, non comme des ennemis vaincus , mais comme des sujets révoltés. Ce ùxt surtout après la victoire de Paul Emile que ce principe affreux se montra dans toute son atrocité : Rhodes, république florissante par son commerce et sa navigation ; Rhodes , reste précieux de l'ancienne Grèce , pour avoir cessé un moment d'être favorable aux Romains , se voit sou» mise à l'inquisition de leurs ambassadeurs, et menacée d'une ruine totale. Elle ne l'évite qufen faisant mourir tous ceux de ses citoyens quj s'étaient déclarés contre Rome. Quelque temps après, Bsebius, lieutenant de Paul Emile, se prêtant à des haines particulières , fait massacrer cinq cent cinquante des principaux parmi les Étoliens: Mais ces abominations ne furent encore que le prélude des cruautés exercées par le peuple romain. Bientôt l'avarice et l'iniquité des particuliers se joignirent aux barbares maximes du gouvernement : on ne peut lire sans frémir l'histoire de la guerre d'Espagne. Je ne parle pas seulement d'un Lucullus qui , s 'introduisant dans une ville par capitulation 9 abuse de la foi des traités pour en faire égorger les habitans au nombre de vingt mille ; ni d'un Galba qui , trompant une nation entière par une paix simulée, parvient à la rassembler dans une enceinte où il la fait massacrer comme

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la guerre des esclaves a*fait périr un million d'hommes, et que dans l'Italie seule, celle des alliés en a coûté trois cent mille ? Ajoutez à cela les- proscriptions et les guerres civiles; souvenez-vous encore que César s'est vanté d'avoir pris ou réduit huit cents villes, subjugué trois, cents peuples, combattu trois millions d'hommes, dont un million a resté sur le champ de bataille , et un autre million est tombé en captivité. Rappelez- vous enfin les guerres de Numidie , le supplice de Jugurthà , les rois réduits à l'état de simples cliens , et les peuples à celui des plus vils esclaves , et vous aurez en peu de mots une idée de l'influence du peuple romain sur le bonheur de la terre, '

cruauté , tout affteuse qu'elle parait, ne fut pourtant qu'une représaille des injures qu'il avait reçue» d'eux.

1 « Raptores orbis, postquam cuncta vastantibus defuere « terre, et mare scrutait tur : si locuples hostis est , a va ri; si * pauper , ambitiost ; quos non Oriens , non Occidens satia- « verit; soli omnium opes atque inopiam pari affecta con- « cupiscunt. Aufferre , trucidare , rapere falsis nominibua « imperium , atque ubi solitudinem faciunt , pacem appel- « lant. v Tacite , Fie d'Jgricoia, c. xxx.

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