‹ De la Félicité publique, ou, Considérations sur les sort des hommes dans les différentes époques de l'histoireChapitre 31 sur 63 · TOME U · texte numérisé non relu

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parée ; de même les dogmes les plus sacrés de la foi deviennent-ils souvent l'occasion des troubles les plus affreux. De tous les ennemis du genre humain , le plus cruel et le plus moderne, l'intolérance, sui- ' vont pas à pas la religion dans ses progrès, s'étendit avec elle , et fît briller le glaive partout où le zèle fit entendre la parole.

Si nous fixons cette époque à la naissance de l'empire qu'elle a toujours exercé depuis, ce n'est pas que , dans .le cours de nos réflexions , nous n'ayons déjà observé quelques germes de ses affreux principes. Une seule nation dans la foule de celles qui ont paru sur ce globe, aurait suffi pour nous en montrer les effets les plus sanglans; si le peuple juif, qui ne considérait son gouvernement que comme une inspiration perpétuelle, pouvait servir d'exemple dans le cas présent , où l'intolérance ne porte plus que sur des dogmes abstraits et fugitifs. On comprend encore plus aisément qu'une nation se croie obligée d'exterminer celles qui servent des dieux ennemis du sien, qu'on ne peut expliquer comment on emploie le fer et le feu pour forcer des gens à exprimer l'idée de consubstantialUê par une lettre de plus ou de moins *. Ce n'est donc pas sans raison qu'on fixe l'origine de l'intolérance, en matière de dogme, à la même époque que la propagation du christianisme dans l'empire.

Peut-être nous objectera-t-on que les empereurs

1 êfiêSitêf, ou êfHtSwtêf*

païens ont donné les premiers l'exemple de la persécution; mais lorsqu'un insensé, un furieux comme Néron étendit sa tyrannie sur les chrétiens, il avait du moins le prétexte de les envisager comme des novateurs, comme des rebelles qui ne voulaient pas se soumettre aux lois anciennement établies; car jusque-là le culte avait fait partie de la législation ; et les Juiis ou les chrétiens, ce qui n'était alors qu'une même chose pour les païens, furent les premiers qui ne voulurent point se conformer aux rites publics. Un homme qui refusait de jurer par le génie de l'empereur était regardé comme criminel de lèsemajesté ; et c'est là un article qu'il faut bien examiner , si l'on veut entendre tout ce qui a rapport aux premières persécutions. Mais employer les supplices les plus atroces pour déterminer des questions plus grammaticales que théologiques ; mais immoler par le fer et par le feu ceux qui implorent le même dieu, qui observent les mêmes cérémonies, qui respectent les mêmes autorités, c'est une démence qui n'avait pas encore eu d'exemple, et qui naquit dans l'empire romain, de la tyrannie des empereurs et de l'ambition des évêques.

Soyons justes , et écartons encore des ministres de l'Évangile une partie des réproches qu'ils se sont attirés : je le dis avec satisfaction , et je ne sais pourquoi les apologistes du christianisme ne l'ont pas dit avant moi : cette intolérance barbare , ces disputes scandaleuses et atroces, devaient en grande

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partie leur origine au caractère des Grecs , à la malheureuse passion que cette nation avait inspirée pour une vaine dialectique et des sophismes frivoles. . Quoi qu'il en soit, c'est sotts le règne des empereurs .chrétiens , c'est même sous celui des princes les plus respectés, tels que Constantin et Théodose, qu'on voit pour la première fois les lois s'exprimer dans ces termes : « Si quelqu'un ose sacrifier dans les

a temples, qu'il soit exterminé par le fer vengeur

« Nous ordonnons, sous peine de supplice , de croire « une même divinité en trois personnes, etc. ' »

Ainsi , depuis la naissance des hérésies , c'est-àdire depuis que la théologie s'est mise à la place de la morale, les hommes déjà condamnés à servir sous des maîtres injustes, accablés d'impôts, troublés dans leurs propriétés, poursuivis par la guerre et tous les fléaux qu'elle entraîne avec elle , se sont vus exposés encore à une nouvelle tyrannie, qui,

1 « Placuit omnibus locis atque urbibus universi claudi « templa.... quod si quis aliquid forte hujusmodi perpetra- « verit , gladio ultore sternatur. » Cod. Theod , cap. x.

Si le ridicule pouvait amuser au milieu de toutes ces atro^ cités , ce serait lorsqu'on lit ces paroles dans une loi de Constance : Cesse t superstiùo.... , etc. Nam qui contra legcm divi parentis nostri et hanc nostrœ mansuetudinis jussianem ausus fuerit sàcrificium cciebrare, competens in eum vindicta et prœsens sententia exerceatur.... , etc, « C'est comme s'il j avait : « Si quelqu'un transgresse les ordres de notre très « douce et très bénigne personne , nous ordonnons qu'il « soit étranglé sur-le-champ. »

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pénétrant jusque dans les replis les plus secrets du cœur humain , porte dans les facultés de notre âme le même trouble que le despotisme civil excite dans nos rapports extérieurs. Ainsi , depuis le concile de Nicée jusqu'à la révocation de l'édit de Nantes , les cachots se sont remplis , les échafauds ont été dressés, le sang a coulé pour consolider, par les faibles efforts de l'humanité , l'ouvrage entrepris par le Fils de Dieu lui-même!

Un autre inconvénient de cet esprit fanatique et exclusif, c'est la destruction de toute critique ; c'est l'extinction absolue du flambeau de l'histoire. Plus de vérité, plus de guide assuré dans ces conduits obscurs qui nous font remonter vers les siècles passés. À la place des Xénophon , des Tite-Live, des Polybe et des Tacite , citoyens respectables qui. portaient dans leur sein les vertus de tous les temps et de tottè les pays , on ne voit plus que des hommes de parti, qui ne racontent des faits que pour étayer des opinions. Les annales, les fastes méipe sont soumis à des disputes, polémiques , et les mémoires de ces temps malheureux ne sont plus que d'insipides factum. v ."''.■

- Au milieu d'une foule d'historiens panégyristes outrés, ou satiriques sanglans de leurs princes; selon que ceux-ci ont bien ou mal mérité de leurssectes, deux auteurs païens ont seulsprévalu ëur les efforts qu'on a faits pour anéantir leurs ouVtages. Zosyme, historien peu élégant , peu judicieux , n'est

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pas exempt de l'esprit de parti , qui pour lors animait également les idolâtres contre leurs antagonistes; mais son histoire a servi de guide sur un grand nombre de faits , et la manière abrégée et précise dont il a écrit ne permet pas de penser qu'il ait eu pour objet principal de décrier les chrétiens. Je voudrais donc que nos compilateurs modernes, qui le suivent dans le reste de son livre , ne fussent pas si prompts à l'abandonner dès qu'il dit du mal ctes personnages qu'ils ont pris sous leur protection. Il est vrai que Théodose , le héros des auteurs catholiques, n'a pas trouvé grâce devant lui. Il nous le représente comme un prince livré au luxe et à la mollesse, tandis que les écrivains ecclésiastiques en font à la fois un grand homme et un grand saint. Mais quoique ceux-ci aient pris soin de nous raconter comment il s'est humilié plusieurs fois devant le clergé, et comment il a dit publiquement qu'Ainbroise lui avait bien fait voir la supériorité d'un évêque sur un empereur, Us n'ont point opposé de preuves négatives aux imputations de Zosime. Théocourage et succès , j'en condes historiens a-t-elle pu disrs très lent à se mettre en acion ne s'accorde -t- elle pas avec le goût que lut donne Zosime pour le plaisir ■ et la volupté ? D'ailleurs sa conduite envers le tyran Maxime est-elle à l'abri du reproche de fausseté ou de timidité ? S'il ne devait envisager cet imposteur

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.que comme un rebelle et un régicide , devait-il le reconnaître pour empereur , et laisser placer les statues d'un pareil scélérat à côté des siennes ? Si , au contraire , la politique obligeait Théodose à regarder comme empereur celui que les armées et lés succès avaient couronné , fallait-il se préparer sourdement à l'attaquer ? Était-il juste encore, après s'être rendu maître de son sort, de le faire mourir comme un rebelle ? Et lorsque Eugène , nouvel Usurpateur, nouveau comptée d'un autre régicide, lui envoya des ambassadeurs, dut-il les recevoir avec bonté, et les congédier en les comblant de présens , pour marcher bientôt contre leur maître, sur le conseil de Jeanrle-Solitaire , et sur Tordre de saint Philippe et de saint Jean-1'Évangétiste , lesquels n'ayant jamais porté d'armes pendant leur vie , se firent pourtant reconnaître, en lui apparaissant comme les Dioscures, sous la forme de deux beaux, cavaliers armés de toutes pièces ? Je ne parlerai pas du massacre de Thessalonique , massacre conçu avec tant de cruauté , et exécuté par une trahison si odieuse : il ne faut point insister sur cette atrocité ; tous les historiens s'accordent à la regarder comme .un heureux evépe^ ment , puisqu'elle a préparé au monde chrétien* le

spectacle consolant de voir un empereur humilié devant un évéque : mais j'observerai seulement quç depuis l'incendie de Rome, ordonné par Néron, si Néron en est effectivement l'auteur, et le parnage- d'Alexandrie sous Caracalla, l'histoire ne pré-.

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sente pas de cruiftté aussi odieuse et aussi crimi-T nelle.

Nous avons déjà parlé du jugement que Zosirae a porté sur Constantin. Ces deux exemples suffisent pour nous apprendre pourquoi les auteurs ecclésiag» tiques se sont attachés à le décrier \ La critique-, plus circonspecte , oppose suffrage à suffrage ; elle prend en considération les intérêts , les passions des écrivains ; et partout où elle ne vqit pas l'impartia- U té, elle suspend son jugement.

Àmmien-Marcellua. a été traité avec plus de mena* gement. Le moyen, en effet,, de. rejeter un auteur, dont le caractère est. connu et f&r le rang qu'il a tenu dans les armées t et pair, ses liaisons avec les premiers hommes de Fétat; un citoyen qui raconte avec cette clarté et cet intérêt naïf qu| naît toujours

, l Pour que nos lecteurs soient mien* en état de juger si k critique de Zo&ime -est tn effet i méprisable , nous alloa» transcrire ici ce qu'il a dit de* moines» II parle dfes troubles excités à Constantinoplç , à l'occasion de saint JJean Chrysostome. « La ville , dit - il , était livrée au tumulte , et « l'église des chrétiens était déjà au pouvoir de ceux qu'on « nomme moines. Ce sont des hommes qùî ont renoncé au «r mariage, lesquels remplissant les campagnfes'et les cité* , «ront donné origine à une classe d'hommes inutiles pour la «.guerre comme pour tout emploi civil, qui n'ont 4'autre « occupation que. d'envahir des biens, immenses sous, le pré- « texte de secourir les pauvres , tandis que dans- le fait ce « sont eux qui propagent îa misère et la mendicité. » Qui ne voit par ce passage combien Zosime était aveuglé par la passipn , et combien il faut se défier de ses jugemens ?

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de la part qu'on a prise soi-même aux affaires ; un mi- . litaire enfin que nous comparerions volontiers à M. de Feuquières, si l'érudition, la littérature , qui brillent dans son ouvrage, ne lui donnaient un grand avantage sur l'écrivain français. Cependant cet auteur, dont tous les historiens ont emprunté jusqu'aux plus petits détails , est soudain négligé du moment qu'il hasarde quelques paroles en faveur des païens ou de l'empereur Julien.

Je viens de rappeler un nom qui suffit seul pour réveiller des disputes interminables. Cet empereur élevé jusqu'aux nues par lés ennemis du nom chrétien, a mérité que de nos jours un auteur célèbre prît la peine d'écrire son histoire > et s'efforçât dé rectifier le jugement qu on devait en porter. Ceux qui auront été offensés de la liberté . avec laquelle nous avons parlé. de Constantin., s'attendront, sans doute , à nous voir faire le panégyrique d'iin prince qui contraste avec lui d'une façon si marquée ; car l'esprit calomniateur est toujours prompt à soupçonner des motifs, et sa propre malignité lui suggère aisément l'artifice qu'il suppose dansées objets de sa haine.. Pour cette, fois-ci, il, s'est trompé dans son attente. Loin de prendre pauti;dans cette querelle , nous ne pouvons nous empêcher de convenir qu!on y a mis des- deux côtés une>obstinatiQn puérile, mais pourtant moins, humiliante çiicote pour le. feu*, zèle que pour la philosophie , puisqrô cefle^ji ne doit jamais servir la raison avec les arifres du fanatisme.

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Tant d'empressement à préconiser un empereur qui se disait philosophe , se sent , s'il nous est permis de nous exprimer ainsi, de la jeunesse de la philosophie. En effet , cette aversion pour les préjugés , cet essor vers la liberté de penser y qui vient après tant de siècles interjeter appel contre un si grand nombre d'opinions reçues, avouons4e , n'a pas parmi* nous une origine bien reculée r et dans ces premiers efforts de la raison , la passion s'est, souvent mise de la partie. Sans doute c'était un crime- de persécuter les païens, et de vouloir plier leurs opinions par la rigueur des supplices ; mais n'en était-ce pas un aussi d'opprimer le christianisme? La tolérance,, la liberté de conscience était-elle le principe de Ju~ lien («), lorsqu'il inondait l'empire du sang des victimes, et que, fanatique défenseur des fausses divinités , au lieu de montrer sur le trône un philosophe impartial , il ne fit voir en lui qu'un païen dévot ? Je n'akhe pas les vertus qui sentent trop l'imitation , ni les héros faits d'après le modèle. Je ne sais quel caractère de comédien domine dans l'esprit de Julien. Tantôt c'est Marc- Aurèle , tantôt Trajan, tantôt Alexandre, qu'il s'empresse de copier. L'effort se fait sentir dans ses vertus conamç dans ses talens. Ses actions Sont toutes concertées , préméditées sur d'anciens exemples ; ses compositions sont calquées sur celles de satn siècle. Le Misopogon n'est point

(à) N*y a-t-U poiiif. ici V affectation d'étaler une opinion nouvelle?:

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l'ouvrage d'un empereur, mais celui d'un sophiste: «es panégyriques ne sont pas tels qu'un César aurait dû les prononcer , mais tels qu'un rhéteur aurait pu les écrire* Dans la guerre des Gaules je crois le voir chercher les traces de Jules-César : dans celle de Perse , il me paraît imiter l'audace de Trajan ; et puis ce mélange de philosophie et de dévotion , comment l'accorder ? dans ses mœurs , c'est un stoïcien ; au temple , c'est un idolâtre , et dans son cabinet , un mauvais platonicien , qui cherche à - corrompre la doctrine de cette secte par l'indigne alliage de la magie.

Mais si nous ne craignons pas de traiter avec tant de rigueur l'un des grands princes qui aient illustré le Bas-Empire , combien 'ne 4e von s- nous pas aussi nous récrier contre l'acharnement avec lequel il a été calomnié par les historiens ecclésiastiques? Quelle confiance peut-on prendre en leurs jugemens, lors-* qu'après avoir* canonisé Constantin , meurtrier de sa femme et de son fils , ils se déchaînent contre Julien avec la fureur la plus indécente , «'efforçant dç lui supposer des crimes trop atroces pour trouver la moindre créance , quand même on les attribuerait aux Caligula et aux Néron ? Ici l'on voit que le zèle a perdu toute mesure, et que la haine est poussée jusqu'à l'aveuglement. Ce sont cependant ces mêmes auteurs qui nous servent de guides dans les matières ecclésiastiques , et que nous ne laissons pas de suivre souvent dans l'histoire, profane. On craint , aprè*

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s'être expliqué ainsi," de nommer Socrate, Sozomène et Théodoret ; car on leur doit beaucoup de faits très édifians , dont l'autorité pourrait souffrir de tout ce que Ton serait obligé de retrancher à la confiance qu'on avait en eux. Sur quoi je remarquerai que,, par un sort assez singulier, ces faits se sont d'autant plus accrédités , qu'on a plus négligé les auteurs qui les ont transmis ; et la raison en est bien simple. On ne peut lire dans les originaux aucun feit, aucun événement vraisemblable qui ne soit précédé ou suivi de contes si absurdes, qu'ils détruisent bientôt toute confiance dans l'auteur; au lieu que dans les compilations ou les abrégés modernes on a eu grand soin de rejeter tout ce qui était fabuleux , pour ne conserver que les traits qui paraissent le moins hasardé$. Par exemple, les écrivains postérieurs ayant vu qu'Aramie&nMarcellin parlait d\m tremblement de terre qui arrêta les travaux commencé» pour la réédifica tion du temple de; Jérusalem , ils ont choisi dans les trois auteurs que nous avons nommés. plus haut, ce qu'il y avait deç pfats : vraisemblable dan& le récit merveilleux qu'ils nous, en avaient laissé*, et après en avoir fait usage , ils ont ajouté; qt^eçes. fints étaient confirmés par AmaienlMarcelKn, auteur païen.

J'avoue qu'autrefois, sur la foi des auteurs mo* demeft, je, croyais qu'Ammien-Maneéllin avait écrit que l'empereur Julien ayant ordonné la reédification du temple-, l'ouvrage avait «été interrompu par un miracle, -et ôelaane paraissait d'autant: moins

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extraordinaire, que je sais que les auteurs anciens ne sont pas avares de prodiges. La lecture de l'original, lecture toujours si nécessaire pour juger des siècles passés , m'a absolument détrompé. Voici ce fameux passage si souvent cité, et si rarement rapporté : ce Quoique l'empereur fût très occupé à a presser les préparatifs de son expédition (contre « les Perses ) , il savait pourtant partager ses soins , ce et, ne négligeant rien de ce qui pouvait immora.taliser son règne, il songeait à rétablir un temple « très célèbre autrefois , qui avait été détruit depuis « le siège de Jérusalem commencé par Vespasien , « et terminé par Titus. La direction de cette entre- «c prise , qui devait coûter des sommes immenses , «avait été confiée à Alypius, ci -devant commande dant en Angleterre. Comme cet officier, aidé du k préfet de la province , pressait vivement les ou- « vrages, des flammes effrayantes, s'élançant frète quemment des fondations, consumèrent les ou- « vriers , et rendirent enfin ces lieux inaccessibles. « Ces irruptions ayant continué, on abandonna Pen- « treprise. » l

1 « Et licet accidentium varietatem sollicita mente praeci- « piens , multiplicatos expeditionis apparatus flagranti stu- « dio perurgeret, diligent iam tamenubiqne diyiplens, impe- « riiqne sui memoriam magnitudine operum gestiens propa- « gare , ambitiosum quondam apud Hierosolymam templum, « quod post multa et intemeciva certamina obâidente Vespa- «siano posteaque Tito apgre est expugnatum , inslaurare « stunptibus cogitabat immodicis j negotiumque matorandum

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Ici plusieurs réflexions se présentent d'ellesmêmes. i°. Rien n'était moins extraordinaire alors que les tremblemens de terre accompagnés de volcans. Dans le même temps, et dans l'espace d'un siècle, Constantinople , Édesse, Antioche, Nicomédie, et la plupart des villes de l'Asie -Mineure, furent renversées par des tremblemens de terre. L'histoire en rapporte plusieurs arrivés à Jérusalem même. On sait de plus que ce pays est rempli de bitume , et l'incendie d'une si grande ville et d'un temple si riche pouvait avoir produit des matières sulfureuses et inflammables, que la moindre communication de l'air devait embraser. a°. Si cet événement avait été accompagné de circonstances miraculeuses, pourquoi Ammien-Marcellin, amateur du merveilleux comme tous les anciens, aurait-il pris soin de les dissimuler ? Rien n'est plus simple , direz-vous ; Ammien étak païen, et un pareil événement devait faire triompher à jamais la religion chrétienne. Je répondrai à cela qu'il est très clair qu'il ne produisit point cet effet, et qu'en supposant

a Alypio dederat Antiochensi , qui olim Britannias caraverat

* pro prafectis. Cùm itaque rei idem instaurare fortiter in- « staret Alypius, juvaretque Provincise rector, metaendi « globi flammarum (è) prope fundamenta crebris assultibus « erumpentes fecere locum exustis aliquoties operantibus « inaccessum ; hocque modo elemento destinatius repel-

* lente cessavit incœptnm. »

(t) Globi flammarum. La flamme ne forme jamais des globes , mais des spirales , excepté dans les forges de fer et de cuirre.

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que notre auteur n'eût pas été exempt de toute par* tialité , il serait arrivé de deux choses Tune : ou il aurait omis le fait. en entier, ou il se serait efforcé de lui donner une autre interprétation , ce qui était très aisé ; car il en pouvait trouver cent pour une. « Les dieux avaient été irrités de voir rétablir un « temple au dieu des Juifs dont ils avaient triomphé « avec tant d'éclat sous Titus. Le ciel ne permit pas « que dans un temps de calamité l'argent et les « sueurs du peuple fussent employés à des ouvrages « fastueux et inutiles. » Que sais-je ? Manque-t-on jamais de raisons pour expliquer les événemens? Ammien ne considérait donc pas celui-ci comme un prodige, et l'opinion opposée n'était donc pas encore répandue de son temps, puisqu'il n'a pris nulle peine pour la combattre, et qu'il n'a pas daigné faire la moindre réflexion à ce sujet. Or, je pense qu'en général la preuve la plus forte contre les choses alléguées par un parti , c'est l'indifférence de l'autre ; car enfin , quelque peu de crédit qu'aient à présent les convulsionnaires , nul auteur n'écrira jamais l'histoire de nos jours sans faire quelques réflexions sur ce qui s'est passé à Saint- Médard ; et le livre fanatique de M**** a été honoré de quelques réfutations. Mais Sozomène, mais Théodoret, sont des auteurs estimés; ils rapportent ce fait avec le plus grand détail. A la bonne heure ; mais si le témoignage de Sozomène est d'un si grand poids , il faut donc croire aux sorciers: il faut donc croire

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que les magiciens, avaient le pouvoir de faire paraître les démons, et de commander aux oracles \ II faut encore supposer que Julien, le moins sangui- naire de tous les princes, a fait éventrer des femmes pour consulter leurs entrailles ; il faut être convaincu qu'il y a eu des Sibylles qui ont parlé clairement du mystère de la rédemption , et qui l'ont désignée par ce vers :

Ofelix Ugnum in quo Deus ipse pepenàit)

* Il ne faut pas douter non plus qu'il n'ait paru en Judée une croix lumineuse qui occupait la moitié du ciel ; qu'il en parut une autre lorsqu'on travailla à réédifier le temple de Jérusalem, et que les habits des ouvriers furent parsemés de petites étoiles qui y restèrent constamment attachées, et qui paraissaient avoir été travaillées dans l'étoffe 3. Si vous

1 C'est de lui ce conte puéril , que Julien étant introduit dans un caveau pour y consulter les démons, fut effrayé, et fit un signe de croix qui fit tout disparaître. Cet auteur rapporte nombre d'oracles en faveur des chrétiens , et l'on sait cependant, depuis qu'on connaît la fameuse dissertation qu'a composée M. VanDale , et l'excellent abrégé qu'en a fait M. de Fonténelle ; on sait , dis-je , que les oracles n'ont jamais été inspirés par les démons, et qu'ils n'étaient que l'ouvrage de la fourberie des prêtres.

* Voyez l'Histoire ecclésiast. de Sozomène, L. n , ch. 5.

9 La fureur dès chrétiens était alors de voir des croix partout. Lorsque Théodose fit abattre le temple de Sérapis , il se répandit qu'en démolissant les murailles, ou avait trouvé

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préférez Théodore t, vous y verrez que Julien, en partant de la Gaulç pour aller combattre Constance, passa par une vigne qui avait déjà été vendangée , et qu'il la trouva cependant chargée de raisins verts, sur lesquels les gouttes de rosée avaient dessiné un nombre infini de petites croix. Ce n'est pas la peine d'ouvrir Socrate qui écrit la même chose, et que ces auteurs ont peut -être copié. Il ne diffère de Sozomène qu'en ce que l'un dit que le miracle de Jérusalem convertit tous les Juifs, et que l'autre assure qu'aucun d'eux n'en fut touché , et n'embrassa la religion des chrétiens.

Nous terminerons cet article par une réflexion qui paraît avoir échappé aux critiques qui nous ont précédé; c'est que, soit supercherie de la part des peuples ennemis des corvées et du travail , soit su* rîerstition parmi les hommes grossiers chez lesquels l'idée du grand et celle du merveilleux se confondent si aisément, il est souvent arrivé que les grandes entreprises ont été interrompues par des prodiges. Je ne citerai qu'un exemple que je tire de Dion. Cet auteur raconte que lorsque Néron entreprit de couper l'isthme de Corinthe, il parut des fantômes qui effrayèrent les ouvriers. Dans le fond , ces fan-

des croix gravées sur la plupart des pierres : mais sur un plus mûr examen, il se trouva que c'étaient des phallus. On sait que le phallus était une représentation des parties de la génération dans l'homme. (Histoire du Bas-Empire.

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