TOME II
maxime générale, que tout procès était de leur coin-* pétence , parce que des deux partis , l'un attaquait, l'autre défendait; l'un affirmait, l'autre niait : or, d'un côté ou de l'autre , il y avait péché; donc , etc. Cette logique est meilleure qu'on' ne pense; et peutêtre ceux-là sont-ils plus subtils , mais aussi absurdes que nos pères , qui veulent chercher l'erreur ailleurs que dans le premier principe. (*)
(?) Quoi qu'il en soit, il arriva que tandis que l'Église usurpait l'autorité sur les puissances séculières , le pape usurpait l'autorité absolue sur l'Église ; et comme le premier usage du despotisme est l'agression , les papes n'eurent pas plus tôt discipliné leur milice , qu'ils attaquèrent les couronnes les plus respectables* De là cette suite d'entreprises insensées , et souvent heureuses, ces excommunications prodiguées, ces royaumes distribués, ces royaumes enlevés, ces couronnemens , ces. dépositions , et tant de faits ridicules et atroces qui font rougir l'historien , et gémir le lecteur.
Je m'arrête ici , parce que mon dessein n'est pas de fiiire l'histoire de ces temps malheureux. Ces fanestes objets ont été crayonnés de main de maître : et que peut-on écrire après VEssai sur Vhistoire générale ? Je me contenterai donc d'observer que dans nos rapides réflexions nous avons déjà parcouru
(o) Ce premier principe est da&s les Cmsiiûtàens apostoliques.
(p) Bravo !
les six premiers siècles de notre monarchie, et je remarquerai que c'est précisément ce temps-là qu'on peut regarder comme la première végétation , la marche progressive des mœurs et des usages. C'est alors que toute habitude a commencé , que tout principe a pris naissance. Rappelez-vous les idées principales qui doivent s'être gravées dans votre mémoire : invasion de Barbares , gouvernement barbare ; usurpation de quelques-uns , usurpation d'un plus grand nombre , tyrannie générale ; les guerres civiles légitimées , tous les hommes armés , toute la terre arrosée de sang ; des guerriers féroces , las de se déchirer entre eux , et combattus à la fois par une crédulité absurde et par une honteuse débauche , cherchant en Asie une expiation pour leurs crimes ; l'élite des peuples occidentaux , et presque toutes leurs richesses abîmées dans les sables de la Palestine ; la culture abandonnée ; le clergé profitant seul de l'aveuglement général , comme ces hardis scélérats qui volent au milieu des incendies ; enfin toute police divine et civile violée et exagérée tour à tour ; les malheurs, la folie des hommes vous paraîtront parvenus à leur comble : et voilà précisément ce que je voulais vous faire observer (?). Passé le douzième siècle , vous né vei> rezplus qu'une marche rétrograde : le genre humain commence à donner quelque signe d'espérance : c'est un malade qui , après le dernier effort de la fièvre, laisse voir quelques symptômes d'une crise favora-
(q) Bravo!
ble ; mais il ne sort d'une longue agonie que poui* respirer un moment , et retomber encore : le mal qui ne s'affaiblit que par degrés, paraît terrible dans ses retours , et tout , jusqu'à la convalescence , porte un caractère effrayant.
Tandis que les guerres civiles désolent la France, la piété vient la première au secours de l'humanité. La paix du Seigneur fait un partage bizarre des jours de la semaine , dont les uns sont destinés au commerce , les autres au carnage. Saint-Louis , par des lois civiles , mais non moins pieuses dans leur objet , modère le droit de la guerre , et l'enchaîne en quelque façon. Philippe-le-Bel va plus loin : il défend qu'on fasse usage de ce droit barbare, quand il l'exerce lui-même , et il prétend que toutes les fois qu'il fait la guerre , il doit en avoir le privilège exclusif. L'établissement des bailliages et le progrès de leurs juridictions sous Saint-Louis et ses successeurs, la création des différens tribunaux où les causes qui se décidaient ordinairement dans les combats , sont portées par appel ; les affranchissemens , les privilèges accordés aux communes, premières restitutions faites à la nature outragée ; enfin les assemblées de la nation, où toutes les classes des citoyens sont représentées , où ils peuvent se plaindre de ' leurs maux , et en demander le remède : tels sont les premiers pas par lesquels la fureur rétrograde vers la raison. Et qui pourrait ne pas s'attendrir (0
(r) Bravo!
sur le sort des peuples , lorsqu'on voit que leurs premières lois ont été des lois de ' pacification ? Voyez en France la paix du Seigneur, en Angleterre la paix royale ( The King 9s peace) , en Allemagne la paix publique, etc. Les premières conventions qu'ont à faire ces êtres tous semblables , tous sortant de la même origine , c'est de convenir de ne plus s'entre-tuer.
Sans doute que ce serait une chose bien curieuse que d'examiner les diverses routes par lesquelles se sont faits ces retours vers la raison. L'abbé Terrasson a remarqué avec beaucoup de finesse que dans les sciences exactes les hommes n'ont eu besoin que d'application pour trouver la vérité; de façon que leur marche a été directe de l'ignorance à la science ; au lieu que dans les choses de raisonnement ils ont toujours été obligés de passer par le faux , avant que d'arriver au vrai \ Cette réflexion n'est pas moins applicable à la politique qu'à la philosophie. Que de sottises pour remédier à des sottises (*) ! Que d'étais pourris et vermoulus pour soutenir des fabriques chancelantes !
Le gouvernement féodal régnait en France , en
1 On dirait que la vérité a toujours été le pis-aller de l'esprit humain. Il ressemble assez à une hirondelle qui , étant enfermée dans une chambre , va cent fois se heurter eontre les lambris avant de trouver la fenêtre , qu'une main bienfaisante Tient de lui ouvrir.
{s) Bravo I
Angleterre, en Allemagne et en Italie, à peu près au même degré , à peu près sous les mêmes formes. Comment ces états , en partant des mêmes principes, sont-ils parvenus à des résultats .si difFérens ? Chose étonnante ! dans • les secousses qu'éprouve l'Angleterre, la féodalité se maintient; les grands vassaux se rallient pour soutenir leurs droits ; ils les étendent, les rendent plus sacrés, plus définis; et il en résulte le gouvernement de propriété et de représentation, le gouvernement libre et demi-démocratique que nous voyons de nos jours.
En France , loin de soutenir l'ancienne constitution , on introduit de nouvelles formes : au système féodal on substitue , ou si l'on veut , on mêle des états - généraux , où la nation paraît tout entière dans ses députés , et n'est plus représentée par une aristocratie militaire : à la place de ces clercs, de ces assesseurs qui aidaient le suzerain dans l'exercice de la justice, on établit des cours souveraines, constantes et permanentes, qui forment des corps de magistrature , et deviennent bientôt dépositaires des lois; la nation a de fréquentes asseiAblées, des juges et des lois, et il en résulte une monarchie absolue.
En Allemagne, l'ignorance, la férocité, la dissension, la rivalité , entretenues par l'équilibre des pouvoirs , durent plus long-temps qu'ailleurs ; la force décide de tout , et la force est toujours alternative entre les membres de l'état. Nul accord , nul point
de réunion ne reste aux esprits divises , et il sort de là le gouvernement germanique tel qu'il est de nos jours , c'est-à-dire le système politique le mieux suivi et le plus régulier.
En Italie , deux tyrans , sous prétexte d'être successeurs, J'un des Césars (0, l'autre de saint Pierre (0, se disputent sans cesse le pouvoir absolu : c'est pour la monarcrfe universelle qu'on combat ; et après de longues guerres, de grands scandales, et de nombreuses atrocités , il résulte de là une multitude de républiques et de petits tyrans ; un gouvernement tout semblable à celui de la Grèce, du temps d'Alexandre et de ses successeurs.
Au-delà des Pyrénées , les Goths et les Vandales ont à peine établi leur domination dans cette belle presqu'île, si bien défendue par la nature, qu'ils sont attaqués tout à coup par une puissance formidable. C'est près des colonnes d'Hercule que le génie du Nord et celui du Midi se rencontrent pour se faire
une guerre cruelle , dont huit siècles ne peuvent éteindre la fureur. Au milieu des alarmes , des périls continuels , nul système de guerre suivi. L'autorité royale reste sans effet , parce que le pouvoir se divise comme la force , qui est obligée d'agir en tout temps, en tout lieu. Les seigneurs se fortifient dans leurs châteaux; les villes pourvoient à leur législation comme à leur sûreté. La crainte qui a coutume de
(/) (t) Très bien.
fonder l'autorité. , en réunissant tous les hommes par un même intérêt, dans ce cas singulier, les disperse et les sépare , comme il arrive à peu près dans le fort de la mêlée que chaque troupe , chaque soldat ne songe plus qu'à sa propre défense , et qu'une seule bataille se change en mille combats singuliers. Ce n'est pas tout : trois religions les plus opposées, les plus ennemies, se disputent rempire.de f opinion. La persécution , le fanatisme, sont armés de tous cotés ; et cependant, jetez les yeux maintenant sur ce même pays , qu'y verrez- vous ? unité de croyanct , unité de pouvoir , une tranquillité excessive qui se change en paresse , et un repos voisin de l'engourdissement.
Voilà des événemens bien étranges, bien contradictoires à leurs principes. Peu de mots suffiront pourtant pour en rendre raison. En Angleterre , les premières réclamations ont été des grands contre la couronne; en France, de la couronne et du peuple contre les grands ; en Allemagne ; l'élection des empereurs s'étant maintenue , a maintenu à son tour et le rang auquel tous les grands pouvaient prétendre , et les droits que tous les grands voulaient conserver ; en Italie , la concurrence des souverains , les vicissitudes de leur pouvoir , et surtout le peu de .proportion de leurs forces avec leurs prétentions , laissèrent aux faibles le temps de s'élever et de s'affermir. Les secours mendiés de part et d'autre multiplièrent les privilèges ; les villes s'affranchirent dans
PUBLIQUE. CH. I. 4t
les troubles civils, et le népotisme multiplia les principautés.»
En Angleterre , les grands armés contre leurs rois crurent devoir se concilier la bourgeoisie (*), et particulièrement les villes commerçantes. Ils stipulèrent de nouveaux privilèges pour cet ordre de citoyens déjà favorisé par les souverains qui voulaient > comme en France , l'opposer au pouvoir exorbitant des barons, et qui ne manquaient pas aussi de lui faire payer leurs bienfaits. La grande charte ayant été reconnue comme loi générale , et soutenue par un certain nombre de gardiens, toujours assemblés , toujours en activité , sous le nom de conservateurs (sage précaution à laquelle elle fut redevable de sa durée), il arriva que les barons formèrent deux classes, les puis sans et les moindres \ Mais la tranquillité s'était établie , et l'assiduité au parlement était devenue une charge , une dépense qui ne pouvait être supportée que par les plus riches des barons; les moindres, ou négligés, ou peu curieux des affaires, se* confondirent bientôt avec les simples chevaliers *, et parurent plus soigneux d'évi-
(*f) Les Este, les Sforce, les Ezio, les Carrare, les Castraçant, les Bentivoglio , n'étaient point neveux des papes.
(x) Le contraire, à ce que je crois,
1 The lesser Barons. Voyez Hume, tome n, pages 85 e| suiv.
• Knights ofthe shire. C'est l'origine de ce que les Anglais appellent gentry, les gentilshommes. Mais l'idée que pré-
ter les séances au parlement, que d'y occuper le premier rang. Mais les rois toujours attentifs à ces deux grands objets, l'humiliation des grands et l'intérêt du fisc , imaginèrent d'opposer à la noblesse le concours des forces subalternes. Edouard 1* or» donna aux shérifs, ou premiers magistrats des provinces , d'envoyer au parlement deux chevaliers ou gentilshommes de chaque district. Ces derniers ne dédaignèrent pas de siéger avec les bourgeois (r) ; ils firent même cause commune avec eux, présentèrent des requêtes,' des projets de réformation, etc. Les rois les ayant écoutés , leurs feuccès leur donnèrent de la consistance; et ainsi se forma peu à peu la chambre des communes, qui de toutes les parties
sente ce mot en anglais, ne correspond point du tout à celle que nous y attachons. Après que Guillaume eut confisqué toutes les terres des Anglais , et les eut données aux Normands à titre de baronnies ou de grands-fiefs, ceux-ci sousinféodèrent plusieurs parties de leurs fiefs ; ce qui établit des vassaux d'un second ordre. Les premiers, appelés Chief-tenants , se trouvèrent au nombre de sept cents , et les autres , appelés Knight's fées , au nombre de cinquante mille deux cent quinze. On voit que les origines se rapportent assez dans les deux royaumes ; mais en France , la sousinféodation ne dégradait point le» personnes , puisque les rois eux-mêmes rendaient hommage à leurs sujets pour les arrière-fiefs» Il n'en fut pas de même en Angleterre. C'est ce qui a établi la différence entre la noblesse et les gentilshommes : nobility and gentry.
(y) Non comme membres du parlement*
du gouvernement britannique est la plus fondée en raison, et la plus favorable à la propriété. Des flots de sang ont coulé depuis pour cimenter l'édifice que nous voyons de nos jours : édifice superbe et solide , mais qui porte sur une base gothique , et dont les proportions accusent encore sa grossière origine. Cependant , quelque contraste qu'il présente entre le plan informe de ses fondations et les beautés dont il a été décoré depuis, il offre à nos yeux une espèce d'unité ou plutôt de continuité. C'est la façade du vieux Louvre , ornée de la colonnade de Perrault : mais ce n'est point cet amas confus de bicoques , de boutiques et de maisonnettes cousues (*) ou mêlées à un ancien palais ; ce n'est point ce désordre incroyable qu'on trouve encore dans notre capitale et dans notre politique. Je m'explique.
Nous avons vu le gouvernement d'Angleterre se modifier insensiblement, en conservant toujours les premiers principes de sa constitution, le roi et le parlement. À la vérité, ce parlement se divise en deux chambres; mais si les communes acquièrent un pouvoir égal à celui de la chambre-haute , c'est toujours la suite d'un même système, ce sont de nouvelles branches sorties d'un même tronc. En France, il en va tout autrement : les peuples, las de la tyrannie des grands et de l'anarchie générale , ont recours à l'autorité royale ; Philippe Auguste , par des actions héroïques , et Saint-Louis , par ses
(z) Ah ! avec quel fil coud-on des maisons ?
vertus morales, justifient cette confiance; mais Philippe-le-Bel , politique inconsidéré , monarque ambitieux , et souverain avide , ne tarde pas à dissiper le prestige.
Avant d'aller plus avant, remarquons que le gouvernement féodal français différait du gouvernement féodal anglais en ce que celui-ci avait conservé les assemblées, ou parlemens. Or, les assemblées sont la source de toute liberté. N'importe quels soient les lois et les usages , toute nation représentée, tout corps assemblé, finiront par acquérir un grand pouvoir politique.-En France , le nouveau gouvernement féodal, ou, pour ne pas perdre nos idées , celui de la seconde époque , avait bien mieux réussi à détruire toute trace de l'ancien. Lors donc que Philippele-Bel, par ses concussions, ses changemens dans les monnaies, ses querelles avec la cour de Rome, se crut 'obligé de convoquer la nation , il se trouva conduit à trois nouveautés, qui ont fait de son règne une époque très intéressante dans l'histoire : i°. il assembla la nation dans une forme civile ,* qui ne ressemblait pas à ces parlemens , à ces champs de Mai , d'où émanaient les lois des Mérovingiens et des Garlovingiens l ; a°. il y fit entrer la bourgeoisie sous le nom de tiers -état; 3°. dans le même temps, à peu près , il établit en quatre endroits de son royaume
1 Pasquier ne témoigne pas une grande estime pour les nouveaux états-généraux : « Chaque assemblée , dit-il , fut « marquée par des sacrifices de la nation ; et si l'on a pré-
des cours de justice sédentaires , que nous appelons à présent parlement. («0
H paraît qu'en France , comme en Angleterre , la noblesse dut perdre quelque crédit par l'intervention du tiers- état dans les affaires publiques ; mais en revanche il s'en fallut de beaucoup que les communes obtinssent la même considération qu'en Angleterre. Là , elles avaient pour modèle , pour objet d'émulation , la chambre des pairs , dont le pouvoir était constant et reconnu ; ici , elles parurent étonnées du rôle qu'elles allaient jouer; et, semblables à un subalterne qu'un grand admet à sa table, elles se crurent obligées de payer par de basses flatteries le nouvel honneur qu on leur faisait D'ailleurs , les états-généraux ne furent convoqués que rarement etoà la volonté du souverain, qui n'avait garde de les assembler, à moins qu'il ne se crût bien assuré de leur complaisance , ou que les besoins de l'état ne fussent devenus trop urgens pour leur laisser matière à délibération. Ainsi donc ces assemblées servirent plutôt à ébranler le gouvernement féodal qu'à établir celui de représentation; et la puissance royale gagna seule à ces changemens.
Cependant un contre-poids, une nouvelle résis-
c tendu que les conciles ont tous enlevé quelque chose à « l'autorité papale, on peut dire que les états-généraux ont « tous cédé quelque chose a l'avidité des rois. »
{aa) II le voulut , et ne le fit pus. Le parlement de Toulouse
n'eut pas lieu.
tance commençait à sortir du sein même de l'autorité. Les conseillers du roi , ceux qui l'aidaient à rendre la justice , et qu'il avait tirés des trois ordres de l'état pour le seconder dans cette fonction, je ne dis pas seulement de souveraineté, mais de suzeraineté ; ceux enfin qui formaient la cour royale , furent bientôt changés en un tribunal sédentaire , et les commissions de ces conseillers, qui avaient d'abord été amovibles, étant devenues perpétuelles (») , le parlement se trouva un corps respectable par ses fonctions, et considérable par sa stabilité. Ce fut encore un nouvel échec pour la noblesse ; car les préjugés et l'ignorance éloignaient les grands de la magistrature; tandis que. les juges du tiers -état qu'ils offusquaient*, s'emparaient de toutes les affaires , et que ne pouvant les égaler , ils cherchai At du moins à les humilier.
U restait encore le clergé à abaisser. Des clercs, des évêques , avaient des places au parlement ; et comme ils étaient plus instruits que les barons, ils incommodaient davantage les gens de loi. Ceux-ci cherchant à faire monopole de la science, voulurent éloigner des concurrens importuns; et ainsi se forma dès l'origine du parlement , cet esprit antipathique au clergé qui , long-temps après , devint le salut de l'état; mais ceci n'est pas de notre sujet, et il nous suffit de l'indiquer.
Revenons donc , et observons que le gouverne-
(bb) Non pas alors.
ment de France dans ses variations a beaucoup moins conservé de sa première origine que celui d'Angleterre. En effet % quiconque voudra se former une idée juste de ce gouvernement , doit se mettre bien avant dans la tête que les parlemens , ou assemblées au champ de Mai, les états-généraux de Philippele-Bel et de ses successeurs , et les cours de justice connues de nos jours sous le nom de parlement, sont trois choses qui n'ont aucun rapport entre elles.
Pour l'Allemagne , le gouvernement féodal s'y étant conservé dans son entier , et même dans une espèce d'exagération , il nous est aisé de nous en former une idée. C'est ce que serait devenue la France , si la couronne eût été élective, si Philippe Auguste et Saint-Louis avaient négligé de protéger le peuple contre la tyrannie des barons ; enfin , si des actes publics et solennels , tels que la Bulle d'or, la Paix profane, la Paix de religion, et les Capitulations impériales y avaient défini et constaté les droits réciproques du prince et de la nation. L'empire peut être regardé comme un grand Club l de souverains, qui se sont soumis à des lois austères ; et qui ont
1 Club, coterie anglaise qui se rassemble ordinairement dans un café ou dans une taverne. Les lois de ces sociétés sont toujours écrites et déposées dans la salle où l'on s'assemble. Là, comme dans presque toutes les assemblées anglaises , on nomme un président qui siège dans un fauteuil élevé y et dont les fonctions sont à peu près les mêmes (ce)
(ce) Frai.
nommé un d'entre eux pour prendre le fauteuil , et leur servir de président Les droits des princes y sont assez bien spécifiés ; ceux du peuple y sont le plus souvent négligés. On réprime les petites usurpations, mais si quelque puissant vassal entre en lice, les armées décident seules du droit, aVec cette différence seulement , qu'elles s'y font précéder par une plys forte avant-garde de manifestes, d'avocatoires, de déhortatoires , etc. Là , comme ailleurs, on trouve un mélange d'habitude et de raison , quelques lois t maintenues , parce qu'elles sont bonnes ; d'autres , parce qu'elles sont anciennes. (4Q La paix de Munster et la capitulation de François Ier sont des ouvrages de la réflexion qui brillent au milieu de ceux du préjugé, comme une belle statue dans un vieux galetas. C'est une question de savoir si le gouvernement germanique rend les peuples plus heureux. Je conviens qu'il peut empêcher le comte de La Lippe de tuer les cerfs .du comte de Waldeck , et le marquis de Neuwied de faire de la fausse monnaie ; mais il empêche aussi qu'il y ait en Allemagne des chemins, des canaux, des arts et de la richesse : il soutient plus de cent petites cours, et laisse les peuples dans l'oppression. Aussi les corps-de-gardes y tiennent-ils la place des manufactures; et quand on a vu des
que celles de l'orateur dan* la chambre des communes. On peut se rappeler les lettres charmantes écrites s*r «© sujet par Steele et Addison dans le Spectateur.
(dd) Non.
Jreùle, des chanoinesses , des sentinelles et des gardeschasse , on peut se former une idée de la plus grande partie de l'Allemagne, («•)
Quant à l'Italie , tour à tour déchirée et divisée par les empereurs, les papes, les Normands, les rois d'Aragon et les rpis de France , elle ne pourrait entrer dans nos réflexions qu'en nous offrant deux républiques célèbres , dont l'une est encore aussi puissante que constante, dans ses principes ►On devine aisément que c'est de Venise dont je veux parler : mais cette république respectable , placée entre, le Turc , le pape et l'empereur, dut se former une constitution relative à sa position politique* Née dans les lagunes , presque au sein de la mer, elle dut son origine à la crainte, et sa conservation à la défiance. Tenir le peuple dans l'ignorance et l'esclavage ; semer les divisions , les soupçons , les délations parmi les sénateurs; se conduire sans cesse comme la veille ou le lendemain d'une conjuration; transformer l'administration en une police formidable : tels sont les principes que Venise a puisés dans ses périls, et dont le repos et les succès n'ont pu encore la désabuser. Peut-être faudrait-il attendre vingt ans pour fixer son opinion sur l'Espagne. Jusqu'à présent ce qu'on peut observer de plus frappant, c'est un caractère national, qui paraît avoir la même propriété que celui des Chinois ; je veux parler de cette force de l'habitude qui résiste au changement de domination ,
(ee) Bravo !