II. Respiration des feuilles a l’obscurité
Tant que les feuilles se trouvent placées à l’obscurité ou à une lumière très-faible, elles absorbent de l’oxygène et exhalent de l’acide carbonique. Si on les maintient longtemps dans cet état, elles ne produisent plus de chlorophylle et ne consolident plus leurs tissus; la transpiration se trouvant également suspendue, l’étiolement ne tarde pas à, se produire.
De Saussure a montré que l’énergie de cet acte respiratoire variait énormément d’une plante à l’autre, selon la texture des feuilles, selon l’élévation de la température, etc. — Des expériences plus récentes et plus précises, dues àM. Boussingault, ont permis de se rendre un compte exact de la proportion d’oxygène absorbé et d’acide carbonique dégagé par centimètre carré de surface foliaire ; c’est ainsi, par exemple, que dix-huit expériences faites dans des atmosphères riches en acide carbonique ont montré que, au soleil, un mètre carré de feuilles
(1). Duchartre, Recherches expérimentales sur la respiration (Comptes rendus, t. XLII, 1856, p, 37 etsuiv.).
Des expériences plus récentes, dues à M. Boussingault, ont conduit à des résultats analogues et montré que si, dans l’obscurité absolue, il n’y a pas d’oxygène ajouté au mélange gazeux, l’acide carbonique est encore décomposé par les feuilles, alors que la lumière ambiante est considérablement affaiblie.
M. Boussingault a également cherché à savoir si les feuilles développées dans l’obcurité décomposent immédiatement le gaz carbonique lorsqu’elles sont placées à la lumière. Tant que la teinte des feuilles étiolées et reposées h la lumière est demeurée le jaune n° l, non rabattu, des cercles chromatiques de M. Chevreul, il n’y a pas eu décomposition d’acide carbonique. Quand la teinte des feuilles est devenu jaune-vert n" 1 non rabattu, il y a eu un faible indice de décomposition de ce gaz, aussi est-il naturel d’admettre qu’aussitôt qu’il y a présence de la chlorophylle, quelque minime qu’en soit la proportion, la feuille possède la faculté décomposante. (Boussingault, Sur les jonctions des feuilles. Comptes rendus, 1869, p. 410.)
de Laurier-rose décompose, en moyenne, 1 Ht ,108 d’acide carbonique par heure, tandis qu’à l’obscurité, cette même surface ne forme que seize fois moins du même gaz, résultat de la plus haute importance pour l’explication de la nutrition des plantes et de leur rôle dans la nature.
Les recherches de Vogel et Witwer, celles de Corenwinder conduisent au même résultat ; d’après ce dernier observateur, il existe une telle différence entre les quantités d’acide carbonique décomposées pendant le jour et rétablies durant la nuit, qu’il suffit parfois, le matin, à une feuille de rester exposée au soleil durant une demiheure pour récupérer tout le carbone qu’elle a pu perdre pendant la nuit.
Respiration des feuilles colorées.
J’ai déjà eu l’occasion de rappeler, dans la troisième partie de cette Thèse, qu’un certain nombre de feuilles sont normalement rougeâtres, violettes, rosées, etc.; or ces feuilles respirent comme les feuilles vertes, et de Saussure, se basant sur une expérience faite avec les feuilles pourpres d’un Atriplex , crut pouvoir admettre que la matière verte n’était nullement essentielle à cette décomposition de l’acide carbonique; mais ces études ont été reprises par M. Cloez qui, par des procédés purement chimiques, a montré qu’il existait dans le tissu de cette feuille rouge une certaine quantité de matière verte, et a établi que les feuilles ne décomposaient l’acide carbonique sous l’influence de la lumière qu’en raison de la chlorophylle qu’elles contenaient (1). Les résultats obtenus par l’analyse chimique se trouvent confirmés par l’examen anatomique, et les planches annexées à ce travail montrent que les feuilles normalement colorées renferment toujours de la chlorophylle (2).
Tel est, en résumé, l’ensemble des échanges gazeux dont la feuille
(1) Cloez, Remarques sur la décomposition de l’acide carbonique par les feuilles diversement colorées (Comptes rendus, t. LV1I, p. 834).
(2) Voy. PI. II et III.
est le siège : à la lumière, il y a décomposition d’une certaine quantité d’acide carbonique et exhalation d’oxygène se répandant dans le milieu ambiant ; à l’obscurité, au contraire, la plante emprunte de l’oxygène à ce même milieu et y verse de l’acide carbonique. Des expériences dues à M. Garreau (1) tendent à prouver que ce dernier phénomène s’observe aussi, dans une certaine limite, chez les feuilles exposées à la lumière. Faut-il, comme l’ont fait trop souvent les botanistes, confondre sous un même nom des actes si distincts et, partant de là, déclarer que la respiration végétale est inverse de la respiration des animaux? Je ne le pense pas, et je crois qu’une semblable conclusion est en désaccord avec les expériences modernes et avec tous les enseignements de la biologie : à la lumière, les cellules chlorophylliennes fixent le carbone et augmentent la masse du végétal, phénomène dénutrition; à l’obscurité et même aussi à la lumière, elles absorbent de l’oxygène, brûlent ainsi une certaine quantité des tissus de la plante et respirent alors réellement. C’est donc par un véritable vice de langage qu’on a donné le nom de respiration à la fonction chlorophyllienne, car « il ne faut pas croire que les phé- « nomènes de respiration des végétaux soient d’une nature opposée « à ceux des animaux, ils sont au contraire identiques » (2).
(1) Garreau. Ann. des Sc. nat. 1851, t. XV, p. 35; t XVI, p. 280, etc.
(2) Claude Bernard, De la Physiologie générale, 1872, p. 267.
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