‹ De la feuilleChapitre 25 sur 32 · I. Respiration des feuilles pendant le jodr · texte numérisé non relu

I. Respiration des feuilles pendant le jodr

a. Au soleil.

Depuis une époque déjà éloignée, les naturalistes et les physiologistes ont soupçonné le rôle considérable des feuilles dans la respiration végétale et, sans remonter au delà du xviii* siècle, nous lisons dans la Statique de Haies : « Les particules dont les feuilles se sai- « sissent sont, sans doute, les matériaux dont les principes les plus « subtils et les plus raffinés des végétaux sont formés -, car l’air, ce « fluide délié, est bien plus propre à servir de milieu et de moyens « pour combiner et préparer les principes les plus relevés des végé- « taux, que l’eau, ce fluide grossier qui n’est que la partie inactive « de la sève.... Nous pouvons donc raisonnablement assurer aujour- « d’hui ce qui avait été soupçonné longtemps auparavant, savoir que « les feuilles servent aux végétaux comme les poumons aux ani- « maux (1). »

Bientôt après, cette théorie se trouva appuyée par des expériences dues à Bonnet; cet observateur constata, en effet, que des feuilles placées dans l’eau de source se couvraient de nombreuses bulles de gaz durant le jour. Après le coucher du soleil, ces bulles disparurent; Bonnet n’en vit également aucune lorsque les feuilles furent placées dans de l’eau bouillie. Tout d’abord, cet ingénieux physiologiste crut pouvoir admettre que ces bulles provenaient de la plante, mais bientôt, rejetant cette idée qui était l’expression de la vérité, il écrivit que ces bulles gazeuses étaient simplement séparées de l’eau par les feuilles (2).

Cetle erreur ne fut réfutée que vingt ans plus tard par Priestley (1772), qui montra que le gaz dégagé sortait réellement des feuilles et présentait toutes les propriétés de l’air déphlogistiqué.

Les résultats obtenus par Priestley se trouvèrent confirmés peu après

(1) Haies, toc. cit ., p. 263.

(2) Bonnet, Recherches sur l'usage des feuilles dans les plantes.

par Ingenhouz, qui montra, en outre, qu’une plante mise à l’obscurité « donne un peu d’air, mais tout à fait incapable de servir à la res- « piration, et en général si empoisonné qu’une flamme s’y éteint « dans un instant et qu’un animal y trouverait la mort en quelques « secondes » (1).

D’où provenait l’oxygène que Bonnet, Priestley et Ingenhouz avaient vu se dégager des feuilles placées au soleil ? Senebier, reprenant les expériences de ses devanciers, établit que ce gaz résultait de la décomposition par la plante do l’acide carbonique absorbé dans l’air par les feuilles ou, dans la terre, en dissolution dans l’eau par les racines (2).

Perfectionnant les méthodes d’investigation, de Saussure montra que l’oxygène rejeté est toujours mêlé d’azote, que son volume est à peu près celui de l’acide carbonique décomposé, et que l’acide carbonique mêlé à l’air en faibles proportions n’est favorable à la végétation que s’il est décomposé par les organes verts (3).

Tous les observateurs précédents s’étaient contentés d’expérimenter sur des feuilles et des rameaux feuillés fraîchement détachés de leur tronc. Une semblable méthode donnant lieu à de sérieuses objections, M. Boussingault la modifia de façon à observer l’action de branches feuillées tenant à leur pied et introduites dans un récipient plein d’air. Les détails de ces célèbres expériences sont trop connus pour que je les rapporte ici (A), me bornant à rappeler que cet éminent physiologiste constata ainsi que l’air se dépouillait des trois quarts de son acide carbonique en traversant l’espace où vivait la branche éclairée par le soleil.

Plusieurs années après, des expériences analogues furent entreprises en Allemagne par Yogel et Witwer, et conduisirent à des résultats absolument comparables pour tout ce qui avait rapport à la respiration diurne des feuilles (5).

(1) Ingenhouz, Ueber Ernàkrung der Pflanz. und Fruchtbarkeit der Bodens , Leipsig, 1798, p. &7.

(2) Senebier, Physiologie végétale, t. III, p. 497 r .

(3) De Saussure, Recherches chimiques , etc., p. 53.

(4) Boussingault, Économie rurale, etc., 1.1, p. 61. L’expérience date de 1840.

(5) A. Vogel et Witwer, Ueber den einfluss der végétation, 1851, p. 265.

Lorsqu’on eut acquis ainsi la preuve expérimentale et certaine de la décomposition de l’acide carbonique de l’air, une nouvelle question se présenta : quel rapport existe-t-il entre l’acide carbonique inspiré et l’oxygène exhalé? De Saussure avait pensé que toute plante décomposant l’acide carbonique s’assimile une partie de l’oxygène contenu dans ce gaz, en même temps qu’elle fixe le carbone; ses expériences, entreprises sur des plantes plongées dans une atmosphère additionnée d’acide carbonique, furent reprises dans un semblable milieu par M. Boussingault, qui constata que, sur vingt-cinq expériences, huit lui donnaient un volume d’oxygène exhalé un peu plus grand que celui de l’acide carbonique absorbé, tandis que le contraire avait lieu dans tous les autres cas ; rien ne semble donc plus variable que la relation entre l’acide carbonique inspiré et l’oxygène émis par les feuilles.

Étudiant les plantes respirant dans l’air normal, Vogel et Witwer ont montré que ces végétaux y versent plus d’oxygène que n’en renferme l’acide carbonique emprunté à l’atmosphère, ce qui tient à ce que leurs feuilles décomposent en même temps que l’acide carbonique inspiré, l’acide qui y est entré par la voie des racines. Unger s’est même efforcé de prouver que la plus grande partie du carbone fixé par les végétaux provenait de cette dernière source; mais ses résultats, dus à des calculs et non à des expériences, ont été formellement contredits par Corenwinder.

Pour terminer ce qui a trait à la respiration des feuilles au soleil, je dirai qu’elle s’exerce avec une activité variable selon la nature de ces organes ; ainsi les feuilles membraneuses inspirent par jour des quantités d’acide carbonique beaucoup plus considérables que celles qui sont absorbées par les feuilles 'charnues, etc.

b. A l'ombre.

D’une façon générale, on peut considérer l’interception incomplète • des rayons solaires comme diminuant l’absorption de l’acide carbonique sans jamais cependant l’arrêter complètement (Duchartre). Il semble d’ailleurs qu’il y ait, pour certaines plantes, une sorte d’ac-

commodation à cet état. Cette question ayant été très-minutieusement étudiée par M. Duchartre (1), je ne puis que renvoyer à son mémoire pour tous les détails de cette question que certains observateurs ont singulièrement, compliquée en décrivant simultanément les effets de l’ombre et ceux de l’obscurité.

Page 1